Anna Papritz (née à Radach, arrondissement de Sternberg-Ouest le et décédée dans la même ville le ) est une écrivaine allemande, militante des droits des femmes et de l'abolitionnisme. Elle est considérée comme l'une des principales expertes de la prostitution dans l’Empire allemand et la République de Weimar. Elle publie de nombreux écrits sur les causes de la prostitution et la situation des prostituées. L'un de ses plus grands succès politiques est la loi de 1927 sur la lutte contre les maladies vénériennes, qui abolit la criminalisation de la prostitution.

Enfance et jeunesse Anna Pappritz naît le à Radach qui se trouve alors en royaume de Prusse. Ses parents sont Pauline von Stülpnagel et Richard Pappritz, propriétaire d'un manoir à Radach.. La famille est riche et occupe une position sociale de premier plan dans la région de la Nouvelle Marche. Anna Pappritz est la cinquième enfant et troisième fille de la famille. Quand elle naît, ses deux sœurs aînées sont déjà décédées et elle est de fait la seule fille aux côtés de ses trois frères. Elle a une relation très proche avec son frère Richard, de six ans son cadet. Anna Pappritz décrit son enfance et sa jeunesse comme solitaires, oppressantes et sans stimulation intellectuelle. Contrairement à ses frères, qui fréquentent l'école du monastère de Roßleben et bénéficient ensuite d'une formation universitaire et militaire, elle ne peut suivre que les cours particuliers donnés par des gouvernantes et des ecclésiastes locaux et n'a que peu de contacts avec des jeunes filles de son âge.... À l'âge de , elle a un grave accident d'équitation dont elle garde des séquelles toute sa vie, notamment sous forme de douleurs nerveuses.

En 1877, son père meurt subitement d'une pneumonie à l'âge de et sa mère dirige le domaine pendant les sept années suivantes jusqu'à ce que le fils aîné, prenne la relève en 1884. Pauline Pappritz déménage alors à Berlin avec sa fille Anna âgée de et son plus jeune fils Richard. On sait peu de choses sur les premières années d'Anna Pappritz à Berlin. Son frère Richard fréquente le lycée et vit avec sa mère et sa sœur jusqu'à la fin de ses études en 1892. Après cela, Anna et Pauline Pappritz vivent seules dans l'appartement de Berlin.

La littérature En 1893, Anna Pappritz publie un volume de nouvelles, qui traitent de questions interpersonnelles au sein de la noblesse terrienne de Prusse orientale et des familles d'officiers et se situent à Berlin et au Tyrol. Sa biographe le juge facile à lire et fluide, mais les personnages lui semblent aujourd'hui artificiels et stéréotypés.

Un an plus tard, Anna Pappritz publie le roman , dans lequel elle traite de la vision du monde de la classe supérieure et s'inspire largement de sa famille. Le personnage secondaire Hertha, basé sur elle-même, a un fort sentiment de culpabilité envers sa mère à cause d'un handicap et désespère d'une interprétation rigide et stéréotypée du christianisme. Contrairement à son modèle, Hertha ne remet cependant pas en cause sa socialisation et finit par se suicider. Selon Kerstin Wolff, le roman . Dans ses mémoires, Anna Pappritz le décrit plus tard comme une confession et rapporte que sa publication lui a valu des années d'éloignement de sa famille..

Le mouvement des femmes alt=Portrait en noir et blanc de Hanna Bieber-Böhm, qui regarde vers la droite. Cette femme blanche d'âge moyen, à l'expression sérieuse, porte un pince-nez suspendu par une chaîne. Ses cheveux sont attachés derrière la tête. Elle porte un chemisier à col en dentelle, de couleur sombre.|vignette| Hanna Bieber-Boehm en 1899. alt=Photographie noir et blanc en buste, de profil de Minna Cauer. C'est une femme blanche d'âge moyen qui regarde vers la gauche, hors du cadre. Ses cheveux sont séparés par une raie au milieu et attachés derrière la tête. Les coins de sa bouche sont tirés vers le bas. Elle porte un chapeau de couleur sombre, auquel est fixé une voilette. Elle porte un chemisier sombre. La photo est découpée en arrondi en haut et en bas. Sous la photo, on peut lire « Frau Schulrat Cauer » ( Cauer, inspectrice scolaire) en écriture gothique. |vignette|Minna Cauer en 1899. alt=Photographie en noir et blanc de Josephine Butler à près de cinquante ans. C'est une femme blanche, vue de profil gauche. Elle est accoudée sur une table, à côté d'un livre, sa main droite touche l'arrière de son visage. Son autre bras repose sur ses genoux. Ses cheveux longs sont tressés. Elle porte une robe à jupe bouffante et à manches bouffantes bordées de fourrure. Elle porte autour du cou deux chaînes dont l'une avec une croix.|vignette| Joséphine Butler en 1876.

En 1895, Anna Pappritz se rend pour la première fois en Angleterre, pour des raisons de santé. Elle loge dans un club de femmes à Londres, visite des établissements d'enseignement pour femmes, noue des contacts et apprend à connaître le mouvement des femmes. Elle raconte que c'est là qu'elle découvre l'existence de la prostitution et comment elle est réglementée par l'État. Dans ses romans, elle traite de la sexualité illégitime et des relations extraconjugales, mais elle n'a jamais entendu parler de prostitution au sens de rapports sexuels tarifés - du moins selon ses propres déclarations.

À son retour, elle entre en contact avec le mouvement féministe allemand, lit les ouvrages de la militante des droits des femmes Helene Lange, assiste à des conférences au lycée Victoria, fondé et dirigé par Georgina Archer, et s'abonne au magazine fondé par Minna Cauer et Lily Braun. Elle assiste aux réunions de trois différentes associations du mouvement des femmes : l'Association des femmes de Berlin () d'Helene Lange, l'Association pour le bien-être des femmes () de Minna Cauer et l'association de protection de la jeunesse () de Hanna Bieber-Böhm. Anna Pappritz collabore à cette période avec Minna Cauer. Probablement jusqu'en 1899, elle supervise la bibliothèque nouvellement fondée sur la question des femmes. Celle-ci rassemble des ouvrages récents et plus anciens sur la question des femmes et y développe une solide connaissance des problèmes pratiques et théoriques propres au mouvement allemand. En 1896, elle publie son premier article politique dans le journal (Ce que l'on n'apprend pas petit, on ne l'apprendra jamais), où elle exprime son regret de ne pas avoir reçu une éducation scolaire plus solide...

Elle participe au Congrès international des femmes à Berlin en 1914 avec des militantes allemandes comme Alice Salomon, Helene Lange et Gertrud Bäumer..

L'abolition de la prostitution Anna Pappritz s'intéresse particulièrement à la règlementation de la prostitution. Depuis 1894, le (Union des organisations féministes allemandes, BDF) a fait de la prostitution un de ses thèmes de travail. Hanna Bieber-Böhm, considérée comme l'experte de la question, définit la politique officielle du Bund en la matière. Elle s'appuie sur un programme d'information, de prophylaxie et de punition des prostituées. Anna Pappritz la rejoint en 1896. Cependant, la solution proposée par Hanna Bieber-Böhm ne lui convient pas. Lorsque, en 1898, Minna Cauer fait rapport dans le journal du congrès de la Fédération abolitionniste internationale (IAF) à Londres, Anna Pappritz découvre le mouvement abolitionniste et sa fondatrice, Josephine Butler et commence à s'intéresser à cette organisation.

Les revendications des abolitionnistes À cette époque, la prostitution est gérée par la police. Cette réglementation est basée sur l'hypothèse que la prostitution est nécessaire parce que des rapports sexuels réguliers sont nécessaires pour les hommes selon la médecine. Cependant, afin de protéger les hommes (et seulement ceux-ci) de l'infection par les maladies sexuellement transmissibles, les prostituées sont soumises à des contrôles policiers et médicaux réguliers(de) Anna Pappritz : Herrenmoral. . Leipzig 1903, pages 7 sqq.. Les abolitionnistes critiquent cette pratique pour plusieurs raisons. D'une part, sous le système de réglementation, seules les femmes sont tenues pour responsables de la propagation des maladies vénériennes qu'on ne peut pas encore soigner à l'époque et, le cas échéant, criminalisées. D'autre part, la règlementation par la police dans la pratique est sujette à la corruption et au harcèlement.

L'abolitionnisme demande la suppression de cette réglementation policière et préconise, à la place, un ensemble de mesures sociales et juridiques. Étant donné que les causes de la prostitution sont souvent liées à la pauvreté et de faibles possibilités d'emploi pour les femmes de la classe ouvrière, l'amélioration du logement et des conditions de travail et de vie des femmes qui travaillent, l'extension de l'aide sociale aux jeunes et de meilleurs soins médicaux pour les personnes les plus pauvres sont parmi les mesures préventives proposées. Sur le plan répressif, des mesures plus strictes doivent être prises contre la traite des femmes et la prostitution forcée. Une interdiction des bordels est également préconisée afin d'empêcher l'exploitation des prostituées. De plus, seule la contamination volontaire d'une autre personne par une maladie sexuellement transmissible devrait être poursuivie et à la demande de la personne contaminée, au lieu que ce soit considéré comme une infraction officielle, comme c'est le cas alors(de) Anna Pappritz: Einführung in das Studium der Prostitutionsfrag, Berlin 1919..

Dans tous les cas, le mouvement des femmes bourgeoises forge son opinion sans contact direct avec les femmes qui vivent de la prostitution. Ce n'est qu'indirectement, à travers le travail des femmes de la police que les informations de la rue parviennent au mouvement. Il faudra attendre la République de Weimar pour que les prostituées puissent s'organiser pour la première fois et que leurs voix soient finalement écoutées.

Anna Pappritz rejette l'opinion largement répandue selon laquelle il y aurait des prostituées « nées ». Elle estime qu'il existe des facteurs «lourds» héréditaires, cependant, elle identifie la misère sociale, les difficultés matérielles et les bas salaires comme causes principales de la prostitution. À cela s'ajoute le double standard d'une société qui accepte la sexualité extraconjugale chez les hommes, mais la considère comme un motif d'ostracisme social permanent chez les femmes(de) Anna Pappritz : Die wirtschaftlichen Ursachen der Prostitution, Berlin 1903..

À partir des années 1920, Anna Pappritz envisage des mesures répressives et soutient l'envoi de filles et de femmes dites « vulnérables » ou coupables de comportements déviants, dans des foyers fermés, où elles seraient astreintes à des « travaux utiles » sous la supervision de travailleurs sociaux. ..

Premières sociétés abolitionnistes en Allemagne et divergences de vues En 1898, Anna Pappritz publie son premier article, exposant ses nouvelles convictions abolitionnistes et attaquant vivement les positions de Hanna Bieber-Böhm qu'elle accuse de soutenir les doubles standards de la société. Cet article indigne de nombreuses femmes du .

Lorsque Hanna Bieber-Böhm se présente à l'assemblée générale de l'association , pour sa réélection comme membre du conseil d'administration, elle est devancée par Anita Augspurg, soutenue par Anna Pappritz, qui représente la voie abolitionniste. Cette « bataille électorale » débouche sur d'âpres hostilités et coûte à l'association la moitié de ses membres, y compris Hanna Bieber-Böhm. Cependant, Minna Cauer refuse de mettre en place une commission de moralité, comme demandé par Anna Pappritz et l'encourage à créer plutôt une association abolitionniste. C'est finalement Lida Gustava Heymann de Hambourg qui en prend l'initiative et fonde la première allemande à Hambourg, soutenant l'abolitionnisme. Cependant, les idées abolitionnistes des deux femmes présentent des divergences, de sorte qu'Anna Pappritz fonde à son tour une association de moralité abolitionniste à Berlin, soutenue par Mina Cauer à ses débuts.