Lémigration depuis le bloc de l'Est représente une pierre d'achoppement pendant la guerre froide. Après la Seconde Guerre mondiale, des restrictions à l'émigration sont imposées dans les pays du bloc de l'Est, à savoir l'Union soviétique (URSS) ainsi que ses États satellites en Europe centrale et en Europe de l'Est. Dans la majorité des cas, l'émigration légale est limitée au regroupement familial ou pour autoriser des membres des minorités ethniques à rejoindre leur pays d'origine.

Les gouvernements du bloc de l'Est soutenaient qu'instaurer des limites strictes à l'émigration était nécessaire pour éviter une fuite des cerveaux. Les États-Unis et les gouvernements en Europe de l'Ouest soutenaient que ces restrictions constituaient une atteinte aux droits de l'homme. Malgré les restrictions, il y eut plusieurs cas de transfuges vers l'Ouest.

Quand l'Allemagne de l'Est (RDA) a refermé ses frontières avec l'Allemagne de l'Ouest (RFA), les zones frontalières poreuses entre Berlin-Est et Berlin-Ouest sont devenues un lieu de passage pour les transfuges. L'édification du mur de Berlin, en août 1961, visait à empêcher cette circulation. Par la suite, l'émigration depuis le bloc de l'Est s'est effectivement tarie : seuls quittaient le bloc de l'Est les transfuges illégaux, des personnes d'une origine déterminée dans le cadre d'accords bilatéraux et un nombre restreint d'autres cas.

Contexte historique

Restrictions à l'émigration en Union des républiques socialistes soviétiques

Même si le premier agenda politique du mouvement bolchévique avançait la revendication d'une « abolition des passeports », seulement deux mois après la révolution russe de 1917, le nouveau régime institue un contrôle des passeports et interdit la sortie du pays à ses ressortissants qui ont rejoint les combattants. Le raisonnement des autorités s'appuie en partie sur l'idée que l'émigration était liée à l'opposition à l'État socialiste et un autre facteur est la crainte que l'émigration viendrait nourrir des armées d'opposition. Par le traité de Brest-Litovsk en 1918, la Russie est contrainte d'autoriser l'émigration de personnes non-Russes qui veulent obtenir la nationalité allemande, mais le régime tente de juguler les sorties en ne les autorisant que pendant un mois. À partir de 1919, tout voyage à l'étranger nécessitait l'accord de la police politique de l'époque, devant obtenir le consentement du service spécial de la Tchéka. En 1922, après le Traité relatif à la formation de l'Union des républiques socialistes soviétiques, la république socialiste soviétique d'Ukraine et la république socialiste fédérative soviétique de Russie émettent toutes deux des réglementations générales sur le voyage : tous les départs sont pratiquement interdits, ce qui rend l'émigration presque impossible. Toutefois, l'Union soviétique ne peut pas contrôler ses frontières jusqu'à la formation d'un système de garde-frontières issus d'un corps spécial du Guépéou ; ainsi, à partir de 1928, même les départs illégaux deviennent presque impossibles.

En 1929, des contrôles encore plus stricts sont instaurés : un décret déclare que tout fonctionnaire soviétique en exercice à l'étranger qui aurait basculé « dans le camp des ennemis des travailleurs et des paysans » et qui refuserait de rentrer au pays serait exécuté dans les 24 heures suivant son arrestation. En 1932, alors que le premier plan quinquennal de Joseph Staline impose la collectivisation forcée, le système des passeports intérieurs est institué pour distribuer les rares logements et se débarrasser des « éléments improductifs ». Conjuguées aux permis de résidence obligatoires dans chaque ville et aux restrictions sur la liberté de circulation (souvent surnommées « le cent unième kilomètre »), ces réglementations limitent drastiquement la mobilité et la circonscrivent à des espaces très réduits. En 1936, quand la Constitution soviétique est promulguée, l'émigration légale est pratiquement inexistante, à l'exception de quelques rares cas de regroupement familial et des déportations. Très peu de personnes ont pu gagner secrètement la Roumanie, la Perse et la Mandchourie : la grande majorité de la population est fondamentalement maintenue sur le territoire de l'U.R.S.S., sans possibilité d'émigration. Par la suite, la Moskovskaïa Pravda a décrit la décision d'émigrer comme « un comportement contre-nature et équivalent à enterrer une personne vivante ». Les individus souhaitant quitter le pays étaient vus non seulement comme des déserteurs, mais aussi comme des traîtres.

Mobiliser la population pour le travail en Union soviétique n'était pas envisageable si les gens restaient libres d'émigrer, compte tenu de la faible qualité de vie à l'époque. Le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev a déclaré par la suite : « Nous avions peur. Vraiment peur. Nous avions peur que toute détente ne génère une marée, que nous n'aurions pu contrôler et qui nous aurait noyés. Comment nous aurait-elle noyés ? Elle serait sortie du lit soviétique et aurait formé un raz-de-marée qui aurait emporté toutes les barrières et les murs porteurs soutenant notre société ».

En outre, les restrictions sur l'émigration permettaient de garder le secret sur la vie sous le régime soviétique. À partir de 1935, Joseph Staline était parvenu à interdire l'accès depuis l'étranger vers l'Union soviétique (ce qui a tenu jusqu'à sa mort en 1953), n'autorisant aucun voyage dans l'Union soviétique, afin que les étrangers ne sachent rien des procédures politiques qui y étaient instaurées. Pendant plusieurs années après la Seconde Guerre mondiale, les étrangers n'ont pu connaître le nombre de citoyens soviétiques arrêtés ou exécutés, ni les piètres performances de l'économique soviétique.

Création du bloc de l'Est

Les Bolcheviks prennent le pouvoir en Russie à la suite de la révolution d'octobre 1917. S'ensuit la guerre civile russe, qui coïncide avec l'entrée de l'Armée rouge à Minsk en 1919 ; la Biélorussie est proclamée république socialiste soviétique de Biélorussie en 1920. À l'issue de la guerre polono-ukrainienne, l'Ukraine est vaincue et, après la paix de Riga qui conclut la guerre soviéto-polonaise en mai 1921, les parties centrales et orientales de l'Ukraine sont annexées par l'Union soviétique en tant que république socialiste soviétique d'Ukraine. En fin décembre 1922, la république socialiste fédérative soviétique de Russie, la république socialiste soviétique d'Ukraine, la république socialiste soviétique de Biélorussie et la république socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie fusionnent officiellement et créent l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), ou Union soviétique.

Pendant les dernières phases de la Seconde Guerre mondiale, l'Union soviétique entame la création du bloc de l'Est en annexant directement plusieurs pays, les proclamant « républiques socialistes soviétiques » ; à l'origine, ces territoires lui ont été effectivement été accordés par le Troisième Reich dans le cadre du pacte germano-soviétique.

Les pays reçus par l'URSS sont la Pologne orientale (incorporée dans trois entités soviétiques), la Lettonie (qui devient la république socialiste soviétique de Lettonie)Senn, Alfred Erich, Lithuania 1940 : revolution from above, Amsterdam, New York, Rodopi, 2007 , l'Estonie (qui devient la république socialiste soviétique d'Estonie), la Lituanie (qui devient la république socialiste soviétique de Lituanie), une partie de l'Est de la Finlande (qui devient la République socialiste soviétique carélo-finnoise et plus tard incorporée à l'URSS)Kennedy-Pipe, Caroline, Stalin's Cold War, New York : Manchester University Press, 1995, et le nord de la Roumanie (qui devient la République socialiste soviétique moldave). En 1945, ces territoires annexés représentent environ ajoutés à l'Union soviétique, soit un peu plus que le total cumulé de la superficie de l'Allemagne de l'Ouest, l'Allemagne de l'Est et l'Autriche.

D'autres États sont convertis en régimes satellites de l'URSS, comme la république populaire de Pologne, la république populaire de HongrieGranville, Johanna, The First Domino: International Decision Making during the Hungarian Crisis of 1956, Texas A&M University Press, 2004. , la République socialiste tchécoslovaque, la république populaire de Roumanie, la république populaire socialiste d'Albanie et, dans les années suivantes, l'Allemagne de l'Est dans la zone d'occupation soviétique. La république fédérative socialiste de Yougoslavie est aussi considérée comme rattachée au blocEastern bloc, The American Heritage New Dictionary of Cultural Literacy, Third Edition. Houghton Mifflin Company, 2005., malgré la rupture Tito-Staline en 1948 suivie de la formation du Mouvement des non-alignés.

Conditions de vie dans le bloc de l'Est

Dans l'ensemble du bloc de l'Est, à la fois en URSS et dans les autres pays, la RSFS de Russie tient une place prééminente ; elle est surnommée la naibolee vydajuščajasja nacija (la nation la plus éminente) ou le rukovodjaščij narod (le peuple d'élite). La propagande soviétique favorise cette vénération envers les actions et caractéristiques russes, ainsi que la construction de hiérarchies structurelles au sein du communisme soviétique dans les autres pays du bloc de l'Est.

Le communisme instauré dans le bloc de l'Est se distingue par la symbiose très particulière de l'État, la société et l'économie, qui conduit à l'effacement des frontières entre les sphères politique et économique et la perte de leur autonomie. À l'origine, Staline dirige des régimes qui rejettent les caractéristiques institutionnelles de l'Ouest : économie de marché, gouvernement démocratique (que le jargon soviétique désigne sous le nom de « démocratie bourgeoise ») et l'État de droit qui interdit les interventions discrétionnaires de l'État. L'Union soviétique ordonne l'expropriation et létatisation de toute propriété privée.

Les régimes inspirés de l'URSS qui prennent les rênes dans le bloc de l'Est ne se bornent pas lui emprunter la politique d'économie planifiée : ils adoptent également les méthodes brutales de Staline ainsi que la police secrète soviétique pour réprimer toute opposition potentielle ou avérée. Dans les régimes communistes du bloc de l'Est, même des groupes d'opposition marginaux parmi les intellectuels sont traités comme une menace car ils en attaquent les bases, qui sous-tendent le pouvoir communiste. La répression de la dissidence et de l'opposition représente un objectif primordial à la sécurité des régimes communistes, même si le degré d'opposition et de répression contre la dissidence a varié en fonction des pays et des époques dans le bloc.

En outre, les médias du bloc de l'Est étaient assujettis à l'État : ils dépendaient entièrement des partis communistes et leur obéissaient ; les sociétés de radio et de télévision appartenaient à l'État et les médias imprimés étaient contrôlés par des organisations politiques, principalement les partis communistes au pouvoir. De plus, le bloc de l'Est présentait des problèmes dans la gestion du développement économique : les planificateurs centraux appliquaient une politique de croissance extensive et les performances étaient très largement inférieures à celles des pays européens de l'Ouest en termes de produit intérieur brut par personne. Les magasins aux rayonnages vides en Allemagne de l'Est rappelaient sans ambiguïté la fausseté de la propagande concernant les progrès économiques fabuleux et ininterrompus du régime.

Histoire Fuites & expulsions des Allemands dans le bloc de l'Est