Claire Burrus, née en 1940 à Marcilly-en-Villette, est une galeriste française. De 1985 à 1997, elle dirige la Galerie Claire Burrus à Paris, un espace qui s’illustre par le soutien à une nouvelle génération d’artistes émergents, parmi lesquels Michel Verjux, Felice Varini, Philippe Cazal, et tout particulièrement Philippe Thomas. Parallèlement, elle joue un rôle déterminant dans l’introduction sur la scène française d’artistes anglo-saxons majeurs, tels qu’Angela Bulloch, Charles Ray, Rudolf Stingel et Rachel Whiteread.
Biographie Claire Burrus, née Claire Deschamps, voit le jour le à Marcilly-en-Villette, près d'Orléans. Elle connaît très tôt son quart d'heure de célébrité warholien quand le , au cours des fêtes johanniques célébrées à Orléans où elle est choisie pour incarner Jeanne d'Arc, elle est photographiée en armure et à cheval, main dans la main avec le Général de Gaulle . Après une licence de droit et d'histoire, elle travaille chez le commissaire-priseur Etienne Ader où elle s'initie au commerce de l'art.
La galerie Le Dessin (1974-1984) En 1974, Claire Burrus ouvre à Paris une galerie consacrée aux œuvres sur papier. Le Dessin, au 43, rue de Verneuil, ambitionne de compenser la sous-représentation de cette forme d'art dans le paysage artistique parisien.
En 1978, la galerie déménage dans le VIe arrondissement de Paris, au 27, rue Guénégaud. Cette nouvelle installation dans un quartier riche en galeries est l'occasion pour Claire Burrus d'exposer de jeunes artistes, émergents (Anne-Marie Pêcheur, Malgorzata Paszko, Olivier Agid) ou déjà reconnus (Erró, Jacques Villeglé). Elle s'intéresse également au dessin comme étape dans l'élaboration d'une œuvre conçue pour un autre support. Ainsi l'exposition Carnets d'artistes, du au , confronte les travaux préparatoires et les œuvres achevées de 16 artistes, dont les peintres Jean Bazaine, Pierre Bonnard et Vassily Kandinsky, et expose parallèlement un ensemble d'artistes considérant le processus de fabrication d'une œuvre comme une part indissociable de l’œuvre elle-même, et ces "carnets" comme une œuvre en soi, tels Marcel Broodthears, Bernard Dufour, Jean Degottex et Gianfranco Baruchello (qui signera plus tard à la galerie une exposition personnelle, Monogrammes, en 1982). La scénographie de cette exposition« Intime, secret, poétique... Une des choses les plus intéressantes que l'on puisse voir actuellement à Paris » selon Geneviève Breerette, Le Monde, 19 mai 1980. Voir aussi Georges Boudaille, "Le dessin sans théorie", Artpress, mai 1980. supposait que chaque jour, chaque carnet présente une page différente, pour manifester la complexité et l'évanescence d'un support créant, selon Gilbert Lascault, « plus que tout autre dessin, (...) un rapport intime entre celui qui regarde et les traits regardés ». Cette implication active du public dans un dispositif dynamique éclairant l’œuvre préfigure les principes fondateurs de la future Galerie Claire Burrus, cinq ans plus tard.
Cette direction nouvelle est tout aussi explicite dans l'exposition que Claire Burrus présente en 1982 avec le scénographe et plasticien Robert (Bob) Wilson. On y découvre les dessins qu'il réalise autour des deux spectacles sur lesquels il travaille cette année là, une première version de l'opéra Medea de Gavin Bryars, créé en 1984, et Great Days in The Morning, spectacle de spirituals conçu par et pour la soprano Jessye Norman. Loin d'être de simples esquisses ou des croquis fonctionnels, ces œuvres matérialisent les visions abstraites qui inspirent le scénographe, dans une démarche purement graphique détachée de toute réalisation scénique directeEn 1984, Robert Wilson tirera de ces Dessins sur Medea une série de 20 lithographies intitulée Medea. .
En 1984, alors que Marie Hélène Montenay, son associée depuis 1982, la quitte pour créer une galerie concurrente à deux pas de là, rue Mazarine, suivie par plusieurs artistes représentés par la galerie, Claire Burrus décide de fermer Le Dessin, pour se lancer dans une nouvelle aventure.
La Galerie Claire Burrus
Au 30-32, rue de Lappe (1985-1990) La Galerie Claire Burrus ouvre ses portes le au 30-32, rue de Lappe, derrière la Place de la Bastille, dans un quartier davantage connu pour sa vie nocturne que pour ses galeries d'art. Claire Burrus entend ainsi se démarquer de la tendance néo-figurative qui s'impose dans la plupart des galeries parisiennes en ce milieu des années 1980. D'emblée, elle propose une programmation presque exclusivement consacrée à une nouvelle génération de jeunes artistes français, à qui elle offre souvent leur toute première exposition personnelle, et dont elle édite systématiquement un premier catalogue.
Ces artistes s'inscrivent le plus souvent dans une mouvance post-conceptuelle ou post-minimaliste, en référence à l'art des années soixante, bien que peu d'entre eux revendiquent explicitement une telle filiation. En revanche, malgré des démarches trop individuelles pour s'inscrire dans une quelconque "école", des artistes comme Marie Bourget, Philippe Cazal, Philippe Thomas, Michel Verjux ou Felice Varini (par ordre alphabétique) ont en commun une même attention à l'insertion de leur œuvre dans l'espace d'exposition, une même élaboration de la signification de l'acte créatif et de sa réception par le public, une même intégration critique d'éléments liés au marketing et à la publicité, au graphisme commercial, au design industriel, omniprésents dans l'environnement esthétique urbain de cette fin de siècle.
Philippe Thomas Philippe Thomas est l'artiste dont le nom est le plus fréquemment associé à la Galerie Claire Burrus, qui a défendu son œuvre et bâti sa réputation internationale depuis ses débuts jusqu'à son décès en . Leur rencontre se fait autour de l’œuvre Sujet à discrétion présentée lors de l'exposition Les Immatériaux au Centre Pompidou. Ce sont trois photos identiques d'un horizon marin, avec trois cartels différents. On peut lire sur le premier : « Anonyme. La mer en méditerranée (vue générale). Multiple » ; sur le deuxième : « Philippe Thomas. Autoportrait (vue de l’esprit). Multiple (photo signée Philippe Thomas) » ; et sur le dernier : « Lidewij Edelkoort. Autoportrait (vue de l’esprit). Pièce unique (photographie signée Lidewij Edelkoort)». Lidewij Edelkoort est la collectionneuse qui a acquis l’œuvre exposée, et qui devient ainsi, fictivement, signataire de l’œuvre. Cette tactique que Philippe Thomas développe dans l'ensemble de son œuvre, où l'acquéreur de ses pièces en devient le signataire, où le plus souvent ses œuvres ne sont pas directement associées à son nom, lui permet d'investir l'ensemble du monde de l'art, dans ses ressorts visibles et cachés, comme une vaste fiction dont l'artiste, malgré son apparente disparition, reste l'ordonnateur. Philippe Thomas, qui cherche alors une galerie disposée à l'accompagner dans ses projets, propose à Claire Burrus de travailler avec lui sur son nouveau projet, Fictionnalisme.
Le dispositif de l'exposition Fictionnalisme. Une pièce à conviction consiste à fabriquer un mouvement artistique fictif, dont le manifeste serait une grande photo de groupe (1,50m x 2m) intitulée Hommage à Philippe Thomas : autoportrait en groupe, et composée sur le modèle de lHommage à Delacroix peint en 1864 par Fantin-Latour, qui est aussi un manifeste du jeune groupe symboliste. En lieu et place des Whistler, Manet ou Baudelaire du modèle, figurent sur la photo sept collectionneursCes 7 collectionneurs sont Jean Brolly (qui signe par ailleurs la photo Recherche du grand verre), Georges Bully (Revers de l'objectif), Herman Daled (Absence), Lidewij Edelkoort (Fond de tain), Françoise Epstein (Un singulier pluriel), Dominique Païni (Cas de figure), et Michel Tournereau (Question de présentation)., les acheteurs réels des œuvres présentées, affichés comme les artistes réunis par la Galerie Claire Burrus dans un « Hommage à Philippe Thomas». Une série d’œuvres - des gros plans de fragments de visages - signés par ces collectionneurs, complètent cette présentation dont un jeu de cartels constituent les « pièces à conviction». Le catalogue édité par la galerie et tiré à 500 exemplaires participe pleinement à la construction fictionnelle : montrant sur sa couverture la photo marine utilisée dans Sujet à discrétion, il présente entre autres un dialogue fictif de visiteurs lors du vernissage, commentant, critiquant et explicitant le projet. Selon les mots d'Emeline Jaret, il s'agit là d'un « dispositif complexe mêlant création, monstration, collection, et mettant en doute les positions traditionnelles au sein du système de l'art. »
Les liens de Claire Burrus avec la Cable Gallery de New York permettent à Philippe Thomas de proposer Fictionnalisme outre-atlantique, mais il ne parvient pas à trouver sept collectionneurs américains disposés à financer et « signer » le projet. Il propose alors un dispositif plus ambitieux : la création d'une authentique agence de publicité lancée à la Cable Gallery en décembre 1987 : readymades belong to everyone ®Sic. L'emploi des caractères gras s'impose ici, car il correspond à la forme délibérément choisie par l'artiste. Le caractère "®" est fictif, car Philippe Thomas n'a pas enregistré officiellement l'agence, aux USA ou ailleurs. , et accueilli à New York avec un « vif succès critique » . Le 19 septembre 1988, la Galerie Claire Burrus accueille la création de la filiale française de l'agence : les ready-made appartiennent à tout le monde ® (L'absence de majuscules et les caractères gras font partie du titre original de l’œuvre). À cette occasion, « l'agence » obtient gracieusement un encart publicitaire dans Libération : « Histoire de l'Art cherche personnages ... n'attendez pas demain pour entrer dans l'histoire », et recrute des collectionneurs-auteurs-signataires, dont deux sont des pseudonymes utilisés par Philippe Thomas lui-même, et deux autres, délibérément choisis par l'artiste, sont d'authentiques publicitaires (Georges Verney-Carron et Jay Chiat). L'objet unique de l'activité de l'agence est simple : il s'agit pour elle de faire sa propre publicité, et de recruter à cet effet le plus grand nombre possible de signataires, qui sont invités à la financer.
Tout au long de l'histoire de la Galerie, Claire Burrus accompagne l’élaboration de l’œuvre de Philippe Thomas, comme galeriste (et donc part intégrante du dispositif fictionnel développé par l'artiste), et comme collaboratrice, intervenant notamment sur le financement et la production des œuvresIbidem, p. 227. À sa mort prématurée en septembre 1995, elle devient son exécutrice testamentaire, et continue aujourd'hui à s’occuper d'une œuvre qui suscite un intérêt croissant, comme en témoignent les expositions qui lui sont consacrées depuis les années 2000Voir la liste des expositions récentes dans l'article Philippe Thomas.
Philippe Cazal, Michel Verjux, Felice Varini, Angela Bulloch