La locution allemande désigne le mouvement migratoire qui, à partir du , pousse des populations germanophones vers l’Europe centrale et orientale.

Cette est la traduction littérale française de la locution allemande. Son premier mot vient du verbe , pénétrer, traverser, insister, presser. peut se découper en plusieurs phases : du , a lieu l’Ostkolonisation, colonisation germanique de l'Europe orientale, qui cesse avec la peste noire ; du , l’Empire ottoman recule et la Pologne disparaît : l' reprend sous l’égide prussienne et autrichienne ; au , le pangermanisme y puise ses références historiques ; dans la première moitié du , le nazisme, avec son idéologie de l', s'appuie sur l’Ostkolonisation médiévale pour justifier son visant à asservir puis exterminer les de l’Est. La chute du nazisme aboutit à la fin de cette colonisation et à l'expulsion, en 1945, de d'Allemands d'Europe de l'Est.

Définition Amorcé avec la bulle d'or de Rimini par l’empereur germanique de Hohenstaufen au début du , le Drang nach Osten se traduit par l’établissement de colons allemands catholiques dans des territoires slaves et orthodoxes, ou baltes et parfois encore païens. Encadrant cette colonisation, l’ordre de moines-soldats des Chevaliers teutoniques, créé lors des croisades, s’implante d’abord en Transylvanie de 1211 à 1225, mené par son Grand Maître Hermann von Salza, soumet les Coumans et les Valaques, assure la souveraineté hongroise sur ce pays et ouvre la voie à la colonisation par des SaxonsJean Nouzille, La Transylvanie, Strasbourg, Revue d'Europe centrale, Strasbourg 1993 ; Harald Roth, Kleine Geschichte Siebenbürgens, Böhlau Verlag, Cologne 1996 et Béla Köpeczi (dir.), History of Transylvania, 3 vol., Boulder, East European Monographs, 2001-2002.. En 1226, les Chevaliers teutoniques conquièrent d’immenses domaines à l’Est de la mer Baltique, fondent un État théocratique dans les pays baltes, exterminant les derniers Lituaniens polythéistes (« païens ») et militarisant la frontière prusso-polonaiseÉric Christiansen, Les croisades nordiques, Alerion, 1995 .H.E. Stier (dir.), Grosser Atlas zur Weltgeschichte, éd.: Westermann, , . Leur défaite à Tannenberg, en 1410, affaiblit leur État, qui doit accepter la suzeraineté polonaise en 1466, avant de disparaître en 1525H.E. Stier (dir.), Grosser Atlas zur Weltgeschichte, éd.: Westermann, et 102.. La domination teutonique permet l’installation de colons germaniques dans ce qui va plus tard devenir la Prusse.

Des colons germaniques se sont aussi implantés pacifiquement dans plusieurs régions d’Europe centrale, à l’appel des souverains tchèques, hongrois, polonais ou ruthènes, désireux d’organiser politiquement, de christianiser et de mieux exploiter économiquement (notamment dans le domaine minier et forestier) des régions frontalières aux populations mal contrôlées. C’est l’origine de communautés spécialisées comme les Allemands des Carpates mineurs, bûcherons et bâtisseurs de fortins et de forteresses, ou comme les barons germano-Baltes, auxquelles il faut ajouter les confréries de moines germanophones bénédictins ou cisterciens, prieurs mais aussi défricheurs, constructeurs et enseignants. Tous ces colons laïcs ou religieux introduisirent en Europe centrale et orientale le code médiéval des lois germaniques dit « Miroir des Saxons ». Bien préservées, les églises fortifiées de Transylvanie sont un témoignage de cette époque. Les germanophones deviennent majoritaires dans les piémonts frontaliers de la Bohême-Moravie (Sudètes) et en Pologne occidentale (Silésie, Poméranie). Dans ces régions, la politique de germanisation de la maison de Habsbourg (puis Habsbourg-Lorraine et du royaume de Prusse, avec l’usage obligatoire de la langue allemande et la domination foncière des nobles autrichiens ou prussiens, a été pratiquée au par l’Autriche-Hongrie et l’Empire allemand. La colonisation germanique reprise depuis le sous l’égide des deux Kaisers des empires germaniques a aussi été encouragée dans leur immense empire par les Tsars de l’Empire russe. C’est pourquoi des communautés allemandes importantes vivaient encore en 1939 en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, en Yougoslavie, dans le Banat, en Transylvanie, en Bucovine, dans les pays baltes, dans le Boudjak, en Ukraine méridionale et en Russie soviétique méridionale.

L’histoire des corps francs de la Baltique au lendemain du premier conflit mondial montre que ce processus historique a été ultérieurement intégré dans la perspective nationaliste germanique, ici pour les Allemands de la Baltique. Certaines autres populations allemandes, des Sudètes, des Carpates, de Pologne, de Transylvanie, du Banat, de Bucovine, de Bessarabie, de la mer Noire ou de la Volga…, ont été instrumentalisées par le Troisième Reich pour faire pression sur les pays dont ils étaient citoyens, afin d’obtenir d’eux des territoires ou des avantages. Pour cette raison, la majeure partie de ces populations ont été, à la fin de la Seconde Guerre mondiale soit expulsées vers l’Allemagne, soit déportées vers le KazakhstanCharles Higounet. Die deutsche Ostsiedlung im Mittelalter (Aus dem Französischen von Manfred Vasold). Berlin : Siedler, 1986. In-8°, 405 pages, cartes, plans, illustrations, Bibliothèque de l'école des chartes, 1990..

Soit en 1919, soit en 1945, les noms allemands des villes ont été remplacés par les noms locaux antérieurs à la colonisation germanique : Brünn (par Brno), Karlsbad (par Karlovy Vary), Pilsen (par Plzeň), Schlackenwerth (par Ostrov nad Ohří), Stettin (par Szczecin), Breslau (par Wroclaw), Posen (par Poznań), Dantzig (par Gdansk), Hermannstadt (par Sibiu), Kronstadt (par Brașov), Memel (par Klaipėda). D'autres ont été remplacés par des noms soviétiques : Königsberg (par Kaliningrad).

Histoire

« Drang nach Osten » médiéval et Chevaliers teutoniques

Le début du est parfois attribué à Charlemagne qui, ne pouvant plus s'étendre vers l'ouest, repoussa la frontière orientale de la Germanie de l'Elbe, atteinte par les Slaves au moment des grandes invasions, à l'Oder, qui séparait les aires linguistiques germanique et slave sous Othon (936-973). Mais la plupart de ces territoires furent perdus à la suite de révoltes slaves. L'expansion allemande ne put reprendre qu'au milieu du : ce fut le . redresse|droite|vignette|L'évangélisation des Slaves (bas-relief en céramique sur l'hôtel de ville de Berlin). Les , nom donné aux Slaves occidentaux par les Allemands, furent alors massacrés, expulsés vers la Pologne ou assimilés par un flot de germanisation. Au , l'affaiblissement temporaire de la monarchie polonaise permit la création des « marches » (districts militaires frontaliers) du Brandebourg et du Mecklembourg. La christianisation de ces régions fut reprise après les révoltes païennes du et vit la renaissance des évêchés de Brandebourg, Lübeck, Schwerin, tandis que les paysans allemands mettaient en valeur tous les territoires jusqu'à la Neisse de Görlitz, laissant toutefois subsister une population slave, les Sorabes, qui existent toujours autour de Bautzen.

L'Oder fut largement dépassé au nord vers la Poméranie orientale, disputée aux Polonais et germanisée à son tour pendant le , tandis que, plus au sud, la Silésie et l'Est du royaume de Hongrie, dévastés au par les invasions mongoles, furent repeuplés par les colons allemands établis par la couronne de Saint-Étienne comme hôtes (hospites) jouissant de droits particuliers.

La Bohême, en revanche, résista mieux à la poussée germanique. Au , le roi Ottokar II de Bohême procéda à une colonisation massive avec des Allemands venus surtout de Bavière et des régions rhénanes. Il les établit comme ouvriers pour exploiter les mines d'argent découvertes à Kutná Hora, où ils furent rejoints par des commerçants et organisèrent des villes comme Eger ou Iglau.

L'entreprise la plus spectaculaire fut la colonisation des pays situés entre la Vistule et le golfe de Finlande, appelées aujourd'hui « Pays baltes » . Ce fut l'œuvre de deux ordres religieux, les chevaliers Porte-Glaive et les chevaliers teutoniques, dans le cadre des croisades baltes. Le premier fut créé spécialement en 1202 pour soutenir les premiers efforts de colonisation-christianisation à l'embouchure de la Dvina où l'archevêque de Brême avait envoyé en 1150 un missionnaire du Holstein nommé Meinhardt. Les progrès furent faibles, mais permirent d'établir en 1180 une ville, Riga, siège d'un évêché et lieu de rencontre des marins et commerçants de la grande association de commerçants de Hambourg et de Lübeck, la Hanse. Peu nombreux (leur effectif initial était de cent vingt), les chevaliers firent appel à de nombreux croisés, soldats attirés d'une part par le pardon des péchés (« indulgences ») et d'autre part par les perspectives d'enrichissement. Avec leur aide, ils construisirent dans la Lettonie actuelle des monastères fortifiés et des cités qui furent les bases de nombreuses campagnes de domination des autochtones d'origine balte (Latgaliens, Lettons) ou fennique (Estoniens et Lives). Les deux ordres fusionnèrent en 1237 et se heurtèrent aux Danois et aux Russes mais établirent finalement leur domination sur l'ensemble du territoire jusqu'au golfe de Finlande. Le pays fut divisé en « seigneuries » avec, à leur tête, un chevalier titulaire de la terre.

Les Chevaliers teutoniques (en allemand ) avaient été créés en 1190-1191 en Palestine sous le nom de « Frères hospitaliers allemands de Sainte-Marie de Jérusalem ». Cet ordre militaro-religieux quitta la Palestine et fut appelé par le duc polonais en conflit avec ses voisins du nord, les autochtones baltes (et encore païens), les Prusses ou Borusses, installés entre le Niémen et la Vistule. Un évêque polonais établi à Kulm se plaignait également de ces tribus trop indépendantes. Tous deux firent appel aux Teutoniques, le pape ayant accepté de patronner cette croisade qui s'organisa en 1230 avec des gens venus de tout l’Occident chrétien. Elle fut difficile car les autochtones résistèrent et se soulevèrent contre les envahisseurs.

Le pays ne fut soumis qu'en 1283. Il était gouverné par le grand maître de l'ordre Teutonique, assisté d'un conseil qui administrait vingt bailliages, à la tête desquels se trouvait un chevalier. Les croisés devinrent des paysans établis pour remplacer la population borusse tuée ou en fuite : ils germanisèrent le plat pays. À Marienwerder, forteresse-capitale, se joignirent des villes telles Thorn, Kulm, Elbing, qui entretenaient des relations avec la Hanse. En 1255 enfin fut fondée Königsberg (« mont Royal »), maintenant Kaliningrad, en l'honneur du roi de Bohême qui y avait contribué. Les liens organiques de l'État de l'Ordre () avec l'Empire germanique étaient assez flous et, en fait, les Teutoniques jouissaient d'une totale indépendance. Quant aux autres territoires, les empereurs laissèrent aux princes territoriaux du Brandebourg ou de la Saxe le soin de coordonner l'ensemble de l'œuvre coloniale, en accord avec l'Église dont les vastes évêchés de Magdebourg ou de Leipzig conservèrent un rôle longtemps prépondérant. À la fin du , la première grande vague de colonisation était achevée : les Allemands sortis de leur « foyer d'origine » (Heimat, entre le Rhin et l'Oder) avaient essaimé au nord jusqu'au golfe de Finlande, au sud presque jusqu'à l'Adriatique, à l'est jusqu'au cœur des Carpates roumaines. Le marqua indiscutablement l'apogée de l'ordre Teutonique et du médiéval. Emblème de l'ordre Teutonique, la croix dite « de Malte » grise lisérée de blanc est devenue par la suite l'emblème des armées prussiennes puis allemandes, jusqu'à nos jours.

Seconde vague en lien avec la Réforme luthérienne

Moins importante, la seconde vague affecta les territoires des Habsbourg, de la Prusse et de la Russie.