, de son vrai nom , né en dans la province de Mimasaka et mort le , est un maître bushi, calligraphe, peintre et philosophe japonais.
Son nom complet était , Musashi-no-kami étant un titre honorifique (et obsolète) dispensé par la cour impériale le rendant gouverneur de la province de Musashi (dans la région de l'actuelle Tokyo). Fujiwara est le nom de la lignée aristocratique à laquelle il appartient. Harunobu était un nom cérémoniel, similaire à un prénom composé pour gentilhomme sinisé, notamment utilisé par tous les samouraïs de haut rang et les nobles de cour. Son nom bouddhiste (nom de dharma) était Niten DōrakuToyota Masataka. "Niten Ki (A Chronicle of Two Heavens)", in Gorin no Sho, ed. Kamiko Tadashi (Tokyo: Tokuma-shoten, 1963), 239..
Biographie
Enfance et formation Il est né en dans la province de Mimasaka ou de Harima. Carrière À l'âge de 13 ans, il commence sa carrière de guerrier en tuant un homme dans un combat.
En 1599, il quitte son village.
Après la bataille de Sekigahara, il devient rōnin. Il profite de cette période pour améliorer ses performances.
Son dernier duel a lieu le contre Sasaki Kojirō, qu'il vainc sur l'île de Funa, probablement grâce à un long bokken, qui aurait été taillé dans une rame du bateau qui l'y avait amené, mais les différents récits de cette bataille sont peu sûrsKenji Tokitsu, Miyamoto Musashi. Maitre du sabre japonais au , coll. « Points Sagesses », Seuil, 2008, 559 p. .. Aucune source fiable n'indique le nom de Sasaki. Il se pourrait qu'il se soit plutôt appelé Kojirō Ganryū. Musashi se rendit auprès de la famille des Hosokawa et notamment auprès du daimyo Hosokawa Tadatoshi, fidèle famille apparentée à celle du shogunat Tokugawa. Il y entra uniquement à titre d'invité, ce qui expliquerait la solde relativement modeste qu'il toucha pour ses services.
Toyotomi Hideyoshi succède à Oda Nobunaga assassiné en 1582. Inquiet d’une éventuelle colonisation du Japon et de la révolte et conversion de plusieurs seigneurs, il promulgue un décret d’interdiction du christianisme le . Les missionnaires sont interdits de séjour, seuls les navires de commerce des pays chrétiens sont admis. Les massacres sont alors considérables et vont durer plusieurs décennies. Le Japon ferme ses portes au monde extérieur, favorisant dès lors deux cent cinquante ans de paix. Miyamoto Musashi, né en 1584 à Ōhara-Cho dans la province de Mimasaka est chargé du commandement d'un corps d'armée du seigneur Ogasawara, et participe au siège du château de Hara en 1638 contre la révolte des chrétiens menés par Shirō Amakusa.
Finalement il retourne à Kumamoto et se consacre essentiellement à des activités artistiques en tant qu'invité auprès du mécène Hosokawa Tadatoshi, troisième seigneur de Kumamoto et descendant d’Hosokawa Gracia, figure éminente convertie au christianisme. Il laisse une œuvre appartenant désormais au trésor national japonais.
Derniers jours Au début du printemps 1645, Musashi mit son corps perclus de douleurs à rude épreuve et entreprit la pénible ascension du sentier menant à la grotte Reigandō (霊巌洞, qui signifie « esprit de la grotte »). En avril de la même année, conscient de l'imminence de sa mort, il rédigea une missive courtoise à l'attention des vassaux supérieurs du clan Hosokawa :Le , il fit appeler ses élèves pour leur faire part de ses ultimes instructions. Il commença par offrir ses sabres en souvenir à Okinaga Yoriyuki, il offrit l'œuvre qu'il venait juste d'achever, « Livre des cinq anneaux », à son élève favori Terao Katsunobu, et il confia « Les Trente-cinq articles des arts martiaux » à son frère Terao Kumanosuke. Après avoir ainsi partagé ses biens entre ses élèves, il mit de l'ordre dans ses effets personnels, s'empara pour la dernière fois d'un pinceau et calligraphia un petit manuscrit d'une traite. Il l'intitula « La Voie du solitaire » - ou « Voie de l'indépendance » (Dokkōdō). Les vingt-et-une maximes qui composent cette œuvre sont en réalité un condensé de son expérience de la vie, sur les plans biographique et spirituel« La Voie du Solitaire » a fait l'objet de nombreuses critiques et beaucoup n'y ont vu qu'un recueil d'articles ordinaires, dépourvus de sens profond, et griffonnés par un vieillard au seuil de la mort..
Décès Il meurt le .
Conformément à ses dernières volontés, son corps fut vêtu d'une armure et d'un casque, équipé des six accoutrements militaires et fut inhumé à Handagun, au village de Tenaga YugeIl existe de nos jours deux lieux de sépulture dédiés à Musashi à Kumamoto : le Tumulus Oriental tout d'abord, situé en périphérie de la ville et qui est supposé contenir sa dépouille, et le Tumulus Occidental ensuite, plus proche du centre-ville et qui ne serait en fait qu'une pierre tombale en hommage à ce grand homme..
Vie de famille Musashi a eu deux fils adoptifs Miyamoto Mikinosuke et . Miyamoto Musashi éduque Mikinosuke et le présente à Honda Nakatsukasa Taiyu (Honda Tadaoki), seigneur du château Himeji de Banshu. Retourné à Edo, Miyamoto Mikinosuke meurt en 1626 à vingt ans par seppuku la troisième année de l’Ère Kanei.
Devise
Seishin chokudo « »L’éthique des samouraïs , France Culture, Philosophies du Japon (1/4)..
Galerie
Mutation
Dans le Japon du temps de Musashi, une mutation majeure affectait l'armement. Durant la seconde moitié du , les mousquets à mècheOn trouve en 1598 les premières mentions de mousquets rechargeables à l'aide de cartouches, appelés « arme à feu tirant comme l'éclair » (掣电铳 / 掣電銃, chèdiànchòng)., introduits depuis peu par les Portugais, étaient devenus sur le champ de bataille les armes décisives ; mais dans un pays en paix les samouraïs purent tourner le dos aux armes à feu qui leur déplaisaient, et renouer leur idylle traditionnelle avec le sabre (nihonto (日本刀, « sabre japonais »).
Une anecdote relative à Musashi et Takuan Sōhō (prélat de la secte Rinzai, proche des bushiHeinrich Dumoulin, James W. Heisig et Paul F. Knitter, Zen Buddhism: A History: Japan, World Wisdom, 2005, ., fondée sur le 28ème patriarche Bodhidharma ou Daruma) illustre ces propos. Alors qu'ils discutaient des vertus du zen et de ses applications dans la vie quotidienne, le prêtre suggéra à l'homme d'épée de l'attaquer à l'aide d'un sabre de bois. Takuan, lui, se défendrait muni de son seul éventail. On rapporte que Musashi, en garde, se trouva fort embarrassé devant Takuan et ne parvint pas, malgré ses changements de garde, à trouver la faille. Takuan, lui, se tenait là, immobile, l’éventail en main, les bras relâchés. Au bout d'un certain temps, Musashi finit par jeter son arme de dégoût et déclara qu'il n'avait pas trouvé l'ouverture dans laquelle s'infiltrer. L'esprit de Takuan était partout et donc, nulle part ; et, dans cet état de parfaite fluidité, il était devenu inattaquable.
Sans aucun doute, Musashi médita longuement sur cet « affrontement ». C'est fort de cette expérience qu'il écrivit :
« Sans fixer votre esprit nulle part, frappez l'ennemi vite et avec détermination ».
Voilà qui nous donne une perspective différente du vers de Kamo no Chōmei — « Si le débit de la rivière est infini, l'eau qui s'écoule est en perpétuel mouvement » —, une lecture certainement très prisée du vieil anachorèteHosshinshū (発心集) - (Récits de l'éveil du cœur). Recueil d'anecdotes édifiantes. Traduction en français, notes et postface par Jacqueline Pigeot, édité chez Le Bruit du Temps en 2014. . Artiste Œuvres
En quête de modèles vivants, l'artiste pouvait se rendre sur les berges de la rivière qui coule encore aujourd'hui à l'est du Château de Kumamoto. À l'époque, le cours d'eau traversait une étendue naturelle ; oies, canards, et autres oiseaux s'y épanouissaient en grand nombre. Ces œuvres, à l'instar de nombreuses autres peintures signées du maître, se trouvent désormais à Tokyo au Musée Eisei Bunko : ce bâtiment fait office d'entrepôt des trésors amassés par le Clan Hosokawa depuis le L'édifice, ouvert pour la première fois au public en 1972, est implanté sur le domaine familial à Tokyo. La présence d'un certain nombre d'œuvres de Musashi témoigne de la pérennité des liens qui unissent cette famille à l’artiste depuis 1640..
Auteur
Il est l'auteur de plusieurs textes sur le sabre et sa stratégie : Hyodokyo, Le Miroir de la Voie de la stratégie ; Hyoho Sanjugo Kajo, Trente-cinq instructions sur la stratégie ; Hyoho Shijuni Kajo, Quarante-deux instructions sur la stratégie ; Dokkōdō, La Voie à suivre seul ; Go rin no sho, Le Traité des cinq roues .
Ces textes sont avant tout des manuels d'étude employés dans son école de sabre. De nombreux arts martiaux se sont inspirés de ses ouvrages.
Go rin no sho Il est l'auteur d'un ouvrage de stratégie, le Go rin no shoGorin no shō, Miyamoto Musashi, 1643, plusieurs éditions en français : Le Livre des cinq anneaux (Belfond), Traité des cinq roues (Maisonneuve et Larose, 1977 puis Albin Michel, 1983), Traité des cinq roues (Budo Éditions)., écrit à l'âge de 60 ans, traduit en français par Livre des cinq anneaux ou Traité des cinq roues. Le titre se lit en japonais Gorin sho mais l'habitude a été prise par les traducteurs, selon une lecture actuelle assez courante au Japon, de dire Gorin no shoKenji Tokitsu, Miyamoto Musashi, ibid.. Dokkōdō À 60 ans, Musashi écrit le Dokkōdō. Enseignant Il fonde une école de sabre appelée Hyoho Niten Ichi Ryu.
L'école de Musashi transmet son expérience à travers sa technique et son esprit. Ne transmettre que la technique est une amputation grave de l'enseignement du fondateur qui dénature le sens profond d'une koryu : « En Hyoho Niten Ichi Ryu, celui qui succède doit se vouer à l'entraînement et prouver à ses contemporains, par son exemple, que l'enseignement et le kokoro du fondateur sont absolus et authentiques. C'est ma mission en tant que sokeIwami Toshio Harukatsu soke, « Les principes de Musashi », Dragon, , Éd. Mathis, janvier 2006.. »
Les principes sont à étudier, le bokken en main, auprès d'un maître. La particularité de l'enseignement des koryūs est qu'il est attendu du sōke qu'il incarne et prouve sa maîtrise à chaque génération..
Techniques thumb|Différents types de bokken. (le bokken partant de la gauche est un Iwama-ken (pour la pratique de l'Aikiken). Miyamoto Musashi créa une série de seiho, communément appelés katas : Tachi seiho : 12 seiho au dachi, sabre long. Toutefois, l'étude se fait avec le bokken. Nito seihoVidéo de Iwami soke de Musashi aux deux sabres. : 5 seiho avec le dachi et le kodachi, sabres long et court, qui correspondent aux 5 seiho du Livre de l’Eau. L'étude se fait avec le bokken. Kodachi seiho : 7 techniques au kodachi. Bōjutsu : 20 seiho au bō, bâton long.
Armes Musashi conçut une paire de bokken d'un poids allégé et d'un profil plus fin. Tous les seihoComme toutes les Koryū, la Hyoho Niten Ichi Ryu enseigne par les seiho (kata). Seiho signifie « conduire l’énergie ». de sabre de l'école sont exécutés avec le bokken et non le katana. Le bokken préféré de Musashi existe toujours d'ailleurs, objet magnifique en bois sombre, à la poignée percée d'un trou pour faire passer un pompon de soie pourpre ; il est surnommé Jissō Enman no Bokutō, d'après l'inscription qui se trouve sur la face omote. Longtemps transmis de soke en soke, il représente la volonté de préserver le style Niten Ichi Ryu tel quel, sans modifications ou adaptations. Désigné Trésor national, il se trouve désormais en tant que relique au sanctuaire d'Usa-jingū pour sa préservation.