vignette| René Fonck, l'as le mieux classé parmi les survivants de la guerre, à côté de son Spad XIII en 1918.|alt=Photographie noir et blanc d'un homme se tenant debout, en uniforme, contre un biplan. Les normes des victoires aériennes durant la Première Guerre mondiale sont les différentes conditions requises pour l'homologation des victoires aériennes par chaque pays impliqué dans le conflit mondial.

Au début de la guerre, l'aviation militaire se développe rapidement, passant d'une aviation de simple reconnaissance à des missions offensives. Les premières déclarations de victoire aérienne apparaissent rapidement : dès 1915 généralement. Les services aériens nationaux élaborent dès lors des méthodes d'homologation et d'attribution des victoires pour les pilotes et les observateurs.

Certains pays, comme la France, sont exigeants, en imposant des témoignages indépendants ou en n'homologuant que la destruction de l'avion ennemi, tandis que d'autres, comme la Grande-Bretagne, sont plus laxistes, préférant récompenser la victoire morale (avion « hors-de-contrôle ») à la victoire physique (avion détruit). L'Allemagne, de son côté, ne comptabilise que les victoires obtenues au-dessus de ses lignes. Pour les pilotes américains, la norme utilisée dépend de leur unité.

La question du partage des victoires, lorsque plusieurs pilotes indiquent avoir détruit un même appareil ennemi, est traitée différemment d'un pays à l'autre et parfois même d'une escadrille à l'autre. De même, les observateurs qui accompagnent les pilotes à bord se voient généralement accorder pleinement les victoires aériennes, même si des différences existent selon le modèle de l'avion, le pays ou même les escadrilles.

Bien que des normes existent pour chaque pays et que des listes d'as aient été dressées par les historiens (pilotes ou observateurs ayant au moins cinq victoires à leur actif), il est assez vain de tenter une comparaison des pilotes ou des différentes forces aériennes en se basant sur le seul nombre de victoires. Avec l'évolution des avions, des techniques de pilotage, des stratégies ainsi que des normes, la comparaison avec les as de la Seconde Guerre mondiale n'a pas davantage de sens.

Relevé des victoires

Sources disponibles Le nombre de victoires aériennes des pilotes représentés dans les listes des as de la Première Guerre mondiale (pilotes ayant au moins cinq victoires à leur actif) ne peut souvent pas être définitif, mais est basé sur des listes détaillées qui sont les meilleures sources d'information disponibles. La perte d'enregistrements (en particulier les enregistrements des pertes et des avions perdus, qui sont au mieux un très bon guide du degré de revendication excessive) par malchance et par le passage du temps complique souvent la reconstruction du décompte réel pour un as donné. De plus, le système allemand de confirmation des victoires commence à disparaitre en ; après , les registres qui ont survécu sont des registres d'unités.

De plus, chaque pays a ses propres règles. Par exemple, seul l'Empire britannique accepte les victoires « hors de contrôle », et ce, sans confirmation extérieure. Dès lors, la comparaison entre les différentes forces aériennes impliquées est difficile, voire impossible. En outre, la formation des pilotes et les capacités offensives des avions évoluent fortement durant le conflit, ce qui explique les disparités entre le nombre de victoires créditées au début et à la fin de la guerre. La comparaison avec les as de la Seconde Guerre mondiale devient compliquée et est à éviter, les avions, les tactiques et les normes ayant fortement évolué durant l'entre-deux-guerres.

Notion d'as Si le terme « as » désigne désormais tout pilote/observateur ayant au moins cinq victoires à son actif, cette notion n'est apparue que durant le premier conflit mondial, d'abord en France.

Ainsi, dans l'Empire britannique, ce terme n'est pas connu initialement par les pilotes. Le décompte des victoires n'y est d'ailleurs pas mis en avant et l'armée refuse toute propagande ou glorification des pilotes. Le nombre de victoires est bien publié quotidiennement mais pas le nom des vainqueurs. Il n'existe donc pas de liste officielle de pilotes ou d'observateurs britanniques avec leur nombre de victoires confirmées.

Les Allemands n'utilisent pas non plus le terme d'« as » mais désignent les pilotes qui ont un grand nombre de victoires aériennes par le terme « » (« gros canon »). Au début de la guerre, quatre victoires suffisent pour être reconnu et recevoir d'éventuelles décorations. Pour recevoir la croix Pour le Mérite, la plus haute récompense prussienne, seize victoires sont nécessaires, puis vingt et à la fin de la guerre près de trente. L'armée allemande publie les noms et les scores des meilleurs pilotes pour soutenir ou accroitre le moral des civils. Des cartes postales, les Sanke, sont même éditées, glorifiant les pilotes.

Pays de l'Entente - Alliés Le décompte des victoires alliées sur le front de l'ouest est bien plus compliqué que du côté allemand. Plus de 90% des combats aériens se déroulent au-dessus ou derrière les lignes allemandes et les vents tendent à repousser les avions vers l'est et à empêcher les pilotes alliés de rejoindre leur base. De ce fait, les alliés peuvent difficilement confirmer les dires des pilotes, de même que les pilotes voient rarement les avions ennemis s'écraser au sol.

Belgique

alt=Photographie noir et blanc d'un homme accroupi et posant dans le cockpit ouvert de son avion.|vignette|Willy Coppens, surnommé le « tueur de Drachen », est le premier as belge avec homologuées et six probables. En , l'« Aviation Militaire Belge » entame la Première Guerre mondiale avec quatre escadrons, dont deux seulement sont pleinement opérationnels. Chaque escadron est équipé de quatre Farman, des avions pensés pour la reconnaissance aérienne. Dès le , un pilote allemand est abattu, à la carabine, par un équipage belge. Il s'agit de la première victoire aérienne air-air de l'histoire, mais aucune réclamation n'est posée par le pilote et l'observateur belges. Il faut attendre le pour qu'un équipage belge soumette sa première victoire aérienne, même si aucun témoin extérieur n'a vu l'avion s'écraser ou atterrir. La première victoire officialisée par la Belgique se déroule le , lorsque Fernand Jacquet abat un avion allemand.

Pour être comptabilisés, les avions ennemis doivent tomber dans les lignes alliées d'un pays partiellement occupé par l'ennemi, ou être vus tombant dans les lignes allemandes par des troupes alliées au sol. La confirmation par d'autres pilotes alliés n'est pas autorisée. Ainsi, les réclamations non confirmées sont plus nombreuses que les victoires officielles. L'« Aviation Militaire Belge » n'encourage pas le combat, de peur d'avoir des pertes importantes et elle dépend, toute la guerre, des pays alliés pour son matériel.

Bien que les normes belges soient censées refléter les normes françaises plutôt que les britanniques, les listes de victoires des as belges contiennent quelques victoires confirmées avec la mention FTL ( - forcés d'atterrir) et OOC ( - hors de contrôle). Néanmoins, si les normes belges avaient suivi strictement les normes britanniques, le nombre de victoires des pilotes serait bien plus important. L'inspection des listes de victoires des pilotes belges montre également que les victoires sont partagées, sans être fractionnées.

France

alt=Photographie noir et blanc d'un homme en uniforme militaire.|gauche|vignette|René Fonck, premier as français avec homologuées, dont 3 partagées et probables.Lors de l'entrée en guerre de la France en , l'armée de l'air ne compte aucune escadrille de chasse. Il faut attendre pour que des unités de chasse voient le jour. Ce nombre augmente significativement au cours du conflit, passant de (sur 119) à plus de 90 à la fin de la guerre.

La première victoire aérienne arrive rapidement pour la France. Le , le sergent Joseph Frantz et son observateur Louis Quenault abattent un avion allemand à la carabine. L'introduction des mitrailleuses et d'autres innovations entraînent par la suite un accroissement des victoires aériennes.

Les normes françaises de confirmation des victoires aériennes sont strictes. La victoire n'est accordée que pour la destruction d'un avion ennemi constatée par un témoin indépendant, tel qu'un observateur d'artillerie, un fantassin ou un autre pilote. Les victoires homologuées pour destruction entrent généralement dans l'une des quatre catégories suivantes :

Avion ennemi chutant en flammes, vu par un témoin indépendant ; Avion ennemi s'écrasant au sol, vu par un témoin indépendant ; Avion ennemi se désintégrant en vol, vu par un témoin indépendant ; Avion ennemi tombant en captivité derrière les lignes de combat françaises ou alliées.

Les victoires probables ne sont pas comptabilisées pour le score du pilote, mais elles sont notées. Des exemples de victoires probables peuvent être la chute d'un avion ennemi hors de contrôle sans qu'il soit vu en train de s'écraser, ou une réclamation sans confirmation indépendante.

Les observateurs, comme les pilotes, peuvent devenir des as. Les victoires peuvent être partagées, et sont comptées comme un ajout de un au score de chaque « vainqueur » plutôt que d'être divisées de manière fractionnée. Dans certains cas, la destruction d'un seul avion allemand ou austro-hongrois s'est donc vue ajouter au score d'une demi-douzaine d'aviateurs français, voire plus.

La confirmation des victoires doit être publiée dans les communiqués pour être officielle, ce qui peut prendre plusieurs jours.

Grande-Bretagne et Commonwealth britannique alt=Photographie noir et blanc d'un pilote dans son cockpit d'avion ouvert.|vignette|Billy Bishop, pilote canadien et meilleur as de l'Empire Britannique avec créditées. Nombre de ses victoires n'ont pas été constatées par un témoin indépendant, ce qui soulève des doutes sur ce total.Comme pour les autres pays, l'Empire britannique emploie l'aviation comme moyen de reconnaissance au début de la guerre. Certains pilotes embarquent bien des armes et même une mitrailleuse Lewis mais le poids est trop important, ce qui dégrade fortement les performances des avions. Le Vickers FB 5, qui entre en service en 1915, est le premier avion anglais pensé entièrement pour le combat.

Un décompte qui évolue Le décompte des victoires aériennes par les Britanniques est déterminé par la volonté du haut commandement de maintenir une offensive aérienne continue. Dès le début, il considère comme victorieuses les actions qui déjouent les intentions des Allemands. Leur système de comptage est orienté vers la reconnaissance de la victoire morale que représente le fait de contrecarrer les actions offensives de l'ennemi, ainsi que la victoire physique que représente la destruction de ses avions.

Un pilote britannique ou du Commonwealth appartenant au Royal Flying Corps (RFC) et au Royal Naval Air Service, ou les pilotes australiens de l'Australian Flying Corps, peuvent être crédités d'une victoire pour avoir détruit un avion ennemi, pour l'avoir abattu et mis hors de contrôle, pour l'avoir capturé ou pour avoir détruit un ballon d'observation ennemi. Au tout début des combats aériens, en 1915 et 1916, les victoires peuvent également être attribuées pour avoir forcé un avion ennemi à atterrir en territoire allié ou ennemi. Contrairement aux autres forces aériennes de l'époque, en acceptant ces victoires « hors de contrôle », les autorités britanniques n'exigent pas nécessairement une vérification indépendante au sol d'une victoire pour l'attribuer.