La bataille de Tchernobyl est un affrontement militaire s'étant déroulé le au début de l'invasion russe de l'Ukraine.
Elle oppose les Forces armées de la fédération de Russie à celles de l'Ukraine pour le contrôle de la zone d'exclusion de Tchernobyl (comprenant la ville et la centrale nucléaire du même nom) et se solde par la victoire des premières au bout de trois heures de combats.
Contexte
En 1986, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl provoque une contamination radioactive telle qu'une zone d'exclusion de est instaurée autour de la centrale. Depuis l'éclatement de l'URSS et l'indépendance de l'Ukraine, le , l'Ukraine se charge de la sécurité de la zone de Tchernobyl.
La ville de Tchernobyl est abandonnée après la catastrophe nucléaire de 1986. Cependant, depuis la mise en place du sarcophage (dispositif de confinement) quelques personnes sont retournées y vivre. Certains bâtiments ont été décontaminés pour y loger les ouvriers de la centrale nucléaire et d'autres sont construits selon des règles de sécurité bien spécifiques. La ville compte environ à la fin des années 2010.
Prypiat est une ville construite dans les années 1970 pour loger les employés de la centrale nucléaire. Sa population, de près de , est entièrement évacuée à la suite de la catastrophe et Prypiat devient une ville fantôme.
L'invasion de l'Ukraine par la Russie de 2022 est une opération militaire déclenchée le , sur ordre du président russe Vladimir Poutine. La campagne militaire, dans le cadre du conflit russo-ukrainien en cours depuis 2013, est l'aboutissement d'une montée progressive des tensions débutée en 2021.
Les Forces armées russes font une incursion dans la région du Donbass, dans l'est de l'Ukraine, le , avant une offensive aérienne, maritime et terrestre sur l'ensemble du territoire ukrainien le .
Déroulement de la bataille Opération militaire Le , la Russie envahit l'Ukraine et engage l'offensive de Kiev, qui a pour objectif de prendre le contrôle de la capitale ukrainienne. Au nord-ouest de la ville, les Forces armées russes traversent la frontière depuis la Biélorussie, État allié dans lequel ont été positionnées des troupes en préparation de l'invasion. Elles pénètrent dans l'oblast de Kiev, et se dirigent immédiatement vers Tchernobyl.
Dans l'après-midi, le gouvernement ukrainien annonce que les forces russes ont lancé une attaque pour s'emparer de la zone d'exclusion de Tchernobyl.
À la fin de la journée, le gouvernement ukrainien annonce que les forces russes ont pris Tchernobyl et Prypiat « Chernobyl power plant captured by Russian forces -Ukrainian official », Reuters, 25 février 2022.. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky qualifie la prise de la zone par la Russie de .
Le lendemain, la Russie confirme que ses troupes aéroportées ont pris le contrôle de la zone de Tchernobyl « Ukraine says Chernobyl radiation levels ‘exceeded', as Russia confirms its forces seized the nuclear plant », Washington Post, 25 février 2022..
Conséquences immédiates Intervenue au premier jour de l'invasion de l'Ukraine, la bataille de Tchernobyl a un retentissement international et donne lieu à de nombreuses analyses et spéculations.
La prise de Tchernobyl n'est pas un objectif en soi pour la Russie, mais d'abord une étape en vue de l'occupation complète de l'Ukraine, et surtout de la prise de sa capitale, Kiev. En effet, Tchernobyl est située à proximité immédiate de la frontière biélorusse et sur l'une des routes principales menant à Kiev, l'objectif principal de la Russie dans l'offensive de Kiev. De plus, Tchernobyl est située sur la rive droite du Dnipro, ce qui permet de rejoindre l'ouest de Kiev en évitant sa traversée « Why would Russia want to take Chernobyl? », NBC News, 25 février 2022..
La radioactivité, toujours présente sur le site, fait craindre des risques pour la santé et l'environnement, qui pourraient causer des dommages accidentels ou volontaires. Le , lendemain de la bataille, les autorités ukrainiennes annoncent qu'elles ont relevé une augmentation de la radioactivité ambiante dans la zone d'exclusion, qui a été multipliée par 20 par rapport à son niveau habituel[ « Chernobyl: Radiation spike at nuclear plant seized by Russian forces », BBC News, 26 février 2022.. Elles soulignent le danger que l'invasion russe pourrait faire courir aux personnes. Mykhaïlo Podoliak, conseiller du Bureau du Président de l'Ukraine, déclare que .
L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) précise le même jour qu'il n'y a . L'augmentation de la radioactivité dans la zone est confirmée. Elle a été causée par le passage des véhicules militaires, qui ont soulevé des nuages de poussière contaminée. Celui-ci ne constituerait pas un danger pour le public « Radiation levels at Chernobyl are rising: The environmental impact of Russia’s war in Ukraine », Euronews, 25 février 2022..
À la suite de la prise de la zone d'exclusion par la Russie, le gouvernement des États-Unis annonce . Le gouvernement ukrainien affirme que employées dans la centrale sont retenues « Russia reportedly takes hostages at Chernobyl nuclear site as Ukraine invasion continues », News.com.au, 27 février 2022..
thumb|alt=Carte montrant l'avancée de l'offensive russe de la Biélorussie vers Tchernobyl|Poursuite de l'offensive de Kiev le 25 février 2022 Les troupes russes poursuivent leur route vers le sud en direction de Kiev.
Contrôle du site de Tchernobyl par la Russie Le , le ministère russe de la Défense publie des images filmées de la centrale nucléaire, montrant des soldats russes patrouillant à pied et un char stationné.
Les employés présents à Tchernobyl sont contraints par l'occupant russe de rester sur place et de poursuivre leurs activités. Il s'agit d'une centaine d'employés de la centrale nucléaire et environ de la sécurité du site. Peu d'informations sont communiquées vers l'extérieur. Selon des journalistes étrangers, la situation est calme, mais les employés sont soumis à des conditions difficiles, caractérisées par le stress et un accès limité à la nourriture et aux médicaments. Ils passent les nuits dans des dortoirs provisoires, car ils sont empêchés de rentrer chez eux à Slavoutytch « Ukraine war: Chernobyl workers' 12-day ordeal under Russian guard », BBC News, 8 mars 2022..
Après deux semaines d'occupation, la question se pose de la rotation des employés, car les personnes retenues prisonnières risquent un épuisement physique et psychologique. Des discussions ont lieu entre les autorités russes et ukrainiennes sous l'égide de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) afin de procéder à un échange de personnel, au motif que la situation engendre des risques pour la sécurité de la centrale.
Le , l'AIEA annonce qu'elle ne reçoit plus les données de surveillance de la centrale nucléaire « IAEA says loses contact with Chernobyl nuclear data systems », France24, 9 mars 2022.. Le lendemain , l'opérateur ukrainien Ukrenergo annonce que la centrale et de ses équipements de sécurité sont coupés du réseau électrique. Elle dispose de générateurs de secours que les réserves de carburant permettent de faire fonctionner pendant heures. Or l'alimentation électrique est nécessaire pour assurer le refroidissement de l'eau des piscines de stockage des combustibles usés. L'évènement redouté serait que l'eau radioactive s'évapore et laisse à l'air libre les assemblages de combustibles usés. Mais selon l'AIEA, la situation ne constitue pas un danger immédiat, car l'activité actuelle des combustibles radioactifs stockés permet de garantir que l'eau dans laquelle ils sont immergés ne s'évapore pas à court terme. L'incident ravive néanmoins les inquiétudes inhérentes à la sûreté des installations nucléaires avec notamment la perte de transmission des données de surveillance de la centrale« Tchernobyl : le site de la centrale nucléaire déconnecté du réseau électrique, « pas d’impact majeur » à ce stade, selon l’AIEA », Le Monde, 9 mars 2022..
Le , le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, rencontre séparément les ministres des Affaires étrangères respectifs de l'Ukraine et de la Russie, Dmytro Kuleba et Serguei Lavrov, à Antalya en Turquie, en marge des négociations diplomatiques engagées entre les deux pays, pour évoquer la situation de la centrale nucléaire de TchernobylL'Ukraine et la Russie "prêtes" à travailler avec l'AIEA pour garantir la sécurité des sites nucléaires ukrainiens, France TV Info, 10 mars 2022. « Guerre en Ukraine : Que peut vraiment l’Agence internationale de l’énergie atomique pour assurer la sûreté des sites nucléaires ? », 20 Minutes, 11 mars 2022..
Le lendemain, les autorités russes font savoir qu'elles ont rétabli l'alimentation électrique de la centrale avec l'aide de spécialistes biélorusses, ce que contestent les autorités ukrainiennes, qui soutiennent par ailleurs que leurs équipes techniques ont été empêchées d'accéder à la centrale. L'AIEA n'est pas en mesure de se prononcer. Les deux belligérants s'accusent mutuellement de fomenter des actes de terrorisme nucléaire « Ukraine alleges Russia is planning "terrorist" incident at Chernobyl in latest claim about nuclear risks », CNN, 11 mars 2022..
Le , l'AIEA fait savoir que du carburant a été livré la veille à la centrale afin d'alimenter les générateurs de secours, tandis que les réparations de l'alimentation électrique se poursuit. En revanche, les n'ont toujours pas été remplacés « Chernobyl nuclear plant running on generators with staff "living" there since Russian attack », CNN, 12 mars 2022..
Le , l'entreprise publique ukrainienne Ukrenergo annonce avoir rétabli l'alimentation électrique de la centrale « Ukraine says it resumed power supply to Chernobyl nuclear plant », CNN, 22 mars 2022..
Dès le lendemain , l'alimentation électrique de la centrale de Tchernobyl est à nouveau endommagée, puis remise en service le , selon l'entreprise publique ukrainienne Ukrenergo « Power supply restored to Chernobyl nuclear plant », The Guardian, 15 mars 2022..
Retraite russe Le , le gouvernement ukrainien annonce que les Russes quittent la centrale nucléaire de Tchernobyl après la retraite russe de l'offensive de Kiev. L'armée ukrainienne réinvestit le site de Tchernobyl au début du mois d'avril.
Les témoignages des travailleurs ukrainiens restés sur le site de Tchernobyl ont commencé à être publiés à la fin de l'occupation russe. Ils rapportent entre autres que l'armée russe aurait, durant sa retraite, pris en otage des membres de la garde nationale ukrainienne pour les amener en Russie. Les travailleurs locaux ont également affirmé que les soldats russes se déplaçaient sans combinaisons de protection dans la zone de la forêt rousse, une zone fortement radioactive. Le , un membre ukrainien du conseil de l'agence d'état ukrainienne pour la gestion des zones d'exclusion a affirmé sur sa page Facebook que les troupes russes étaient régulièrement rapatriées de la zone d'exclusion entourant Tchernobyl vers Gomel en Biélorussie pour des soins liés à des irradiations, notamment après avoir creusé des tranchées dans la forêt rousse. Au moins un membre des forces armées russes serait mort des conséquences d'une irradiation.
Le , un drone ukrainien filme ce qui apparait être des tranchées creusées par l'armée russe, ce qui confirmerait les témoignages des travailleurs du site.
Références
Voir aussi Articles connexes Désinformation lors de la crise russo-ukrainienne de 2021–2022 Guerre du Donbass Relations entre la Russie et l'Ukraine Cyberattaque de 2022 en Ukraine Manifestations contre l'invasion russe de l'Ukraine en 2022
Liens externes
Tchernobyl Catégorie:2022 en Ukraine Catégorie:Février 2022 Catégorie:Oblast de Kiev