La science-fiction féministe est un sous-genre de la science-fiction (en abrégé « SF ») axé sur des théories qui incluent des thèmes féministes, qui comprennent, sans s'y limiter, les inégalités hommes-femmes, la sexualité, la race, l'économie et la reproduction. La SF féministe est politique en raison de sa tendance à critiquer la culture dominante. Certaines des œuvres de science-fiction féministes les plus remarquables ont illustré ces thèmes en utilisant des utopies pour explorer une société dans laquelle les différences de genre ou les déséquilibres de pouvoir entre les genres n'existent pas, ou dystopies pour explorer des mondes dans lesquels les inégalités de genre sont intensifiées, affirmant ainsi un besoin de continuer un travail de réforme féministe.
Définition La science-fiction féministe est un sous-genre de la science-fiction (en abrégé « SF ») axé sur des théories qui incluent des thèmes féministes, y compris, mais sans s'y limiter, l'inégalité hommes-femmes, la sexualité, la race, l'économie et la reproduction. La science-fiction féministe s'étend sur des domaines plus variés que la science-fiction elle-même, puisqu'elle couvre la fantasy, les utopies et dystopies, l'horreur (comme les histoires de vampire de Anne Rice). Marleen S. Barr indique que ce que l'on décrit comme de la « SF » féministe pour ainsi dire n'en est pas véritablement de la « SF » car elle ne se préoccupe pas de « sciences dures » mais de l'impulsion des femmes vers le pouvoir. Elle pense donc qu'il faut réinventer un terme, comme celui de littérature féministe de l'imaginaire (en anglais : Feminist fabulation).
La littérature de l’imaginaire est de facto un genre privilégié pour aborder les thèmes féministes. En effet, parce qu’elle permet des réflexions sur l’avenir, sur les possibilités de l’humanité et de la science, cette littérature permet de faire coexister toutes les idées progressives et novatrices. Ainsi, pour qu’elle soit qualifiée de « science-fiction féministe », les récits doivent porter un message politique, celui de la remise en question du paradigme homme/femme dans la société. C’est dans cette optique que le fanzine féministe américain Aurora SF publie au début des années 1990 une liste en dix « niveaux » de féminisme permettant de mesurer le contenu politique du texte. Cette graduation du message politique va du simple questionnement de la société patriarcale, au discours égalitariste entre les sexes, à la critique systématique des hommes jusqu'à la mise en place d'utopies féministes et lesbiennes.
Dans son ouvrage In the chinks of the world machine: feminism and science fiction, l'autrice écossaise distingue la « SF féministe » de la « SF féminine » dans la mesure où cette dernière, si elle a une certaine influence sur l'évolution de la science-fiction en général en refusant le sexisme et en mettant en scène des héroïnes, ne porte pas pour autant des revendications féministes.
Selon Lisa Yaszek, si la science-fiction féministe distingue les autrices « féminines » de SF des autrices « féministes » de SF, les autrices féminines et féministes sont historiquement importantes pour le sous-genre féministe de la SF. En effet, les écrivaines ont accru la visibilité et les perspectives des femmes dans les traditions littéraires de la SF, tandis que les écrivaines féministes ont mis au premier plan des thèmes et des tropes politiques féministes dans leurs œuvres. Parce que les distinctions entre féminin et féministe peuvent être floues, la question de savoir si une œuvre est considérée comme féministe peut être discutable, mais il existe généralement des textes canoniques convenus, qui aident à définir le sous-genre.
Histoire vignette|The Blazing World de Margaret Cavendish. vignette| Frankenstein de Mary Shelley (1818).
Époque moderne En Angleterre, dès la Restauration anglaise, les auteurs féminines utilisaient des thèmes de SF et des futurs imaginés pour explorer les problèmes, les rôles et la place des femmes dans la société. Ainsi, dès 1666, Margaret Cavendish décrit dans The Blazing World un royaume utopique gouverné par une impératrice. Cette œuvre fondatrice a retenu l'attention de certaines critiques féministes littéraires, comme Dale Spender, qui la considéraient comme une précurseure du genre de la science-fiction.
Une autre des premières écrivaines de science-fiction est Mary Shelley. Son roman Frankenstein (1818) traite de la création asexuée d'une nouvelle vie et est considéré parfois comme une réinvention de l'histoire d'Adam et Ève. Il s'agit d'une critique et également une critique de l'utilisation de la science sans réflexion éthique, ainsi que de la vision du selon laquelle la science était dotée d'une certaine virilité visant à pénétrer les secrets de la nature, présentée comme autre, féminine et objectifiéeBrian Aldiss has argued that Frankenstein should be considered the first true science fiction story, because unlike in previous stories with fantastical éléments resembling those of later science fiction, the central character "makes a deliberate decision" and "turns to modern experiments in the laboratory" to achieve fantastic results. See The Detached Retina: Aspects of SF and Fantasy by Brian Aldiss (1995), page 78.. Le livre ouvre la voie à de futures explorations du thème du cyborg par la science-fiction féministe et exerce une influence durable.
En France, le roman de l'écrivaine féministe Marie-Anne Robert Voyage de Milord Céton dans les sept planètes publié en 1758 est considéré comme un des premiers romans de science-fiction. Parce qu’elle refuse de négliger l’apport des femmes à la science et à la culture au seul profit des hommes, Marie-Anne Robert livre ici un récit initiatique visant à développer l’esprit critique des femmes, et in fine travaille à leur émancipation.
Féminisme de la première vague Les femmes écrivaines impliquées dans le mouvement de fiction utopique et dystopique de la fin du et du début du pourraient être considérées comme les premières auteures féministes de SF. Leurs textes, apparus lors de la première vague du mouvement féministe, abordent souvent les questions de sexisme en imaginant des mondes différents qui défiaient les attentes de genre.
Annie Denton Cridge publie Man's Rights, or how would you like it ? en 1870, un roman de science-fiction utopique et satirique. C'est le premier roman d'utopie féministe écrit par une femme, qui décrit une société martienne dans laquelle les rôles de genre ont été inversés, et les résultats sont plutôt positifs.
En 1881, Mizora : A Prophecy décrivait un monde réservé aux femmes avec des innovations technologiques telles que la parthénogenèse, les visiophones et la viande artificielleJean Pfaelzer, The Utopian Novel in America 1886–1896: The Politics of Form, Pittsburgh, University of Pittsburgh Press, 1984; ..vignette|La poétesse et abolitionniste Frances Harper. vignette|Couverture du livre de Elizabeth Burgoyne Corbett New Amazonia. Ce texte est suivi de près par d'autres œuvres féministes utopiques telles que New Amazonia (1889) d'Elizabeth Burgoyne Corbett.
Bertha von Suttner publie en 1889 Das Maschinenalter entsteht (en français : L'âge des machines), qui est considéré comme la première utopie littéraire publiée par une autrice de langue allemande. Elle utilise le pseudonyme de « Jemand » qui signifie « quelqu'un » en français. Dans cet ouvrage, elle aborde le thème de la rétrospective du futur vers le présent. Elle met en scène un historien donnant des conférences européennes, cet historien étant considéré comme un « homme complet », qui réunit les caractéristiques féminines et masculines de l'humanité, et se sert de son expertise pour critiquer d'un point de vue féministe la place des femmes dans la société du .
En 1892, la poétesse et abolitionniste Frances Harper publie Iola Leroy, l'un des premiers romans d'une femme africaine-américaine. Situé pendant l', il suit la vie d'une et enregistre les espoirs de nombreux Africaines-Américaines pour l'égalité sociale pendant la Reconstruction. Unveiling a Parallel (1893) met en scène un protagoniste masculin qui emmène un « avion » vers Mars, visitant deux sociétés « martiennes » différentes ; dans les deux cas, il y a égalité entre hommes et femmes. Dans l'un, Paleveria, les femmes ont adopté les caractéristiques négatives des hommes ; à Caskia, l'autre, l'égalité des sexes « a rendu les deux sexes gentils, aimants et généreux »Suzanne Romaine, Communicating Gender, London, Lawrence Erlbaum Associates/Taylor & Francis, 1998; .. Deux populistes américains, AO Grigsby et Mary P. Lowe, ont publié NEQUA or The Problem of the Ages (1900), qui explore les questions des normes de genre et postule une inégalité structurelle entre hommes et femmes. Ce roman redécouvert présente les conventions féministes familières de la SF : une narratrice héroïne qui se fait passer pour un homme, l'exploration des mœurs sexistes et la description d'une future société de terre creuse (comme Mizora) où la femme est l'égale de l'homme. gauche|vignette|La couverture d'Amazing Stories de décembre 1926 que décrit la nouvelle de Clare Wikiger Harris The Fate of the Poseidonia. vignette|Véga la magicienne de Renée d'Anjou, publié en 1909. vignette|Article de Charlotte Perkins Gilman et photo de 1916. vignette|Irene Clyde. vignette|Rokeya Sakhawat Hussain. Rêve de Sultane (1905), de la féministe musulmane de science-fiction bengalie Rokeya Sakhawat Hussain, aborde le rôle limité des femmes dans l'Inde coloniale. En décrivant un purdah inversé dans un monde technologiquement futuriste alternatif, le livre de Hussain a été décrit comme illustrant le potentiel de perspicacité culturelle par le biais d'inversions de rôles au début de la formation du sous-genre. Dans le roman utopique Beatrice the Sixteenth (1909), l'écrivaine transgenre Irene Clyde crée un monde où le genre n'est plus reconnu et l'histoire elle-même est racontée sans l'utilisation de noms sexués. Dans le même ordre d'idées, Charlotte Perkins Gilman explore et critique les attentes des femmes et des hommes en créant un monde non mixte dans Herland (1915), peut-être le plus connu des premiers romans féministes de SF et utopiques, d'abord publié sous forme de série dans le journal féministe américain appartenant à Perkins, Forerunner.
Parmi les francophones, René d'Anjou publie en 1909 L'Oiselle, alias Vega la magicienne super héroïne ailée et première des séries de super héros francophones.
Rhoda Broughton appartient aussi aux femmes du écrivant dans le genre de la science-fiction à succès.
Rosa Rosà (Edith von Haynau) écrit un premier texte de science-fiction féministe italienne avec en 1918.
Entre les guerres vignette|Stella Gibbons. vignette|Clare Winger Harris. Au cours des années 1920 et 1930, de nombreux magazines de science-fiction populaires ont exagéré les vues sur la masculinité et présenté des représentations de femmes perçues comme sexistesLisa Tuttle in Clute and Nicholls 1995, .. Ces points de vue seront subtilement satirisés par Stella Gibbons dans La Ferme de cousine Judith (1932) et bien plus tard par Margaret Atwood dans (2000). Dès 1920, cependant, des écrivaines de cette époque, telles que Clare Winger Harris avec The Runaway World (1926) et Gertrude Barrows Bennett avec Le Coffret des abîmes (Claimed, 1920), ont publié des histoires de science-fiction écrites d'un point de vue féminin et traitant parfois du genre et des sujets liés à la sexualité.
The Fate of the Poseidonia de Clare Winger Harris, 1927