vignette| métalliques marquent les charniers des quelque enterrés entre 1945 et 1950 dans le camp spécial de Buchenwald dans une forêt qui a poussé après 1950 (photo de 2007). Les camps spéciaux, en allemand : Speziallager, étaient des camps mis en place en 1945 par l'administration militaire soviétique en Allemagne (SMAD) dans la zone d'occupation soviétique après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces camps subsistèrent jusqu'en 1950 en République démocratique allemande.
En langue administrative russe, ils étaient abrégés en Spezlag au singulier et Spezlagerïa au pluriel. Comme les prisonniers de ces camps vivaient coupés du monde extérieur, ils étaient aussi surnommés camps du silence ()Kai Cornelius, Vom spurlosen Verschwindenlassen zur Benachrichtigungspflicht bei Festnahmen, BWV Verlag, 2004, ,133-134, .. Dans les annonces en allemand, les autorités des camps utilisaient le mot Anhaltelager (camp de détention).
Les camps spéciaux furent mis en place par l'ordre du NKVD du NKVD-Befehl 00315 von L. Beria vom 18. April 1945, Dokumentationsstelle der Stiftung Sächsische Gedenkstätten zur Erinnerung an die Opfer politischer Gewaltherrschaft, Lien externe . dans le but de « nettoyer l'arrière des troupes combattantes de l'Armée rouge des éléments ennemis ». Les forces d'occupation soviétiques y internèrent un nombre important de personnes considérées comme dangereuses, beaucoup plus que les forces d'occupation occidentales dans leurs propres camps d'internement. Elles ont également maintenu ces camps plus longtemps qu'à l'ouest, principalement afin de réprimer les opposants politiques en zone soviétique. vignette| Le camp spécial se trouvait à Bautzen (vue du sud-est ; à gauche l'église, à droite l'aile est, photo de 2007). Il y avait au total dix camps spéciaux dans la zone d'occupation soviétique : Mühlberg, Speziallager Nr. 2 Buchenwald, Berlin-Hohenschönhausen, Bautzen, Ketschendorf, Jamlitz (anciennement à Francfort-sur-l'Oder), Sachsenhausen (Oranienburg) sur le site de l'ancien camp de concentration d'Oranienbourg-Sachsenhausen, Weesow (Werneuchen), Torgau et Fünfeichen (Neubrandenbourg).
Dans les anciens territoires de l'Est de l'Allemagne se trouvaient aussi un certain nombre de camps spéciaux où les prisonniers étaient transférés à grande échelle. Des centres de détention pour les condamnés du Tribunal militaire soviétique (en allemand : Sowjetisches Militärtribunal, abrégé en SMT) furent créés sur site à Bautzen, Sachsenhausen et Torgau, cependant les détenus des camps spéciaux constituaient l'essentiel des prisonniers« Les condamnés du SMT ne faisait pas partie des détenus des Speziallager et étaient complètement isolés des autres », d'après : Sergej Mironenko, Lutz Niethammer, Alexander v. Plato (Hrsg.): Sowjetische Speziallager in Deutschland 1945 bis 1950, Band 1 Studien und Berichte, Akademie Verlag, Berlin 1998, ..
En outre, il existait plusieurs prisons du NKVD telles que Nr.5 Strelitz et Nr.6 Berlin-Lichtenberg. Les camps spéciaux de Buchenwald, Sachsenhausen et Jamlitz furent installés dans les anciens camps de concentration de Buchenwald, Sachsenhausen et Lieberose, des sites que les forces d'occupation soviétiques avaient continué à utiliser à partir d'.
Modèle soviétique Tous les camps spéciaux étaient subordonnés au Commissariat du peuple aux affaires intérieures (NKVD, à partir de 1946 MVD), qui avait son propre service « camp spécial ». Le , le chef du NKVD, Lavrenti Beria, nomma Ivan Serov « plénipotentiaire du NKVD pour le groupe des troupes d'occupation soviétiques en Allemagne ». C'était le supérieur direct du chef du département des camps spéciaux du NKVD, Mikhail Sviridov. L'administration centrale des dix camps spéciaux soviétiques était située au Speziallager Nr.3 Berlin-Hohenschönhausen.
Avec l'arrêté 00559 du , le terme camp spécial ne fut officiellement plus employé par les Soviétiques. Cependant, comme il y restait dans trois de ces camps jusqu'en 1950, le terme resta utilisé. Certaines zones et des bâtiments des camps spéciaux furent ensuite affectés au système pénal ou comme centre de détention provisoire ; à partir de 1948, ils relevèrent de l'Administration centrale des camps (goulag) du ministère de l'Intérieur soviétique.
Emprisonnement et interrogatoires Dès le début, les nouvelles autorités allemandes mises en place par l'occupant accompagnent la politique soviétique d'arrestations d'opposants. Au départ, les bureaux d'information des administrations de l'État étaient utilisées, puis à partir de 1947, cette tâche fut confiée au de la police populaire, créé pour l'occasion par la SMAD. De nombreux anciens membres de l'appareil clandestin du Parti communiste d'Allemagne collaborèrent avec le NKVD à partir de 1950, rejoignant le nouveau ministère de la Sécurité d'État. Le futur ministre de la Sécurité d'État Erich Mielke était l'un d'entre eux. L'accusation d'« activité fasciste » était un prétexte de moins en moins utilisé, les internements servant de plus en plus à réprimer toute opposition politique - ou ce qui pouvait être considéré comme telle.
Après l'arrestation, les Soviétiques procédaient à des interrogatoires réguliers au NKVD local pendant des jours voire des semaines, souvent accompagnés de tortures. Les procès-verbaux d'interrogatoire donnés à signer étaient souvent rédigés uniquement en russe et contenaient parfois des aveux que les détenus n'avaient pas faits ou qui étaient déformés. Dans la grande majorité des cas, les accusations n'étaient pas suffisantes pour des poursuites judiciaires, cependant la personne n'était alors pas renvoyée chez elle, mais internée dans l'un des camps spéciaux. Dans le cas contraire, des poursuites avaient lieu devant le tribunal militaire soviétique (SMT).
On dénombre plus de de camps spéciaux internés jusqu'en 1948-1950. Du point de vue des Soviétiques, l'accusation initiale était toujours le motif de l'emprisonnement. Quand un officier en uniforme soviétique demandait à un détenu « Pourquoi êtes-vous ici », celui-ci devait répondre « Suspecté de... ».
Procédure devant le tribunal militaire soviétique La procédure était fondée sur une conception stalinienne de la loi, selon laquelle il n'importait pas de déterminer la culpabilité individuelle, mais plutôt de retirer de la vie publique les opposants présumés au système soviétique. La loi soviétique était donc appliquée rétrospectivement, en utilisant l'article 58 du Code pénal de la République socialiste fédérative soviétique de Russie. Le terme général « Activités contre-révolutionnaires » recouvrait presque tout ce qui pouvait « affaiblir le pouvoir des conseils ouvriers et paysans » ou pouvait être dirigé contre les « réalisations économiques, politiques et nationales fondamentales de la révolution prolétarienne ». Dans la procédure accélérée habituelle qui durait de 15 à 20 minutes, 25 ans de travaux forcés étaient une peine courante. Ni l'avocat de la défense ni les témoins à décharge n'étaient admis et il n'y avait pas de possibilité d'appel. La culpabilité n'avait pas à être prouvée, « l'accusation » était suffisante pour être déporté vers l'URSS, fusillé immédiatement ou interné dans un des établissements pénitentiaires soviétique sur le sol allemand. Ces derniers se trouvaient sur les sites des camps spéciaux de Bautzen, Sachsenhausen et Torgau jusqu'en 1948 ou 1950. De 1947 à , la peine de mort était abolie en URSS, de sorte que les condamnations à mort prononcées lors ces années furent commuées en emprisonnement à perpétuité ou en 25 ans d'emprisonnement dans la zone soviétique. De 1945 à 1947, un total de à mort furent prononcées et appliquées, de 1950 à 1953, il y en eut 606Stiftung Sächsische Gedenkstätten, Dokumentationsstelle Widerstands- und Repressionsgeschichte..
L'absence de fondement constitutionnel des jugements du Tribunal militaire soviétique apparaît lors des réhabilitations prononcées par la fédération de Russie en vertu de la loi du : des de réhabilitation de citoyens allemands furent traitées, dont positivement (95,1 %) et 489 négativement (4,9 %). Les personnes reconnues coupables d'espionnage présumé constituaient le groupe le plus important avec . Le taux de réhabilitation était alors de 99,3 %.
Cependant, les détenus des camps spéciaux ne purent être réhabilités en vertu de cette loi car il n'y avait pas eu de condamnation préalable à leur emprisonnement.
Dans les camps spéciaux se trouvaient aussi des citoyens soviétiques : il s'agissait de soldats faits prisonniers par les Allemands, et qui étaient déportés conformément à l'ordonnance de Staline« Ceux qui sont encerclés doivent se battre jusqu'à la mort et essayer de regagner notre peuple. D'autre part, quiconque préfère la captivité doit être détruit par tous les moyens. Les proches des soldats de l'Armée rouge qui se sont livrés à l'ennemi doivent être privés des subventions et du soutien du gouvernement », cité dans : Dmitri Wolkogonow: Triumph und Tragödie. Politisches Porträt des J. W. Stalin. Band 2/1, Berlin 1990, . du , car considérés comme traîtres à la patrie : pour ceux-là les camps spéciaux n'étaient qu'une étape vers le Goulag. De nombreux travailleurs embauchés à l'Est par les Allemands subirent le même sort, étant aussi souvent considérés comme des traîtres à la patrie. En 1947, il ne restait que 695 citoyens soviétiques dans les camps.
Répartition vignette|Plan du Speziallager Nr. 6 Jamlitz. On dénombra jusqu'à 10 camps spéciaux dans la zone d'occupation soviétique : , près de Mühlberg, Brandebourg ; Speziallager Nr. 2 Buchenwald ; Speziallager Nr. 3 Hohenschönhausen Speziallager Nr. 4 Bautzen () ; Speziallager Nr. 5 Ketschendorf : Camp d'internement de Ketschendorf ; Speziallager Nr. 6 Jamlitz () ; Speziallager Nr. 7 Weesow, près de Werneuchen (de mai à ) ; Speziallager Nr. 7 Sachsenhausen / Oranienburg ( d' à ), situé en partie à l'emplacement du Camp de concentration d'Oranienbourg-Sachsenhausen ;
ainsi que des camps spéciaux dans les anciens territoires de l'est du Reich : Speziallager Nr. 6 Frankfurt/Oder ( à ), Francfort-sur-l'Oder, sur la rive est de l'Oder ; après sa fermeture, les prisonniers sont transférés à Jamlitz. Il reste la prison n°7 du NKVD et un camp de prisonniers de guerre. Speziallager Graudenz ( à ), Grudziądz ; Speziallager Nr. 4 Landsberg (actuelle Gorzów Wielkopolski, à ) ; Speziallager Oppeln (juin à ), Opole ; Speziallager Nr. 2 Posen (avril à ), Poznań ; Speziallager Schneidemühl (jusqu'à ), Piła; Speziallager Schwiebus (ferme en ), Świebodzin ; Speziallager Tost (mai à ), Toszek.
Détenus Beaucoup des détenus étaient des membres du parti nazi, ou des petits fonctionnaires (des Blockleiter et des Zellenleiter) du parti ou d'autres organisations nazies. La propagande nazie de la fin de la guerre qui avait incité les jeunes Allemands à rejoindre la Werwolf a conduit dans les camps soviétiques des milliers de jeunes âgés de 12 à 18 ans. Benno Prieß, l'un de ces jeunes, fut interné dans les camps spéciaux du NKVD, bien que totalement innocent, et a documenté les arrestations massives de cette époque dans deux livres. Les actes d'arbitraire étaient monnaie courante : d'innombrables personnes furent arrêtées dans la rue uniquement pour remplir les quotas du « plan » stalinien d'arrestations. On vit même un employé de tramway, S-Bahn-Führer, être emprisonné comme SS Bannführer présumé. Les enfants nés dans les camps étaient généralement hébergés dans des zones séparées avec leurs mères. Certaines des femmes furent emprisonnées alors qu'elles étaient déjà enceintes, ou tombèrent enceintes dans le camp Alex Latotzky : Kindheit hinter Stacheldraht, Mütter mit Kindern in sowjetischen Speziallagern. Forum Verlag, Leipzig 2001 ..