vignette|Carte des pays ayant mis en place des sanctions contre la Russie en 2014. Les mesures de représailles prises par la Russie sont une série de mesures prises en 2022 par la Russie à la suite de l'invasion de l'Ukraine et en réponse aux sanctions occidentales. Ces mesures accentuent l'isolement de la Russie et aggravent la crise énergétique en Europe.
Contexte
En , en rétorsion à l'invasion de l'Ukraine, des sanctions sont mises en place à l'encontre de la Russie, notamment par l'Union européenne, le Royaume-Uni et les États-Unis.
Certains pays d’Asie se joignent aux sanctions internationales parmi lesquels la Corée du Sud, le Japon, Taïwan et Singapour.
Détail des sanctions Afin de limiter l'effet des sanctions prises par les pays occidentaux et en représailles à celles-ci, la Russie adopte rapidement des contre-mesures. a déclaré le Sergueï Lavrov, le ministre russe des affaires étrangères.
Ces mesures sont néanmoins qualifiées d'asymétriques : la Russie, dont le PIB est voisin de celui de l'Espagne, ne dispose pas de la puissance économique des États-Unis ou de l'Union Européenne.
Les mesures de rétorsion prises par la Russie se décomposent en deux grands groupes : les mesures sur les personnes et les mesures d'ordre économique et commercial.
Lois sur l'encadrement de l'information Une loi a été adoptée par la Douma d'État le , qui punit d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à toute personne, qu'elle soit journaliste ou pas, qui émet des « fausses informations » sur les forces armées russes. En ligne de mire se trouve l'utilisation des mots « guerre » ou « invasion » pour parler de l'opération militaire qui se déroule en 2022 en Ukraine. La terminologie officielle du Kremlin est « opération spéciale ». Par ailleurs, un amendement a été adopté afin d'interdire les « appels à imposer des sanctions à la Russie », qui s'applique là aussi à tous, particuliers comme professionnels ainsi que sur les médias sociaux. En réaction à ce durcissement, de nombreuses rédactions occidentales qui emploient sur place des équipes ont suspendu leur couverture locale le temps d'évaluer le risque inhérent à la nouvelle réglementation. Chez les médias russes, les journaux indépendants Novaïa Gazeta et ont décidé de ne pas couvrir le conflit ukrainien.
Le régulateur des médias Roskomnadzor a par ailleurs bloqué Facebook et restreint l'accès à Twitter. L'édition locale de la BBC, de la Deutsche Welle ainsi que le site indépendant Meduza et Radio Svoboda (filiale de Radio Free Europe) se sont vu restreindre leur possibilité de toucher le public russe. La radio indépendante russe Écho de Moscou ainsi que la chaîne de télévision indépendante en ligne Dojd sont désormais interdites.
Par ces différentes actions, le gouvernement russe ne veut pas simplement museler les médias, mais aussi restreindre la liberté d'expression et contrôler l'information.
Andy Stone, le responsable de la communication de Meta affirme le :
La réaction des autorités russes est immédiate. Le , Instagram est bloqué pour le territoire russe. Le Comité d'enquête de Russie va lancer une enquête à cause des « appels illégaux aux meurtres de ressortissants russes de la part des collaborateurs de la société américaine Meta ». Le comité d'enquête russe engage par ailleurs des poursuites pour « appels publics à des activités extrémistes et assistance à des activités terroristes » en s'intéressant en particulier à Andy Stone.
L'irruption sur le plateau de Channel One de Marina Ovsiannikova le avec une pancarte "No War" a entrainé dès le lendemain une nouvelle vague de blocages d'au moins 15 médias par le régulateur des médias et télécoms Roskomnadzor. Parmi les médias bloqués on peut citer la BBC, le site d'investigation Bellingcat, des médias russes locaux (Kavkazkï Ouzel, Perm Daily), des médias russophones présents en Ukraine, en Estonie (Postimees) ou en Israël (9 TV Channel Israel et Vesty Israel).
Une loi adoptée le , interdit sur le territoire russe les réseaux Facebook et Instagram (auparavant ils n'étaient que bloqués). La décision arrive après la décision de Meta de faire preuve d'indulgence dans la modération des messages de haine envers les Russes.
Une nouvelle loi sur le contrôle de l'information, adoptée le , permet de punir pour « information mensongère » les russes qui tiendraient des propos non conformes sur l'action de Moscou sur le territoire russe et à l'étranger. Cette nouvelle loi permet d'atteindre les russes qui diffuseraient de l'information sur les activités à l'étranger de l'armée russe. La peine minimum encourue est de 3 ans, portée à 5 ans s'il s'agit d'une activité de groupe, d’un « abus de position officielle », d’une « création artificielle de preuves » ou si l’acte est « motivé par la haine ou l’hostilité politique, idéologique, raciale, nationale ou religieuse ». La peine peut être portée à 15 ans si la diffusion des « informations mensongères » entraîne de graves conséquences.
À partir du , Google News n'est plus accessible en Russie après une décision de Roskomnadzor, devenant ainsi le premier service de Google à ne plus être disponible en Russie.
Jugeant la pression extérieure devenue trop importante, le dernier média indépendant russe Novaya Gazeta a décidé lundi de suspendre sa publication en ligne jusqu'à la fin de l'opération militaire en Ukraine.
Alors que Google a quitté le marché russe, il vient de recevoir en , une amende record de 363 millions d'euros. Roskomnadzor reproche à Google de ne pas avoir bloqué des vidéos disponibles sur Youtube et propageant de sur la guerre en Ukraine, ou .
Fermeture de l'espace aérien L'agence russe de transport aérien Rosaviatsia annonce fermer son espace aérien aux compagnies aériennes de nombreux pays. Sont concernés : les pays de l'Union européenne, l'Albanie, Anguilla, le Canada, Gibraltar, le Royaume-Uni, les Îles Vierges britanniques, l'Islande, les États-Unis et la Suisse.
Pour les pays européens, cette mesure allonge la durée des vols longs courriers à destination des pays asiatiques (principalement le Japon, la Corée et la Chine), avec une hausse du temps de trajet de 1 à . Une hausse du prix du billet est à attendre pour ces destinations. Pour certains pays comme la Finlande, le surcoût est tel que la compagnie nationale a préféré abandonner la desserte de certaines destinations asiatiques.
Fermeture des ports et voies navigables Le gouvernement russe annonce le dépôt d'un projet de loi afin de pouvoir interdire aux navires des pays hostiles d'entrer dans les ports russes et d'emprunter les voies navigables russes.
Gel des rapatriements d'avions Les compagnies aériennes russes utilisent beaucoup la location d'avions pour leurs lignes long-courriers. Au , la flotte louée représentait , Boeing ou Airbus pour la plupart. Ceux-ci sont habituellement immatriculés aux Bermudes. Dès les premières mesures concernant la fermeture de l'espace aérien aux compagnies aériennes russes, les autorités russes ont demandé aux compagnies aériennes de rapatrier les avions loués en Russie ou en Biélorussie. Le gouvernement russe a alors autorisé par un décret présidentiel les compagnies à procéder à la ré-immatriculation en Russie à leur nom de leurs avions loués et immatriculés aux Bermudes. Ce procédé, illicite, permet de continuer de pouvoir exploiter l'avion en Russie en dehors des normes internationales. Cela a pour effet d'empêcher le rapatriement de ces avions dans leur pays d'origine ou dans un pays occidental ; il s'agit concrètement d'une confiscation de biens. Les loueurs ont en théorie jusqu'au pour récupérer les appareils en location. Mais le consensus des professionnels incite à considérer ces appareils, représentant un actif chiffré à de dollars, comme définitivement perdu.
À la date du , seuls 78 avions ont pu être récupérés par les loueurs d'avions sur les 683 loués par la Russie. Mais plus de 500 avions sont restés coincés sur le territoire russe afin de les soustraire au rapatriement. Pour les compagnies occidentales qui louaient ces avions, il s'agit d'un holdup. Au vu du traité du Cap qui règlemente les droits et obligations des compagnies avec les loueurs d'avions, la Russie a violé ce traité et commis un vol en s'opposant à la restitution de ces avions. Les loueurs vont toutefois pouvoir se faire rembourser la valeur des avions par les assureurs, soit un peu plus de de dollars.
Mesures financières prises par la Banque centrale
Piratage logiciel et non-respect des brevets Afin de pallier le départ de nombreux éditeurs logiciels occidentaux, le gouvernement russe envisage de légaliser le piratage des logiciels. Une pratique qui est déjà bien admise par la société et utilisée par 20 % de la population selon une étude d'ESET de 2019. Cette pratique, si elle est appliquée, trouvera cependant une limite car les logiciels professionnels sont de plus en plus distribués en version SAAS.
Depuis le , un décret donne la possibilité aux entreprises russes de s'affranchir des droits que représentent les brevets déposés par un pays inamical. Il est toutefois à noter que le respect des brevets étrangers n'a jamais été respecté à la lettre en Russie. Même si le droit des marques est respecté aujourd'hui, il n'empêche qu'en pointillé on soupçonne la Russie de ne pas se montrer sourcilleuse s'il venait à ne pas être respecté pour les marques occidentales qui quittent la Russie.
Interdictions d'exportation de certains produits Afin d'éviter des scénarios de pénurie en Russie, l'administration russe a déterminé une liste de plus de qui ne pourront pas être exportés vers les pays considérés comme inamicaux. Cela concerne notamment les secteurs de l'agriculture, des technologies, des télécoms, des composants électriques, des wagons, des conteneurs, des turbines, des machines de traitement des métaux et des pierres, de la médecine ou encore certaines essences de bois. Ces interdictions sont prévues pour durer jusqu'à la fin de l'année. En revanche, Vladimir Poutine précise que les livraisons des produits énergétiques (gaz et pétrole) ne seront pas touchées, y compris ceux transitant par l'Ukraine. Par ailleurs les engrais, dont la Russie est un des plus grands producteurs mondiaux, sont suspendus d'exportation sur décision du ministre russe de l'industrie. L'objectif recherché par Moscou est de créer une pénurie d'engrais qui aurait une répercussion à la hausse sur le prix des engrais et renchérirait les produits alimentaires.
Réduction de la coopération spatiale