Paul Lavigne-Delville, né le et mort le ., est un militaire français, combattant de la Première Guerre mondiale, et un militant d'extrême droite antirépublicain de l'entre-deux-guerres. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est partisan du régime de Vichy et du collaborationnisme. Après la Libération de la France, il est condamné à deux ans de prison et à la dégradation nationale.

Biographie Paul Louis Alexandre Lavigne-Delville est le fils de Jean-Henri Lavigne-Delville, propriétaire demeurant à Paris puis à Neuilly-sur-Seine, et de Marie Lucile Françoise Monier, sans professionDossier de la Légion d'honneur de P. Lavigne-Delville, .

Carrière militaire Il intègre en 1884 l'École spéciale militaire de Saint-Cyr au sein de la promotion, dite de Fou Tchéou. Il en sort diplômé en 1886 et choisit la cavalerie où il sert d'abord comme sous-lieutenant.. vignette|gauche|Remise de la médaille de grand officier de la Légion d'honneur le 14 juillet 1928 par le Président Gaston Doumergue. Il est promu lieutenant en 1890, capitaine en 1899, chef d'escadron en 1909Dossier de la Légion d'honneur de P. Lavingne-Delville. Il prend part aux combats de la Première Guerre mondiale et gravit les échelons de la hiérarchie. En , il participe, au côté du général Grossetti, à la bataille de Mondement. Il sert ensuite sous ses ordres à l'état-major du corps. En 1916, il commande comme lieutenant-colonel le régiment d'infanterie. À la fin du conflit, il atteint le sommet de son parcours militaire en tant que général de division, commandant la division de cavalerie. Il est promu grand officier de la Légion d'honneur et revient à la vie civile en 1928Jean-Raymond Tournoux. L'Histoire secrète. Plon, 1962. : il est placé dans le cadre de réserve en La France militaire, 13 mai 1928.

Engagement politique Paul Lavigne-Delville est membre du comité directeur de l'Association des membres de la Légion d'honneur décorés au péril de leur vie depuis sa fondation en 1927L'Action française, 10 août 1927, Ibid., 25 décembre 1937. Il est aussi membre des Croix-de-feu à leurs débuts.. Membre de l'Action française, mouvement royaliste et nationaliste, il tient à partir de 1928 une tribune dans la page militaire du quotidien de ce mouvement, lancée cette année-là. Il est membre de l'Œillet blanc qui regroupe des notables royalistesL’Action française, 21 janvier 1934, Ibid., 25 juin 1935, Ibid., 27 juin 1937, Ibid., 26 juin 1938.

Avec des membres de l'Association des membres de la Légion d'honneur décorés au péril de leur vie, il manifeste lors de l'émeute parisienne du 6 février 1934L'Action française, 29 mars 1934, Excelsior, 29 mars 1934, Le Matin, 9 mars 1934. Il fait ensuite partie des membres dirigeants du Front nationalL'Action française, 11 mai 1936 qui rassemble plusieurs ligues d'extrême droite et des petits groupements comme l'Association des membres de la Légion d'honneur décorés au péril de leur vie. Il défile à Paris parmi les chefs du Front national en 1935 et 1936 à l'occasion de la fête de Jeanne d'ArcL'Action française, 20 mai 1935, Ibid., 11 mai 1936. Il préside une des réunions des chefs du Front national en , dans le contexte de la guerre d'Éthiopie : ils s'interrogent sur les moyens qu'ils peuvent utiliser pour combattre les sanctions contre l'Italie et appuyer le président du conseil Pierre Laval, hostile à ces sanctionsRenaud Meltz, 15. La crise : ordre et conformisme, In : Pierre Laval, Perrin, 2018. . Lire en ligneL'Humanité, 24 mai 1936, L'Humanité, 28 mai 1936, L'Humanité, 30 mai 1936, L'Humanité, 31 mai 1936 (Le quotidien communiste publie le compte rendu de la réunion du 3 mai 1935, cité par Renaud Meltz).

Il est aussi membre de la Ligue franc-catholique aux visées antimaçonniques.

Paul Lavigne-Delville est mêlé avec Eugène Deloncle et le docteur Henri Martin aux discussions aboutissant à la fondation de La Cagoule en 1936. Il est notamment une des chevilles ouvrières des liens entre le CSAR ou OSARN de Deloncle et la . En 1936 et 1937, il conseille Deloncle qui prépare un plan contre-révolutionnaire en cas de soulèvement communiste. En 1938, il est confronté par la justice à Deloncle, alors arrêté et emprisonné, et affirme que ce dernier était en relation avec des chefs de l'arméeL'Action française, 23 décembre 1938, Le Populaire, 23 décembre 1938. Il préside vers 1938 le groupe de la région parisienne de la Spirale ou Union militaire française, association fondée et présidée par Georges Loustaunau-Lacau, ancien animateur des réseaux Corvignolles liés à l'armée et à la Cagoule.

Il démarche le général Francisco Franco en pour mettre en place un bataillon de volontaires étrangers désireux de lutter aux côtés des franquistes lors de la guerre civile espagnole. Ce bataillon, issu de diverses initiatives, est appelé par le général Lavigne-Delville Bandera Jeanne d'Arc. Il combat au sein des troupes franquistes, notamment dans la Légion étrangère espagnoleEdouard Sill. Du combattant volontaire international au soldat-militant transnational : le volontariat étranger antifasciste durant la guerre d’Espagne (1936-1938), Thèse de doctorat en histoire contemporaine, Université Paris sciences et lettres - École pratique des hautes études, 2019, . Lire en ligne.

Sous l'Occupation et l'État français, il est membre dès sa fondation en 1940 du Mouvement social révolutionnaire (MSR), d'inspiration fasciste, fondé par DelonclePascal Ory, op. cit., . En , il se rend à Vichy avec Pierre Clémenti pour discuter de la mise en place de la Légion des volontaires français contre le bolchevismeLe Pays libre, 16 août 1941, L’Œuvre, 27 août 1941, initiée par les partis collaborationnistes parisiens dont le MSR. Il est un temps inspecteur général de la LVF.

Il assiste en 1941 à l'inauguration à Paris de l'Institut d'étude des questions juives et à celle de l'exposition Le Juif et la FranceLe Matin, 13 mai 1941, L’Œuvre, 6 septembre 1941. Il publie quelques articles antisémites dans l'hebdomadaire Au Pilori. Il y dénonce ainsi la banque Worms en 1941Lavigne-Delville, "Le trio juif, franc-Maçon, parlementaire contre le Maréchal", Au Pilori, 29 mai 1941 : « La contre-attaque juive est différente : elle se fait par infiltration. Le juif est l'intermédiaire né, donc le parasite. Son infiltration utilise pour cela les trusts et surtout les banques. La plupart de celles-ci sont à mentalité juive ; les plus camouflées sont les plus efficaces. J'en connais une qui, débarrassée le 18 octobre 1940 (il était temps) de son gérant juif, d'ailleurs excellent catholique, contrôle à la fois assurances et navigation. Ses gérants, bien placés comme intermédiaires terrestres et maritimes vont des conseils du gouvernement aux ordres convertisseurs de juifs, en passant par des ambassadeurs métis. (...)» wormsetcie.com, 1941. Il est hostile aux résistants qu'il perçoit comme une coalition d'« enjuivés », de communistes et de francs-maçons et, avec son ami Armand de Puységur, compte en 1943 sur l'Allemagne nazie pour réformer la France, gangrenée par la RépubliqueEugen Weber, L'Action française, Stock, 1962, .

En , après la Libération, alors âgé de plus de 82 ans, il est condamné à deux ans de prison, d'amende et à la dégradation nationale à vie. La Cour de justice de la Seine lui reproche notamment son adhésion au MSR, son appui à la LVF et ses quatre articles antisémites publiés dans Au PiloriParis-presse, L’Intransigeant, 15 avril 1947, Combat, 15 avril 1947, Deux ans de prison au général Lavigne-Delville qui avait prôné la LVF, L'Aurore, 15 avril 1947, Le général Lavigne-Delville de la LVF s'en tire avec deux ans de prison, L'Humanité, 15 avril 1947. Condamné, il est exclu de droit de la Légion d'honneurDossier de la Légion d'honneur de P. Lavigne-Delville, .

En 1955, il préface le livre anonyme et qui sera interdit Pour la Milice, justice !, écrit par Henry Charbonneau, qui tente de justifier l'action de la Milice française durant l'Occupation.

Publications Apparences et réalités militaires, Éditions Charles-Lavauzelle, 1921 Inquiétudes militaires, Éditions Charles-Lavauzelle, 1924 Grandeur, décadence et défense de l'Armée Française, Éditions La Tour du Guet, 1952 À Mondement, avec Foch, Humbert et Grossetti, Éditions Nelle, 1954

Notes et références

Liens externes

Dossier de la Légion d'honneur de Paul Lavigne-Delville dans la base Léonore

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