Vida Dutton Scudder, née le à Madurai dans la Présidence de Madras, en Inde britannique (État du Tamil Nadu de l'actuelle République de l'Inde), et morte le à Wellesley dans l'État du Massachusetts, est une critique littéraire, essayiste, universitaire, directrice de publication et une réformatrice sociale américaine.

C'est une des figures majeures du christianisme social et de l'Évangile social américain dominé par les hommes. Par ailleurs, elle est une des membres actives de la , de la Women's Trade Union League, du Parti socialiste d'Amérique, une des fondatrices de l' et de la .

Après avoir traduit les lettres de la dominicaine Catherine de Sienne, elle s'est intéressée à François d'Assise et au mouvement franciscain, ce qui fait d'elle une spécialiste de l’historiographie franciscaine aux États-Unis.

Biographie Jeunesse et formation Vida Dutton Scudder, née Julia Davida Scudder est l'enfant unique de David Coit Scudder, un missionnaire congrégationaliste, et de Harriet Louisa, Dutton, Scudder. La a une longue histoire de missionnaires en Inde britannique, qui s'étale sur cinq générations.. Un an après sa naissance, son père décède des suites d'une noyade, sa mère emmène sa fille aux États-Unis pour s'installer dans la résidence de ses grands parents à , un hameau rattaché à la ville de Newton (Massachusetts). Ses parents sont les descendants de familles établies depuis longtemps dans la Nouvelle Angleterre. Elle est la nièce de . connu pour être l'éditeur du magazine Atlantic Monthly et de E. P. Dutton fondateur de la maison d'édition qui porte son nom. Elle a pour cousin l’entomologiste Samuel Hubbard Scudder. Pendant son enfance, peu de temps après la mort de ses grands-parents, elle voyage avec sa mère et sa tante Julia Dutton en Europe ; elle est fortement impressionnée par les ruines, les cathédrales du Moyen Âge, et les musées, posant ainsi les bases de son amour de la beauté et de la tradition...... gauche|vignette|John Ruskin en 1882 De retour aux États-Unis, elle suit ses études primaires à la . En 1875, après avoir achevé sa scolarité primaire, elle rejoint avec sa mère l'Église épiscopalienne des États-Unis, la cérémonie de leur conversion est célébrée par Phillips Brooks.. Puis en 1878, elle suit des études secondaires à la , connue depuis 1977 sous le nom de la . Une fois diplômée, elle est acceptée au Smith College où elle obtient le baccalauréat universitaire (licence) en 1884.

Après cela, elle se rend en Grande-Bretagne où elle fait partie des premières femmes à être acceptée à l'université d'Oxford, où elle suit les conférences du critique d'art John Ruskin. sur la littérature élisabéthaine. Celles-ci orientent ses intérêts vers l'influence des conditions sociales sur la création artistique et l'amènent à jeter un regard critique sur l'organisation sociale liée à la société industrielle et à réfléchir sur le type d'engagement à adopter pour entreprendre des actions permettant une amélioration des cadres de vie du prolétariat.

Carrière Premier pas Vida Dutton Scudder fait ses premiers pas dans l'écriture pendant sa vie d'étudiante où elle publie des nouvelles sous le pseudonyme de Davida Coit. Avec sa condisciple Frona Brooks, elle rédige une pièce de théâtre , qui sera publiée quelques années plus tard en 1887. Pendant sa dernière année universitaire, elle écrit également deux essais publié par la revue en 1884, et publié par la revue en 1887.

De retour à Boston, en 1885, Vida Dutton Scudder, ne se résout pas à n'être qu'une simple spectatrice des enjeux sociaux, aussi commence-t-elle par s'engager dans divers mouvements féminins l connue depuis 1921 sous le nom de l', et le . Grâce à ces organisations, elle va pouvoir constituer un réseau qui lui permettront de faire entendre sa voix.

Elle reprend ses études au Smith College où elle obtient son Master of Arts (mastère 2) en 1887, ce qui lui permet d'être embauchée comme professeure de littérature anglaise au Wellesley College.

La professeure de littérature et la critique littéraire vignette|Robert Browning en 1882 gauche|vignette|Alfred Tennyson Dès qu'elle commence à enseigner, Vida Dutton Scudder publie à l'adresse de ses étudiants des guides de lecture : en 1889 suivi de en 1890, dans lesquels elle expose sa référence à l'analyse critique de John Ruskin et son application. En même temps elle devient la porte-parole littéraire pour les socialistes chrétiens de Boston en adhérant à des clubs tels que le Boston Authors Club., la de Boston, le de Boston. En quelques années, elle est devenue une conférencière et une enseignante populaire de Boston et les environs. En 1895, elle publie un recueil de ses conférences , dans lequel elle fait une recension de toutes les critiques agnostiques et athées de la religion, comme moteurs d'émergence d'une nouvelle foi.

Toujours en 1895, elle publie une œuvre majeure illustrant sa méthode de critique littéraire , livre dans lequel elle démontre que la science, la démocratie, la fidélité au passé sont les grandes forces explicatives qui ont influencé la poésie du , elle parcourt la poésie en commençant par William Wordsworth et finit son étude par Alfred Tennyson et Robert Browning en passant par Percy Bysshe Shelley ; pour elle la science comme la théorie de l'évolution enrichissent l’expérience poétique en ouvrant de nouveaux espaces, jusque là inconnus.

Vida Dutton Scudder se démarque du darwinisme social ambiant basé sur la sélection des plus forts pour lui préférer le fabianisme qui prône une évolution progressive de la société vers le socialisme, une société garantissant le bien-être de chacun. Dans cette optique, selon elle, les avancées de la démocratie sont corrélées aux avancées de la science.

En 1898, elle publie la progression de ses cours donnés au Wellesley College, cours qui l'ont rendue célèbre, sous le titre de . Ce cycle est, pour elle, sa contribution à la critique littéraire en créant notamment un lien entre la littérature amoureuse et les questions sociales. Ce livre est une traversée de la littérature anglaise depuis le poète du William Langland jusqu'aux auteurs du comme Charles Dickens, William Makepeace Thackeray, George Eliot, Thomas Carlyle, en passant par des auteurs intermédiaires tels que Thomas More et Jonathan Swift. Selon elle, les œuvres de ces auteurs sont aussi des documents sociaux, qui font découvrir l'environnement social de leurs temps et l'éveil progressif de la conscience sociale qui passe des aspirations personnelles aux aspirations collectives.

vignette|Emily Greene Balch Le socialisme chrétien et le Settlement movement gauche|vignette|Edward Bellamy L'année 1887, marque un tournant dans la vie de Vida Dutton Scudder : en se rendant à un meeting de l'organisation socialiste des Clubs nationalistes., inspirée par l'œuvre du socialiste utopique Edward Bellamy, elle y fait la connaissance d'un socialiste chrétien, le prêtre épiscopalien ..., qui lui montre la nécessité de ne pas s'en tenir à des discours, mais de s'engager dans l'action. Convaincue par les thèses de William Dwight Porter Bliss elle devient l'une des membres du conseil d'administration de la fondée par le révérend W.D.P. Bliss, association où l'on échange sur la manière de mettre en œuvre les valeurs du christianisme pour résoudre les problèmes sociaux. Elle y fait, notamment, la connaissance du leader syndical ...

En 1889, elle rejoint le . qui vient d'ouvrir ses deux premiers établissement, la de Chicago fondée et animée par Jane Addams et Ellen Gates Starr et celui de la de New York. La fédère l'ensemble des implantés aux États-Unis..

En 1892, elle participe à la création d'une nouvelle à Philadelphie, puis avec ses amies , Emily Greene Balch et , elle est une des cofondatrices d'une à Boston, la située sur la Tyler Street dans le quartier du South End (Boston) qui ouvre ses portes en 1893. gauche|vignette|Jane Addamsvignette|Mary Kenney O'Sullivan La devient un centre du mouvement ouvrier de Boston avec les venues régulières de la syndicaliste Mary Kenney O'Sullivan..

Vida Dutton Scudder s'implique dans le mouvement ouvrier et les luttes ouvrières et devient même déléguée auprès de la de Boston avec son amie Helena Dudley, ce qui lui permet d'avoir une connaissance de première main des luttes ouvrières.

Toujours en 1889, Vida Dutton Scudder maintient sa fidélité à l'épiscopalisme tout en étant une militante du christianisme social et membre de la de Boston.

Un tournant Surmenée par ses divers engagements et travaux d'écriture, Vida Dutton Scudder est frappée en 1901 par une dépression nerveuse. Elle part se reposer en Europe en compagnie de sa mère et de Florence Converse. Elle en profite pour rédiger , où elle narre son expérience du et sa conversion au socialisme par une série de récits fictionnels. Par ce livre Vida Dutton Scudder s'affirme en tant que critique sociale où elle développe les interactions entre la vie sociale, culturelle et les réalités économiques, radicalisant ses positions exposées dans ses critiques littéraires précédentes. Elle fait dénoncer par l'une de ses protagonistes fictionnelles, Hilda, , le fait qu'il ne suffit plus d'aider les pauvres à pallier leur situation sociale mais qu'il faut les aider à se révolter. Cette même Hilda caresse l'espoir d'une Amérique capable de transcender les barrières liées aux origines et aux croyances. Le souci d'harmonie sociale y apparaît comme une notion centrale de la pensée socialiste de Vida Dutton Scudder. Position qui l'amène à penser une harmonisation entre sa foi chrétienne et les principes du socialisme. Elle constate l'échec du protestantisme envers l'accueil des migrants et entreprend une critique des institutions ecclésiales tout en sauvant la foi ; c'est pour cela qu'elle se tourne vers une femme qui en son temps a critiqué l'Église tout en renouvelant l'idéal évangélique : Catherine de Sienne. Lorsque le livre est publié lors de son retour aux États-Unis en 1903, il est considéré comme un roman majeur de la littérature sociale.

Catherine de Sienne vignette|Catherine de Sienne, par le peintre Francesco di Giorgio Martini C'est pendant son séjour en Europe, lors d'une halte en Italie que Vida Dutton Scudder découvre les lettres de Catherine de Sienne ainsi qu'une biographie. Pendant plusieurs mois suivant cette découverte, elle va engager un dialogue intérieur entre Catherine de Sienne et elle-même, et vivre ses combats intérieurs. De sorte qu'elle décide d'établir une traduction de sa correspondance. Lorsqu'elle fait part de son projet à J. M. Dent, celui-ci l'encourage et s'engage à ce que son travail soit publié par les éditions E. P. Dutton de Boston.

Dès son retour à Boston, Vida Dutton Scudder approfondit sa maîtrise de la langue italienne. Elle découvre que la lecture d'auteurs contemporains de Catherine de Sienne comme Dante, ou celle de Pétrarque, ne l'aide nullement, car son style est unique, variant selon la diversité des destinataires qui vont des papes et à un ermite, une nonne dominicaine, l'épouse d'un tailleur Le rôle de Catherine de Sienne dans les déchirures de son temps, sa vision d'une Église comme communauté fraternelle universelle, sa fidélité à ses convictions, sa perception d'une Église en tant que corps vivant par-delà ses institutions, ont vivement inspiré Vida Dutton Scudder. Ainsi elle va interpeller les Églises américaines pour qu'elles prennent conscience des problèmes liés à l'industrialisation, et va proposer des solutions. C'est pourquoi elle radicalise ses convictions pour bâtir un socialisme chrétien qui soit à la fois au cœur et en marge de l'Église, et plus particulièrement de l'Église épiscopalienne.

En 1906, Vida Dutton Scudder publie sa traduction des lettres de Catherine de Sienne sous le titre de aux éditions E.P. Dutton avec une préface où elle explique le contexte historique et social des différentes lettres et l'originalité de son style.

The Disciple of a Saint