Les structures fondamentales des sociétés humaines (2023, La Découverte) est un livre du sociologue français Bernard Lahire dans lequel il propose un cadre unificateur en sciences sociales et la réinscription de leurs objets d'études dans le continuum du vivant. Adoptant une perspective « réaliste constructiviste », il défend que les sociétés humaines partagent des structures fondamentales et qu'il est nécessaire pour les dégager de tenir compte des coordonnées biologiques humaines et de pratiquer la comparaison intersociale et interspécifique.
Structure du livre Le livre se sépare en trois partie, précédées d'une introduction et suivies d'une conclusion et d'un post-scriptum :
la première partie se concentre sur une discussion critique des conditions de la production scientifique, une critique du relativisme et du nominalisme et un exposé des ambitions nomologiques en sciences sociales, ce qui permet à Bernard Lahire d'introduire des réflexions sur les méthodes et les lois ; la seconde partie mobilise la comparaison et différentes disciplines, notamment la biologie et l'histoire évolutive, pour identifier ce que Lahire nomme « les grands faits anthropologiques », « les lignes de force » et « les lois générales » ; la dernière partie s'articule sur l'analyse de la structure des sociétés humaines à partir des faits identifiés, Lahire s'attardant sur la domination, la dépendance, la hiérarchie, la division du travail, etc.
Idée centrale Bernard Lahire émet l'hypothèse que la structure des sociétés humaines s'articule autour d'un fait biologique universel : l'altricialité.
L'altricialité, qui désigne les soins post-partum envers la progéniture, amène le bébé humain à vivre une expérience de dépendance-domination, qui constitue la matrice par laquelle se structure ensuite les autres rapports humains : domination des hommes sur les femmes, des âgés sur les jeunes, du sacré sur le profane.
Réception Dans la communauté académique, le livre reçoit un accueil partagé avec des critiques issues de différents champs. Certaines critiques concernent l'approfondissement de certains aspects, par exemple en démographie avec la « loi d'accroissement démographique tendancielle » qui trouve actuellement des contre exemples dans les sociétés qui n'arrivent pas à se renouveler, ou, en science politique, une critique sur le « fondationnalisme » dont ferait preuve Lahire en faisant reposer l'entièreté de ses explications sur les grands faits anthropologiques (comme pour le développement de l'État), le renvoyant à ce qu'il critique : un réductionnisme biologique. Christophe Darmangeat, concernant le développement de l'État, estime qu'en lisant le livre, on pourrait croire que « l’État ne ferait en quelque sorte que concentrer des fonctions qui existaient déjà en-dehors de lui, sans en exercer de radicalement nouvelles », comme « la préservation des rapports sociaux en dernière instance par l’exercice de la violence ».
Bernard Lahire revient sur certaines critiques dans Vers une science sociale du vivant (2025, La Découverte).
Notes et références
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