vignette|300px|Radisson et Grosilliers en négociations avec des Amérindiens à un poste de traite de la fourrure.

Pierre Esprit Radisson, né probablement à Paris vers 1636 et mort à Londres le , est un explorateur et commerçant de fourrures français en Nouvelle-France. Établi à Trois-Rivières avec ses sœurs autour de 1650, Radisson est captif des Agniers lors d'un raid en 1652. Il est adopté par une famille et s'intègre à la communauté où il demeure pendant près de deux ans. En , il est de retour parmi les siens à Trois-Rivières. Il fait la connaissance de son beau-frère, Médard Chouart des Groseilliers, avec qui il effectuera plusieurs expéditions dans les années suivantes.

En 1659-1660, les deux Français se rendent au lac Supérieur, une première pour des Européens. Ils y rencontrent notamment des Saulteux et des Sioux. À leur retour en 1660, ils ramènent une impressionnante cargaison de fourrures dans la vallée du Saint-Laurent. Radisson et des Groseilliers cherchent à intéresser des gens à la baie d'Hudson afin de commercer avec les Cris. Ne trouvant aucun appui en Nouvelle-France ni en France, ils se rendent d'abord à Boston en 1662, puis en Angleterre. Le roi Charles II et son cousin le prince Rupert appuient les projets d'expédition des deux Français à la baie d'Hudson.

À partir de 1665, Radisson s'est installé à Londres où il note ses aventures en Nouvelle-France (Voyages of Peter Esprit Radisson) pour l'aider à convaincre des investisseurs. Radisson effectue plusieurs allers-retours à la baie d'Hudson au cours des années suivantes. Il participe, avec des Groseilliers, à la fondation de la Compagnie de la Baie d'Hudson en 1670.

De 1675 à 1684, il revient toutefois au service de la France. En 1682, Radisson participe à la prise d'un poste établi par les Anglais à l'embouchure de la rivière Nelson. Or, il repasse au service de la Compagnie de la Baie d'Hudson en 1684 et mène des expéditions dans la baie, entre autres au poste de la rivière Nelson. Les Français lui tiennent rigueur de ses changements d'allégeance et le considèrent maintenant comme un traître. Naturalisé Anglais en 1687, Radisson demeure en Angleterre où il reçoit une pension annuelle de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Il meurt à Londres en 1710.

Biographie

Jeunesse

Son père, prénommé également Pierre Esprit, était originaire de Carpentras et sa mère, Madeleine Hénaut, de Saint-Malo. La famille Radisson habite la rue Saint-Martin à Paris. Le père est marchant linger et exploite une boutique dans le Marais. Pierre Esprit est le troisième enfant d'une famille de quatre: Marguerite, née de la première union de Madeleine, Françoise, Pierre Esprit et Élisabeth. D'après un acte notarié, il est né à Paris vers 1636Martin Fournier, Pierre Radisson, aventurier et commerçant, 1636-1710, Sillery, Septentrion, 2001, p. 11-12.. Le père meurt en 1641 et la mère peu après. Ceci entraîne le départ des enfants Radisson vers l'Amérique.

Les premiers temps en Amérique

Captif des Agniers vignette|Des Agniers au temps de Radisson. On ignore quand Radisson est arrivé en Nouvelle-France. Il s'est probablement établi à Trois-Rivières autour de 1650 avec sa demi-sœur, Marguerite Hayet. Alors qu'il n'a que 15 ans, il est capturé par une vingtaine de guerriers agniers lors d'un raid au printemps de 1652. Ses deux compagnons sont tués. En route, il commence à subir une transformation pour devenir un Iroquois. Ses cheveux sont coupés et enduits de graisse, son visage est peint en rouge et noir. Le jeune Radisson est emmené au village de Tionontoguen, situé à proximité de la ville de Schenectady (New York). À son arrivée, il n'échappe pas à la traditionnelle bastonnade. Mais Ojistoh lui vient en aide car elle souhaite l'adopter pour remplacer l'un de ses fils mort. Il est finalement adopté par la famille de la femme et est appelé Orinha. Il est nourri, se familiarise avec leurs coutumes et apprend leur languePierre-Jacques Charliat, Le temps des grands voiliers, tome III, dans L.-H. Parias, dir., Histoire Universelle des Explorations, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, .. Rapidement, Radisson parvient à gagner en liberté de mouvements.

Un jour, il part chasser loin du village avec trois autres Iroquois. Radisson s'enfuit avec un autre captif Montagnais. Sa fuite dure deux semaines mais il est repéré puis repris par les Agniers. Le Montagnais est tué alors que Radisson est roué de coups et ramené au village avec d'autres captifs. Alors que des captifs sont tués rituellement, Radisson est torturé pendant 2 jours. Sa mère adoptive le conseille quant à l'attitude à prendre. Le troisième jour, on s'interroge sur son sort. Sa famille adoptive plaide vivement pour lui. Il est finalement libéré. Ses parents le ramènent dans leur maison où ils le soignent.

Au cours des semaines suivantes, Radisson parvient à s'intégrer à la communauté. En compagnie d'une dizaine de guerriers, il participe à une expédition en pays érié. Cinq mois plus tard, il ramène une captive, un exploit qui lui vaut le respect, ainsi que plusieurs peaux. C'est donc victorieux qu'il rentre à Tionontoguen. Son retour donne lieu à plusieurs banquets et échanges de présents.

Radisson visite peu après le fort Orange avec son frère agnier et d'autres guerriers. Le gouverneur lui offre de le racheter mais il refuse « vu que c'était ma destinée de découvrir beaucoup de nations sauvages, je ne lutterais pas contre ma destinée ». Radisson retourne encore une fois à Tionontoguen.

Il décide finalement de s'évader une deuxième fois. Prétextant aller à la chasse, il quitte le village le . Près du fort Orange, un couple de Néerlandais le recueille, le cache et le déguise pour qu'il puisse se rendre à fort Orange même. Il y rencontre le gouverneur Jan Baptist Van Rensselaer. Radisson est caché pendant que les Agniers le recherche. Le jeune Français traverse l'Atlantique pour se rendre à Amsterdam. Il y débarque le pour reprendre aussitôt la route pour La Rochelle. Le , Radisson entreprend le voyage contraire. Le , il arrive à l'île Percée, suivi de Québec et finalement de Trois-Rivières.

Les premières expéditions Après deux années passées chez les Agniers, Radisson retrouve enfin ses deux sœurs à Trois-Rivières. Il fait alors la connaissance du commerçant de fourrures Médard Chouart des Groseilliers, qui avait épousé sa demi-sœur Marguerite, devenue veuve, en 1653.

En 1657, Radisson se joint à une vingtaine de Français, dont les pères jésuites Paul Ragueneau et François Du Péron, une cinquantaine d'Iroquois et une cinquantaine de Hurons qui se rendent à la mission de Sainte-Marie de Gannentaha (Onondaga) en terre onontaguée, près de l'actuelle ville de Syracuse (New York).

Parvenu au lac Saint-François, Radisson note: « Je me satisfais de vous assurer que c'est un pays ravissant et beau. Nous ne manquions de rien de ce que nous voyions en passant ces bords, tuant des cerfs, des orignaux et des oiseaux ». En cours de route, Radisson connaît de nombreuses péripéties dont une attaque des Hurons par les Onontagués lors d'une halte. Arrivé à Onontagué, Radisson se dirige vers le village où vivent une cinquantaine de personnes, notamment le missionnaire Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, sous le commandement de Zacharie Dupuis.

Bientôt, l'hostilité des Onontagués s'accroît à la suite de fièvres qui déciment les leurs et qu'ils attribuent aux Jésuites. La tension monte au cours de l'été 1657. Quand arrive la saison hivernale, les Français se sentent pris au piège, d'autant que les Onontagués semblent occupés à « faire des festins, des guerres, des chants, de lancer des haches, et de briser des chaudières [chaudrons]. Que pouvions-nous faire ? Nous étions entre leurs mains. Il était dur de leur échapper. »

C'est alors que les Français conçoivent un plan d'évasion. Radisson, grâce à sa connaissance des rituels et des rêves autochtones, s'avère particulièrement utile. Ils organisent d'abord un premier banquet où ils convient les Onontagués. Après les chants et les danses, le père Ragueneau fait semblant de se casser le bras. Dans les semaines suivantes, les Français construisent des barques et des canots à l'insu des Onontagués. Le père Raguenau se dit ensuite guérit et organise un deuxième festin à la fin de l'hiver pour célébrer cela. Les Onontagués sont donc invités à un autre banquet le . À la fin du festin, les Onontagués sont assommés par la quantité prodigieuse de nourriture ingurgitée et dorment profondément. Radisson et les autres Français en profitent alors pour quitter discrètement les lieux sur les bateaux qu'ils ont construit. Le groupe, après avoir franchi quantité de glaces, arrive enfin à Montréal en avril. Radisson regagne pour sa part Trois-Rivières. vignette|300px|Peinture de Frederic Remington (1905) qui est parue dans le Collier's Magazine en 1906. Debout, Radisson est le chef d'une expédition aux Grands Lacs en 1659-1660. Des Groseilliers est assis à ses côtés.Au printemps de 1659, Radisson est recruté par son beau-frère des Groseilliers. Les deux hommes renoncent toutefois à obtenir un congé de traite face aux demandes jugées excessives du gouverneur Pierre de Voyer d'Argenson. Radisson et Des Groseilliers, téméraires, s'embarquent donc sans congé en compagnie de Saulteux en direction du lac SupérieurRaymonde Litalien, Jean-François Palomino et Denis Vaugeois, La Mesure d'un continent. Atlas historique de l'Amérique du Nord, 1492-1814, Québec, Septentrion, 2006, p. 95.. Il fait très froid pendant l'hiver suivant. Radisson se souvient: « Nous avions à peine un petit peu de viande salée à manger. C'était pitié de voir nos pieds et nos jambes en sang à force de traîner nos canots dans les courants d'eau rapides, où les rochers ont des pointes si tranchantes. » Radisson et Des Groseilliers parviennent à la rivière des Français, puis au lac Huron et au sud du lac Supérieur, où ils sont fort impressionnés par la richesse de cette région alors peu connue des Français. Les deux beaux-frères y construisent un fort. Une cinquantaine de Saulteux viennent les voir. Français et Autochtones procèdent à des échanges. Radisson et Des Groseilliers marchent ensuite vers un village près du lac Courte Oreilles où ils rencontrent des Saulteux et des Ménominis. Encore une fois, des présents sont échangés sur fond de danses. L'hiver suivant est toutefois très rigoureux et la chasse est difficile. Bientôt, Français comme Autochtones sont affamés. Radisson estime à 500 le nombre de morts parmi les Saulteux, Outaouais, Ménominis, etc. Le redoux leur permet de recommencer à se nourrir du produit de la chasse. C'est à ce moment que deux Sioux arrivent au fort de Radisson et de Des Groseilliers. Selon l'historien Gilles Havard, il s'agirait de la première rencontre entre Sioux et Européens.

Deux mois plus tard, huit ambassadeurs sioux et une quinzaine de femmes viennent demander aux Saulteux la liberté de circuler pour assister à la fête des morts. Radisson et des Groseilliers sont présents lors des cérémonies menant aux alliances et fument même le calumet qu'on leur propose. Les deux Français se mettent en scène pour montrer leur force, notamment en jetant de la poudre dans le feu.