Daniel Soutif, né à Paris le et mort le dans la même ville, est un critique et historien d'art, directeur d'institutions culturelles et commissaire d'expositions français. Il est également musicologue, spécialisé dans le jazz.
Papiers journal Daniel Soutif nait le à Paris. Agrégé de philosophie en 1970, il enseigne au Lycée Mansart de St-Cyr l’École de 1972 à 1993. En parallèle, il consacre une part de son temps au journalisme, dans ses deux domaines de prédilection : le jazz dans un premier temps, puis l'art contemporain. Il collabore régulièrement à Jazz Magazine à partir de 1973 pour des critiques de disques, de nombreux entretiens (Cecil Taylor, Dave Brubeck, Art Blakey), des comptes-rendus de concerts et de festivals. À partir de 1981, il rejoint le quotidien Libération dont il sera un collaborateur régulier jusqu'en 1994. Il publie d'abord des articles sur le jazz, puis il rejoint l'équipe de journalistes chargée de l'art contemporain.
Il se lie à cette époque aux principales figures de l'Arte Povera italien, les artistes Michelangelo Pistoletto, Luciano Fabro, le critique Germano Celant, et aussi le trompettiste de jazz Enrico Rava. Il devient de facto un spécialiste français de l'art contemporain italien, et produit de 1981 à 1994 l'émission hebdomadaire Parigi espresso pour la station de radio généraliste italienne Radio Tre (RAI). À Paris, il fréquente les artistes Daniel Buren et Bertrand Lavier, collabore au mensuel américain d'art contemporain Artforum, et multiplie les articles de catalogues et de revues d'art. Cette forme d’expression représente d'ailleurs l'essentiel de sa considérable production écrite, comme en témoigne la longue liste de ses articles, pourtant sélective, que l'on trouve sur le site des Archives de la Critique d'art.
Comme pour conclure cette période d'enseignement et d'écriture, Daniel Soutif publie coup sur coup en 1994 deux livres : le premier, Papiers Journal : chroniques d'art 1981-1993, est une anthologie de ses contributions à Libération, tandis que le second, Voyages immobiles, rassemble une série de fictions écrites dans le cadre de divers catalogues d'expositions d'art contemporain. Comme le signale l'auteur dans son avant-propos à Papiers Journal, citant le critique Clément Greenberg, il fait partie de ces critiques d'art « qui se sont éduqués eux-mêmes en public. » Dans l'Institution En , Daniel Soutif est nommé rédacteur en chef des Cahiers du Musée national d'art moderne du Centre national d'art et de culture Georges Pompidou. Il garde ce poste jusqu'en . Fondée en 1979, cette revue scientifique trimestrielle éditée par les Éditions du Centre Pompidou publie des essais inédits d'auteurs confirmés, des travaux de jeunes chercheurs, des textes historiques, ainsi que des analyses de l'actualité culturelle internationale. Christophe Viard résume ainsi la ligne éditoriale défendue par Daniel Soutif : « Les numéros des Cahiers du Musée national d’art moderne qu’il conçoit en tant que rédacteur en chef de 1990 à 1994 reprennent cet intérêt pour dire et montrer ce que l’art donne à voir et ce que les mots donnent à entendre. Des livraisons dédiées à la peinture ou la photographie aux actes des colloques consacrés à Nelson Goodman et Clement Greenberg , leur originalité ne reflète pas tant la variété de sujets remarquables, ni la qualité de contributions exceptionnelles, qu’elle ne rejoint l’engagement artistique de Soutif à communiquer à chacun le désir d’aller voir et penser par soi-même. Soit de donner au lecteur-regardeur les moyens de sa liberté : comme il se doit en matière d’art, conclut-il au terme d’un éditorial, c’est à ce dernier de juger. »
Développements culturels (1993-2000) En 1992 l'organisation interne du Centre Pompidou connaît de grands bouleversements. L'un des départements constitutifsLe Centre national d'Art et de Culture Georges Pompidou comportait à l'origine deux départements constitutifs, le Musée National d'Art Moderne (MNAM) et le Centre de Création industrielle (CCI), ainsi que deux départements associés, la Bibliothèque Publique d'Information (BPI) et l'Institut de Recherche et de Coordination Acoustique/Musique (IRCAM). Après la réforme de 1992/1993, le Centre rassemble le MNAM/CCI, le Département du développement culturel, la BPI et l'IRCAM. du Centre, Le Musée national d'art moderne (MNAM), absorbe l'autre, le Centre de Création industrielle (CCI), réduit désormais à trois services intégrés au Musée (les services architecture, design et prospective industrielle), et dont la vocation s'oriente alors vers le patrimonial. Pour préserver l'identité pluridisciplinaire qui fait l'originalité de l'institution, le président Dominique Bozo crée alors une nouvelle entité, le Département du Développement Culturel (DDC), qui fédère dans un premier temps les services existants du Centre relevant de la parole (colloques, conférences, débats), de l'édition, de la production audiovisuelle documentaire et de la pédagogie. En , il choisit Daniel Soutif pour diriger, organiser et faire vivre le nouveau département.
En 1998, au terme d'un premier mandat de cinq ans renouvelé pour trois nouvelles années, Daniel Soutif mène à la demande du président Jean-Jacques Aillagon une réorganisation du Département qui puisse lui permettre de mieux répondre à sa vocation : « rassembler, croiser et diffuser les arts et les disciplines qui font la culture du siècle » comme l'indique Bernadette Dufrêne dans son histoire du Centre Pompidou. Les compétences du DDC s'étendent désormais au spectacle vivant, au cinéma, et surtout aux expositions pluridisciplinaires, dans lesquelles Daniel Soutif souhaite impliquer toutes les composantes du Centre Pompidou : DDC, Musée, Bibliothèque, IRCAM. Le Centre Pompidou, qui fête alors ses vingt ans d'existence, s'apprête à fermer pour travaux, avec une réouverture prévue au . La date est symbolique, à l'orée du millénaire, et c'est le DDC qui est chargé d'organiser l'exposition de réouverture : « En , indique Daniel Soutif à Libération, peu avant la fermeture pour les travaux, lorsque la question de la future réouverture du Centre s'est posée de façon cruciale, j'ai proposé une programmation sur trois ans, dont la première exposition était Le Temps, vite.»
Le Temps, vite! (2000) L’exposition Le Temps, vite!Voir à ce sujet : Stephanie Carwin, Le Temps, Vite, Labyrinthe d’hétérochronies. Catalogue raisonné des expositions du Centre Pompidou., première expérience de commissariat pour Daniel Soutif, première exposition après la fermeture du Centre Pompidou pour rénovation de 1997 à 1999, ouvre le , année marquée par des célébrations millénaires au niveau national dont l’exposition est un des temps forts. Le Temps, vite ambitionne également de réaffirmer le projet pluridisciplinaire des origines du Centre : « La restructuration de ses départements, réalisée au cours des deux dernières années, permet au Centre Pompidou de réaffirmer sa vocation pluridisciplinaire en lui donnant une dimension nouvelle. Sa programmation d’expositions en témoigne. […] L’exposition inaugurale Le Temps, vite!, à laquelle collaborent tous les départements, est la première démonstration de cette programmation, par les nouveaux passages qu’elle suscite entre sciences, techniques, arts et vie quotidienneDossier de presse de la réouverture du Centre Pompidou, Archives du Centre Pompidou, Cote archives : 2014W035 10 (Direction de la communication). » Daniel Soutif explicite ainsi son projet : « (...) [O]n a voulu, à l’occasion du passage du siècle et du millénaire, consacrer une grande exposition, destinée à examiner les mutations de notre rapport au temps sous l’effet de l’accélération toujours plus rapide des divers types de vitesses, mais qui reviendrait aussi sur les données fondamentales de toute réflexion sur la temporalité – le ciel et la subjectivité, l’irréversibilité – et aborderait également certains thèmes anthropologiques qui lui sont liés, comme les rythmes calendaires, le travail ou le loisir. »
Relevant le défi de mettre en espace quelque chose qui « ne se voit, ni ne s’entend », comme l'indique Daniel Soutif dans le catalogue, l'exposition présente « Le temps dans tous ses états : sa perception, sa représentation, sa mémoire, son organisation, son usage. (...) [D]écoupée en douze sections, [Elle] commence dans la pénombre, souvenir de l'époque où l'observation du mouvement des astres et du ciel étoilé de la nuit était primordiale, [et] se termine en pleine lumière pour marquer le rythme humain fondamental du passage de la nuit au jour. Quatre cents œuvres, dont une clepsydre égyptienne ( avant J.C.), des horloges au césium, en passant par des œuvres de Nam June Paik (Moon is the oldest T.V.), des autoportraits d'artistes (Boltanski, Warhol), la lecture intégrale de La Recherche du temps perdu de Proust par des écrivains actuels, composent un parcours plus proche d'une véritable expérience que d'un simple accrochage. »
Une expérience qui confronte des objets techniques de toutes les époques et toutes les civilisations - un os gravé néolithique, la fameuse Machine d'Anticythère, un rarissime calendrier maya, des vanités de Picasso et de plusieurs artistes, classiques et méconnus (Cornelis Gysbrechts) ou contemporains, de Cindy Sherman à Philip Guston, une bibliothèque en accès libre remplie d'ouvrages littéraires, scientifiques et philosophiques dédiés au Temps, une vague sonore balayant l'espace de l'exposition, commandée au compositeur Heiner Goebbels. Bref, selon la Presse, « Une masse de savoirs et de données encyclopédiques, hors genre, cherchant avant tout à provoquer les rencontres les plus incongrues. » La critique reste quelque peu désarçonnée par la proposition multiple et complexe imaginée par Daniel Soutif, comme Catherine Millet le résume ainsi dans Artpress : « (...) si Le Temps, vite est un bilan des manières dont l’humanité a pensé, subi, mesuré, occupé le temps, il ne dégage vraiment aucun débat philosophique. »
En , à la fin de ses deux mandats et de ses huit années à la tête du Département du Développement Culturel du Centre Pompidou, ayant géré les deux itinérances de l'exposition Le Temps, vite, à RomeRome, Palazzo delle Esposizioni, Tempo !, du 28 juillet au 23 octobre 2000 et à BarceloneBarcelone, Centre de Cultura Contemporània, Art i Temps, du 29 novembre 2000 au 25 février 2001, Daniel Soutif laisse la place à Dominique Païni, l'ancien directeur de la Cinémathèque française.
Période Italienne (2002-2006) En 2002, Daniel Soutif prend en charge le second volet d'une grande exposition italienne produite par la région de Toscane Continuità. Arte in Toscana, à Florence, Pistoia et Prato. Consacrée aux années 1969-1989, années d'expérimentations et d'utopies, l'exposition de PistoïaPistoia, Palazzo Fabroni, Continuità. Arte in Toscana, 1969-1989, du 23 février au 9 juin 2002 met en lumière une création d'une vitalité aussi étonnante que mal connue du monde de l'art, malgré la visibilité internationale acquise par l'Arte Povera.