Yoon Suk-yeol (en coréen : , ), né le à Séoul (Corée du Sud), est un homme d'État sud-coréen, président de la république de Corée du au .
Il commence sa carrière comme procureur en 1994, en se spécialisant dans les affaires de corruption. Il est procureur général de Corée du Sud de 2019 à 2021 et joue un rôle clé dans la condamnation de l'ancienne présidente Park Geun-hye. Lors de l'élection présidentielle de 2022, soutenu par le parti conservateur Pouvoir au peuple (PPP), il l'emporte face au candidat du Parti démocrate, Lee Jae-myung.
Sa présidence est marquée par des évènements qui ternissent son image, comme sa gestion de la bousculade d'Halloween de 2022 et de la crise médicale en 2024. Sous son administration, la Corée du Sud connaît une érosion démocratique, tandis qu'il fait l'objet d'accusations de corruption.
En 2024, alors que son parti est défait aux élections législatives, il entre en conflit avec l'Assemblée nationale et décrète la loi martiale en décembre de la même année, avant de se raviser au bout de quelques heures sous la pression politique et populaire qui l'accuse d'avoir tenté un auto-coup d'État. Après une première tentative infructueuse, il est destitué et suspendu par l'Assemblée. En 2025, il est dans le cadre de l'enquête. Sa destitution est confirmée par la Cour constitutionnelle et il fait l'objet de poursuites judiciaires pour insurrection et abus de pouvoir. Il est de nouveau incarcéré durant son procès. Le , il est condamné à la prison à vie par le tribunal du district central de Séoul.
Jeunesse et études vignette|redresse|gauche|Yoon Suk-yeol à 16 ans, 1976. Yoon naît à Séoul le , d'un père académicien membre de l'Académie des sciences de la république de Corée, et d'une mère conférencière à l'université pour femmes Ewha, poste qu'elle abandonne après son mariage.
Il étudie le droit à l'université nationale de Séoul, lors du soulèvement de Gwangju. Il profère alors de vives critiques à l'égard du président Chun Doo-hwan. À la suite de cela, il fuit vers la province de Gangwon pour éviter des répercussions. Il passe le barreau en 1991 après plusieurs tentatives ratées.
Carrière juridique Avocat puis procureur Il est nommé procureur en 1994. Après plusieurs années de carrière spécialisées dans les affaires anti-corruption, notamment plusieurs concernant le président Lee Myung-bak, il accède à une renommée nationale en 2016, alors qu'il prend la tête de l'enquête concernant le scandale Choi Soon-sil impliquant cette dernière, la présidente Park Geun-hye et le président du groupe Samsung Lee Jae-yong, qui conduit à la destitution de la présidente Park en . En 2017, le président nouvellement élu Moon Jae-in le nomme à la tête du bureau du procureur de Séoul, vantant notamment le fait que Yoon ait mis en examen deux anciens présidents, ainsi que de nombreux autres personnalités officielles durant sa carrière.
Procureur général de Corée du Sud En 2019, il est nommé procureur général de Corée du Sud, une nomination saluée par le Parti démocrate au pouvoir, mais critiqué par le parti d'opposition Parti de la liberté de Corée. Parmi ses premières occupations, il enquête sur le ministre de la Justice au pouvoir , pris dans différents scandales. L'opinion publique s'inverse alors, et il devient soutenu par le parti de la liberté de la Corée, mais critiqué par le parti démocrate.
La remplaçante de Kuk, Choo Mi-ae, dissout alors l'équipe de procureurs travaillant avec Yoon, prétextant une incapacité de ce dernier à effectuer une réorganisation dans son service. Cette action est vue par les Coréens comme une punition envers Yoon pour avoir mis Kuk en examen. Le , il est suspendu de ses fonctions par la ministre de la Justice en place, pour cause de violations éthiques et d'abus de pouvoir. Ayant fait appel, il suspend cette décision, et reste à son poste.
Il démissionne néanmoins de son poste en , en signe de protestation.
Élection présidentielle de 2022 Le , Yoon Suk-yeol annonce officiellement sa candidature à l'élection présidentielle de 2022. Il rejoint en juillet le principal parti d'opposition, Pouvoir au peuple (de droite conservatrice), et participe à la primaire du parti pour déterminer le candidat qui le représentera.
Le , il remporte la primaire avec 47,85 % des votes exprimés en sa faveur, contre 41,50 % pour son adversaire principal Hong Joon-pyo. Il devient donc officiellement le candidat du parti conservateur lors de la campagne électorale.
Le , il remporte l'élection présidentielle, devançant le candidat progressiste Lee Jae-myung d'une courte tête (48,5 % des voix contre 47,8 % pour son rival) et devenant ainsi le nouveau président sud-coréen, succédant à Moon Jae-in. La campagne a été plus marquée par les invectives que par les débats de fond..
Président de la république de Corée vignette|Yoon Suk-yeol lors de son investiture. Yoon Suk-yeol est officiellement investi président de la république de Corée le , succédant à Moon Jae-in. Dans son discours d'investiture, il appelle à une « dénucléarisation complète » de la Corée du Nord, dénonçant le danger pour la sécurité mondiale que constitue l'arsenal nucléaire nord-coréen.
Il décide également d'ouvrir au public coréen, une première, et ce dès le jour de son investiture, la Maison-Bleue, siège de la présidence à Séoul. Considérant le lieu comme , il décide de le bureau présidentiel et fait déménager la présidence dans l'enceinte du ministère de la Défense..
Début mai, l'équipe de transition du nouveau président annonce 110 tâches auxquelles l'administration prévoit de s'attaquer, dont la privatisation et la restructuration des institutions et des systèmes publics. Dans le cadre de ces réformes, une nouvelle agence spatiale est créée en 2024 sur le modèle américain de la NASA : la KASA.
Politique économique Compte tenu de la forte activité économique, Yoon Suk-yeol assure que le maintien de la limite à 52 heures de la semaine de travail est « irréaliste ». Une réforme vise à allonger à 69 heures par semaine la durée maximale du travail. Cette perspective satisfait le patronat mais est contestée par les syndicats de travailleurs.
Il annonce vouloir engager un vaste programme de privatisations pour renforcer la concurrence, réduire la taille de l'État et lutter contre le déficit des finances publiques. Un appel d'offres pour la vente de Hyundai Merchant Marine (HMM), la plus grande entreprise publique de transport maritime par conteneurs du pays, est officiellement annoncé durant l'été 2023. Il s'agit de la deuxième grande privatisation dans le secteur du transport maritime depuis la vente majoritaire de Hanwha Ocean Company en . Les activités ont été acquises par le groupe Hanwha, la septième plus grande entreprise de Corée du Sud. Le gouvernement s'apprête également à privatiser Korea Aerospace Industries (KAI). De fortes réductions d'impôts sont également prévues, notamment en ce qui concerne l'impôt sur le revenu des sociétés.
Une importante crise médicale intervient en 2024.
En , des dizaines de milliers de camionneurs se mettent en grève pour obtenir de meilleures conditions de travail. Après quelques jours, invoquant les conséquences négatives de la grève pour l'économie et affirmant que les grévistes « prennent le pays en otage », le gouvernement ordonne la reprise du travail. Ceux qui refusent risquent de la prison ferme et des dizaines de milliers d'euros d'amende.
Relations extérieures G7 Bien que la Corée du Sud ne soit pas membre du G7, elle est considérée comme un prochain membre potentiel en cas d'élargissement du G7. Le gouvernement a fait la promotion de l'initiative du G7+. Lors du sommet du G7 en , Yoon Suk-yeol a rencontré les dirigeants des nations Quad. Il a appelé à relever les défis régionaux et à fournir des infrastructures et une aide au développement. Dans un discours prononcé devant les membres du G7, le président Yoon a souligné l'engagement continu de la Corée du Sud en faveur du maintien de l'État de droit international et la nécessité de protéger la liberté et la paix de l'Ukraine.
États-Unis Le , Yoon Suk-yeol et la Première dame Kim Keon-hee sont arrivés à Washington D.C. pour marquer les 70 ans de l'alliance entre la république de Corée et les États-Unis. « Nous savons que peu importe où vous vous trouvez, vous êtes aux côtés de la Corée du Sud. », Yoon Suk-yeol a déclaré dans un discours devant le Congrés américain, ajoutant que les relations entre la Corée du Sud et les États-Unis la relations est « plus forte que jamais ».
En , la fuite de documents confidentiels américains semble indiquer que les États-Unis ont espionné des conseillers du président Yoon Suk-yeol en matière de sécurité nationale afin de garantir des livraisons d'armes à l'Ukraine. L'annonce de cette fuite a suscité des critiques en Corée du Sud au sujet de la vulnérabilité des communications au sein des administrations-clés du pays, comme la présidence. Des opposants politiques ont accusé le gouvernement de tenter de minimiser l'incident et d'apaiser les relations avec l'allié américain, avant la visite de Yoon Seok-youl à Washington le même mois. Ils ont exhorté celui-ci à enquêter sur ces allégations d'écoutesEspionnage américain à Séoul : l'opposition sud-coréenne réclame une enquête, lefigaro.fr, 12 avril 2023.
Japon vignette|Yoon Suk-yeol et le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba en 2024. Le président Yoon Suk-yeol a été accusé d'avoir une position pro-japonaise sur les questions historiques et le colonialisme par des libéraux et certains politiciens conservateurs en Corée du Sud. L'administration Yoon entretient des relations étroites avec le mouvement japonais d'extrême droite de la Nouvelle Droite.
L'administration Yoon ne recherche pas de compensation directe ni d'excuses de la part du gouvernement et des entreprises japonaises pour les victimes du travail, forcé, les crimes de la guerre commis par le gouvernement de l'empire du Japon et les entreprises japonaises pendant la Seconde Guerre mondiale, mais exprime plutôt sa position de recevoir des dons volontaires des entreprises sud-coréennes par l'intermédiaire de la fondation comme solution à la décision de la Cour suprême sud-coréenne de 2018, qui exigeait une compensation des entreprises et du gouvernement japonais pour les crimes de guerre passés contre les victimes qui ont été recrutées de force par l'empire du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Parti démocrate de Corée a critiqué cette situation en déclarant : « Il piétine les victimes et représente les intérêts des entreprises japonaises ». En , 11 des 15 victimes survivantes se sont opposées à la solution de l'administration Yoon et ont exigé une compensation directe du gouvernement et des entreprises japonaises.
Les remarques du président Yoon lors d'un événement commémoratif lié au mouvement de Samiljeol, le , ont suscité une grande controverse en Corée du Sud. Samiljeol est une fête nationale qui célèbre l'esprit de résistance des Coréens pour recouvrer l'indépendance de la Corée contre le Japon. Yoon Suk-yeol a dit, « La Corée a perdu sa souveraineté nationale et a souffert parce qu'elle n'était pas correctement préparée aux changements historiques du monde à l'époque, et nous devrions réfléchir à ce passé ». Ces propos ont suscité des critiques de la part des partis d'opposition en Corée du Sud, les qualifiant de « Chinil » (친일, pro-japonaise) , de « perspective historique colonialiste » (식민사관) et de « diplomatie pro-japonaise hautement soumise » (친일 굴종외교). Et le président Yoon a été comparé à Yi Wan-yong.
En 2024, des critiques ont été formulées à propos du compromis entre le Parti libéral-démocrate japonais et l'administration Yoon visant à inscrire la mine de Sado au Patrimoine mondial, qui a déformé l'histoire en supprimant les références directes au « travail forcé » des Coréens.
Érosion démocratique