Gaëtan Picon (Bordeaux, le - , le ) est un essayiste et critique d'art français. Il a été directeur du Mercure de France et, sous le ministère d'André Malraux, directeur général des Arts et Lettres.
Biographie Gaëtan Picon est le deuxième enfant d'Honoré Picon, officier de la marine marchande, et de Marie-Adrienne Paillier, appartenant à une famille d'industriels bordelais. Son arrière-grand-oncle Gaétan Picon, s'était engagé dans l'armée d'Algérie et y avait inventé en 1837 un quinquina, l'« amer Picon », devenu fort célèbre. En 1922, Honoré Picon, ruiné, quitte sa famille et son fils ne le revoit plus.
En 1924, le frère de Gaëtan Picon, Pierre, étudiant en philosophie figure parmi les premiers signataires du Manifeste du surréalisme et devient le correspondant du groupe à Bordeaux, accueillant ainsi la même année, dans la maison familiale de Bègles, Max Ernst et Marie-Berthe Aurenche, que Paul Éluard vient rechercherBiographie dans L'Œil double de Gaëtan Picon, Paris, Centre Georges-Pompidou, 1979 (110 p.), p. 63.. Picon est alors élève à l'Institution du Sacré-Cœur.
En 1925, il entre au lycée Michel-Montaigne de Bordeaux où il fait des études littéraires. Il commence à écrire et découvre dès sa parution en 1934 La Condition humaine d'André Malraux. Une revue d'étudiants, La Hune, publie « André Malraux et La Condition humaine » ; il écrit à cette occasion à Malraux qui lui répond. Après avoir obtenu une licence de philosophie, il rédige un diplôme d'études supérieures, « Sur les œuvres de jeunesse de Nietzsche ». Il fait la connaissance de Geneviève Laguenière, étudiante en histoire, avec qui il se marie en 1937, se lie avec René Lacôte, rencontre Jean Ballard, directeur des Cahiers du Sud auxquels il collabore. Lors d'un premier voyage à Paris il rencontre Malraux. S'engageant politiquement, il adhère à l'Union fédérale des étudiants, au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, aux Jeunesses socialistes et milite pour le Front populaire. , confiera-t-ilBiographie dans L'Œil double de Gaëtan Picon, p. 66..
Installé à Paris après son mariage, Gaëtan Picon visite chaque semaine le Louvre, rencontre régulièrement Léon Brunschvicg et Malraux. Agrégé de philosophie en 1938 (reçu premier), il se voit proposer un poste à Tokyo mais, « pour mieux connaître Ingres », préfère Montauban. Recevant une bourse, il poursuit des études d'esthétique auprès de Victor Basch et Charles Lalo. Il enseigne à partir de 1939 au lycée de Mont-de-Marsan et, en 1942 et 1943, à la faculté des lettres de Bordeaux. Averti qu'il est surveillé par les Allemands, il rejoint le maquis de la Haute-Vienne au Dorat. Il entre simultanément en relation avec la revue Confluences de René Tavernier. En 1944, il se trouve à Limoges lors de la libération de la ville.
Enseignant à Paris au Lycée Charlemagne, il se lie avec Georges Limbour. Sollicités par Francis Ponge, ils collaborent tous deux à l'hebdomadaire Action. Picon participe également à la revue Confluences, installée à Paris, ainsi qu'à Fontaine, dirigée par Max-Pol Fouchet à partir de 1946. Son premier essai sur Malraux paraît en 1945, son livre sur Bernanos en 1948. Il se lie dans ces années avec Georges Schéhadé, Gabriel Bounoure et, participant aux premières Rencontres internationales de Genève, à Boris de Schloezer et Jean Starobinski. Il donne par la suite des conférences au Danemark et en Suède, en 1950 au Maroc, en Algérie, en Tunisie et des cours au Middlebury collège de Vermont, tandis qu'est publié son Panorama de la nouvelle littérature française.
Gaëtan Picon enseigne de 1951 à 1954 à l'école supérieure des lettres de Beyrouth où il accueille notamment Roger Caillois, Elsa Morante, Alberto Moravia, Madeleine et André Malraux. Il se lie par ailleurs avec Georges Séféris. En 1954 et 1955, il est professeur de littérature à l'Institut français de Florence , et, de 1955 à 1959, à l'école des Hautes Études de Gand.
En , Picon est appelé par Malraux au poste de directeur général des Arts et Lettres. Sous sa responsabilité sont organisées à l'initiative de Malraux les premières maisons de la culture et est créé le grand prix national des arts, tandis que des écrivains majeurs reçoivent le Grand prix national des Lettres. Une impulsion est par ailleurs donnée aux manufactures de Sèvres et des Gobelins. Il lui est demandé en de démissionner de son poste pour des divergences avec le ministre sur l'organisation de la musique et des théâtres lyriques dans laquelle il souhaite confier de hautes responsabilités à Pierre Boulez. Picon est ensuite élu directeur d'études à l'École pratique des hautes études et enseigne l'esthétique à l'École nationale supérieure des beaux-arts.
De 1963 à 1965, il dirige, avec Yves Bonnefoy, André du Bouchet et Maurice Saillet, le Mercure de France. Au journal Le Monde, il donne de 1966 à 1969 des chroniques sous le titre « Les formes et l'esprit ». En 1967 et 1968, il fait partie du comité de rédaction de la revue L'Éphémère. Aux éditions Albert Skira, il dirige la collection « Les Sentiers de la création »Carnets catalans de Joan Miró, préfacé et présenté par Gaëtan Picon, éditions Skira, Genève, 1976, 2 volumes, t. 1, 2 et 3 de couverture. dans laquelle il demande à Aragon, Ionesco, Butor, Julien Gracq, Claude Simon, Francis Ponge, Joan Miró, de définir librement leur création. Il écrit lui-même des textes sur les peintres et sculpteurs, Ingres, Géricault, van Gogh, Kandinsky, Fernand Léger, Braque, Picasso, Rouault, Balthus, Jean Dubuffet, Giacometti, André Masson, ainsi que des préfaces à des catalogues d'expositions, notamment d'André Beaudin (1962), Jean Bertholle (1972Musée de Saint-Germain-en-Laye, 1967.), Roger Bissière, Raoul Ubac (1972), Bram van Velde (1970), Geer van Velde (1972), Vieira da Silva (1967Galerie Jeanne Bucher, Paris, 1967.), Marcel Fiorini et Louttre.B (1970Gravures pour le mur, galerie Jeanne Bucher, textes de Gaëtan Picon, Louttre et Fiorini, 1970.).
Gaëtan Picon donne en 1970 des cours sur Racine à l'université de Princeton. Il est en 1971 vice-président du jury du concours international pour la réalisation du Centre Beaubourg dont le président est Jean Prouvé.
Il est sur le point de prendre la direction de l'Académie de France à Rome quand il meurt le Archives en ligne de Paris, arrondissement, année 1976, acte de décès , cote 13D 482, vue 31/31. Il repose au cimetière du Dorat (Haute-Vienne).
Postérité Son ami Jean Lacouture évoque Picon, dans Enquête sur l'auteurArléa, 1989, pp. 290 à 293..
Une association des Amis de Gaëtan Picon a été présidée par le poète Yves Bonnefoy. Elle est actuellement présidée par Antoine Compagnon.
Publications Critique littéraire André Malraux, Gallimard, Paris, 1945 Georges Bernanos, Robert Marin, Paris, 1948 Panorama de la nouvelle littérature française, Le Point du Jour, Gallimard, Paris, 1950 ; nouvelle éd. revue et augmentée, 1958 ; éd. refondue et complétée, 1960 ; éd. revue et corrigée, 1976 Introduction à une esthétique de la littérature, I : L'écrivain et son ombre, Gallimard, Paris, 1953 Malraux par lui-même, Microcosme , Le Seuil, Paris, 1953 ; mise à jour en 1976 ; nouvelle édition, 1996 Balzac par lui-même, Microcosme , Le Seuil, Paris, 1956 ; rééd., 2001 L'Usage de la lecture, Mercure de France, Paris I, 1960 II : Suite balzacienne, Suite contemporaine, 1961 III : Lecture de Proust, 1963 Culture et création, éditions Estienne, Paris, 1964 Lecture de Proust, , Gallimard, Paris, 1968 La Vérité et les mythes, entretiens et essais, Mercure de France, Paris, 1979 Nietzsche, Hachette, Paris, 1998
Direction d'ouvrage Panorama des idées contemporaines, Gallimard, Paris, 1957 ; rééd. 1968 et 1975
Préface Les Travailleurs de la mer de Victor Hugo, éditions Gallimard, 1965
Critique d'art Ingres, étude biographique et critique, Le goût de notre temps, Genève, Skira, 1967 Les Lignes de la main, Le Point du Jour, Gallimard, Paris, 1969 Claude Viseux - Voyants, structures actives, homolides, autoculture, 1968-1969, coécrit avec Georges Limbour et Claude Viseux, Centre national d'art contemporain, Paris, 1969 Admirable tremblement du temps, Les Sentiers de la création, Skira, Genève, 1970 ; rééd. L'Atelier contemporain, avec des essais d'Yves Bonnefoy, Agnès Callu, Francis Marmande, Philippe Sollers, Bernard Vouilloux, 2015 La Chute d'Icare de Pablo Picasso, Les Sentiers de la création, Skira, Genève, 1971 Le Travail de Jean Dubuffet, Skira, Genève, 1973 1863, Naissance de la peinture moderne, Skira, Genève, 1974 Journal du Surréalisme 1919-1939, Skira, Genève, 1976 Miró, carnets catalans, dessins et textes inédits présentés par Gaëtan Picon, Les Sentiers de la création, Skira, Genève, 1976 Tout l'œuvre peint de Cézanne, avec Sandra Orienti, Flammarion, Paris, 1995
Récits Un champ de solitude, Gallimard, Paris, 1968 L’Œil double, Gallimard, Paris, 1970
Notes et références
Voir aussi Bibliographie : source utilisée pour la rédaction de cet article L'Œil double de Gaëtan Picon, Paris, Centre Georges-Pompidou, 1979 (110 p.) Agnès Callu, Gaëtan Picon (1915-1976) Esthétique et culture, Honoré Champion avec le concours du Comité d'histoire du ministère de la Culture et des institutions culturelles, Paris, 2011
Liens externes
Gaëtan Picon, archives de l'INA Association des amis de Gaëtan Picon
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