La famille de Clare est une célèbre et puissante famille anglo-normande issue de Godefroi (ou Geoffroy), comte d'Eu, un des fils illégitimes du duc de Normandie Richard Sans-Peur, et originaire du petit village de Saint-Martin de Bienfaite, près d'Orbec, en Normandie.

Arrivée avec la conquête normande de l'Angleterre en 1066, elle joua un rôle primordial en Angleterre, Galles et Irlande jusqu'à sa disparition en 1314.

Histoire

La famille tire son nom d'une ville qui servait de siège au grand honneur qu'avait reçu en récompense Richard de Bienfaite, fils de Gilbert de Brionne, et fondateur de cette famille, à Clare dans le Suffolk, après la conquête de l'Angleterre.

Richard de Bienfaite fut l'un des plus riches barons de l'Angleterre nouvellement conquise. Il était un proche conseiller du roi Guillaume le Conquérant, et fut un temps corégent du royaume d'Angleterre.

Dans les premières générations, les membres étaient connus indifféremment sous les noms de Clare, Tonbridge ou Bienfaite. Mais ils devinrent rapidement si connus et puissants, que les chroniqueurs contemporains les identifient seulement par le nom de leur père et non par le nom de leurs fiefs. Comme de plus, ils utilisaient les prénoms Richard et Gilbert à chaque génération, on trouve donc de nombreux Fitz Richard et Fitz Gilbert (fitz est une altération de fils) qu'il est facile de confondre.

Les possesseurs de l'honneur de Clare furent souvent dénommés comte Clare (Earl Clare en anglais), de manière honorifique. Même une fois faits pairs du royaume, ils furent connus en tant que comte Clare, à la manière des comtes Warenne.

Sous le règne d', la richesse de la famille se renforça. Ces concessions de territoires aux divers descendants de Richard de Bienfaite ne sont pas liés, comme on peut parfois le lire à tort, au fait que les Clare auraient été impliqués dans la mort du roi Guillaume le Roux dans la New Forest en 1099, mais plutôt au fait qu' chercha à se concilier les bonnes grâces des grands barons du royaume au début de son règne F. H. M. Parker, « The Forest Laws and the Death of William Rufus », dans English Historical Review, vol. 27, n° 105 (1912), 26-38..

Les Clare furent probablement la famille qui a le plus réussi à accroître ses biens et sa puissance durant le . Ils furent de bien des façons la famille noble la plus puissante du anglais. Toutefois, en 1314, la lignée mâle s'éteignit, et l'héritage revint en majorité à la couronne.

Le comté de Clare en Irlande doit son nom à la famille.

Membres remarquables Premières générations

Richard Fitz Gilbert dit aussi Richard de Bienfaite († 1090), fut le fils de Gilbert de Brionne († 1040), comte d'Eu. Son père fut le tuteur du duc Guillaume le Bâtard (plus tard le Conquérant) lors de sa minorité. Richard trouva refuge en Flandre quand son père fut assassiné par Raoul de Gacé et Robert, fils de Giroie en 1040François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Ouest-France, 1998, p.107Guillaume de Jumièges, Gesta Normannorum ducum, Éd. Guizot, 1826, livre VII, chapitre II.

Il fut seigneur de Bienfaite et d'Orbec après que le duc l'eut restauré dans ses possessions, et après la conquête de l'Angleterre fut lord de Clare et de Tonbridge. Il était le neuvième baron le plus riche du royaume en 1086 d'après le Domesday Book. Sa possession principale était l'honneur de Clare, un vaste ensemble de terres d'un seul tenant dans le Suffolk.

Il fut nommé corégent (Joint Chief Justiciar) par le roi Guillaume lors de son absence du royaume, et il aida à réprimer la révolte des comtes en 1075. Richard épousa Rohaise, fille de Gautier Giffard. Le couple eut cinq fils (dans l'ordre) : Roger, Gilbert, Robert, Gautier, Richard. Roger lui succéda en Normandie, Gilbert en Angleterre. Sous le règne d'Henri I, la richesse et la puissance des Clare s'accrut encore. En 1189, le duc de Normandie Richard Cœur de Lion marie la fille de Richard, Isabelle, à l'un de ses plus brillants chevaliers, le templier Guillaume le Maréchal, dont on peut admirer le gisant à Temple church, à Londres. Celui-ci reçoit Orbec et Bienfaite en héritage.

Il eut pour fils :

Robert Fitz Richard († 1134), fut lord de Little Dunmow (Essex). Il épousa Mathilde († 1140), la fille de Simon de Saint-Lis, comte de Northampton et de Huntingdon. Sa mère était Maud de Huntingdon, qui, une fois veuve, fut l'épouse du roi David I d'Écosse. Il reçut d'Henri I les seigneuries confisquées à Ralph Baynard en Est-Anglie. Son fils Walter est le fondateur de la branche des FitzWalter (éteinte en 1432), dont le plus célèbre membre fut Robert FitzWalter, chef de la révolte des barons contre le roi Jean. Il était l'un des commandants à la bataille de Brémule, déclenchée par la rencontre fortuite des rois Henri I et Louis VI le Gros sur leur marche respective, en 1119. Orderic Vital relate qu'il maîtrisa Guillaume de Crespin, un Normand combattant pour les Français, après que celui-ci eut tenté de tuer le roiHistoire de la Normandie, vol. IV, livre XII, p. 309. Son neveu Gilbert lui succéda. Roger Fitz Richard († v. 1131), seigneur de Bienfaite et d'Orbec, fut l'un des compagnons de Robert Courteheuse lorsque celui-ci se rebella contre son père en 1077. Il se rebella avec son frère Gilbert contre le roi Guillaume le Roux en 1088. Il accompagne Mathilde, la fille d'Henri I à la cour germanique en 1111, pour qu'elle soit élevée par la famille de son futur époux, Henri V du Saint-Empire.

Gilbert Fitz Richard († 1117), fut lord de Clare, de Tonbridge et de Cardigan. En 1088, il se rebella contre Guillaume le Roux. Celui-ci l'assiégea dans son château de Tonbridge, et après un combat acharné qui dura deux jours, il força Gilbert, qui était blessé, et son frère aîné Roger, à se rendreFlorence de Worcester, The Chronicle of Florence of Worcester, p. 188Frank Barlow, William Rufus, Yale University Press, 1983, . Par la suite, Gilbert fera partie des barons pardonnés. Il semble aussi impliqué dans la conspiration de 1095, menée par Robert de Montbray. Henri I lui permit de conquérir la seigneurie de Cardigan (appelé aussi Ceredigion) dans le Pays de Galles. Il fonda le prieuré de Clare et eut deux descendants : Richard († 1136), et Gilbert († 1148/49), comte de Pembroke (voir plus bas).

Gautier Fitz Richard († v. 1138), reçut d'Henri I la grande seigneurie de Netherwent avec les châteaux de Striguil et Chepstow, dans le sud des marches galloises. Ces territoires avaient été confisqués à Roger de Breteuil, fils de Guillaume FitzOsbern, à la suite de la révolte des comtes que son père avait contribué à réprimer. Il fonda l'abbaye cistercienne de Tintern en 1131Michael Altschul, A Baronial Family in Medieval England: The Clares, 1217-1314, The Johns Hopkins press, Baltimore, 1965, qui était alors la deuxième maison cistercienne fondée en Angleterre. On ne sait pas s'il se maria, mais il mourut sans descendance probablement en 1137-1138. Son neveu Gilbert lui succéda. Richard Fitz Richard († 1107), fut moine à l'abbaye Notre-Dame du Bec, puis fut nommé abbé d'Ely en Angleterre par Henri I juste après son couronnement en 1100. Il fut déposé en 1102, puis réinstallé juste avant sa mort en 1107. Il fut le dernier abbé, Ely devenant le siège d'un évêché ensuite. Il était le principal artisan de cette transformation en évêché.

Baudouin de Clare († 1154/1166), fils de Gilbert acheta d'Henri I la permission d'épouser l'héritière de l'honneur de BourneC. Warren Hollister, The Strange Death of William Rufus, dans Speculum, vol. 48, n°4 (1973), p. 647., dans le Lincolnshire. Il fut loyal et fidèle à Étienne d'Angleterre dès son accession au trône. À la mort de son frère Richard en 1136 (voir ci-dessous), Étienne lui donna une grosse somme s'argent et l'envoya au Pays de Galles prendre en charge la situation. Il échoua lamentablement et retourna en Angleterre discrédité. Il fut présent aux côtés d'Étienne à la bataille de Lincoln en 1141. Il y fut sévèrement blessé et capturé alors qu'il était descendu de sa monture pour combattre à pied avec le roi.

Comtes de Hertford puis de Gloucester

Richard Fitz Gilbert (II) († 1136), il fut autorisé à épouser Adèlise, la fille de Ranulph le Meschin, comte de Chester. Par ce mariage, il obtint quelques terres supplémentaires dans le Lincolnshire et le Northamptonshire. Il essaya de consolider les possessions léguées par son père à Cardigan, mais il fut tué lors d'une embuscade, et sa seigneurie fut récupérée par les Gallois. Il succéda à son père comme lord de Clare et de Tonbridge.

Son fils Gilbert Fitz Richard (II) († 1153) fut créé comte d'Hertford en 1138 par le roi Étienne. Richard étant lui-même qualifié de d'Hertford, il semble qu'il ait été fait comte rétrospectivement. L'intérêt étant probablement de rendre le titre plus ancien, et donc lui attribuer un ordre de préséance plus important, notamment par rapport à la branche cadette qui détenait le titre de comte de Pembroke. Il décéda sans être marié, et son jeune frère Roger hérita de ses possessions.

Roger Fitz Richard (II) († 1173), d'Hertford, il reprit la lutte contre les Gallois à Cardigan, mais fut vaincu en 1165.

Richard Fitz Roger († 1217), d'Hertford. Il fut à la tête de la grande maison Clare pendant 40 ans. Il l'enrichit considérablement en prestige, propriétés terriennes et argent. Il était des barons qui s'opposèrent à Jean Sans Terre, et joua un rôle déterminant dans la négociation de la Magna Carta. Il épousa Amicie de Gloucester, fille de Guillaume, comte de Gloucester, petit-fils d'Henri . Il acquit la moitié de l'honneur des Giffard quand Richard eut besoin d'argent pour la troisième croisade, l'autre moitié étant acquise par Isabelle, la fille de Richard Strongbow. Quand sa mère Mathilde de Saint-Hilaire mourut en 1195, il acheta les terres des Saint-Hilaire qui étaient revenues à la couronne.

Sa femme était la deuxième fille et finalement seule héritière de son père. L'héritage de Gloucester comprenait le titre de comte (et donc des revenus), l'honneur de Gloucester (qui devait un service de 260 chevaliers dans toute l'Angleterre), plus les importantes marches galloises de Glamorgan et Gwynllwg. Ce ne fut pas facile d'obtenir cet héritage, qui passa par le futur roi Jean qui avait épousé la troisième sœur. Ensuite Jean créa Amaury de Monfort, fils de la fille aînée (Mabel), comte de Gloucester. Celui-ci mourut sans descendance en 1213. Peu après, le roi Jean donna son ancienne femme Isabelle en mariage à Geoffrey de Mandeville, comte d'Essex, qui fut aussi créé comte de Gloucester. À la mort de Geoffrey, Isabelle épousa Hubert de Burgh, chambellan du roi et futur comte de Kent. À la mort de la comtesse Isabelle, en 1217, il ne put retenir l'héritage qui revint via Amicie à son fils Gilbert.

Gilbert de Clare († 1230), d'Herford, de Gloucester, épousa sa cousine Isabelle, fille de Guillaume le Maréchal. Il est l'héritier de la branche cadette des Clare. Il était de loin le plus riche des barons du royaume, devant un service militaire de 456 chevaliers, sans compter les 50 qu'il devait pour Glamorgan et Gwynllwg. Isabelle épousa Richard de Cornouailles, le frère du roi Henri III en secondes noces, futur roi des Romains.

Richard de Clare (1222-1262), succéda à son père. Il épousa Mathilde de Lacy, la fille de John de Lacy, le comte de Lincoln.

Sa sœur Isabelle de Clare († 1264), épousa Robert (V) de Bruce, prétendant au trône d'Écosse. Leur petit-fils accédera à la royauté sous le nom de Robert d'Écosse.