Les industries et l'artisanat connaissent de profonds changements durant le Néolithique du Proche-Orient (v. 10000-5400 av. J.-C.), dans la continuité des dernières phases du Paléolithique supérieur et de l'Épipaléolithique (v. 23000-10000 av. J.-C.). Le travail du silex reste très courant sur toute la période, de même que celui de l'os, le mobilier lourd en pierre, servant surtout pour le broyage des aliments, se développe, ainsi que celui des fibres textiles. Les principaux changements viennent du côté des industries du feu, avec l'apparition de la production de chaux et de plâtre, et surtout de la céramique, vers 7000-6500 av. J.-C., dont le développement sert traditionnellement à marquer une rupture chronologique entre un Néolithique précéramique et un Néolithique céramique.
Les productions matérielles du Néolithique mobilisent un ensemble divers de matières premières. En raison des conditions de conservation sur les sites du Moyen-Orient, les matières périssables (peaux, bois, roseau, fibres végétales et animales) ont en général disparu, et leur travail ne peut être appréhendé. Restent donc les pierres, le plâtre, l'argile, les os, et dans une moindre mesure les minerais métalliques. Ces industries sont caractérisées par leur chaîne opératoire, ensemble d'opérations allant de l'extraction de la matière première jusqu'à la réalisation et l'utilisation du produit fini, que les recherches tentent de reconstituer.
Les transformations du Néolithique affectent grandement ces différentes industries, qui parviennent à élaborer des produits de plus en plus divers, et ces changements sont pour beaucoup des réponses aux adaptations nécessitées par la mise en place de l'économie agro-pastorale. Si la production est majoritairement faite dans un cadre domestique par des non-spécialistes, au fil du temps apparaissent des chaînes opératoires plus élaborées, qui sont manifestement le fruit d'expérimentations et d'une expertise d'un niveau qui peut être qualifié de « spécialisé ». Apparaissent donc des artisans, dont l'activité principale, si ce n'est unique, est d'élaborer des produits artisanaux. Leur savoir-faire et leurs réalisations sont recherchés, et se retrouvent sur un vaste espace, peut-être parce qu'ils exercent leur activité de façon itinérante et/ou transmettent leurs connaissances ailleurs.. De plus certains types de productions commencent à se retrouver sur de grands espaces, mais en petite quantité, et elles sont manifestement plutôt destinées aux usages des élites. Ces circulations de savoir-faire et de biens ont sans doute joué un rôle important sur le plan culturel, en participant à la mise en relation des régions du Proche-Orient néolithique.
Repères
thumb|center|upright=3.0|Localisation des principaux ensembles géographiques du Néolithique du Proche-Orient.
+ Chronologie du Néolithique au Levant, suivant plusieurs datations(proposition de K. Wright à partir d'autres travaux.). Avant J.-C. Cal. Avant le présent Cal. Natoufien ancien 12780-11180 14730-13130 Natoufien récent 11180-10040 13130-11990 Néolithique précéramique A 10040-8940 11990-10890 Néolithique précéramique B ancien 8940-8460 10890-10410 Néolithique précéramique B moyen 8460-7560 10410-9510 Néolithique précéramique B récent 7560-6940 9510-8890 Néolithique précéramique B final/C 6940-6400 8890-8350 Néolithique tardif 6400-5480 8350-7430
Les industries lithiques L'« âge de la pierre polie » a en fait une culture matérielle dominée quantitativement par les industries lithiques en pierre taillée, qui servent de moyen principal d'identification des cultures néolithiques par les chercheurs, avant l'apparition de la poterie. Le silex est accessible partout est sert à fabriquer l'outillage de base de ces sociétés, tandis que l'obsidienne, plus rare et plus valorisée, sert a fabriquer des objets de prestige qui circulent sur de longues distances pour une présentation détaillée des industries lithiques du Néolithique proche-oriental..
Silex Le silex est une ressource courant dans le Proche-Orient, et les mines où il pouvait être extrait ont été identifiées à proximité de plusieurs sites. L'industrie lithique sert à produire de nombreux outils essentiels pour le mode de vie néolithique, et ses évolutions reflètent en partie celles de l'économie et de l'organisation sociale.
L'Épipaléolithique est l'âge d'or des microlithes, lamelles de petite taille (moins de 2 cm), qui semblent avoir été placés par groupes de sur des manches pour former des couteaux ou faucilles, ou bien individuellement pour servir de pointes de flèches. Les petits demi-cercles, ou lunates, sont ainsi un des éléments caractéristiques de la culture matérielle du Natoufien, tandis que dans l'espace du Zarzien ce sont plutôt les triangles qui dominent le répertoire. Les grattoirs, burins et poinçons sont également courants. Les assemblages varient selon les sites et reflètent sans doute leurs fonctions (chasse, cueillette, village permanent), et la production n'est pas spécialisée.
Le microlithisme recule fortement à compter du PPNA. Les pointes de flèches apparaissent et sont les éléments marqueurs de cette période au Levant : pointes d'el Khiam, à base concave ou rectiligne et encoches latérale, qui se retrouve sur un vaste espace, indiquant un changement d'échelle dans la diffusion des techniques ; par la suite apparaissent les pointes de Helwan où un pédoncule court remplace la base concave. Les haches taillées se répandent aussi, aux côtés des grattoirs, brins, poinçons qui constituent la base du répertoire dans la continuité des phases précédentes.
Le PPNB est marqué par le développement du débitage de lames plus larges, fabriquées au Levant nord à partir de nucléus (noyaux) bipolaires (débitage à partir de deux plans de frappe opposés) généralement « naviformes » (ils ont vaguement l'aspect de la coque d'un navire). Cette méthode, mise au point durant cette période, permet d'obtenir des lames de faucille, couteaux et pointes de flèches, burins, grattoirs et perçoirs plus longs et larges. Les grandes flèches sont en particulier caractéristiques de l'industrie lithique du PPNB, ce que S. Kozlowski a proposé de nommer « Industries des grosses pointes de flèches » (Big Arrowheads Industries, ou BAI), avec les pointes de l'Amuq et de Byblos qui se diffusent sur un vaste espace et indiquent une évolution vers plus de standardisation, à la suite des pointes d'el Khiam de l'ère précédente. Le débitage par pression est aussi attesté durant le PPNB ancien, et apparaît la pratique consistant à chauffer un nucléus avant son débitage pour faciliter la taille. La spécialisation plus poussée et l'expertise des artisans se manifestent aussi dans le développement de sites sont la localisation semble motivée par la volonté de se rapprocher de sites d'extraction de silex, comme Abu Hureyra et Ain Ghazal. Les silex sont travaillés sur ces sites extractifs, également sur des sites intermédiaires, de sorte que les destinations finales obtiennent soit le produit fini, soit des nucléus préformés. Cela reflète les changements sociaux et économiques de la période. Ainsi il est tentant de relier les évolutions de l'outillage (lames plus longues, diversification des types, expertise plus importante des artisans) aux besoins de l'économie agricole qui se met en place, et aussi au développement de la construction ; il n'y a cependant pas d'explication utilitaire évidente aux évolutions des pointes de flèches, qui doivent être liées à d'autres facteurs qui ne peuvent être appréhendés.
La fin du PPNB/PPNC est une période de changements importants dans les industries lithiques, avec le déclin des nucléus naviformes supplantés par d'autres types de nucléus bipolaires, aussi un usage plus courant du débitage par pression pour effectuer des retouches, et l'emploi de lames prismatiques servant à produire des lamelles. Les pointes de flèches du PPNC et du Néolithique céramique au Levant sud (pointes de Nizzanim, Herzliyah et Haparsah au Levant sud) sont une évolution en plus réduites des pointes de la période précédente, et celles de la Djézireh (pointes d'Umm Dabaghiyah et de Sawwan) reflètent également cette tendance à la miniaturisation. Se repèrent plus largement des variations géographiques, qui reflètent l'existence des cultures régionales, même si elles sont désormais identifiées par les assemblages céramiques. En Mésopotamie et dans le Zagros se trouvent des industries regroupées par S. Kozlowski sous le terme « agro-standard », parce qu'elles témoignent d'une adaptation au mode de vie agricole, marquées par une augmentation du nombre de lames produites de façon plutôt standardisées, tandis que les microlithes, pointes de projectiles, grattoirs et perçoirs périclitent.
Obsidienne et autres pierres thumb|Plaques en obsidienne servant d'ornements, Tell Arpachiyah, British Museum. thumb|left|Pendentif (ou pointe de flèche) en obsidienne mis au jour à Jéricho (Tell es-Sultan). Ashmolean Museum.
L'obsidienne est une ressource bien plus limitée que le silex, puisque ses gisements principaux sont situés en Cappadoce (Göllü Dağ) et en Anatolie orientale (Bingöl, Nemrut Dağı, Lac de Van). Cette rareté en fait un objet dont la circulation est plus aisée à tracer que les autres pour les époques précéramiques, et donc un objet privilégié d'études sur la mise en place des premiers réseaux d'échanges. Les objets en obsidienne se retrouvent donc en bien plus faible quantité que ceux en silex sur les sites néolithiques, sauf à proximité des sites d'extraction où ils sont dominants (c'est le cas des sites d'Anatolie centrale), mais ils font l'objet d'une circulation à longue distance dès l'Épipaléolithique et le PPNA, périodes durant lesquelles on retrouve ces objets au Levant sud. Cette faible présence semble indiquer que l'obsidienne est surtout vue comme un objet exotique de prestige, elle n'a aucune utilité économique manifeste vu qu'elle est taillée pour produire le même type d'objets que le silex. Un atelier de production d'obsidienne du début du PPNB (v. 8600-8200 av. J.-C.) a été fouillé à Kaletepe près des gisements du Göllü Dağ, et les méthodes de débitage qui y ont été identifiées sont celles du Levant nord (lamelles prismatiques débitées par pression et lames aiguës ou pointes issues d'un débitage laminaire bipolaire naviforme), qui sont bien distinctes de celles d'Anatolie centrale : cela indique que des artisans levantins (des spécialistes à plein temps ?) se rendent sur place lors d'expéditions saisonnières, pour extraire et tailler l'obsidienne, et repartent écouler leur production dans leur région. En revanche par la suite les artisans anatoliens et leurs méthodes de débitage prennent une place prépondérante, même si les méthodes levantines restent importantes. Au la circulation de l'obsidienne devient plus importante, en particulier en Haute Mésopotamie et dans le Zagros occidental (qui se fournissent surtout en Anatolie orientale), mais aussi dans le Levant sud, et à Chypre. Cela indique que des réseaux d'échanges se sont mis en place, qui deviennent un élément caractéristique de la koinè du PPNB. L'obsidienne circule alors essentiellement sous la forme de produits finis (lames et lamelles), parfois sous des formes inconnues en silex (outil de Çayönü, lame de Kashkashok). Cette circulation connaît une éclipse durant le PPNB final puis l'obsidienne reste présente sur les sites du Néolithique tardif, notamment durant la période de Halaf.
Mobilier et ornements en pierre polie