Les offensives de Ménaka ont lieu de à pendant la guerre du Mali. Elles opposent les djihadistes de l'État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) aux milices touarègues du Mouvement pour le salut de l'Azawad (MSA) et du Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA), ponctuellement alliées avec les djihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), dans le sud et l'est de la région de Ménaka.

Les combats s'achèvent à l'avantage de l'État islamique dans le Grand Sahara qui prend presque entièrement le contrôle de la région de Ménaka. La ville de Ménaka reste cependant sous le contrôle du gouvernement malien.

Au cours de l'offensive, de nombreux massacres sont commis par l'État islamique contre les populations civiles touarègues, faisant envion morts.

Contexte et forces en présence Depuis la fin des années 2010, la région de Ménaka, près de la , est le théâtre de nombreux combats entre miliciens touaregs et djihadistes, d'abord avec le MUJAO, puis avec l'État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). L'État islamique dans le Grand Sahara compte dans ses rangs une majorité de peuls, une ethnie en conflit depuis des générations avec les touaregs daoussahak.

En 2017, Adnane Abou Walid Al-Sahraoui, le chef de l'EIGS, accuse dans une missive les Touaregs imghad et daoussahak d'être les complices de la France et du Niger, et menace particulièrement les chefs du MSA et du GATIA : Moussa Ag Acharatoumane et El Hadj Ag Gamou... À partir de 2018, les affrontements entre les communautés touarègues et peule s'intensifientCourt-circuiter l’État islamique dans la région de Tillabéri au Niger, Crisis Group, 3 juin 2020..

En 2021, face à l'augmentation du nombre de milice touaregs et zarmas, l'État islamique commet de nombreux massacres dans la région de Tillabéri, plusieurs centaines de miliciens et civils sont tués, ce qui a permis à l'EI de s'implanter dans la région de Tilia et Tahoua. Cette zone sert aujourd'hui de base arrière pour frapper la région de Ménaka...

La ville de Ménaka est alors sous le contrôle du Mouvement pour le salut de l'Azawad (MSA), une milice touarègue daoussahak. Ce groupe est signataire de l'Accord d'Alger. L'armée malienne, l'armée française et un détachement tchèque de la Task Force Takuba sont également présentes dans la ville de Ménaka, mais pas tout dans le reste de la région. L'armée française est quant à elle en cours de désengagement au Mali et elle ne reçoit aucune demande des autorités maliennes pour intervenirLaurent Lagneau, Mali : Alors que sa « réarticulation » se poursuit au Sahel, Barkhane frappe l’État islamique à Ménaka, Opex360, 26 mars 2022.. Selon le journaliste Wassim Nasr : .

Autre adversaire de l'État islamique, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans est quant à lui présent au sud et à l'ouest de Talataye, malgré quelques affrontements, il reste dans l'expectative pendant les combats.

Malgré la mort de son chef, Adnane Abou Walid al-Sahraoui, tué par les Français lors du combat de Dangarous en , l'État islamique dans le Grand Sahara n'apparait pas affaibli. Le groupe est en mesure de lancer son offensive avec au moins plusieurs centaines de combattants. Il bénéficie également du renfort d'hommes de l'État islamique en Afrique de l'Ouest, venus discrètement du Nigeria. Fin mars, l'agence Amaq présente pour la première fois l'État islamique dans le Grand Sahara comme étant une de ses nouvelles : la , distincte de la à laquelle elle était auparavant rattachée.

Déroulement Attaques de l'État islamique à Tamalat, Insinane et Andéramboukane en mars Le , Omar Ag Badjat, un officier du MSA, est assassiné par l'EIGS dans le village d'IghaghiUn officier du MSA tué dans la région de Gao, L'Indépendant, 3 mars 2022.. En réponse, le MSA interdit aux facilitateurs de l'EIGS de s'approvisionner dans le village de Tamalat. Dans les jours qui suivent, huit combattants de l'EIGS auraient été exécutés en représailles.

Le , des audios de militants affiliés à l'EIGS circulent, proclamant que le sang des Touaregs daoussahak soutenant le MSA est et pour conséquent, la prise de leurs bétails est autorisée La montée en puissance de l'EI à la frontière entre le Mali et le Niger, France 24, 11 mars 2022.. Les djihadistes lancent alors des raids et raflent de nombreuses têtes de bétails à la frontière entre le Mali et le Niger.

Le , vers 14 heures, plusieurs centaines de combattants de l'État islamique lancent l'assaut sur le village de Tamalat, à l'est de Ménaka, et en prennent le contrôle. Les combattants du MSA arrivent alors sur place, mais ils subissent une nouvelle attaque alors qu'ils sont occupés à ramasser les corps. Deux importants commandants sont tués. Le lendemain, le MSA publie un premier communiqué dans lequel il alerte sur . Il affirme cependant avoir repoussé les djihadistes hors de Tamalat et donne un bilan de quatre morts et deux blessés pour ses combattants, 10 à 12 civils exécutés et trois Mali : combats meurtrier entre le Mouvement pour le Salut de l’Azawad et Daech, AA, 9 mars 2022.Rapport du Secrétaire général sur la situation au Mali, Conseil de sécurité des Nations unies, 30 mars 2022, , ..

Les 8 et , l'État islamique attaque le village d'Insinane — ou Inchinane —, au sud-ouest de Tamalat, connu pour son économie florissante, ses nombreux commerces, et la sécurité apportée par les milices touarègues. Le village est pillé et incendié, les djihadistes emportent tout ce qu'ils peuvent avec eux, comme des médicaments et des vivres. De nombreux civils et miliciens touaregs daoussahak sont à nouveau massacrés par les djihadistes. Selon un rapport d'Human Rights Watch publié quelques mois plus tard, le bilan à Insinane pourrait dépasser les 100 morts.

Une source militaire malienne de l'AFP affirme que . Un élu de la région de Ménaka déclare anonymement que le bilan est de , du 8 au Plusieurs dizaines de combattants et de civils tués dans le nord du Mali, France 24 avec AFP, 11 mars 2022.. Moussa Ag Acharatoumane, le chef du MSA, déclare le qu'une vingtaine d'hommes du MSA et une quarantaine de civils ont été tués. L'État islamique revendique pour sa part, à la fin du moins, la mort de 250 combattants touaregs rien qu'entre le 9 et le Quelles sont les raisons du retour en puissance de l’EI dans la zone des trois frontières ?, France 24, 25 mars 2022..

Selon le journaliste Wassim Nasr .

Les djihadistes de l'État islamique finissent par revenir au Niger mais le calme est précaire. Le MSA et le GATIA n'excluent pas une reprise des combats prochainementMali: l'offensive des jihadistes de l'EIGS près de Ménaka, RFI, 12 mars 2022..

Le samedi , un groupe de combattants de l'EIGS entre dans la ville AndéramboukaneMali : le Gatia dénonce le silence des autorités face aux massacres de civils, AA, 13 mars 2022.. Les djihadistes coupent le réseau téléphonique, puis enclenchent des combats avec les forces du MSA et du GATIA.. D'autres combats ont lieu le même jour à Etanbaw, à l'est de Tamalat, et près d'Insinane, où le MSA et le GATIA revendiquent la victoireMali: une dizaine de membres de l'État Islamique du Grand Sahara (EIGS) tués dans des affrontements à Ménaka, Jean-René Belliard analyse le Proche-Orient, 12 mars 2022.. Le CSP fait alors état d' tués dans ses rangs, mais de parmi les populations civiles ainsi que parmi les assaillants. Le MSA évoque quant à lui une .

Le , selon une déclaration du MSA, les forces armées touarègues affirment avoir repris le village de Tamalat, après une heure d'affrontement avec l'EIGS. Cependant, le , le groupe avait déjà annoncé la reprise du village.

À la mi-, le maire de Tamalat annonce que dans sa localité, le bilan des violences est de Cyril Bensimon, Au Mali, affrontements meurtriers entre djihadistes et Touaregs, Le Monde, 16 mars 2022.. Le Monde indique pour sa part qu'.

Fin mars, l'État islamique revendique dans son journal An-Naba, la prise de Tamalat, d'Insinane et d'AnderamboukaneMali : les violences djihadistes font des «dizaines de morts» civils, selon l'ONU, Le Figaro avec AFP, 31 mars 2022..

Poursuite des affrontements Le , l'armée malienne fait décoller un ou plusieurs hélicoptères à Ménaka pour effectuer des frappes. Dans l'après-midi, le MSA publie une déclaration affirmant que les forces armées maliennes ont effectué plusieurs bombardements près d'Insinane contre des positions de l'EIGS afin de soutenir le MSA... Selon le journaliste Wassim Nasr, l'armée malienne a bien déployé plusieurs hélicoptères près d'Andéramboukane, mais ils sont arrivés après la fin des combats.

Le , dans le village d'Andéraboukane, des rumeurs circulent que les djihadistes ont sommé les habitants de quitter le village sous 72 heures, sous peine d'être massacrés. Cependant, le chef du village d'Andéraboukane dément ces rumeurs. Il affirme qu'un djihadiste à moto est venu auprès des habitants pour les rassurer et dénoncer l'absence d'ultimatum. Malgré ces propos, plusieurs familles fuient la localité, aggravant encore plus la situation humanitaire dans la région Andéraboukane : « faux », les habitants ne sont pas sommés de quitter le cercle, Studio Tamani, 14 mars 2022..

Le , les villages d'Oudeini, Intakofa et Inziguitiya sont attaqués par les djihadistes. Selon Human Rights Watch, les bilans sont difficiles à établir, mais ils seraient de cinq à plusieurs dizaines de tués à Oudeini, d'au moins 24 morts à Intakofa et d'au moins 35 morts à Inziguitiya, d'après des témoignages de rescapés.

Le , les villages d'Inwelane et d'In Delimane sont attaqués à son tour et plus de 50 habitants sont tués, dans au moins 30 à Inwelane et au moins 20 à In Delimane.

Interventions limitées de la force française Barkhane Les troupes françaises de la force Barkhane sont alors en cours de désengagement du Mali. Selon le journaliste Wassim Nasr, les forces françaises ne peuvent soutenir les forces touarègues car les combats se sont déroulés du côté malien et la junte malienne a interdit aux forces françaises d'enclencher des combats sans autorisation du gouvernement transitoire Mali : Pourquoi la rencontre entre le CSP et les autorités de Bamako a-t-elle échoué ?, France 24, 18 mars 2022..

Les troupes françaises et tchèques de la Task Force Takuba effectuent des opérations de contrôle de zone, ce qui permet, selon un communiqué, de , au nord-ouest de Ménaka.

Le , un drone MQ-9 Reaper français effectue une frappe contre un groupe de combattant de l'EIGS se déplaçant à moto en direction de MénakaLa force française Barkhane "neutralise" 15 membres du groupe État islamique au Mali, AFP, 25 mars 2022.. L'armée française fait état de .

Le , un hélicoptère de l'armée malienne ouvre le feu sur les troupes britanniques de la MINUSMA dans la zone de Tessit. Aucun soldat n'est blessé..

Extension des combats vers la région d'Ansongo en mars Le , les djihadistes prennent d'assaut le camp de Tessit, au sud-ouest de la ville AnsongoMali. 16 soldats maliens tués dans deux attaques imputées aux djihadistes, Ouest-France avec AFP, 23 mars 2022.. L'armée malienne donne un bilan de 16 morts et 18 blessés dans ses rangs contre 37 tués chez les djihadistes, cependant ce bilan inclut aussi les pertes d'une embuscade à Boni, dans le centre du Mali.. L'État islamique revendique pour sa part l'attaque de Tessit dans un communiqué publié par Amaq, où il affirme avoir tué ou blessé des dizaines de militaires maliens et assure avoir pris le contrôle total du camp de Tessit avant de l'incendier et d'en partir avec sept véhicules.