La guerre anglo-écossaise de 1650-1652, parfois appelée troisième guerre civile, constitue la dernière phase des guerres des Trois Royaumes, une série de conflits armés et d'intrigues politiques qui fait rage dans les îles Britanniques au milieu du .
De 1642 à 1648, la première et la deuxième guerre civile anglaise mettent aux prises deux factions au sein du royaume d'Angleterre : les Cavaliers, fidèles au roi , et les Têtes-Rondes, qui soutiennent le Parlement d'Angleterre. Le royaume d'Écosse, en union personnelle avec l'Angleterre depuis 1603, apporte son soutien aux parlementaires dans la première guerre civile anglaise, mais il envoie une armée au secours du roi dans la seconde. Sortis victorieux des deux conflits, les Têtes-Rondes procèdent à l'exécution du roi le et instaurent un régime républicain, le Commonwealth d'Angleterre. Le Parlement d'Écosse, qui n'a pas été consulté, choisit de proclamer roi le fils de Charles, qui devient .
Craignant une invasion écossaise, les chefs du Commonwealth d'Angleterre décident de porter le premier coup et la New Model Army d'Oliver Cromwell envahit l'Écosse le . L'armée écossaise, menée par David Leslie, se retire à Édimbourg et refuse d'affronter Cromwell en bataille rangée. Après un mois de manœuvres infructueuses, Cromwell lance une attaque surprise à Dunbar le qui met en déroute les Écossais. Leslie bat en retraite jusqu'à la forteresse de Stirling. Les Anglais prennent le contrôle du sud de l'Écosse, mais ils ne parviennent pas à dépasser Stirling. Le , ils traversent le Firth of Forth à bord de barges à fond plat et remportent la bataille d'Inverkeithing trois jours plus tard, coupant l'armée écossaise stationnée à Stirling de ses sources de renforts et de ravitaillement.
À court d'options, conduit son armée dans une invasion de l'Angleterre au mois d'août, avec Cromwell sur ses talons. Il ne bénéficie que de rares ralliements une fois la frontière franchie, tandis que le Parlement anglais lève une grande armée pour l'arrêter. Les royalistes subissent une défaite écrasante à la bataille de Worcester le , le roi faisant partie des rares vaincus à pouvoir s'échapper. À la suite de cette défaite, le gouvernement écossais est dissous et le royaume d'Écosse absorbé au sein du Commonwealth. Cette période républicaine de l'histoire de la Grande-Bretagne prend fin en 1660 avec la restauration de sur les trônes d'Angleterre et d'Écosse.
Terminologie La guerre anglo-écossaise de 1650-1652 est parfois qualifiée de « troisième guerre civile », dans la continuité des première (1642-1646) et deuxième (1648) guerres civiles anglaises. Néanmoins, cette désignation est problématique, car comme le soulignent les historiens John Philipps Kenyon et Jane Ohlmeyer, ce conflit ne concerne pas que l'Angleterre et ne peut pas être considéré comme une guerre civile strictement anglaise. Leur confrère Austin Woolrych note qu'il met essentiellement aux prises des Anglais et des Écossais, avec très peu d'Anglais dans le camp royal à la bataille de Worcester, ce qui rend la désignation de guerre civile « gravement trompeuse ». Bien qu'elle s'inscrive assurément dans les guerres des Trois Royaumes, la guerre de 1650-1652 ne constitue pas une prolongation de la guerre civile anglaise, mais plutôt un conflit entre le royaume d'Écosse, dirigé par un gouvernement covenantaire sous l'égide du roi , et le Commonwealth d'Angleterre.
Contexte Les guerres des évêques et les guerres civiles anglaises
vignette|L'exécution de (gravure allemande de 1649).|alt=Gravure montrant une foule amassée autour d'une estrade devant un bâtiment. Plusieurs personnes se tiennent sur l'estrade, dont une, agenouillée, vient d'être décapitée par un bourreau qui brandit sa tête. vignette|gauche|redresse|Portrait d'Oliver Cromwell par Robert Walker (vers 1649).|alt=Tableau représentant un homme en armure, avec des cheveux gris et une fine moustache, tenant un bâton. Un jeune garçon se tient à ses côtés et attache une écharpe autour de ses hanches.
Le roi , qui règne en union personnelle sur l'Angleterre et l'Écosse depuis 1625, entre à deux reprises en conflit avec ses sujets écossais en 1639 et 1640. Ces conflits, les guerres des évêques, sont dus à ses tentatives de réformer l'Église d'Écosse pour l'aligner sur les pratiques religieuses anglaises. Les efforts du roi ne sont pas couronnés de succès et les négociations entérinent la mainmise du parti des Covenantaires sur le gouvernement écossais : les fonctionnaires, parlementaires et membres du clergé doivent signer la , et les conseillers du roi en Écosse doivent recevoir l'approbation du Parlement d'Écosse.
En Angleterre, les relations entre Charles et le Parlement se dégradent au fil des années et débouchent sur la Première guerre civile anglaise en 1642. Cette guerre oppose les partisans du roi, surnommés Cavaliers, aux Têtes-Rondes qui soutiennent le Parlement et aux Écossais. L'alliance entre ces derniers est formalisée en 1643 par la , suivant laquelle le Parlement anglais s'engage à réformer l'Église d'Angleterre sur le modèle de son homologue écossaise en échange d'une aide militaire. Au bout de quatre années de guerre, les royalistes sont vaincus et Charles se rend aux Écossais le . Les Écossais et le Parlement d'Angleterre définissent des exigences communes, les « propositions de Newcastle », à soumettre au roi. Tous ses sujets d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande doivent signer la Ligue et convention solennelle et les Églises des trois royaumes doivent être réformées suivant les principes convenantaires et presbytériens. Dans la sphère politique, le roi doit être privé d'une bonne partie de ses pouvoirs en Angleterre au profit du Parlement. Les Écossais tentent pendant plusieurs mois de convaincre Charles d'accepter ces termes, mais le roi refuse. Pendant ce temps, l'armée écossaise se trouve toujours en Angleterre, où elle attend le versement des subsides promis par les Têtes-Rondes. Les Écossais finissent par quitter l'Angleterre le , après avoir remis le roi aux commissaires du Parlement anglais.
Charles commence alors des négociations séparées avec différentes factions. Les Parlementaires anglais presbytériens et les Écossais veulent qu'ils acceptent une version modifiée des propositions de Newcastle, mais un officier de la New Model Army, George Joyce, se saisit de sa personne en et le conseil de l'armée le presse d'accepter des propositions moins contraignantes, qui n'impliquent notamment pas une réforme presbytérienne de l'Église. Il refuse aussi ces termes au profit d'un accord avec la délégation écossaise, « l'Engagement », qu'il signe le . Charles s'engage à confirmer la Ligue et la convention solennelle, et à réformer l'Église anglaise sur des bases presbytériennes pour une période de trois ans. En échange, les Écossais doivent l'aider à reprendre le pouvoir en Angleterre.
La ratification de l'Engagement ne fait pas l'unanimité en Écosse. Ses partisans considèrent qu'il s'agit du meilleur moyen d'obtenir l'extension de la Convention aux trois royaumes et que le rejeter risque d'amener Charles à accepter les propositions de la New Model Army. Ses adversaires considèrent qu'une intervention militaire en Angleterre constituerait une violation de la Ligue et de la convention solennelle, sans la moindre garantie qu'une Église presbytérienne durable sera établie en Angleterre. L'Église d'Écosse va jusqu'à proclamer, le , que l'Engagement n'est rien moins qu'une violation du droit divin. Au terme d'une longue lutte politique, les partisans de l'Engagement obtiennent une majorité au Parlement écossais, tandis qu'en Angleterre, la guerre civile a repris entre Cavaliers et Têtes-Rondes. Une armée écossaise, menée par le duc de Hamilton, traverse la frontière en juillet pour soutenir la cause royale, mais elle est battue par la New Model Army d'Oliver Cromwell à la bataille de Preston. Cette défaite permet aux adversaires de l'Engagement de prendre le contrôle du gouvernement écossais, avec l'aide d'une troupe de cavalerie anglaise menée par Cromwell
L'avènement de Charles II vignette|« Les Écossais meulent le nez de leur jeune roi », caricature anglaise dénonçant les conditions imposées par les Écossais à .|alt=Gravure montrant un homme tournant la roue d'une meule, tandis qu'un deuxième homme, vêtu comme un religieux, force un troisième individu aux habits royaux à se pencher pour que son nez soit au contact de la meule.
Exaspérée par le double jeu de Charles et le refus du Parlement de mettre un terme aux négociations avec lui, la New Model Army procède à une purge qui donne lieu à la formation du Parlement croupion. Complètement soumis à la volonté de l'armée, ce dernier met sur pied un tribunal qui reconnaît le roi coupable de haute trahison à l'égard du peuple anglais. Charles est condamné à mort et exécuté le . Le , l'Angleterre devient une république sous le nom de Commonwealth d'Angleterre.
Le Parlement écossais, qui n'a pas été consulté avant l'exécution du roi, proclame son fils « roi de Grande-Bretagne ». Avant de l'autoriser à rentrer de son exil aux Provinces-Unies, le Parlement exige néanmoins qu'il signe les deux Conventions et qu'il reconnaisse l'autorité de l'Église d'Écosse dans le domaine religieux et celle du Parlement dans le domaine laïc. commence par hésiter, mais lorsque Cromwell écrase ses partisans en Irlande, il se sent contraint d'accepter et signe le le . Le Parlement écossais commence alors à lever des troupes pour soutenir le nouveau roi qui fait voile vers son royaume et débarque en Écosse le .
Les armées en présence L'infanterie vignette|gauche|Reconstitution historique d'une bataille de la guerre civile anglaise avec piquiers et mousquetaires.|alt=Photographie d'un groupe d'hommes au milieu d'un pré. Certains brandissent de longues piques, d'autres viennent de tirer des coups de feu qui ont généré un gros nuage de fumée blanche.
Les formations, l'équipement et les tactiques des unités d'infanterie anglaises et écossaises sont similaires. Elles sont organisées en régiments, dont la taille n'est pas standardisée et peut varier de manière significative, qui comprennent à la fois des mousquetaires et des piquiers. Les mousquetaires sont équipés de mousquets avec un canon de de long et, la plupart du temps, une platine à mèche. Ces armes à feu sont fiables et robustes pour l'époque. Leur usage est en voie d'évolution tactique au milieu du : jusqu'alors, les lignes tiraient les unes après les autres afin de maintenir un feu constant, mais une nouvelle pratique commence à se répandre qui consiste à faire tirer en même temps toute l'unité, pour maximiser l'effet de choc.
L'arme des piquiers est la pique, une longue lance en bois munie d'une pointe en acier. Dans les deux armées, la pique standard mesure de long, mais les soldats les raccourcissent souvent d'un mètre pour les rendre plus faciles à transporter. Les piquiers sont également munis d'épées simples et portent souvent un casque en acier, mais pas d'autre pièce d'armure. Les manuels militaires de l'époque recommandent d'avoir deux mousquetaires pour chaque piquier, mais sur le terrain, les militaires s'efforcent de maximiser le nombre de mousquetaires et le rapport entre les deux types de fantassin est souvent plus élevé.