Raoul Peck (prononcé : Prononciation en français haïtien retranscrite selon la norme API., né le à Port-au-Prince, est un réalisateur, scénariste, producteur de cinéma et homme politique franco-haïtien.

Nommé en 2017 pour l'Oscar du meilleur documentaire pour ., il a notamment réalisé Lumumba, un film inspiré de l'histoire de Patrice Lumumba et son rôle dans l'indépendance de la république démocratique du Congo, ainsi que Le Jeune Karl Marx, un film retraçant la jeunesse de Karl Marx et Friedrich Engels en Allemagne, à Paris et à Londres.

Il a également été ministre de la Culture de la république d'Haïti de 1995 à 1997.. Le cinéaste a été président de la Fémis de à .

Parcours Ses premières années sous la dictature des Duvalier sont marquées par .

En 1961, son père, ingénieur agronome, choisit de s’éloigner du pays et fait partie du premier contingent de professeurs haïtiens recrutés pour la république démocratique du Congo, dans l'idée que des « Noirs parlant français » seraient plus appropriés pour remplacer les cadres belges qui avaient fui le désastre d’une décolonisation ratée.

Dix-huit mois plus tard, en 1963, Raoul Peck rejoint son père à Léopoldville, avec le reste de sa famille. Ses parents y resteront vingt-huit ans. Quant à lui, il poursuit ses études secondaires aux États-Unis et en France.

Pendant ses études d'ingénieur et d'économie à l'université Humboldt de Berlin, il milite à gauche et envisage de retourner clandestinement en Haïti, comme beaucoup d’autres étudiants avant lui pour se battre contre la dictature : .

Il a obtenu la nationalité française, par décret, en juillet 2025.

Journalisme et débuts au cinéma Il travaille alors en tant que journaliste et photographe de 1980 à 1985, et réalise plusieurs courts métrages documentaires toujours en Allemagne. En 1982, il réalise De Cuba traigo un cantar, qui décrit la visite à Berlin-Ouest, du groupe cubain « Carlos Puebla y los Tradicionales », créateur de la célèbre chanson Hasta Siempre, Comandante, à l'occasion d'un grand concert pour la paix.

Il entre à l'Académie allemande du film et de la télévision de Berlin au sein de laquelle il réalise Leugt, dont le sujet est la visite de Ronald Reagan à Berlin, qui provoqua de violentes manifestations. Puis en 1983, il enchaîne avec Exzerpt où il porte, à partir d’un texte de Samuel Beckett, un regard critique et ludique sur la Grüne Woche, la plus grande foire alimentaire et agricole allemande.

Puis Merry Christmas Deutschland est un exposé sur les leçons de l'Histoire ce jour de Noël 1984 dans l'Allemagne d'Helmut Kohl. Alors qu’il est encore à la DFFB, il tourne son premier long métrage, Haitian Corner. Pour ce film, Raoul Peck tourne à New York. Il y évoque la difficulté pour un homme exilé dans cette ville, et torturé dans le passé par les tontons Macoutes, d’oublier et de choisir entre la vengeance ou le pardon le jour où il croit reconnaître son ancien tortionnaire. Il sort diplômé de la DFFB en 1988 en écrivant un scénario avec l’écrivain Jean-Claude Charles, Mission Technique, jamais réalisé.

Sollicité ensuite par un producteur pour un sujet sur un médecin suisse en Afrique faisant sa « descente aux enfers » avant de retourner « libéré » à son pays natal, Raoul Peck fait une contre-proposition et tente une première fois de lancer un projet de fiction autour de Lumumba. Déjà se pose la question du point de vue du héros « noir », contrairement à l’approche usuelle de raconter ce genre d’histoire à travers un personnage « européen », mieux accepté par les financiers (exemple : Steve Biko dans Cry Freedom). Devant les difficultés évidentes, il décide de réaliser à la place un documentaire de création qui deviendra en 1991 Lumumba, mort d'un prophète, sur le leader congolais, père de l’indépendance du Congo ex-belge, assassiné en . Il souhaite en effet lui redonner une place dans l’Histoire du continent. . Il s'agit de raconter la « grande histoire à travers l’histoire personnelle – ou vice-versa », un projet complexe à tous les points de vue, une expérience personnelle, artistique et politique qui déterminera tous les autres films à venir.

Puis deux ans plus tard, retour vers un sujet plus spécifiquement haïtien avec L’homme sur les quais, une fiction sur les débuts du duvaliérisme et la mise en place du processus de terreur à travers les yeux d’une enfant de huit ans, en « une parabole sur l’effet d’une dictature, d’une tension sur un corps social ». L’histoire de « Sarah, une femme qui accepte ses démons du passé et décide de vivre avec eux » lui permet d’être en compétition officielle au festival de Cannes.

En 1994, le documentaire Desounen, dialogue avec la mort consiste en « un voyage sur le territoire haïtien qui témoigne de l'extraordinaire capacité de survie des Haïtiens, grâce à la créativité, la sagesse, et… le dialogue avec la mort. » Puis la même année avec Haïti, le silence des chiens, le réalisateur documente la confrontation entre le président constitutionnel en exil, Jean-Bertrand Aristide et son Premier ministre Robert Malval, resté au pays en prisonnier virtuel des militaires putchistes.

En 1994, Raoul Peck obtient le Prix du meilleur long métrage lors du quatrième Festival du cinéma africain de Milan pour L’homme sur les quais, ainsi que le prix Nestor Almendros décerné par l’organisation américaine Human Rights Watch ; six ans plus tard, la même organisation lui attribue le prix Irene Diamond pour l’ensemble de son travail en faveur des droits de l'homme.

Expérience politique En 1996, alors qu’il enseigne la mise en scène et l’écriture de scénario à l’école de cinéma de l’université de New York, on lui demande d'entrer dans le gouvernement du Premier ministre Rosny Smarth, en tant que ministre de la Culture d’Haïti. À un moment où le milieu du cinéma ambiant lui paraît de plus en plus loin de « sa » réalité et mis devant la décision de travailler concrètement et collectivement au changement dans son pays, il accepte de mettre momentanément entre parenthèses son métier de cinéaste et de rentrer en Haïti.

Après dix-huit mois de lutte solidaire, le Premier ministre Rosny Smarth refuse la dérive antidémocratique du « bon père Aristide » et de son parti Lavalas et démissionne avec cinq de ses ministres, dont Raoul Peck.

Durant la fin de son mandat, Raoul Peck travaille simultanément sur deux commandes : dans le documentaire Chère Catherine, commandé par Catherine David, commissaire de la documenta de Cassel, il déclare : . Il s’agit de Corps plongés, une fiction sur l’exil et la mémoire, « le fil rouge de mes films », que Pierre Chevalier, responsable de la fiction sur Arte, lui a demandé de réaliser depuis plusieurs années et qui marque le début de sa collaboration avec le producteur Jacques Bidou.

Adaptation de la vie de Patrice Lumumba Son expérience de politique directe consommée, expérience qu’il relatera dans son livre Monsieur le Ministre… jusqu’au bout de la patience, Raoul Peck décide de revenir à un projet qui lui tient à cœur depuis des années, aborder le personnage de Patrice Lumumba cette fois-ci par une fiction accessible au grand public.

Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, le film Lumumba bénéficie par ailleurs d’une opération de soutien menée sur dix pays d’Afrique qui permet pour la première fois aux exploitants africains de présenter un film du Sud dans la foulée des sorties européenne puis américaine qui consacra le film comme une réussite critique et commerciale.

Arte : La Bourse et la vie En 2000, Thierry Garrel, responsable des documentaires sur Arte, lance une collection de deux fois quatre volets, La Bourse et la vie où il demande à des cinéastes de et notamment de remonter aux causes des dérèglements sociaux tout en inventant des écritures pour figurer en une heure des données a priori non « télévisables » : le pouvoir de l’argent, les marchés, la mondialisation. Raoul Peck réalise le premier volet, Le profit et rien d’autre.

Durant cette période, parallèlement à ses activités de réalisateur, Raoul Peck est également Président de la commission d’Aide au Cinéma Fonds Sud ( – ), « ce qui [lui] a permis d’avoir un regard empirique sur ce qui se faisait à travers le monde – plus de quatre-vingt-cinq pays concernés – et pourquoi à un moment donné les contenus, les structures, le rythme même des scénarios provenant d’une même région, se rencontraient, malgré les spécificités des uns et des autres, pour refléter un même malaise, une même colère ou encore un même désespoir nihiliste »

Rwanda : Sometimes in April Après le succès de Lumumba aux États-Unis, la chaîne câblée HBO, qui a acheté puis diffusé le film (la première diffusion doublée en anglais à la télévision américaine), offre à Raoul Peck le projet qui allait devenir plus tard Hotel Rwanda (United Artist, réalisé par Terry George). Il commence par refuser en pensant sincèrement que non seulement un tel génocide n’était pas filmable, mais que l’idée d’un « Schindler's List noir » (comme le proposait la demande) n’expliquerait en rien, à un public déjà saturé de préjugés à l’égard de l’Afrique, les origines politiques et historiques d’une telle catastrophe. Raoul Peck pose un certain nombre de conditions généralement « inacceptables » aux États-Unis : « ne pas faire un film « américain », avoir carte blanche politique, avoir le , pouvoir raconter l’histoire du point de vue de personnages rwandais, pouvoir tourner au Rwanda et enfin pouvoir aller se faire une idée sur place avant de décider. Contre toute attente, Collin Collander, le Président d’HBO Films, accepte toutes ces exigences.

Raoul Peck se rend donc en 2001 au Rwanda d’où il revient bouleversé et convaincu de la nécessité de réagir à ce génocide. Sans avoir encore une idée précise de ce qui deviendra Sometimes in April, le réalisateur, décidément proche de la terre africaine qu’il considère comme « sa seconde patrie », s’immerge dans l’histoire du Rwanda avec l’aide de la journaliste Madeleine Mukamabano et essaie de comprendre le Rwanda d’aujourd’hui. Il étudie de multiples rapports, livres et documents et recueille de nombreux témoignages.

Le succès de Lumumba en Afrique (les télévisions locales passent le film — illégalement — plusieurs fois par an) lui ouvre toutes les portes et il peut tourner au Rwanda même, malgré les difficultés initiales (logistique, assurances, ressources humaines). Cette expérience permettra l’année d’après à d’autres productions de tourner au Rwanda (Shooting Dogs, Un dimanche à Kigali). .

Des histoires personnelles donc avec, en arrière-fond, l’évocation des responsabilités internationales, de la (lourde) complicité de la France, le laisser-faire des États-Unis, l’abandon de l’ONU. Un éventail ambitieux qui permet de s’approcher de la problématique du génocide sans laisser de côté la réalité des Rwandais d’aujourd’hui, dix ans seulement après le drame, et de montrer aussi leur gestion de la justice, localement et devant le tribunal pénal international des Nations unies à Arusha.

Dans le cadre de l’accord moral que Raoul Peck avait conclu avec les Rwandais, ils ont été les premiers à voir le film. Fait exceptionnel également qu’un studio américain permette la première mondiale de son film sur le territoire africain. Les deux projections sur écran géant au stade de Kigali ont été suivies par près de . « Un moment inoubliable. Une des rares fois où faire un film a vraiment eu du sens. Palpable, visible, porteur d’un effet immédiat ».

Sometimes in April, en compétition à Berlin, a depuis été diffusé aux États-Unis avec grand succès et a même été exceptionnellement mis à la disposition, gratuitement, de la chaîne nationale public PBS pour une unique diffusion sur l’ensemble du territoire, suivie d’une discussion. Le film a été projeté à l'issue de la Cérémonie d'Ouverture du Festival international des scénaristes en 2006 alors que Raoul Peck en était l'Invité d'Honneur.

L’Affaire Villemin