Niels Stensen (latinisé en Nicolas Steno, en (ou Stensen), en français Nicolas Sténon, en et en ) est un anatomiste, géologue et évêque danois, né le à Copenhague et mort le à Schwerin en Allemagne. Il fut l'un des premiers à formuler des principes en géologie, branche alors peu connue des sciences naturelles. Le plus connu d'entre eux est le principe de superposition, d'après lequel la couche supérieure d'une succession sédimentaire est toujours plus récente que les couches sous-jacentes, à moins de remaniements ultérieurs.

Sa vie est en grande partie marquée par son conflit personnel entre les explications religieuses des phénomènes naturels ayant cours et les découvertes scientifiques qu'il fit en ce domaine. Il est déclaré bienheureux par Jean-Paul II le Site de l'abbaye saint Benoit mentionnant sa béatification.. Sa devise était : .

Vie et découvertes Nicolas Sténon est le fils d'un orfèvre de Copenhague..

Après avoir terminé ses études universitaires à CopenhagueSon professeur d'anatomie était Thomas Bartholin : « Thomas Bartholin », site Who Named It?. Quand il découvrit la glande parotide, Stensen en fit part à Bartholin : Kermit, ., Sténon voyagea en Europe. Il aurait aimé voyager toute sa vie. Pendant ses voyages, il entra en contact avec des médecins et des scientifiques renommés, surtout aux Pays-Bas, en France et en Italie.

En 1660, il commença l'étude de la médecine à Leyde, qui passait alors pour le centre de la connaissance médicale en Europe, sous la direction de Blasius. Maxime Rovère le présente comme le compagnon intellectuel de Spinoza pendant ses années à Leyde et Amsterdam.. Il fit notamment sa première découverte anatomique, le canal parotidien, renommé plus tard « canal de Sténon » en hommage à son travail.

En 1664, il se rend à Paris où il suit les leçons de chimie de Pierre Borel. En 1665, devant une assemblée de savant, il prononce son célèbre Discours sur l'anatomie du cerveau. Après un séjour de deux ans en France, Sténon se rend à Vienne, puis en Hongrie, et retourne en Italie, à Florence. Par ses études anatomiques, il attira l'attention du grand-duc de Florence, . Ferdinand lui octroya un poste à l'hôpital, ce qui lui laissa peu de temps pour ses études propres. De plus, il fut élu à l', un groupe de chercheurs inspirés par les approches scientifiques de Galilée.

Ses études en anatomie portaient sur le système musculaire et la manière dont la contraction musculaire s'opérait. Il utilisa la géométrie des muscles pour montrer qu'un muscle en contraction changeait bien de forme, mais non de volume.

En 1669, étudiant des cristaux de quartz d'origines et de formes différentes, il remarqua que leurs faces forment toujours les mêmes angles entre elles.. Cette découverte fut reprise par Jean-Baptiste Romé de L'Isle et généralisée à l'ensemble des cristaux, marquant le début de la cristallographie moderne.

Pendant son séjour à Florence Nicolas Sténon, déjà ébranlé à Paris par l'éloquence de Bossuet, se met à lire les livres catholiques et, en 1669, il abjure publiquement la religion luthérienne.

Recherche en anatomie Nicolas Sténon, avait dans sa jeunesse montré des prédispositions pour les mathématiques, mais ce sont des considérations économiques qui l'ont finalement amené à la médecine ; À l'Université de Copenhague, Sténon sous la direction de Thomas Bartholin (1616-1680) se familiarise avec les découvertes anatomiques les plus récentes, notamment la circulation sanguine de William Harvey (1578-1657) et les vaisseaux lymphatiques par Bartholin lui-même. Il est aussi proche du naturaliste Simon Paulli, et de Ole Borch, professeur de botanique et chimie. Durant le siège de Copenhague de 1659, il lit l'ouvrage que Jean Pecquet (1622-1674) a écrit en collaboration avec les mathématiciens français Gilles Personne de Roberval (1602-1675) et Adrien Auzout (1622-1691), le de 1651; ainsi que la description originale et longue de la philosophie mécanique et atomistique de Pierre Gassendi(1595-1655) ; un manuscrit daté de 1659Niels Stensen's Chaos-manuscript, Copenhagen, 1659 montre de plus qu'il est familier de l'œuvre de Bacon (), Galilée, Descartes, Regius, Sennert, Kircher et Borel. C'est armé de cette importante culture scientifique qu'il se réfugie aux Pays-Bas.

Aux Pays-Bas dès 1660, il acquiert une solide réputation d'anatomiste. À Amsterdam d'abord, il suit les cours d’anatomie de Gerhard Blasius (1625-1682) ; à Leyde ensuite, il rencontre les médecins Sylvius (Franciscus de le Boë, 1614-1672) et Johannes Van Horne (1621-1670), de vieux amis de Bartholin. L'enseignement de Sylvius à l'Université de Leyde a influencé directement ou indirectement la plupart des anatomistes célèbres de la seconde moitié du , et Leyde a progressivement remplacé Padoue comme principal centre européen de formation médicale. Sous la direction de Sylvius et Bartholin, Sténon fait le plus gros de ses observation sur le conduit parotidien (ou conduit de Sténon, découverte qui lui sera disputée par Gerhard Blasius) et les glandes salivaires, et publie en 1661 son premier ouvrage d’anatomie, l’, à une époque où les études sur les glandes émergeaient comme un nouveau domaine de recherche anatomique. Il fait suivre ce premier ouvrage par ses de 1662 qui ajoute les glandes lacrymales et nasales. À Leyde, il côtoie aussi et se lie avec Spinoza, Reinier de Graaf et Jan Swammerdam. vignette|Couverture du Discours sur l'anatomie du cerveau, publié en 1669.

Sténon séjourne à Paris de à ; il y reçoit le patronage de Melchisédech Thévenot (1620-1694), homme riche et intéressé par la science, et éminence grise derrière la fondation de l'Académie des Sciences de Paris en 1666. Les maisons de Thévenot à Paris et à Issy étaient ouvertes aux scientifiques de passage, parmi lesquels se trouvaient l'ami de Sténon de Leyde, le naturaliste néerlandais Jan Swammerdam; période insouciantes pour les deux amis, ils sont également rejoints par le chimiste et médecin Ole Borch. Le carnet de voyage de Borch renseigne sur les milieux scientifiques dans lesquels Sténon évolue ; parmi les témoignages du voyage de Sténon figurent aussi quatre lettres à Sténon d'un membre fondateur de l'Académie de Paris, Jean Chapelain, 83 ans ; et des lettres du médecin André Graindorge, qui fut témoin des dissections de Sténon et en rendit compte au futur évêque de Caen, Pierre-Daniel Huet, écrivain anticartésien.

Le Discours sur l'anatomie du cerveau est le discours célèbre que Sténon prononce à Paris devant l'Académie Melchisédech Thévenot début de l'année 1665, publié ensuite sous ce nom, probablement à partir de 1665, principalement à partir de 1669, et qui va orienter la recherche neuroscientifique pour les années qui suivent. Sténon y rejette les anciennes spéculations sur les esprits animaux et critique les parti-pris de René Descartes et de ses disciples, qui, en dépit d'une connaissance médiocre de l'anatomie du cerveau, avaient élaboré des modèles complexes pour expliquer les fonctions cérébrales. Les choix physiologique de Descartes, leur remise en cause par Sténon dans son Discours ont servi d’argument « a posteriori contre le cartésianisme ». Les critiques ouvertes de Descartes par Sténon ont été à l'origine d'une controverse importante, en 1665, selon les factions connues, Gassendistes contre Cartésiens : les Gassendistes adoptant l'empirisme et l'atomisme de Démocrite et d'Épicure, et critiques contre la métaphysique et le rationalisme de la faction cartésienne émergente. Dans une partie perdante, dans cette grande bataille philosophique, Sténon a été utilisé par des amis qui faisaient partie principalement des gassendistes encore dominants.vignette|Nicolas Sténon, issu de la série de portraits d'hommes distingués associés à la cour de Ferdinand II et de Cosme III. Non signé par Justus Sustermans. Probablement peint entre 1666 et 1677.|gaucheSténon va d'autre part dans son discours dessiner les contours d'un programme de recherche plus large, pour faire de l’anatomie une véritable science médicale. Sténon a affirmé que les études anatomiques devaient être libres et non liées à des contraintes préétablies. Il a notamment appelé à des méthodes de dissection appropriées et à des illustrations précises. Ses propres études anatomiques minutieuses lui ont permis de décrire avec précision de nombreuses structures cérébrales. Sténon quitte Paris à l'automne 1665, pour entamer un voyage vers le sud à travers la France. À Saumur, il rencontre Louis de La Forge, philosophe cartésien et illustrateur de la première édition française du Traité de L'Homme en 1664. Sténon passe aussi quelques mois à Montpellier, où il rencontre des scientifiques anglais itinérants, parmi lesquels , qui avait publié l'année précédente à Londres, anonymement, un livre sur la contraction musculaire, le . Sténon et Croone non seulement discutent des théories de la contraction musculaire, mais Sténon également démontre la structure musculaire par des dissections. Appuyé par Thévenot dont il fournit une lettre de recommandation à l'adresse du grand-duc de Toscane, il devient à Florence, le médecin personnel de Ferdinand II de Médicis, puis membre de l’Accademia del Cimento. Il sillonne l’Europe, entrant en contact avec des philosophes, dont Baruch Spinoza et Gottfried Wilhelm Leibniz. Après des travaux pionniers en paléontologie et en géologie, en 1677, Sténon s'est converti du luthéranisme au catholicisme pour devenir évêque et vicaire apostolique en Europe du Nord.

Recherche en géologie vignette|Elementorum myologiae specimen, 1669En , deux pêcheurs avaient pris dans leurs filets un énorme requin près de Livourne. Sténon en étudia la tête et publia ses observations en 1667 : en étudiant les dents du requin, il avait remarqué qu'elles avaient beaucoup de points communs avec (ce qui s'avéra être plus tard) des dents fossilisées de requins trouvées en montagne. À l'époque on les appelait « glossopètres » ou « pierres de langue ». Pline l'Ancien avait expliqué que ces pierres venaient soit du ciel, soit de la lune ; d’autres encore prétendaient que les fossiles poussaient naturellement dans les roches. Fabio Colonna avait déjà démontré de façon convaincante que les glossopètres étaient des dents de requinD’après ., dans son traité De glossopetris dissertatio publié en 1616 Francesco Abbona, Geologia, Dizionario Interdisciplinare di Scienza e Fede, Urbaniana University Press — Città Nuova Editrice, Roma 2002, http://www.disf.org/Voci/4.asp. Consulté le 11 août 2007.. Sténon, qui tenait peut-être son intérêt pour le sujet de Thomas BartholinBartholin avait écrit sur le sujet une thèse, jamais publiée : http://www.whonamedit.com/doctor.cfm/894.html — Site Who Named It?., ajouta à la théorie de Colonna une discussion sur la différence de composition entre des dents de requins vivants et les pierres de langue, émettant l'idée que les fossiles pouvaient changer de composition, sans que cela ne fût visible extérieurement. C'est pourquoi il peut être considéré comme un des précurseurs de la théorie des particules : la matière est constituée de particules extrêmement petites, qui sont interchangeables.

Au moment des découvertes de Sténon, la définition du mot fossile était différente de celle d'aujourd'hui : tous les objets excavés étaient appelés fossiles, aussi bien les cristaux, les minerais que les restes pétrifiés de vie antérieure (les fossiles dans le sens moderne du mot). Sténon remarqua donc que les roches contenaient des objets qui n'étaient pas formés à l'intérieur de celles-ci, mais qui y étaient inclus pendant leur formation. Cela conduisit à la théorie des processus de sédimentation, que Sténon décrivit en 1669, dans l'ouvrage voulu comme introduction . Étant donné qu'il attacha toujours plus d'importance à la religion qu'à la science, il en resta à cette introduction et n'écrivit jamais un ouvrage complet à ce sujet, bien que cela eût été son intention.

Principes de Sténon