Jean-Louis de Nogaret, seigneur de La Valette et de Caumont, duc d'Épernon (château de Caumont, -Loches, mort le ), militaire français, est l'un des mignons du roi , avant de devenir son favori conjointement avec le duc Anne de Joyeuse, puis seul après le décès de ce dernier.
Le duc d'Épernon est, pendant trois règnes (, et ), l'un des principaux personnages de la noblesse française. Particulièrement altier, il a l'art de se créer de puissantes et profondes inimitiés. Durant les guerres de Religion, il demeure profondément catholique et reste fidèle dans ses allégeances. Toutefois, son action semble suivre le sens de l'intérêt bien compris de lui-même et de son clan. De 1584 à 1589, il soutient énergiquement contre la Ligue, pro-espagnole. Vingt ans plus tard, il joue un rôle essentiel dans la prise de pouvoir par les catholiques proches de l'Espagne.
L'exemple de ce grand seigneur, animé par une mentalité aristocratique traditionnelle, est un de ceux qui ont inspiré les réflexions du cardinal de Richelieu sur l'affermissement d'un État impartial au-dessus des individus et autres corps organisés.
Biographie L'ascension d'un cadet de Gascogne Il est le fils de Jean de Nogaret de La Valette, seigneur du château de Caumont (à Cazaux-Savès) en Gascogne, et de Jeanne de Saint-Lary de Bellegarde, fille de Pierre/Per(r)oton de St-Lary et sœur de Roger de St-Lary.
Son père et son grand-père, Pierre de Nogaret, sieur de La Valette., ont combattu lors des guerres d'Italie. C'est donc tout naturellement que Jean Louis embrasse la carrière militaire. Cadet de Gascogne, il participe rapidement aux batailles des guerres de Religion : Mauvezin avec son père (1570) dont il sauve la vie, puis à l'infructueux siège de La Rochelle et aux victorieux sièges de La Charité-sur-Loire, de Brouage et d'Issoire (1577).
C'est lors du siège de La Rochelle qu'il rencontre le duc Henri d'Anjou, futur roi . Nogaret s'attache ensuite au roi de Navarre et fuit la cour avec lui en 1576. Il n'entre dans le cercle très restreint des proches d' qu'en . Il devient alors avec le duc Anne de Joyeuse, le plus proche collaborateur du roi. Séducteur et charismatique, il met à profit l'affection du roi qui, selon de Thou, l'aimait éperdumentPierre de L'Estoile, Journal du Règne d'Henri III, présenté par Louis-Raymond Lefèvre, Gallimard, 1943, .. Entreprenant et énergique, il bénéficie d'une bien meilleure santé que son maître et en devient l'indispensable bras droit..
Fort de son influence auprès du roi, il est nommé tour à tour maître de camp du régiment de Champagne (1579), gouverneur de La Fère ville qu'il a reprise aux troupes de Condé (1580), il y reçoit une blessure d'arquebusade au visageœuvres complètes, Pierre de Bourdeille, seigneur abbé de Brantôme, , ., colonel général des Bandes françaises (qui devient pour lui un grand office de la couronne), duc d'Épernon, pair de France et conseiller d’État (1581), premier gentilhomme de la chambre du roi (1582), chevalier de l’ordre du Saint-Esprit, gouverneur du Boulonnais et de Loches, de Metz et du Pays messin, de la citadelle de Lyon (1583), chevalier des ordres du roi (1584), gouverneur de Provence (1586). À la mort du duc de Joyeuse (1587), son seul véritable rival dans la confiance du roi, il est amiral de France, gouverneur de Normandie (-), de Caen et du Havre de Grâce.
Il épouse, en , Marguerite de Foix-Candale (1567-1593)., fille de Henri de Foix et nièce de Charles de Montmorency-Damville qui est opposé à la Ligue. , cette héritière du Captalat de Buch en Gascogne accepte d'épouser un homme d'un rang inférieur au sien à condition que leur fils aîné, Henri, reprenne et perpétue le nom et les titres de sa mère. Elle décède prématurément à 26 ans. La mort d'Henri (1639) avant son père et sans héritier causera le transfert du captalat de Buch à son frère cadet Bernard, déjà héritier des titres de leur père.
Un homme d'État catholique contre la Ligue À l'époque de la montée en puissance de la Ligue, il sert de lien entre et le roi Henri de Navarre, gouverneur de Guyenne. Lors de la mort du frère cadet d' en 1584, afin d'éviter une guerre de succession, il essaie de convaincre Henri de Navarre de revenir au catholicisme, en vain. Son opposition à la Ligue le fait détester d'une très grande partie de la population et une vaste campagne de propagande est entretenue contre lui : on tente même de l'assassiner.
Pour contrer la ligue, il entreprend de fédérer les catholiques modérés et les protestants autour de l'État royal. Il compte lutter contre la ligue en se basant sur les provinces méridionales. Il a pris le contrôle de la Provence et de la Saintonge. Il est, par sa femme, allié au duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, alors que les protestants sont solidement implantés de la Guyenne au Dauphiné. Par ailleurs, il est maître de plusieurs points stratégiques d'accès vers le nord de la France : Boulogne-sur-Mer, Loches sur la Loire et Metz, nœud de communication vers l'Allemagne..
Lors de l'expédition maritime espagnole contre l'Angleterre, il contribue aux difficultés de l'invincible Armada en veillant à ce qu'elle ne puisse utiliser le port de Boulogne.
Quelque temps, après la journée des barricades (1588), il doit quitter la cour, sacrifié par aux exigences des ligueurs. Il se démet de sa charge de gouverneur de Normandie et de celle d'Amiral de France. Cette dernière est transmise à son frère, Bernard de Nogaret. Le roi le démet, après l'Édit d'union, de sa charge de gouverneur de Provence qui passe à son frère Bernard, en lui laissant celle de gouverneur d'Angoumois et de Saintonge où il trouve refuge jusqu'en 1589Nicolas Bruslart, marquis de Sillery, Journal d'un ligueur parisien : des barricades à la levée du siège de Paris, 86, Librairie Droz, Genève, 1999 .Pierre Chevallier, Henri III, 645, Fayard, Paris, 1985 . Retiré dans son gouvernement à Angoulême, il écrit au roi des lettres très soumises, tout en montrant qu'il représente une force militaire et politique. Il est rappelé au début de 1589Jacqueline Boucher, La cour de , ., redevenant gouverneur de Provence et amiral du Levant (charge attachée au gouverneur de Provence) après la mort du duc de Guise,
Devant mourant, et à sa demande, en 1589, le duc d'Épernon se rallie à Henri de Navarre. Mais, tenant le futur responsable du triste sort d', il retire aussitôt ses troupes du siège de Paris, que le roi de France doit abandonner.
obtient la soumission de Charles de Guise à sa cause par un échange de sa charge de gouverneur de Champagne contre celle de gouverneur de Provence et d'amiral du Levant. Le duc d'Épernon se juge mal récompensé des efforts qu'il a faits pour maintenir la Provence au roi. lui propose la charge de gouverneur du Poitou, qu'il refuse. Profitant des difficultés du roi, il quitte son parti et se rapproche pour un temps du comte de Carcès, nommé gouverneur de Provence par le duc de Mayenne, et de la Sainte-Union, mais il est battu en 1596 par Charles de Guise. Avec l'arrêt Le Maistre, le , le Parlement de Paris reconnaît qu'Henri de Navarre est l'héritier légitime de la couronne. La conversion d'Henri IV au catholicisme le , son sacre le et la reprise en main qui s'ensuit, avec la reconnaissance du Parlement d'Aix, obligent Épernon à se soumettre en . Après un accord financier, il quitte la Provence et se rend à Paris où il est reçu par le roi.
Un épisode de l'éviction du duc en 1588 : assiégé dans Angoulême 150px|vignette|Armoiries de Jean Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Épernon. Une clause secrète de l'Édit d'union signé le entre Catherine de Médicis, le cardinal de Bourbon et le duc de Guise prévoit une mise à l'écart du duc d'Épernon. Le favori d' ne doit conserver qu'un seul de ses gouvernements. Le médecin d' informe l'ancien mignon le de l'accord passé avec l'Union catholique. Contraint de quitter la cour, le duc d'Épernon choisit de demeurer gouverneur de l'Angoumois et il fait son entrée le à Angoulême. Trois jours plus tard, le maire du fief charentais, François Normand, sieur de Puygrelier, reçoit un courrier du roi, contresigné du secrétaire d'État Nicolas de Neufville, sieur de Villeroy, lui ordonnant de ne pas laisser entrer le duc d'Épernon en sa ville.
Puygrelier envoie alors son beau-frère, Souchet, rencontrer et Villeroy à Chartres. Souchet reçoit l'ordre d'arrêter l'ancien mignon et de le conduire à Blois. Le , la municipalité ligueuse tente de prendre d'assaut le château où habitent le duc d'Épernon et quelques gentilshommes alliés. Le maire d'Angoulême Normand de Puygrelier est tué dans la fusilladeAlcide Gaugué, « La Charente communale », Bulletin de la Société Charentaise des Études locales, 13, juillet 1921, 21 mai 2008..
Pendant la nuit suivante, Jean de Lupiac-Moncassin, sieur de Tajan, un cousin d'Épernon et qui fut mestre de camp du régiment de Picardie, qui accourt de Saintes, pénètre dans Angoulême. Il négocie avec les autorités municipales une amnistie générale qui débouche sur la libération du duc. L'intervention du sieur de Tajan aurait été motivée par sa volonté d'empêcher les combattants huguenots commandés par le comte François IV de La Rochefoucauld (1554-1591) et Gaspard Foucaud-Baupré d'intervenir puis de s'emparer de la ville. De son côté, le duc d'Épernon reste convaincu que l'attaque subie à Angoulême a eu le secrétaire d'État Villeroy, son principal adversaire dans le parti royal, pour commanditaire..
L'assassinat d'Henri IV : le duc d'Épernon au service de Marie de Médicis Le règne d’Henri IV est une période de contrariété pour le duc d’Épernon. Le nouveau souverain ne se gêne pas pour prendre des décisions en ignorant les prérogatives du duc. Ce dernier fait bonne figure en précisant au roi que « pour ce qui est de l’amitié, elle ne peut s’obtenir que par l’amitié ». Il s'occupe à la construction du château de Cadillac.
Catholique convaincu, Épernon intervient auprès du roi pour autoriser le retour des jésuites. Il encourage les établissements de la compagnie de Jésus dans les villes de ses gouvernements. Il leur confie l'éducation de son troisième fils, Louis, qu'il destine à une carrière dans l'Église. Lorsqu'Henri IV envisage de contester l'hégémonie espagnole par les armes, Épernon est écarté des commandements militaires.
Henri IV est assassiné par Ravaillac le . Le couronnement de Marie de Médicis a eu lieu la veille, ce qui légitime l'attribution de la régence à la reine et ouvre les portes du pouvoir aux catholiques de son entourage, proches de l'Espagne..
Épernon qui a demandé à accompagner le roi dans son carrosse assiste au meurtre. En sa qualité de colonel général de l'infanterie, Épernon prend le contrôle de la capitale et assure la transmission de la totalité du pouvoir à Marie de Médicis, au mépris des dispositions d'Henri IV qui instituaient un conseil de régence. Le , Épernon fait procéder au transfert à Saint-Denis de la dépouille d'Henri III, son ancien maître : Henri IV avait négligé d'organiser les obsèques de son prédécesseur, source d'une vieille rancune.
Le duc d'Épernon est inquiété lorsqu'il s'avère qu'il connaissait le meurtrier. Honoré de Balzac, dans son essai Sur Catherine de Médicis, lui reproche de n'avoir : « point paré le coup de Ravaillac » alors qu'il « connaissait cet homme de longue mainÉdition Furne, 1845, , . ». Ravaillac est en effet originaire d'Angoulême où il s'était fait connaître des services de police dont le duc, gouverneur de la ville, est responsable. Ravaillac a été hébergé dans la capitale par une amie du duc d'Épernon et de la marquise de Verneuil, dame d'honneur de la reine et ancienne maîtresse d'Henri IV.. Compte tenu de la qualité des personnes mentionnées, l'enquête qui a débuté est suspendue. Parallèlement, les archives diplomatiques des gouvernements de Bruxelles, Madrid et Vienne, contacts habituels des comploteurs contre le roi, sont nettoyées, comme le constatera plus tard le diplomate Philippe Erlanger.