thumb|Modèle du Carporama : Cocotier de mer (Lodoicea seychellarum).|alt=Modèles en cire d'une longue spathe entrouverte, un rameau portant de grosses noix vert sombre brillant à différents stades de maturité, des noix coupées transversalement et longitudinalement montrant la chair et l'amande, et différents stades de germination.
Louis Marc Antoine Robillard d’Argentelle, né à Pont-l'Évêque le et mort à Paris le , est un capitaine de l'artillerie de marine, puis capitaine au régiment de l'Isle de France, et sculpteur céroplasticien français, connu pour avoir créé une collection de modèles en cire de fruits exotiques de l'île Maurice, le Carporama.
Robillard découvre la céroplastie et ses techniques à Naples et à Florence lors de la campagne d'Italie de 1799-1800. En poste à l'Isle de France à partir de 1803, il s'intéresse aux fruits exotiques indigènes et cultivés au jardin botanique de Pamplemousses et entreprend d'en fabriquer des modèles en cire, dans un but scientifique et documentaire. Déchargé de ses obligations militaires lors de la reprise de l'île par les Britanniques (1810), il poursuit son activité d'artiste céroplasticien jusqu'à son retour en France en 1826. Avec l'aide de son neveu, Louis Adolphe Humbert de Molard, il prépare alors une exposition de sa collection à Paris, sous le nom de Carporama ; mort inopinément un an avant son ouverture, il n'en verra pas le succès.
Les sont ensuite conservés dans la famille jusqu'en 1887, date à laquelle ils sont offerts au muséum national d'histoire naturelle à Paris, où ils ont connu des sorts divers avant d'être remis en valeur à la fin du . Intégrés dans le patrimoine artistique de l'institution, ils sont occasionnellement prêtés pour des expositions temporaires.
Biographie Naissance, famille et décès Louis Marc Antoine Robillard d’Argentelle est né à Pont-l'Évêque dans le Calvados le . Son père, Louis Adrien Robillard, est un ancien directeur des aides. Il est le cousin germain de Jules Dumont d'Urville et l'oncle de Louis Adolphe Humbert de Molard.
En 1805, Louis Marc Antoine Robillard d’Argentelle épouse Élisabeth Désirée Merlo (1785-1850) à Port-Louis ; les époux, qui n'ont pas d'enfants, divorcent en 1821.
Il meurt à son domicile parisien, rue Saint-Louis-au-Marais, le , à l'âge de , d'. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (concession reprise)Appli Père-Lachaise.
Carrière militaire vignette|upright|Modèle de coloquinte en cire du musée de botanique de Florence.|alt=Photographie d'un fruit verruqueux pyriforme de couleur caramel, posé sur un socle blanc, portant une étiquette avec le nom scientifique Curcurbita melopepo et le nom en italien Zucchina bernoccoluta. Enrôlé volontaire comme simple canonnier en 1799, puis reçu lieutenant d'artillerie de marine, Robillard devient aide de camp du général Charles François Léger Favereau, puis du général Marc Gaspard Abraham Paulet de La Bastide affecté à l'armée d'Italie. Il participe à la campagne d'Italie de 1799-1800 et, grâce à son beau-frère Jean Claude François Humbert de MolardJean Claude François Humbert de Molard (1764-1833) est l'époux de sa sœur Marie Louise Luce Justine Robillard d'Argentelle (1775-1844)., futur colonel d'Empire et maréchal de camp, il obtient une permission pour séjourner plusieurs mois à Naples et à Florence, où il découvre et apprend les techniques de la céroplastie.
Nommé lieutenant-capitaine au bataillon de Cipayes, il embarque vers Pondichéry avec l'état-major du capitaine général des établissements français en Inde, Charles-Mathieu-Isidore Decaen, sous la conduite du contre-amiral Linois, fin . Après la rupture de la paix d'Amiens, la flottille regagne l'Isle de France où Robillard est promu au grade de capitaine.
Au terme d'une expédition dans les Indes néerlandaises, fin 1803, Robillard est mis à disposition du régiment de l'Isle de France. Ses obligations militaires lui laissent du temps libre pour découvrir les richesses naturelles de l'île et les fruits exotiques du jardin botanique de Pamplemousses, dont il entreprend la création de modèles en cire. En 1810, après la bataille de Grand Port à laquelle il a pris part, l'Isle de France est réinvestie par les Britanniques et, rebaptisée île Maurice, réintègre l'Empire britannique en 1814 ; ayant obtenu sa mise en congé, Robillard peut désormais se consacrer pleinement à la céroplastie.
Le Carporama De l'Isle de France au Muséum Durant le quart de siècle qu'il passe sur l'île, Robillard crée une collection de en cire, principalement des fruits, mais aussi des branches feuillues et fleuries. Cette collection, présentée sous le nom de Carporama, reproduit, grandeur nature, des espèces tropicales indigènes ou cultivées à l'île Maurice, en provenance d'Asie surtout, mais aussi d'Amérique et de Madagascar, qu'il a pu observer au jardin de Pamplemousses, jardin d'essai et d'acclimatation créé en 1770 par Pierre Poivre et développé par Jean-Nicolas Céré.. Robillard veut ainsi faire découvrir aux Européens les fruits et fleurs exotiques qui ne résistent pas aux conditions de transport lors de longs trajets. Il apporte un soin particulier au réalisme de ses reproductions, respectant les dimensions réelles, les couleurs et l'aspect des végétaux.
En , profitant d'une escale de la Coquille lors de son retour d'un voyage autour du monde, Jules Dumont d'Urville, accompagné de René Primevère Lesson, rend visite à son cousin Robillard, non loin de Port-Louis. Ébloui par l'œuvre du céroplasticien, Primevère Lesson en fait une description élogieuse à son retour en France l'année suivante :
thumb|Affiche du Carporama.|alt=Exposition de fruits et de plantes de l'Inde modelés d'après nature par feu M. de Robillard d'Argentelle. Salons ouverts tous les jours de 10h à 4h ; prix d'entrée 2 francs 50 centimes par personne
Lesson déplore les arrangements apparemment pris par Robillard pour envoyer sa collection à Londres, espérant qu' et fait connaître la collection à l'Académie des sciences. Dix-huit mois après la visite de Primevère Lesson et Dumont d'Urville, fin , Robillard s'embarque vers Londres avec son assistant créole nommé Mercure et sa collection soigneusement emballée dans une centaine de caisses ingénieusement conçues par lui pour résister à la chaleur et aux chocs du transport. La presse mauricienne annonce son départ et relaie les doléances de Lesson quant au futur de la collection en dehors de la France. Arrivé à Londres, Robillard revient sur sa décision et refuse les offertes par les Anglais. De retour à Paris fin 1826, avec ses modèles intacts, il prépare avec son neveu Humbert de Molard la mise en place d'une exposition du Carporama, dont Cassini, Desfontaines et La Billardière vantent la beauté et la qualité dans un rapport inédit à l'Académie.. :
thumb|upright|left|Couverture du catalogue du Carporama (1829).|alt=Le titre « Catalogue des fruits et des plantes modelés composant le carporama, rue Grange-Batelière, , Prix », est encadré d'une frise et imprimé dans des styles de caractères variés. L'intérêt multiple des modèles est souligné dans le catalogue de l'exposition :
Mort inopinément le , emportant les secrets de sa fabrication, Robillard ne verra pas le succès de l'exposition qui s'ouvre à Paris, rue de la Grange-Batelière, en , moins d'un an après son décès.
Malgré le vœu de voir cette collection acquise par le gouvernement français pour accroître les richesses du musée de la Marine., les modèles sont récupérés après l'exposition par Louis Adolphe Humbert de Molard, qui en a hérité. Ce dernier les expose dans les salons du rez-de-chaussée de son hôtel de la rue Meslay à Paris, où ils sont encore visibles en 1853.. Les fruits de cire sont présentés au pavillon indien de la Société d'horticulture à l'Exposition universelle de 1855 tenue au Palais de l'Industrie..
Les modèles de Robillard sont conservés dans la famille près de , en dépit de diverses tentatives de vente de la collection au muséum d'histoire naturelle ou à l'Académie des sciences. Dès 1832, le secrétaire d'état au département de l'Instruction publique François Guizot avait demandé l'avis des professeurs du Muséum sur l'opportunité de cet achat proposé par les héritiers de Robillard au gouvernement du roi Louis-Philippe ; Desfontaines, Mirbel et Jussieu reconnaissaient l'intérêt du Carporama, mais n'étaient pas convaincus de son utilité didactique :
thumb|left|Plaque posée devant la collection au Muséum national d'histoire naturelle à Paris.|alt=Plaque blanche avec un texte en noir commémorant le don de la collection de fruits en cire de Robillard d'Argentelle au Muséum d'histoire naturelle en 1887. thumb|Modèles en cire du Cocotier de mer (première photo publiée).|alt=Photographie noir et blanc de plusieurs modèles de fruits de Coco de mer entiers et en coupe transversale. Ils étaient surtout conscients des répercussions que cette acquisition évaluée à plus de aurait eue sur le budget alloué au Muséum. Après l'échec de nouvelles tractations, en 1876, l'ensemble est proposé sans succès à la vente au prix de chez Deyrolle. Finalement, en 1887, les arrière-neveux et nièces de Robillard font don de la collection au Muséum..
En 1915, une photographie des pièces du modèle du Cocotier de mer des Seychelles est publiée pour la première fois dans un article posthume d'Albert-Auguste Fauvel..
Description Les modèles, grandeur nature, en cire colorée dans la masse, mêlée de résines, gommes, bois, sciure, pâte de riz, coton et autres fibres, et renforcés avec du fer, ont une hauteur de à , avec certaines pièces de détail de quelques centimètres. Ils sont fixés sur des planches de bois de dimensions variées (de × pour les plus petites à × pour la plus grande), habituellement peintes en blanc sur la face supérieure, par des tiges métalliques, vissées ou scellées à la cire. Le numéro du modèle selon le catalogue de l'exposition de 1929, le nom de la plante à l'Isle de France et son nom scientifique sont mentionnés sur une étiquette collée sur le support. Une seconde étiquette, apposée sur la face inférieure du support, serait l'étiquette d'origine composée par Robillard lors de la réalisation des modèles ; cette étiquette fournit parfois des précisions sur l'origine de la plante représentée et sur les dates de début de création du modèle et de son achèvement..
Réalisés d'après des spécimens frais, les modèles reproduisent fidèlement des fruits tropicaux, ainsi que des branches, des feuilles et des fleurs. Ils sont complétés par des modèles de coupes de fruits ou de graines, de structure et d'aspect des fleurs à divers moments d'avancement de la floraison, de fruits à différents degrés de maturation, de variation de la couleur des feuilles et des fruits.
thumb|Modèle 1 du Carporama : noix de coco à divers stades de maturité, une spathe verte coupée transversalement et une inflorescence mâle.|alt=Un gros fruit brun foncé brillant et trois fruits plus petits, une spathe jaune verdâtre dont la coupe laisse apparaître une masse blanche, une panicule allongée couverte de petites fleurs Le catalogue du Carporama donne la liste complète des , avec un commentaire plus ou moins détaillé, ou très bref, sur l'intérêt des fruits, l'usage de la plante, et parfois une description sommaire. Les numéros correspondent à des fruits comestibles ou non, ou à des plantes ornementales, condimentaires ou médicinales ; les numéros 98 à 112 sont des . Les différents éléments des modèles ne sont détaillés que pour les cinq premiers numéros, à savoir le Cocotier (Cocos nucifera) – pièce maîtresse de la collection, dont la réalisation aurait pris à Robillard près de deux ans –, le Cocotier de mer (Lodoïcea Seychellarum), le Cambare de Java (Tacca Phallifera), le Sagoutier (Cycas circinalis) et le Vaquois (Pandanus sp.). Les numéros 40, 70 et 112, non déterminés dans le catalogue, ont été identifiés a posteriori respectivement comme Aleurites triloba, Oreodaphne sp. et Elaeocarpus integrifolius.