La réserve nationale de faune du Cap-Tourmente est l'une des huit réserves nationales de faune du Canada présentes au Québec. Établie dans une région liée aux premiers temps de l'histoire de la Nouvelle-France, cette réserve est destinée à protéger les marais au Scirpe d'Amérique, une plante qui constitue l'alimentation de l'Oie des neiges (ou oie blanche) lors de ses migrations annuellesService canadien de la faune (SCF) Région du Québec, consulté le 10 avril 2007]..

Localisation thumb|upright=1.2|left La réserve nationale de faune du cap Tourmente est située à Saint-Joachim, près de la ville de Sainte-Anne-de-Beaupré. Elle est sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de la ville de Québec, dans la municipalité régionale de comté de La Côte-de-Beaupré et donc dans la région de la Capitale-Nationale au Québec (Canada)Union québécoise pour la conservation de la nature, Cap-Tourmente - Au royaume de l'oie des neiges in Guide des milieux humides, consulté le 10 avril 2007..

Il est possible d'y accéder par la route 138 Est qui fait la connexion entre la ville de Québec et la région de Charlevoix, via l'avenue Royale de Saint-Joachim.

Histoire Période paléohistorique Avant la colonisation européenne du Québec, le cap Tourmente était appelé « Ajoasté » par les Iroquoiens du Saint-Laurent. Des fouilles archéologiques exécutées au début des années 1990 révélèrent dans les basses terres du cap Tourmente la présence de maisons longues iroquoises typiques. D'après la datation des vestiges trouvés, on estime que leur présence remonte au et peut-être plus tôt, au tournant du millénaire. Ces premiers habitants du lieu seront approchés par l'explorateur Jacques Cartier lors de son passage.

Le nom de « cap Tourmente » apparaît pour la première fois en 1608 sous la plume de l'explorateur Samuel de Champlain qui notait ainsi la propension des eaux du fleuve Saint-Laurent à s'agiter sous le vent à cet endroit :

La ferme de Champlain Les fouilles archéologiques ont également mis au jour les vestiges d'une ferme établie par Champlain. L'abondance et la qualité du fourrage des lieux n'étaient pas passées inaperçues et dès 1623 on y exploitait déjà cette ressource. Ce n'est que trois ans plus tard, en 1626, qu'on y érige une ferme. L'une des premières exploitations agricoles de la Nouvelle-France, elle avait pour fonction d'assurer la subsistance de la nouvelle colonie établie à Québec. Les bâtiments étaient d'architecture paysanne traditionnelle normande. Construits en colombage bousillé avec un toit de chaume, ils représentent l'un des rares exemples de ce type de construction en Amérique, hérité directement du Moyen Âge.

L'exploitation fut toutefois de courte durée. Deux ans plus tard, en , des hommes de frères Kirke saccagèrent et mirent le feu aux bâtiments dans le but d'affamer la colonie qu'il ne pouvaient prendre autrement. Il s'ensuit une longue période d’inoccupation de plus de trois décennies. Dans les années 1660, entre Cap-Rouge et le Cap Tourmente est ouvert le premier tronçon du Chemin du Roy.

La ferme du Séminaire de Québec (1664-1969) Vers 1664, Monseigneur François de Laval acquiert la seigneurie de Beaupré, territoire incluant le cap Tourmente, afin d'en faire des terres agricoles vouées à l'approvisionnement du Séminaire de Québec. Jusqu'au milieu du , l'agriculture et l'élevage du bétail, en plus de la chasse en saison, constitueront l'activité essentielle des lieuxLepage, Christine, Service canadien de la faune (SCF), in Histoire du cap Tourmente et de la région, Association des amis et amies du cap Tourmente, consulté originellement le 10 avril 2007 (archives consultées le 22 août 2009)..

Deux fermes y seront d'abord érigées : la Petite-Ferme et la Grande-Ferme. À la suite de leur destruction par les Anglais en 1759, ces deux exploitations agricoles seront subdivisées en plusieurs établissements plus petits. Les subdivisions de la Grande-Ferme seront localisées à l'extérieur du territoire actuel de la réserve. La Petite-Ferme partagera son terrain d'origine avec trois autres sur le territoire de la réserve : la Ferme de la Friponne, la Ferme du bout du cap (ou la Ferme du Cap Tourmente) et la Ferme Chevalier. La Grande-Ferme, reconstruite en 1866 et reconnue monument historique par le Ministère de la culture et des communications du Québec le , est située à environ à l'est de l'entrée de la réserve.

De 1747 à 1760, Joseph-Michel Cadet, dit Caddé, devient le nouveau contremaître à la Petite-Ferme. Il est nommé « Boucher du Roi » et « munitionnaire général de la Nouvelle-France » ce qui lui donne la responsabilité de fournir en matériel et équipement la colonie et le Roi. Il devient rapidement l'homme le plus riche de la Nouvelle-France, ce qui lui vaut un bannissement de neuf ans: on découvre qu'il vendait à un prix démesuré au Roi en partageant les profits avec l'intendant François Bigot et nuisant ainsi aux intérêts de la colonie.

La ferme de la Friponne est construite entre 1750 et 1752 sur les berges de la rivière qui porte aujourd'hui ce nom. Son premier contremaître est un Charlesbourgeois nommé Charles Guilbaut. La maison des Français, qui subsiste toujours, faisait partie de la ferme de la Friponne. Le bâtiment servit probablement au cours de son existence de laiterie, de lavoir, de forge, de fournil et peut-être d'habitation.

Lors de l'invasion de la colonie par les Britanniques en 1759, les soldats du général James Wolfe, après que leurs navires aient jeté l'ancre dans la région, incendièrent et détruisirent les fermes et les terres agricoles dont les bâtiments du cap Tourmente. Dès 1760, les deux fermes sont reconstruites. En 1786, la ferme du bout du cap est aménagée avec ses dépendances. Lorsque les fermiers qui l'habitent la quittent, elle devient un camp pour les pêcheurs d'anguilles du Séminaire. La ferme Chevalier, quant à elle, dont l'histoire est moins connue, fut démolie pierre par pierre pour permettre la construction de la maison d'un médecin de la région à Saint-Ferréol-les-Neiges.

En 1934, l'électricité devient pour la première fois accessible au cap Tourmente et à la Petite-Ferme. En 1940, c'est la ferme de la Friponne qui subit un incendie; elle ne sera pas reconstruite et ses terres demeureront en friche comme pâturage. Le Centre d'interprétation de la réserve est situé à proximité de la ferme, dont ne subsiste qu'un petit bâtiment, la Maison des Français. La ferme du bout du cap subira le même sort vers la fin des années 1950.

Le Service canadien de la faune (1969 à nos jours) Le Service canadien de la faune fait l'acquisition en 1969 des terres pour . Le , la réserve nationale de faune du cap Tourmente est créée afin de protéger les terres humides où pousse le Scirpe d'Amérique, plante dont la racine est l'un des mets privilégiés par la grande oie blanche lors de sa halte au cours de ses migrations semi-annuelles. Le centre d'interprétation fait son apparition et la Petite-Ferme abrite désormais les bureaux administratifs de la réserve.

Le , le cap Tourmente devient la première réserve protégée en Amérique du Nord en vertu de la convention de Ramsar sur la protection des aires humides.

L'entrée, gratuite jusqu'en 1985, devient alors payante et subit des augmentations jusqu'en 1991, puis en 1999. Le coût d'entrée, actuellement de 6,-- $ en été et 4,--$ en hiver, demeure cependant inférieur à celui d'autres sites de plein-air et d'écotourisme de la région de QuébecLoi sur les espèces sauvages du Canada - Loi sur la gestion des finances publiques, Règlement modifiant le Règlement sur les réserves d'espèces sauvages, C.P. 1999-205, Gazette du Canada, Gouvernement du Canada, 11 février 1999, consulté le 10 avril 2007.. La Petite-Ferme, ainsi qu'une maison en annexe de cette dernière, la « Maison des Français » ont été respectivement classés et reconnus édifices fédéraux du patrimoine par le bureau d'examen des édifices fédéraux du patrimoine le .

En 2008, alors que l'Association des amis de Cap Tourmente évoque un retrait de la contribution annuelle de du gouvernement fédéral qui constitue le tiers du budget d'animation du site et que le député du Bloc québécois de la circonscription électorale de Montmorency—Charlevoix—Haute-Côte-Nord Michel Guimond dénonce le mauvais entretien des lieux, la ministre conservatrice Josée Verner confirme que des négociations sont en cours afin d'assurer le financement à long terme des activités du siteBenjamin, Guy, L'optimisme de retour à Cap-Tourmente, journal Le Soleil (Québec), 23 janvier 2008, ..

En 2019, un nouveau sentier, "Les Chutes", est aménagé au coût de 1,3 million de dollars canadiensRose Vézina, Julie, Nouveau sentier à Cap-Tourmente, L'autre voix, 3 juin 2019, consulté en ligne le 17 mars 2021. Long de 4,8 km aller-retour, il permet d'observer les chutes du ruisseau de la friponne à partir de quatre belvédères, dans un secteur auparavant inaccessible aux visiteurs.

Déjà en 2015, le ministère, responsable pour la réserve du cap Tourmente, a été rebaptisé ministère de l'Environnement et du Changement climatique. Plus récemment, la dénomination ministre de l'Environnement, du Changement climatique et de la Nature, associée à l'actuelle ministre Julie Aviva Dabrusin, a été adoptée le 13 mai 2025.

+ thumb|upright=3.0|center|Carte de la réserve du cap Tourmente

Géomorphologie thumb|upright=1.1|La falaise où niche le Faucon pèlerin La réserve du cap Tourmente couvre ha sur les berges de l'estuaire du Saint-Laurent à la rencontre des régions géologiques des basses terres du Saint-Laurent et du plateau laurentien. La rencontre de l'escarpement du plateau et des premiers kilomètres de l'estuaire du fleuve provoque un microclimat où l'hiver est légèrement moins froid, mais plus humide que dans les régions avoisinantes et l'été plus frais. On identifie quatre éléments géomorphologiques sur la réserve : la batture ou l'estran, la plaine, le plateau laurentien et, à la jonction du plateau et de la plaine, la zone de contact.

L'estran se compose de la slikke, de la haute slikke et du schorre. Une microfalaise d'environ un mètre sépare la slikke du schorre. Le marécage côtier est établi sur le schorre. La slikke et le schorre sont traversés de chenaux de marée par où s'écoulent les eaux lors du jusant. La haute slikke est la zone colonisée par le Scirpe d'Amérique et forme ainsi le marais intertidal. Un talus de plusieurs mètres sépare le schorre de la plaine quoique aujourd'hui, ce talus soit difficile à distinguer en bien des endroits en raison de son utilisation pour l'agriculture et la construction de la voie ferrée. La plaine s'insère entre l'estran et le plateau laurentien. La plaine, qui repose sur un substrat de shale d'Utica, est structurée en quatre terrasses façonnées par le retrait en phases successives de la mer de Goldthwait. Les dépôts de sédiments laissés par la mer ont rendu les terres très fertiles pour l'agriculture. Le plateau laurentien avec l'escarpement qu'il engendre constitue un trait marquant du paysage de la réserve. Certaines falaises ont un dénivelé vertical de presque et le point le plus haut de la réserve s'élève à d'altitude. La zone de contact est constituée par un amalgame des éléments de la plaine et du plateau. L'érosion (érosion fluviale, éboulis) entraîne vers le bas du versant pierres, sédiments et minéraux caractéristiques du plateau qui s'amoncellent avec les sédiments et la roche sédimentaire propres à la plaine.

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