L'économie du Portugal est basée sur un système capitaliste. Membre fondateur de l'OCDE et de l'ALE en 1960, le pays est intégré dans la CEE en 1986, après avoir achevé sa phase de transition vers un régime démocratique, et il est l'un des États fondateurs de l'euro, qu'il adopte en 1999.. Son économie se distingue des autres économies d'Europe occidentale par son histoire particulière, en particulier par l'expérience de l’État Nouveau corporatiste (1933-1974), qui a profondément marqué ses différentes structures, puis par la réorganisation qui a suivi la révolution des Œillets.

Avec un produit intérieur brut 2023 de 25.327 euros par habitant (contre 12.261 en moyenne mondiale), soit 267,92 milliards d'Euro pour l'ensemble du pays, le Portugal est actuellement la 15e puissance économique de l'Union européenne, la 19e puissance économique en Europe et la 49e puissance économique mondiale. Si l'on se base sur le Produit intérieur brut par habitant en parité de pouvoir d'achat, le Portugal se place en 45e position dans la liste des pays les plus riches du monde.

Considéré comme une économie en resilience et en transformation, le Portugal maintient depuis plusieurs années une croissance supérieure à la moyenne des pays de l'Union européenne, à 1,7 % en 2023, avec une projection à 2,3 % en 2025 et 2 % en 2026. Cette croissance est soutenue principalement par l'accélération de la mise en œuvre du Plan pour la reprise et la résilience portugais (PRR), une politique ciblée d'investissements publics, une bonne gestion de l'inflation, des baisses d’impôts, le maintien de la consommation privée, le renforcement de l'investissement en logements, et le dynamisme des exportations et du secteur du tourisme. Elle est également favorisée par un marché du travail robuste et flexible.

Du point de vue de ses finances publiques, le pays figure en 2024 parmi les six États de l'UE qui presentent un budget excédentaire, à 0,7 %, aux côtés du Danemark (4,5 %), de l’Irlande (4,3 %), de Chypre (4,3 %), de la Grèce (1,3 %) et du Luxembourg (1 %). Les projections du plan budgétaire et structurel à moyen terme du Portugal tablent sur une poursuite de la réduction de la dette publique du pays, à 93,3 % en 2025 et 90,4 % en 2026. D'après la Commission européenne, le Portugal connaîtrait l’un des plus longs cycles de convergence économique de l’UE.

En 2005, le Rapport Global de Compétitivité publié par le Forum économique mondial plaçait le Portugal en devant des pays et des territoires comme l'Espagne, l'Irlande, la France, Hong Kong et la Turquie. Dans le classement des technologies, le Portugal était à la , et dans le classement des institutions publiques, le Portugal était classé . En 2024, l'Indice mondial de l'innovation publié par l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) place le Portugal en 31e position sur 128 pays, avec 43,7 points, devant l'Inde, à un niveau proche de la Tchéquie, de Malte et de l'Espagne (le premier pays est la Suisse avec 67,5 points).

D'après la liste Forbes Global 2000, quatre entreprises portugaises figurent parmi les 2000 plus grandes entreprises mondiales cotées en bourse : Edp-energias De Portugal (714e rang, siège à Lisbonne), Galp Energia (927e rang, siège à Lisbonne), Jerónimo Martins (968e rang, siège à Lisbonne), et Banco Comercial Português (1055e rang, siège à Porto). Parmi les principaux défis structurels se posant au pays, figurent la poursuite de la montée en gamme du tissu économique, le vieillissement démographique, ou encore les inégalités de développement territoriales.

Rappels historiques

vignette|Evolution du PIB par habitant au Portugal des années 1980 à 2014

L'économie portugaise sous l’État Nouveau L'économie portugaise s'organise au sous l'autorité d'Antonio de Oliveira Salazar, qui a gouverné le pays pendant plus de quarante ans, de 1928 à 1969. Partisan d'une troisième voie entre capitalisme et communisme, l’État Nouveau (Estado Novo) salazariste impose un régime corporatiste au pays, tout en maintenant son système capitaliste et en conservant une économie de marché. L'inflation, endémique depuis des décennies, est maîtrisée dans les années 1930, au prix d'une fixation des prix (tabelas) et d'une forte contraction du marché intérieur. La liberté d'entreprise, réelle, mais soigneusement encadrée par l’État, s'inscrit dans une société organisée en corporations, qui rendent des comptes au pouvoir. La grande propriété foncière (latifundium) est favorisée dans le Nord et surtout l'Alentejo, qui est largement déboisé pour les besoins de l'agriculture.

Cette politique permet de réorganiser et démultiplier la production agricole du pays, mettant fin aux pénuries, mais elle accroit l'existence d'un petit prolétariat rural misérable dans ces deux régions, et accentue l'assèchement des sols problématique dans l'Alentejo. Tout en organisant la mutualisation en autogestion de la production agricole et artisanale dans des coopératives, dans le cadre d'un système corporatiste, le régime, très attaché à la propriété privée, est profondément anti-communiste et refuse toute idée de nationalisations de masse ou de planification d’État. Pendant cette période, l'équilibre de la balance commerciale du pays est solidement rétabli en s'appuyant sur le commerce et de l'extraction des matières premières dans ses possessions coloniales d'Afrique : pétrole (Angola), ivoire, bois de construction, huile et diamants.

La stabilisation du cours de la monnaie dans les années 1930 favorise le retour des investissements étrangers, ainsi que l'envoi des remessas des centaines de milliers d'émigrés de la diaspora portugaise. Le Royaume-Uni, premier partenaire commercial du pays depuis le traité de Methuen, conserve un rôle important dans le fonctionnement de l'économie portugaise, notamment dans l'exploitation du pétrole et des diamants d'Angola, ou la production du vin de Porto. Mais ce rôle est dorénavant soumis à des accords d'association, dans un système de concessions provisoires, avec des rétributions et un soutien inconditionnel au régime. La réorganisation de l'économie, la stabilisation et la gestion rigoureuse du budget permettent au Portugal d'échapper aux pires effets de la crise mondiale de 1929. Dans les années qui suivent, l'exploitation de l'Empire est renforcée et rationnalisée. Cet équilibre des comptes publics et ces apports de capitaux permettent à l'Etat portugais de retrouver une marge de manœuvre, de relancer ses investissements, de moderniser le pays et d'engager de grands chantiers en métropole et dans les colonies.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le pays, qui est resté neutre, a noué le Pacte Ibérique avec l'Espagne, et a continué à faire du commerce avec les deux camps, dispose de réserves considérables d'or. Son lien fort avec l'Angleterre permet au Portugal de contourner son isolement sur la scène internationale, et de participer en 1960 à la fondation de l'OCDE, ainsi qu'à la construction de l'AELE, qui prétendait concurrencer la CEE (réservée aux régimes démocratiques). Mais son investissement dans ses longues guerres coloniales (qui aspirent une part considérable de son budget), ainsi que le faible investissement dans les secteurs clé de l'éducation secondaire et universitaire, ont profondément pesé sur son économie. Avec la chute de l'État Nouveau le 25 avril 1974, et la perte de son empire colonial, le Portugal entre dans une phase de transition économique et de modernisation qui se poursuit jusqu'à nos jours.

Les événements militaires de 1974 et la transition démocratique

La période consécutive à la révolution des Œillets est caractérisée par des troubles importants et une forte récession économique, provoqués par les nationalisations des industries et la séparation entre le Portugal et ses anciennes colonies. Privée de matières premières, l'industrie lourde s'arrête brusquement. Tous les secteurs économiques de la manufacture, de l'exploitation minière, de la chimie, de la défense, de la finance, de l'agriculture et de la pêche entrent en crise. En une nuit, le Portugal, qui était le pays à la plus forte croissance économique en Europe de l'Ouest, devient le pays à la plus faible croissance économique, et connaît plusieurs années de croissance négative.

Ces bouleversements sont amplifiés par une émigration massive de travailleurs expérimentés et d'entrepreneurs liés à l'intimidation politique, et par les coûts de logement dus à l'arrivée au Portugal de milliers de réfugiés des anciennes provinces d'outremer d'Afrique, les retornados. Après les remous de la révolution des Œillets de 1974, la base de l'économie portugaise entre dans une phase de changements profonds.

En réalité, ces changements prolongent un mouvement de modernisation largement amorcé dans la décennie précédente. L'économie portugaise avait déjà évolué significativement en 1973 avant le coup d'État militaire, comparé à son état en 1961. Le PIB s'était développé de 120 % en valeur réelle. La période pré-révolutionnaire était caractérisée par un fort taux de croissance du PIB (6,9 %), de la production industrielle (9 %), de la consommation des ménages (6,5 %), et de la formation de capital brut fixe (7,8 %). Le taux de croissance des exportations portugaises durant la période de 1959 à 1973 était important : 11 % par année. En 1960, l'importance des exportations était due à quelques produits : les conserves de poisson, le liège brut ou manufacturé, les textiles de coton et le vin.

Par contraste, au début des années 1970 (avant le coup d'État de 1974), la liste des produits exportés par le Portugal reflétait une diversité significative de produits, comprenant à la fois des biens d'équipement et de consommation. Quelques branches de l'industrie portugaise s'orientèrent vers l'exportation, et en 1973, plus d'un cinquième des produits manufacturés portugais étaient exportés. À la veille de la révolution des Œillets, l'Etat Nouveau avait doté le pays d'une industrie nationale dynamique et compétitive, encadrée strictement par l'Etat, tout en préservant largement le tissu économique local par le maintien de la petite entreprises et d'une structure corporatiste. Le dynamisme du pays était tel que l'ancien Premier ministre Marcelo Caetano affirmait, en parlant de cette époque : « Le Portugal était en passe de se transformer en une petite Suisse. »Serrão, Joaquim Veríssimo. Marcello Caetano: Confidências no exílio. Lisboa, Editorial Verbo, 1985, .

Les changements engagés par la révolution des Œillets reprennent les acquis et le mouvement de modernisation de la période salazariste, en leur donnant une inflexion idéologique nouvelle, d'abord socialiste, puis basée à partir des années 1980 sur le néolibéralisme alors dominant en Europe de l'Ouest : démantèlement du système corporatiste, désengagement de l’État de l'économie, dérégulation, privatisations, liquidation des grandes entreprises publiques nationales, priorisation des secteurs bancaire et financier, alignement monétaire sur le SME en vue d'une convergence monétaire, ouverture des frontières, refonte du droit du travail, etc.

À la suite de son entrée dans l'Union européenne en 1986, le Portugal connaît une quinzaine d'années de rattrapage économique, enregistrant des taux de croissance du PIB supérieurs à ceux de la moyenne européenne. Ce processus s'interrompt à deux reprises dans les années 2000, le pays connaissant deux crises, une première juste après l'adoption de l'euro en 2002-2003, et une seconde plus grave en 2010-2013. Alors qu'il connaissait depuis les années 1990 une croissance supérieure à la moyenne des pays de l'Union européenne, le Portugal est l'un des pays européens les plus gravement affectés par la crise financière mondiale de 2007-2008, qui révèle un certain nombre de fragilités de son économie : vulnérabilité de son secteur bancaire, dette publique trop élevée, spéculation immobilière, etc.