Sous le titre de guerre des Goths (401–413) on regroupe l'ensemble des invasions conduites par Alaric (roi des Wisigoths 395–410) en Italie et, après sa mort, par son beau-frère Athaulf à la fois en Italie et en Gaule.
Le traité conclu par Théodose (r. 379–395) en 382 avec les Goths permettait à ceux-ci de s’installer en Mésie Région géographique située au sud du cours inférieur du Danube, dans les actuelles Serbie, Bulgarie (nord), Macédoine (nord) et Roumanie (Dobroudja).. C’est là semble-t-il que naquit Alaric qui commença sa carrière militaire sous les ordres du général goth Gaïnas. Allié de Rome pendant le règne de Théodose, il aida à défaire les Francs qui appuyaient l’usurpateur Arbogast. Après la mort de Théodose et la désintégration des armées romaines en 395, il fut proclamé roi des Wisigoths. Commandant alors les seules forces intactes qui restaient dans les Balkans, il chercha mais sans succès à faire reconnaître son statut par Rome.
Il conduisit deux invasions majeures en Italie : la première de 402 à 405 se termina par un accord entre Alaric et le général romain Stilicon; une nouvelle invasion conduisit l’année suivante à un premier siège de Rome, puis en 410 à un nouveau siège qui, cette fois, se termina par la prise et le sac de la ville.
Cette victoire des Goths n’en constituait pas moins une défaite personnelle pour Alaric qui avait toujours espéré voir reconnaître sa valeur et son statut par Rome. Après trois jours de pillage, Alaric dirigea ses troupes vers le sud, ayant probablement comme but de partir pour l’Afrique du nord ou la Sicile. Toutefois, une tempête détruisit sa flotte. Début 411, alors qu’il marchait encore à travers l’Italie, il fut emporté par la fièvre. Son beau-frère Athaulf (r. 411–415) lui succéda et décida de remonter vers le Nord de l'Italie, pour entrer en Gaule en 412; il s’installa en Aquitaine qu’il dut quitter fin 414 ou début 415 sous la pression du général Constance envoyé par l’empereur Honorius et termina ses jours à Barcelone en Espagne.
Contexte historique La Guerre des Goths (377–382) La bataille d'Andrinople en 378 au cours de laquelle l’empereur Valens (r. 364–378) trouva la mort, est considérée comme l’une des plus grandes défaites de l’histoire de RomeLe Bohec (2006) . Après la mort de Valens, l’empereur d’Occident, Gratien (r. 367–383) attribua le trône à un général venu d’Espagne, Théodose (r. 379–395). Celui-ci dirigea en personne une nouvelle campagne contre les Goths qui dura deux ans et au terme de laquelle il parvint à négocier un traité avec leur nouveau chef, Athanaric; en 382, les Goths, devenus « peuple fédéré », reçurent la permission de s’installer en Mésie et en Thrace et s’engagèrent, en retour, à défendre les frontières de l’Empire romain.
On ne connaît pas les termes exacts de ce traité, mais certains contemporains le considèrent comme catastrophique; Hydace de Chaves parle de « pace infida » (litt. « Une paix trompeuse »Hydace de Chaves, « Hydatii Gallaeciae episcopi chronicon »). Cette guerre devait en effet modifier la façon dont l’Empire romain traitait avec les peuples barbares. Les Wisigoths, devenus un peuple unifié distinct de leurs cousins Ostrogoths, pouvaient négocier en position de force avec Rome, agissant à certaines reprises comme son allié, à d’autres comme son adversaireKulikowski, (2005), Heather, (2005), .
L'Illyricum disputée entre l'Est et l'Ouest thumb|left|Préfectures du prétoire en 395 : la préfecture d'Illyricum est en vert foncé.
Les « préfectures du prétoire » furent probablement créées après la mort de Constantin (r. 310–337) lorsque ses trois fils se divisèrent son empireMorrisson, (2007), . Contrairement aux autres préfectures, celle d’Illyricum devait avoir une existence agitée marquée par sa création, son abolition, son rétablissement et la modification à maintes reprises de ses frontières. Elle comprenait les deux diocèses de Dacie et de Macédoine. À sa plus grande extension, elle s’étendait sur la Pannonie, le Norique, la Crète et la presque totalité de la péninsule des Balkans moins la Thrace. Sous Valentinien (r. 364–375), l’Illyricum faisait partie de la préfecture d'Italie, d'Illyricum et d'Afrique. Il semble que l’Illyricum fut alors séparé de l’Italie : Théodose qui avait reçu la préfecture d’Orient se vit attribuer également les diocèses de Macédoine et de Dacie alors que Gratien qui conservait l’Occident ne retint que la moitié occidentale de l’Illyricum. En 379, l’Illyricum est ainsi dédoublé : sa partie Ouest est rattachée à l’Occident alors que sa partie Est constitue une préfecture autonome plus petite que celles de 357 et 376Demougeot (1947) .
Jeunesse d'Alaric thumb|right|Portrait imaginaire d'Alaric dans C. Strahlheim, Das Welttheater, vol. 4, Frankfurt a.M., 1836.
Si l’on en croit l’historien Jordanès Historien de langue latine du connu principalement comme l'auteur d'une "Histoire des Goths" (Getica) composée en 511, résumé d'une œuvre perdue de Cassiodore, lui-même historien des Goths au début du ., lui-même d’origine goth, Alaric serait né à Ptéros, lieu-dit du delta du Danube dans l’actuelle Roumanie, d’une famille de la noblesse wisigothBoin (2020) . Il est raisonnable de croire que sa famille fit partie de ces clans goths qui, chassés par les Huns de leur territoire dans les années 370, vinrent s’installer dans les Balkans en 382 après la bataille d’AndrinopleBoin (2020) Kulikowski (2005) ..
En vertu de ce traité, le premier « foedus » ou « convention » passé sur le territoire même de l’Empire romainLe fœdus (traité d'alliance, pacte, convention, alliance ou contrat) était normalement un traité passé entre Rome et une cité ou un peuple étranger, donc hors du territoire impérial, qui prenait alors le statut de cité alliée (cīvitās fœderāta) ou de « peuple fédéré »., les tribus goths obtenaient la permission de s’installer sur des terres cultivables sans supervision administrative directe de Rome et devaient en échange fournir des soldats à l’armée romaineHalsall (2007) . Dans les décennies qui suivirent nombreux furent les Goths qui s’enrôlèrent ou bien dans les rangs de l’armée régulière de l’Empire d’Orient ou bien comme auxiliaires dans les campagnes menées par Théodose en Occident contre les usurpateurs Magnus Maximus (r. 384–388) et Eugène (r. 392–394)Kulikowski (2005) , certains d’entre eux atteignant des grades élevés les faisant côtoyer la haute hiérarchie de l’armée romaineKulikowski (2005) .
Alaric commença sa carrière militaire en s’enrôlant dans le contingent goth commandé par Gaïnas qui devait aider l’empereur Théodose en 394 à renverser l’usurpateur Eugène. À cette époque le nom d’Alaric apparaît pour la première fois comme étant à la tête d’une unité qui combattit le général Arbogast lequel, en révolte contre Théodose et son fils Arcadius, avait fait proclamer Eugène empereur lors de la bataille de la rivière FroideBauer (2010) . En dépit du sacrifice d’environ 10 000 de ses hommes (selon les sources de l’époque), victimes de la décision de Théodose d’utiliser les fœderati goths en première ligne d’une manœuvre d’encerclement des troupes ennemiesBoin (2020) , Alaric ne reçut pas de l’empereur la reconnaissance à laquelle il croyait avoir droit. Au contraire, les Romains s’attribuèrent le mérite de l’opération, appropriation qui fit sans doute naitre des doutes chez Alaric et les survivants du massacre sur la fidélité qu’ils devaient à cet empereur et les porter à s’interroger sur l’utilité de demeurer à son serviceBoin (2020) . Se voyant refuser la promotion au grade de magister militum (commandant en chef) de l’armée régulière, Alaric se révolta et marcha contre Constantinople Kulikowski (2019) .
Théodose mourut le , laissant l’empire à ses deux jeunes fils Arcadius et Honorius dont il aurait confié la garde au commandant de son armée devenu après lui le personnage le plus puissant de l’Empire d’Occident, StiliconSi la garde d’Honorius ne faisait pas difficulté en Occident, cette affirmation fut rejetée en Orient par le préfet du prétoire Rufinus qui se considérait comme tuteur du jeune Arcadius. Mitchell (2007) Burns (2003) . C’est aussi l’année au cours de laquelle Alaric serait devenu, selon les historiens modernes James (2014) Burns (2003) , le roi des Wisigoths. L’historien Peter Heather avance pour sa part que les sources ne permettent pas de déterminer si l’avènement d’Alaric coïncide avec la révolte des Goths après la mort de Théodose ou si celui-ci coïncide plutôt avec la guerre contre EugèneHeather (1991) . Quoi qu’il en soit Jordanès écrit que le nouveau roi persuada son peuple « de se donner un royaume grâce à leurs propres efforts plutôt que de servir les autres dans l’oisiveté »Jordanès, XXIX, 147.
Alaric et l'Empire romain d'Orient (397–400) Après la débâcle de l’armée romaine régulière qui suivit la mort de Théodose et la division de l’empire entre ses deux fils, Stilicon déjà maître de la partie occidentale de l’empire où régnait en théorie Honorius voulut se rendre également maître de la partie orientale où régnait ArcadiusMcEvoy (2013) Heather (2013) .
Alaric se rebella contre cette invasion dirigée par quelqu’un qu’il considérait occuper un poste qui aurait dû lui revenir. Ses troupes goths ne jouissant plus d’une reconnaissance officielle de l’État ne pouvaient plus forcer les villes à leur fournir l’approvisionnement nécessaire à leur survie; Alaric lança celles-ci dans une « campagne de pillage » aux dires de l’écrivain Claudien, partisan de Stilicon à la cour d’Honorius. L’historien moderne Thomas Burns croit plutôt qu’Alaric fut en fait recruté par le préfet du prétoire d’Orient (deuxième personnage de l’Empire d’Orient) Rufinus pour arrêter l’avance de Stilicon en ThessalieBurns (1994) . Aucune bataille n’eut lieu. Les troupes d’Alaric se dirigèrent vers Athènes et de là le long de la côte, Alaric cherchant plutôt à imposer une nouvelle paix aux Romains. Selon Claudien toutefois, les troupes d’Alaric auraient maraudé tout au cours de l’année s’avançant jusqu’aux montagnes du Péloponnèse où une attaque surprise de Stilicon et de l’armée d’Occident venue par mer les aurait arrêtés et forcés à remonter vers le nord en Épire Kulinowski (2019) . Selon Zosime les troupes de Stilicon se seraient elles aussi livrées au pillage, laissant celles d’Alaric s’enfuir avec leur butinZozime, Histoire nouvelle, livre V.
À Constantinople, le préfet Rufinus persuada l’empereur d’ordonner à Stilicon de retourner avec ses troupes à Rome et de renvoyer à Constantinople les troupes de l’armée d’OrientBurns (1994) . Mais à leur arrivée dans la capitale le contingent goth commandé par Gaïnas assassina le préfet Rufinus qui fut remplacé par l’eunuque EutropeVoir article « Arcadius ». Gaïnas fut alors nommé magister militum pour la Thrace. En 397, Eutrope réussit à battre les Huns qui maraudaient en Asie mineure. Ayant ainsi réussi à consolider sa position à Constantinople, il convainquit l’empereur Arcadius de faire déclarer Stilicon ennemi public et à nommer Alaric magister militum per Illyricum. Cette reconnaissance permettait à Alaric de faire payer et approvisionner ses troupes par l’État; des négociations s’engagèrent pour permettre également à ses hommes de s’établir définitivement en IllyrieKelly (2009) . À Milan, alors capitale de l’Empire d’Occident, Stilicon et ses partisans furent outragés par ce qu’ils considéraient être une trahison.