vignette|alt=Photographie couleur de la façade d'une cathédrale romane.|Façade de la Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay, exemple de l'art roman français.
L'Histoire culturelle de la France est la discipline qui étudie l'ensemble des champs culturels faisant partie du domaine de la culture française depuis les origines jusqu'à nos jours. L'évolution de la culture française est ici comprise comme englobant les idées, sentiments collectifs, les mentalités et les arts de la population résidant dans les frontières de l'actuelle France métropolitaine depuis qu'il est légitime de faire remonter la culture française, jusqu'à nos jours.
Royauté franque ()
Reconnaître les mouvements intellectuels des peuples francs entre les années 500 et 1000 et les rattacher à la culture française dans son ensemble soulève un certain nombre de problématiques méthodologiques. Toutefois, le consensus historique permet un certain nombre de conclusions.
Durant les premiers siècles du Moyen Âge, la culture écrite est toujours latine, et très fortement liée à la religion chrétienne. Les laïcs n'écrivent plus et les maîtres francs n'ont pas utilisé l'écriture pour fixer et transmettre leur propre culture germanique.
Par ailleurs, les premières formes de la langue française font leur apparition, mais elle n'est pas à cette époque le vecteur d'une culture écrite.
Les savants religieux étudient, recopient et transmettent un certain nombre d'ouvrages antiques dès le dans une optique ecclésiale, que ce soit au sein d'écoles ecclésiastiques urbaines ou de monastères. Ce qu'il est convenu d'appeler la Renaissance carolingienne prend sa source dans les initiatives culturelles des maires du palais, et consiste essentiellement dans un renouveau de la langue et des arts libéraux antiques, en grande partie grâce à l'apport de savants étrangers à l'aire culturelle franque : irlandais, italiens ou espagnols.
Problématiques méthodologiques Le concept de culture est une construction contemporaine, qu'il est délicat de transposer sans précaution à une époque où cette notion n'existait pas. Le risque d'anachronisme est très fort.
Les sources disponibles sont rares et ne montrent qu'une facette étroite de la culture de l'époque, essentiellement écrite ; alors que la grande majorité des traits culturels de cette période est transmise oralement. Par ailleurs, la distance temporelle et intellectuelle qui sépare les chercheurs des hommes et femmes de cette époque est énorme, et doit être prise en compte.
Par ailleurs, le découpage géographique actuel pour cette époque n'a pas de sens, et une histoire de la culture doit se concentrer sur la culture du peuple franc, qui est à l'origine lointaine de ce qui deviendra des siècles plus tard l'espace culturel français.
La synthèse la plus récente élaborée par Michel Sot, Jean-Patrice Boudet et Anita Guerreau-Jalabert n'est, en 2005, qu'un essai et non d'une histoire en tant que telle, en raison des lacunes documentaires immenses et d'absence de consensus de la part des historiens de l'art et des archéologues spécialistes de cette période sur des éléments fondamentaux de la culture à cette époque. Les éléments culturels décrits ici doivent donc être compris avec ces réserves.
Les origines de la culture franque médiévale
Les connaissances de la culture franque des premiers siècles après leur installation en Gaule, se limitent à quelques textes dont le plus important est lHistoire des Francs de Grégoire de Tours, et ses réinterprétations postérieures par les érudits francsJean Chélini, L'aube du Moyen Âge. Naissance de la chrétienté occidentale, Paris, Picard, 1991.
L'intégration des Francs dans le monde romain vignette|alt=Manuscrit médiéval en écriture cursive, orné de lettres enluminées.|Histoire des Francs, Grégoire de Tours, page à l'initiale P en forme de poisson ouvrant le livre consacré à Clovis. Luxeuil ou Corbie, fin du . BnF, Manuscrits, Latin 17655 fol.13v-14.
Au , les élites franques se définissent avant tout comme romaines, en s'opposant aux autres peuples non intégrés, rejetés comme barbares. Intégrés depuis le comme peuple fédéré, les Francs ont vécu plusieurs générations dans l'Empire romain et en ont intégré la culture lorsque celui-ci s'effondre à la fin du . Ils apprennent et écrivent le latin, ne cherchant pas à écrire leur langue germanique, et se lient conjugalement aux élites gallo-romaines en place. Lorsque des textes sur les mythes de la nation franques sont rédigés au , ils ne reprennent ni les mythes germains, ni les gaulois, mais bel et bien les mythes romains. Ils créent ainsi une généalogie faisant remonter les lignées royales à la ville de Troie, en imitation des idéaux de l'élite romaine.
Par ailleurs, l'évènement majeur qui fait encore davantage entrer les Francs dans la romanité est le baptême de Clovis. Abandonnant son ancienne religion et poussant son peuple à faire de même, il intègre un christianisme qui a repris les cadres culturels romains. Cette conversion facilite le ralliement des élites gallo-romaines à son pouvoir tout en lui conférant un prestige particulier. Il est ainsi comparé à l'empereur de Constantinople comme protecteur du peuple élu de Dieu. Cette acculturation est facilitée à la fois par le faible nombre de Francs par rapport à la population au sein de laquelle ils s'insèrent, au plus 10 % de cette dernière, et par le fait que tous les autres peuples chassés de leurs terres et s'installant en Gaule font de même, Wisigoths et Burgondes pour l'essentiel.
La lente apparition de la langue française Un élément fondamental dans l'apparition de la culture française est l'apparition de la langue française. La période de cette apparition fait débat entre les spécialistes car la langue gallo-romaine, une forme de latin vulgaire locale également nommée le gallo-roman, se nourrit autant d'une déformation du latin naturelle que d'une certaine influence des langues germaniques qui restent parlées, tel le vieux-francique. Il existe durant des siècles une cohabitation linguistique.
Or, seule la culture latine de cette époque nous est parvenue, et donc une fraction importante de la culture de la population franque ou sous domination franque nous est inaccessible. Toutefois, le peuple gallo-romain illettré comprend le latin, au moins sous sa forme vulgaire. On en a la preuve car les prédicateurs n'ont pas besoin de traduire leurs sermons aux .
En revanche, à partir de la renaissance carolingienne, cette difficulté se pose. Les élites religieuses entreprennent une restauration d'un latin plus conforme à celui dans lequel les écrits sacrés ont été rédigés, mais ils s'aperçoivent vite que le peuple ne comprend plus ce latin. Ainsi, le Concile de Tours mentionne pour la première fois l'obligation pour les prédicateurs de ne pas porter le message divin en langue sacrée, mais dans la langue du peuple auquel il s'adresse. Cette décision de traduction marque le passage d'une culture où élite lettrée et masse analphabète pouvaient se comprendre à une situation culturelle où l'accès à une forme fondamentale de la culture n'est plus accessible à la grande majorité de la population.
Culture tardo-antique et culture chrétienne ()
Les différentes formes de la culture littéraire et intellectuelle romaine tardive connaissent une remarquable continuité au cours des trois siècles qui suivent la chute de l'Empire romain d'Occident. Les différentes invasions et déplacements de populations n'affectent pas fortement les formes culturelles écrites que les archéologues et historiens sont à même de percevoir.
En revanche, les arts manuels sont fortement affectés par les évolutions politiques, la disparition ou le rétrécissement des villes ; les foyers de tradition artisanale et les lieux d'échanges se réduisent fortement ou s'éteignent. Les créations artistiques se sont progressivement concentrées dans les villes épiscopales majeures et les capitales des différents peuples ou hauts dignitaires.
Culture littéraire et intellectuelle gauche|vignette|alt=Manuscrit médiéval enluminé partiellement effacé.|Première page du texte de la Règle pastorale dans un manuscrit produit vers 600 (Troyes, Bibliothèque municipale MS 504).
La culture latine classique ne disparaît pas avec l'effondrement politique de l'Empire romain d'occident. Les populations gallo-romaines, parlent le latin et entretiennent une culture classique malgré les changements politiques. Si les écoles urbaines disparaissent lentement, elles sont remplacées par un enseignement familial, et surtout, à partir du , par l'apparition d'écoles épiscopales et monastiques qui entretiennent les bases de l'enseignement de la grammaire latine, en recopiant des textes antiques qui servent de base à l'apprentissage.
Au , la culture écrite n'est plus portée que par les religieux, l'immense majorité des élites laïques ne sachant plus lire et écrirePierre Riché, ''Éducation et Culture dans l'occident barbare'', Paris, Seuil, 1962, rééd. 1995..
Les dernières formes de la culture antique tardive (400-500) Sur l'ensemble des Gaules, malgré la prise de pouvoir de différents peuples (Francs, Wisigoths, Burgondes), l'usage de l'écrit, en latin exclusivement, se maintient durant tout le . De nombreux témoignages prouvent que des grammairiens et des rhéteurs officient toujours sous de nouveaux maîtres. Les auteurs antiques restent la référence et étudiés, les formes classiques du discours ne sont pas perdues et encore employées. En 467, Sidoine Apollinaire compose et prononce un en l'honneur de l'empereur Majorien dans la tradition des panégyriques d'empereurs ; Avit de Vienne, quelques années plus tard, prononce un discours d'apparat en l'honneur du baptême de Clovis construit strictement selon les règles de grammaire et de rhétorique classiques.
Écoles ecclésiastiques et monachisme (500-650) vignette|alt=Parchemin manuscrit de couleur pourpre et aux lettres dorées.|Psautier pourpré dit de saint Germain, vers 500-550. BNF. Inv. Latin 11947, folio 101 verso.
Les écoles antiques classiquesMichel Rouche, ''Histoire de l'enseignement et de l'éducation. Tome 1, Des origines à la Renaissance, — , Perrin, 2003, coll. Tempus, 736 p. ., urbaines et laïques, disparaissent au cours du . On le détecte à la disparition d'un certain vocabulaire juridique qui ne s'acquiert que dans ces structures. Si dans certaines grandes citésTours, Lyon, Clermont, Orléans, Paris ou Metz., elles ont pu subsister quelque temps, le consensus estime qu'elles sont toutes arrêtées au .
Simultanément, pour des raisons religieuses, des écoles ecclésiastiques naissent et reprennent l'apprentissage du latin, de sa grammaire. Si des traces d'enseignement de la langue latine se retrouvent au cours du auprès de clercs, le premier marqueur de ce développement est le concile de Vaison de 529 qui postule dans le royaume burgonde que . Édicté par Césaire d'Arles, ce canon pousse à l'enseignement de la lecture au plus près des populations, et les historiens constatent le développement de nombreuses écoles paroissiales sur l'ensemble de l'ancienne Gaule. Césaire d'Arles a également participé à la constitution d'école ecclésiastiques urbaines, rassemblant autour de lui une communauté de clercs et organisant en leur sein un enseignement de la langue latine. Les premières écoles de ce type connues concernent dès la fin du autant la Gaule du sud (Bourges, Poitiers, Clermont, Lyon) que celle du nord (Vermand, Reims, Metz, Tongres, Paris).
Au cours des , les anciennes Gaules se couvrent de monastères, jusqu'à plus de deux cents. Beaucoup d'entre eux vivent avec des règles qui organisent des études visant à comprendre et lire les textes sacrés. D'autres, tels ceux suivant la règle établie par l'irlandais Colomban accordent moins d'importance aux études, sans jamais l'exclure. Il s'agit surtout pour ce dernier de ne pas laisser les moines être distrait par de la littérature profane.