vignette|448x448px|Amphore funéraire protoattique d'Égine (?), H. . Peintre de Polyphème. Ulysse, ses hommes / Polyphème ; lion / sanglier ; Gorgones (à têtes de chaudrons orientalisants) / Persée. Vers 650. Musée archéologique d'Éleusis vignette|300x300px|Olpé Chigi. Protocorinthien moyen, vers 640-630. H. . Combat d'hoplites qui resserrent leurs rangs au son d'un petit joueur d'aulosMusée national étrusque de la villa Giulia L'époque orientalisante ou du style orientalisant est l'époque de la culture et de l'art de la Grèce antique correspondant à la période centrale de la Grèce archaïque. Elle recouvre une durée dont les limites peuvent aller, selon les spécialistes, de la seconde moitié du à la première moitié du AEC, ou bien de 720 à 600 AEC. Elle suit l'époque géométrique (environ 900 - 700) et correspond donc au moment central de la période archaïque (800/700 - 480/479).

Cette époque est caractérisée par la circulation et l'assimilation de faits culturels et de modèles artistiques orientaux. Des techniques, des modèles iconographiques et des modes de composition s'imposent de l'Orient à la Grèce, à l'Étrurie et jusqu'à Tartessos, au sud de la péninsule ibérique. Les productions artistiques sont qualifiées d'« orientalisantes ». En Grèce, le phénomène est renforcé par la créativité des artisans et des commanditaires, stimulée par l'afflux de ces nouveautés dans le bassin méditerranéen et par des rivalités au sein des élites et entre cités.

Le phénomène d« orientalisation » concerne les Grecs et aussi d'autres cultures. Les Phéniciens en sont, pour l'essentiel, à l'origine. Leur tradition culturelle fait de l'utilisation de formes étrangères une pratique récurrente dans les arts, un éclectisme. Les Chypriotes, qui sont à leur contact et au contact des Grecs accueillent ces rencontres culturelles et les diffusent. La Crète est un foyer essentiel, très tôt. Corinthe est la première cité "orientalisante", puis ce phénomène gagne l'Attique, les Cyclades et enfin la Grèce de l'Est. Plus à l'Ouest, au contact des marchands et des colonies grecques et phéniciennes, les élites étrusques s'approprient de telles nouveautés "exotiques" pour mieux se distinguer de leurs voisins, dont les anciens Romains, qui tentent alors de les imiter.

Au cours de l'époque orientalisante la Grèce reçoit, donc, l'influence du Moyen-Orient. Ce qui se manifeste dans de nombreux domaines comme les bronzes, la sculpture et l'architecture. Mais, pour les archéologues, ce phénomène concerne principalement les décors réalisés par les potiers-peintres, stimulés par le contact avec les modèles orientaux et du fait social de l'émulation ou de la rivalité entre les cités naissantes et conflictuelles. Les fragments de ces poteries permettent, aujourd'hui, de dater assez précisément les niveaux archéologiques tant ils sont caractéristiques d'une provenance, souvent un atelier, et d'une période précise.

De nombreux objets d'importation, en particulier déposés dans les sanctuaires grecs, peuvent signaler trois choses. Soit il s'agirait des dépôts faits par les élites grecques de produits importés par des commerçants ; soit ils portent la trace du passage d'étrangers ; soit, enfin, ils signalent l'état des relations internationales et la proximité de certains cultes à cette époque dans cette partie du bassin méditerranéen.

Selon John Boardman cette « révolution orientalisante » (Orientalizing revolution) a conduit aux formes que l'on appelle « classiques » de l'art naturalisteJohn Boardman, The age of heroes : Greeks and Phoenicians on the wine-dark sea in . Elle s'en distingue pourtant bien : la nature, les animaux, les plantes et les monstres, souvent plus que la représentation de l'homme, occupent les artistes ; ce rapport s'inversera ensuite.

vignette|405x405px|Œnochoé aux animaux paissant. Style des Chèvres sauvages, v. 625. Milet. Villa Getty

Orientalisation (généralités): le concept Les auteurs qui emploient ce concept aujourd'hui remettent en question certains a priori ou sous-entendus liés aux études savantes héritées du et centrées sur la Grèce. Une idée de ce type est pointée par Ann C. Gunther. Cela consiste à chercher une « main grecque » derrière un objet découvert en un lieu quelconque. Si l'on prend l'exemple d'une figurine en ivoire représentant un jeune garçon aux jambes repliées, découvert dans le sanctuaire dédié à Héra à Samos, probablement un élément attaché à une lyre. Martin Robertson (1975) y voit « beaucoup d'Orient, mais la précision de la forme, la nette division des parties sont totalement grecs ». Finalement, en 2012 cette figurine a été attribuée à un atelier Crétois, établi à Samos à moins qu'il ne s'agisse d'un objet importé depuis la Crète. La question des connaissances relatives aux différents styles pose donc problème pour une éventuelle attribution. Mais l'attribution de certains caractères propres et permanents à la Grèce antique est inenvisageable aujourd'hui en raison d'une meilleure connaissance des productions et parfois des ateliers. Certains caractères "orientaux" sur des objets découverts à Pithécusses (vers Naples) semblent ainsi produits par des ateliers Levantins travaillant pour des commanditaires grecsGiorgio Buchner traduit dans , , cité par . Il est alors impossible de considérer de tels objets comme relevant d'un style grec, ou autre. L'orientalisation apparaît plutôt comme une hybridation, l'assimilation de références diverses issues de lieux souvent très éloignés. Les protomés de chaudrons à figure de griffons et de sirènes, découverts en Grèce continentale, en Turquie et en Grèce de l'Est, ainsi qu'en Italie étrusque sont ainsi soumis à des études d'ordre technique et non stylistiques en raison de la complexité du problème.

Orientalisation (généralités): des échanges en tous sens

Échanges en Méditerranée Ce nouveau style artistique qui caractérise la période orientalisante reflète une longue période, sur plus d'un siècle, d'échanges culturels accrus dans le monde égéen jusqu'au Moyen-Orient. Dans ce vaste mouvement généralisé, l'expansion grecque n'apparaît pas comme une colonisation, c'est-à-dire comme un mouvement d'ensemble massif ou une série d'actions ponctuelles visant à la soumission des peuples colonisés - ou encore à l'exploitation des territoires. Il faut y voir plutôt une multitude de mouvements dispersés dans l'espace et étalés sur une longue période, où les commerçants ont un rôle important.. Un certain nombre d'établissements stables ont été fondés, parfois à la demande des autochtones, pour aider au commerce avec les Grecs (par exemple à ElcheVoir, entre autres à propos d'Elche : Colonisation grecque#Brassages initiaux.).

Ces phénomènes permettent d'aborder la notion d' "identité" des peuples du monde méditerranéen et de l'interculturalité qui s'opère à cette époque, à partir de relations réciproques et complexes.. Walter Burkert a très simplement décrit le nouveau mouvement de l'art grec comme une révolution : . Cependant il ne s'est pas agi d'un phénomène identique partout et pouvant trouver une explication globale. Il s'agit plutôt, dans chaque communauté, d'un processus d'emprunts sélectifs, à chaque fois différents, tirés de références les plus diverses.

Le commerce est alors essentiel, ainsi on constate sur la côte moyen-orientale une très grande différence entre cette période et ce qui a précédé ou suivi dans le plus grand nombre et la distribution des céramiques grecques. Et, de la même façon que les Grecs ont été touchés par les Phéniciens, les Égyptiens et les Syriens du Nord, de la même façon ces cultures ont été véhiculées plus à l'Est, par l'empire néo-assyrien jusqu'en Mésopotamie et au golfe Persique, engendrant là aussi imitations et adaptations. On peut donc envisager les interactions entre les cultures et pas seulement l'« influence » dans un seul sens, d'Est en Ouest. Et cela concerne, dans le domaine artistique, non seulement les objets (leurs formes et leurs fonctions) mais aussi les styles et les iconographies.

Ce phénomène commence progressivement. Les premières fondations d'installations permanentes, en Asie Mineure, commencent à l'orée du millénaire, à Milet, Smyrne et Éphèse ; au milieu du Pithécusse est, semble-t-il, la première création des Eubéens en Italie entre 770 et 750. Mais à la fin du le mouvement s'accélère en tous sens. L'émergence des motifs orientalisants dans la poterie grecque est le fait d'une « construction progressive » du et sous la forme d'une « évolution interne » tout au long de l'époque archaïque en référence à Croissant, in .

Le phénomène s'arrête tout aussi progressivement. À partir du milieu du la croissance de la puissance achéménide, à l'extrémité orientale de la mer Égée et en Asie Mineure, a réduit la quantité de biens orientaux trouvés dans les sites grecs, alors que les Perses commençaient à conquérir les villes grecques en Ionie, le long de la côte de l'Asie Mineure, tout ceci participant à la disparition de références directes. Cela dit, les styles locaux avaient auparavant « complètement » intégré ces références orientales sous des formes, et par des solutions plastiques ou autres, devenues originales, propres à chaque communauté et dans les ateliers locaux.

Rivalités en Grèce Rivalités entre cités En Grèce même, ouverte à ces échanges avec le Moyen-Orient, les rivalités entre cités, constituées depuis peu ou qui se constituent à cette époque, favorisent des styles propres à chaque cité. L'orientalisation, cette ouverture du monde grec à l'Orient et l'utilisation de modèles orientaux va servir de distinction entre cités rivales. Les Jeux olympiques antiques favorisent l'émulation entre cités. Ces jeux sont, d'ailleurs, très certainement effectifs vers la fin du , donc au début de cette époque orientalisante. Les rivalités aboutissent parfois à des guerres, mais à aucune « grande » guerre au cours de cette période : Sparte est engagée dans la conquête de la Messénie (première 690-670, seconde 625-600), la guerre lélantine, entre Érétrie et Chalcis en Eubée entraine l'effacement de l'Eubée en Orient comme en Occident, et plusieurs affrontements à portée limitée ont été identifiés, comme la destruction d'Asinè par Argos et probablement un conflit entre Égine et Athènes, voisines, qui se serait terminé aux dépens d'Athènes.

Les grands sanctuaires sont aussi des lieux où, par leurs dépôts, les cités rivalisent, avec des commanditaires particuliers, issus des élites, et des ateliers d'artisanat d'art spécialisés. Les familles de ces élites rivalisent dans ces sanctuaires et moins par les offrandes déposées dans les tombes comme c'était le cas auparavant. On constate ainsi une augmentation des offrandes, accompagnées régulièrement d'objets étrangers au début de cette époque. Cependant il est à noter que la manifestation d'un style qui serait propre à une cité, à un moment précis, est difficile à appliquer aux œuvres orientalisantes, dont les attributions restent floues. En effet des choix ont été faits au sein du répertoire orientalisant par des commanditaires et des artisans, qui brouillent, aujourd'hui, l'identification de ces objetsHélène Aurigny, Offrandes et fréquentations à Delphes au : Les productions grecques, in .

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