vignette|Façade de l'établissement, rue Molitor.|207x207px L'École normale d'instituteurs de Paris était une école normale d'instituteurs et d'institutrices, dite aussi école normale primaire. Cet établissement est chargé de 1872 à 1991 de former des élèves (les élèves-maîtres) à l'enseignement à l'école élémentaire. Celle de Paris est créée tardivement par rapport aux autres départements. Elle met en application les directives officielles avec des évolutions en fonction des changements politiques, historiques et sociaux du pays. La réalité de la vie des internes oscille entre représentations officielles et ressenti effectif des intéressés.

En 1991, les écoles normales sont remplacées par les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), puis en 2013 par les Écoles supérieures pour le professorat et l'enseignement (ESPE) et en 2019 par les l'Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation (INSPÉ)..

Le site historique de l'École normale d'instituteurs de Paris, 10 rue Molitor ( arrondissement), accueille de nos jours l'INSPÉ de Paris. Désormais mixte et ne disposant plus d'internat, il forme également les futurs professeurs de l'enseignement secondaire.

Histoire de l'École normale d'instituteurs de Paris (1872-1991) Projet

La création de l'École normale d'instituteurs de la Seine est décidée le par le ministre de l'Instruction publique Jules Simon, à la demande du directeur de l'enseignement primaire de la Seine Octave Gréard. Elle ouvre le .. Elle est inaugurée le au château Ternaux, 11 bis rue d'Auteuil et 5 rue du Buis. Jules Simon préside la cérémonie, assisté de Léon Say, préfet de la Seine, et Octave GréardSite sur l'histoire de l'établissement..

Cette implantation dans le arrondissement est éloignée du centre de Paris. C'est Octave Gréard lui-même qui livre les raisons de ce choix : ..

L'École normale d'instituteurs de Paris, abrégé en ENI ou EN de Paris, est parfois appelée École normale d'Auteuil, ou ENA, sigle qui orne la mosaïque du hall d'entrée. Elle tire ce nom du village d'Auteuil où elle est installée, et dont l'existence remonte au Moyen Âge. Sa rue principale conserve le tracé historique et porte le même nom.

Histoire du site depuis le siècle vignette|178x178px|Plan du site à la fin du siècle : l'École normale d'instituteurs siège dans les années 1870 dans ce qui deviendra le lycée Jean-Baptiste-Say. Au sud, le parc, où seront construits les bâtiments de l'École normale au début des années 1880. L'origine des terrains où l'École normale sera installée à partir de 1872 prête souvent à confusion. Il est donc important d'en faire le point. Le document en référence en présente l'état« Couvent de l’Assomption ou Château Ternaux ? », memoiresdauteuil.free.fr, consulté le 19 décembre 2022..

L'immense domaine où se trouve l'établissement est historiquement celui de l'hôtel de la Ferme, qui s'étendait à l'origine jusqu'à l'actuelle rue Jouvenet. Ensuite, le manufacturier Ternaux s'installe dans le bâtiment principal, qui prend le nom de château Ternaux, et y travaille à introduire en France la fabrication des châles cachemiresA. Doniol, Histoire du arrondissement de Paris, Hachette, Paris, 1902..

En 1852, le domaine est racheté par l'abbé Lévêque, qui y fonde l'Institution Notre-Dame d'Auteuil. Elle accueille jusqu'à 300 élèves. En difficulté financière, elle ferme avec la guerre de 1870-1871A. Feuardent, Histoire d'Auteuil, Société historique d'Auteuil et de Passy..

Le terrain est alors racheté par la Ville de Paris, qui va y installer l'École normale d'instituteurs de la Seine (ou de Paris selon les documents).

Première décennie Après une décennie d'existence, l'établissement déménage mais reste cantonné au vaste périmètre de l'ancien domaine Ternaux, compris entre la rue du Buis, la rue d'Auteuil, la rue Boileau, la rue Molitor et la rue de la Municipalité, actuelle rue Chardon-Lagache (voir plan ci-contre).

En 1882, l'architecte Léon Salleron (1820-1904) construit en effet les nouveaux bâtiments de l'établissement dans la partie sud du lotissement, à l'angle des rues Molitor et Chardon-Lagache. L'entrée est située au 10 rue Molitor. Au nord, côté rue d'Auteuil, le château Ternaux, ancien site de l'École normale désormais libéré, accueille alors l'école puis l'actuel lycée Jean-Baptiste-Say.

Les nouveaux bâtiments de l'École normale d'instituteurs sont réalisés en pierre beige, comme de nombreux édifices publics de la Troisième République à la fin du XIX siècle. Le plan ci-contre indique qu'au croisement de la rue Molitor et de la rue Boileau, des terrains sont achetés en 1924 à l'Église réformée. Sur cette parcelle sont construits des bâtiments en brique rouge, matériau typique du style architectural de l'entre-deux-guerres.

École normale d'institutrices vignette|Le site Batignolles.|202x202px Cet article traite principalement de l'École normale d'instituteurs d'Auteuil mais il faut noter qu'existe également l'École normale d'institutrices de Paris, située au 56 boulevard des Batignolles, dans le arrondissement.

Elle est issue de la Petite communauté des Filles ouvrières fondée vers 1760 par l'abbé Guéret passage Saint-Pierre. À la Révolution, elle est transférée à l'Assistance publique, qui la transmet à l'administration municipale en 1841. La ville la transforme en l'École primaire supérieure de jeunes filles pour répondre aux obligations de la loi Guizot de 1833. En 1868, elle est transférée rue Poulletier et divisée en deux sections : enseignement et emplois commerciaux.. L'école est transformée en école normale par le vote du conseil général de la Seine du Association amicale des anciennes élèves de l'École normale des institutrices de la Seine. Bulletin à Paris en date du 18 mars 1902. Signé par E. Viviers, C. Carles et M. Meneau.. Elle est créée le et dirigée par Madame de Friedberg. Le , elle est installée dans les locaux de l'ancienne école polonaise au 56 boulevard des Batignolles, où le site existe toujours, intégré à l'INSPÉ de Paris, comme annexe du site d'Auteuil.

Directeurs de l'école Les directeurs successifs de l’École normale d'instituteurs (ENI) d'Auteuil de 1872 à 1991 sont : 1872-1875 : Ernest-Menu de Saint-Mesmin 1875-1880 : Léon Puisieux 1880-1896 : Anthelme Lénient 1896 : M. Godart 1896-1912 : Émile Devinat 1912-1920 : Paul Bernard 1920-1934 : Paul-Héliodore Gay 1934-1945 : Henri Flandre, ancien directeur de l'ENI de Rouen 1945-1964 : Louis Defond 1964-1969 : Émile Foex, ancien directeur de l'ENI de Beauvais 1969-1978 : J.-Robert Thomas, ancien directeur de l'ENI d'Arras 1978-1991 : Frank Marchand, jusqu’à la suppression des ENI, directeur adjoint de l'IUFM de Paris en 1991

Grands choix éducatifs Mise en place de la laïcité

L'Instruction publique est déclarée laïque et obligatoire en 1882. Elle apparaît comme le levier susceptible d'ancrer les valeurs républicaines dans la Nation. La loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 permet à toutes les religions de pouvoir coexister. L'Instruction publique a alors pour mission de dispenser un enseignement universaliste. Pourtant, pendant vingt ans, dans certaines d'Écoles normales dont celle de Paris, un aumônier est présent et rétribué par l'établissement.. alt=Tenues officielles des Normaliens Parisiens en 1900 selon les déplacements|vignette|Tenues officielles des normaliens parisiens en 1900.|181x181px

Les « hussards noirs de la République » Cette formule du poète Charles Péguy en 1913 fait référence à la fois au costume austère des jeunes instituteurs () et à leur motivation pour enseigner les valeurs de la République. Mais contrairement à cette idée reçue, pendant longtemps, un tiers seulement des instituteurs et institutrices passe par les écoles normales pour y recevoir une formation professionnelle. En fait, les traditions demeurent, que ces jeunes gens et jeunes filles sans formation reprennent sans grands changements. De plus, ils sont dépendants des communes qui gèrent le fonctionnement quotidien et financier des écoles..

La variation des politiques éducatives Adolphe Lénient (1880-1896) marque les débuts de l’établissement par des méthodes strictes d’éducation. Émile Devinat, qui lui succède en 1896, l'organise pour sa part sur des principes modernes de confiance vis-à-vis des élèves, dans une approche à la fois hygiéniste et pédagogique : .. La période de l'après-guerre (dans les années 1920) entraîne un nouveau revirement et un renforcement du règlement disciplinaire : « La Première Guerre mondiale devait changer tout cela [...]. Une discipline renforcée, extrêmement rigoureuse, fut instaurée rue Molitor [...]. Plus de sorties sportives le mardi, suppression du week-end de quinzaine, plus de commentaires de presse à l'heure du déjeuner, réduction du nombre de promenades champêtres, plus de matinées récréatives, plus de public aux conférences, plus de bals, plus de stages en banlieue, plus de restaurant. Mais par contre, multiplication des cérémonies officielles auxquelles nous devions participer et chanter en chœur. La mise au point de ces séances [...] prenait un temps précieux, perdu pour de véritables études [...] »..

Le vécu des normaliens Dans les années 1920, certains normaliens estiment la situation contradictoire. Ils critiquent la différence entre un discours officiel ouvert et une réalité plus intransigeante et estiment la situation d'autant plus contradictoire qu'ils seront amenés, à la fin de leur formation, à devenir eux-mêmes des enseignants..

La discipline entraîne des réactions de la part des internes. En fait, à la pesanteur des règlements et de leur application, ils opposent d'abord une force d'inertie considérable et un humour constant. Ils mettent aussi en place une vie secrète en marge des règlements : fumoirs et salles de jeux occultes, batailles rangées entre promotion, petits-déjeuners anticipés et secrets car les internes doivent attendre deux heures entre le lever à 5 h en été et le petit-déjeuner..

La Coinciade est une publication clandestine des normaliens. Leur esprit frondeur apparaît dans la production de ce journal clandestin par chaque promotion, dans les années 1920. Ses centaines de pages (parfois plus de 500 pages), dans un format approximativement 15 x 21 cm, sont tirées dans le plus grand secret au cours des trois années de la formation. Elles dénoncent avec une certaine dérision les défauts ressentis dans l'internat..

Organisation des journées L'internat héberge plus de 80 % des élèves-maîtres pendant les trois années de la formation. Il détermine le fonctionnement de l'établissement qui compte autour de 200 élèves-maîtres annuellement.

Emploi du temps vignette|165x165px|Emploi du temps en semaine. Le programme du fixe l’emploi du temps globalement, excepté les jeudis, dimanches et jours de fête. Il prévoit au moins huit heures de sommeil chaque jour. Sur les heures de la journée, six environ doivent être employées aux soins de propreté, repas, récréations et exercices corporels. Sur les heures réservées au travail, cinq au moins sont consacrées au travail personnel, aux lectures et à la préparation des classes en étude (entretien). Aucun cours n'a lieu le dimanche, ni dans l'après-midi du jeudi. L'emploi de ces journées est réglé par le directeur (ou la directrice pour l'École normale d'institutrices).

Cet emploi du temps s'organise autour de l'enseignement des différentes disciplines et sorties éducatives dites « promenades d'instruction » le jeudi après-midi. Il compte 38 h de cours et d'études par semaine ordinaire.

Les contraintes de l'internat sont intégrées de manière stricte, avec un lever à 5 h en été et 5 h 30 en hiver. Le coucher est à 21 h. Une heure avant les cours, les élèves-maîtres participent aux tâches de nettoyage et de rangement des différents locaux. Cela donne lieu à une répartition entre anciens et nouveaux (les « Lapins » selon la terminologie consacrée).