L'histoire de la pointe de Grave durant le Seconde Guerre mondiale a été très mouvementée en raison de sa position sur la façade atlantique.
La Seconde Guerre mondiale n’a ressemblé en rien à la première. À son tout début déjà, elle est qualifiée de « drôle de guerre » car les Allemands puis l'URSS ont envahi la Pologne en un seul mois, en , et les armées française et britannique entrent en guerre, à la suite d'une mobilisation générale, ne combattent pas, mais se limitent à se masser aux frontières nord et nord-est de la France, notamment derrière la ligne Maginot.
L'attaque allemande de la France et des pays au nord (Belgique, Luxembourg et Pays-Bas) a lieu en mai- ; une grande partie du territoire — le Nord et le Centre du pays — est rapidement conquise par les nazis, un armistice est signé en forêt de Compiègne le : bien que très au sud du territoire métropolitain, la pointe de Grave se trouve en zone occupée, car les Allemands souhaitent maîtriser toute la façade océanique du pays.
Pendant l'occupation allemande, des actions de résistance sont montées dans des maquis de la région, dont le plus connu est le maquis de Vigne-Houdide. Celui-ci a finalement été anéanti par une attaque en force des occupants.
La pointe n'a été libérée qu'en , donc bien après l' qui a vu la plus grande partie du territoire libérée, à la suite du débarquement de Normandie en et du débarquement de Provence en août : en effet, quelques poches de résistance allemandes, essentiellement dans des forteresses comme dans celle du fort d'Arros, ont subsisté très tard sur la façade ouest du pays.
La mobilisation française de 1939 Le , juste avant l'invasion de la Pologne et la déclaration de guerre, l'alerte renforcée avait été ordonnée. Un ordre de mise en sûreté avait été transmis à tous les réservistes.
Le , à minuit, commençait cette mobilisation partielle appelée "couverture générale". Certains réservistes étaient affectés aux unités de forteresse le long des frontières du nord-est puis bientôt sur les côtes et forteresses de tout le territoire. Ils devaient prendre position, se tenir prêts au combat.
Une campagne d'affichage est alors orchestrée par les ministres de la Défense nationale et de la guerre et de l'Air. On peut lire sur ces affiches :
Vingt-cinq divisions vont se concentrer le long des frontières avec l'Allemagne, la Belgique et le Luxembourg, la Suisse et l'Italie : ce dispositif de prévention était appelé "fortification permanente" ou "régions fortifiées". En 1935, la presse l'avait désigné sous le nom de ligne Maginot, du nom du Ministre de la Guerre André Maginot qui s'était préoccupé dès 1922 de la défense des frontières françaises en construisant des forts.
En Gironde, comme sur tout le territoire français, des mesures préventives sont prises à l'annonce de la guerre prochaine. Les ouvrages des fortifications sont occupés par des soldats dans l'attente possible de l'ennemi, les côtes sont surveillées.
Les Verdonnais racontent :
La drôle de guerre : de septembre 1939 à mai 1940 À la suite de l'invasion de la Pologne par les Allemands, la guerre est déclarée le 3 septembre 1939.
«Les cloches du Verdon sonnent une partie de l'après-midi».
Il y a bien une mobilisation de l’armée française en qui concerne près de cinq millions d'hommes, de 20 à 48 ans, mais la moitié seulement est combattante. Excepté pour ceux qui sont envoyés sur le front, l'impression n'est pas une impression de guerre. Les combats ne sont pas totalement inexistants mais ils ne prennent pas la forme de grande offensive : les hostilités se réduisent à quelques escarmouches.
En , si l'armée française sous les ordres du général Gamelin passe la frontière et avance de quelques kilomètres en territoire allemand (huit kilomètres!... à proximité de la ligne Siegfried), elle profite surtout du fait que les Allemands sont très occupés par l'invasion de la Pologne.
De fait, l'armée du Troisième Reich s'est désintéressée pour le moment de cette offensive de la Sarre, se contentant de mener des actes de sabotage et de minage du terrain.
Cette offensive est présentée par la presse française et internationale comme une grande victoire de nos soldats.
Oubliées par les journaux les centaines de morts français dues principalement au minage des terrains, des chemins et des routes ("Mines-S" antipersonnel et "Tellermines" antichars) mais aussi des morts parmi les aviateurs et les marins... d'où l'impression dans les campagnes françaises qu'il ne se passe pas grand-chose sur le front.
Mai - juin 1940 : la débâcle C’est dans ce contexte, alors qu'aucune bataille majeure n'a encore eu lieu en Europe de l'Ouest, que les Allemands lancent leur Blitzkrieg (Guerre éclair).
Le , ils envahissent la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France, offensive connue sous le nom de bataille de France. Les troupes de la Wehrmacht et leurs Panzerdivisions soutenues par la Luftwaffe avancent rapidement les jours suivants en direction de Paris.
La défense française s'écroule avec près de cent mille morts, en raison surtout de la mauvaise stratégie des anciens chefs de guerre de 1914-1918 dont André Maginot, sous-secrétaire d'État à la Guerre depuis 1913, ministre des Colonies en 1917 puis en 1928, puis plusieurs fois ministre de la Guerre depuis 1929. En effet, la ligne Maginot, ligne de fortifications qu'il avait imaginée avec d'autres puis mise en place le long des frontières de Belgique, du Luxembourg, de l'Allemagne, de la Suisse et de l'Italie, est complètement dépassée face à l'armement et à la tactique des Allemands.
L'heure est à la mobilité, à la motorisation de l'armée, à l'usage massif d'engins blindés (chars d'assaut) regroupés en grande formation, et non plus à la guerre statique comme l'a bien compris l'adversaire. Les Allemands pénètrent le système défensif français par une brèche faite en une cible précise (percée de Sedan) grâce à une concentration de leurs forces : forces terrestres blindées, artillerie, troupes d'élite, parachutistes et autres forces spéciales… mais aussi forces aériennes et maritimes.
On peut noter que Philippe Pétain s'était opposé à cette ligne de défense. Comme en 1914, le « vainqueur de Verdun » préconise toujours l'offensive plutôt que la défensive : «l’offensive seule peut conduire à la victoire». Plutôt qu'une ligne continue, il souhaitait la mise en place de pôles défensifs plus petits dont l'emplacement serait choisi judicieusement sur les chemins possibles pouvant être empruntés par l'ennemi. En 1929, Maginot déclare : «Ce n'est pas Pétain qui commande, mais le ministre de la Guerre».
Finalement, Paris tombe aux mains des Allemands le et est déclarée ville ouverte afin d'éviter sa destruction comme Budapest et Rotterdam. C'est alors la panique en France dans le monde politique et militaire. Certains se résignent à la défaite et réclament l'armistice : le général Weygand, le maréchal Pétain, l'amiral Darlan, Pierre Laval… D'autres sont partisans de ne signer qu'une simple capitulation et de continuer le combat : le président du Conseil Paul Reynaud, le général De Gaulle, le ministre de l'Intérieur Georges Mandel…
Paul Reynaud démissionne le de son poste de président du Conseil : le président de la République Albert Lebrun nomme Philippe Pétain à sa place.
Le , dans la soirée, le général de Gaulle, alors sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale, était parti en mission à Londres.
Partisan de la poursuite de la guerre, il avait quitté le port de Brest à bord du contre-torpilleur Milan, avait débarqué à Plymouth le au matin, et avait rejoint Londres. Le soir même, il revenait en France : il atterrissait à vingt-et-une heures trente à Bordeaux où le gouvernement et environ 200 parlementaires s'étaient repliés, en fuite depuis le devant l’invasion de Paris.
Cette journée du fut riche en évènements. Ignorant que Paul Reynaud avait démissionné ce même jour, le général était venu lui proposer une entente avec le Royaume-Uni afin de continuer la guerre. Il était même convenu qu'un accord soit signé entre Paul Reynaud et Winston Churchill le lendemain, à Concarneau.
Alors qu'il se prépare à rejoindre la France, Churchill apprend que Reynaud a démissionné, que Pétain a été nommé à sa place, que De Gaulle n'appartient plus au gouvernement de la France après seulement dix jours dans ses fonctions, que le nouveau Conseil des ministres français a refusé l'accord.
Le général de Gaulle, reparti immédiatement en avion en Angleterre, accompagné de son aide de camp, Geoffroy de Courcel et Edward Spears, officier de liaison, prononcera le son appel devenu célèbre mais relativement passé inaperçu sur le moment. thumb|Stèle en hommage aux vingt-sept parlementaires — dont Georges Mandel, maire de Soulac, Jean Zay et Pierre Mendès France — s'embarquant sur le Massilia, ces derniers souhaitant entrer en résistance depuis lAfrique du Nord.|gauche Le maire de Soulac-sur-mer, Louis Rothschild, plus connu sous le nom de Georges Mandel (du nom de sa mère afin de ne pas être confondu avec la célèbre famille de banquiers) avait démissionné de ses fonctions de ministre de l'intérieur le , en même temps que Paul Reynaud, le Ministre des Affaires étrangères et Président du Conseil des Ministres. Il est remplacé par Charles Pomaret. Il fut arrêté une première fois, le 17, sur ordre de Philippe Pétain pour trouble à l'ordre public, puis relâché.
Des paquebots sont réquisitionnés au Verdon dès le pour embarquer les parlementaires qui le souhaitent à destination de l'Afrique du Nord. L'un d'eux, le Mexique (ex Lafayette), paquebot de la Compagnie générale transatlantique, heurte le une mine tout près du môle et de la plage de la Chambrette. Il coule sans faire de victimes : les marins ont pu regagner la terre ferme à la nage ou en canot. Ce sera finalement à bord du Massilia, paquebot de ligne réquisitionné en pleine débâcle, que, le , vingt-sept parlementaires partiront pour continuer la guerre depuis l'Afrique du Nord. Parmi eux, George Mandel, Jean Zay, ancien ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts, et Pierre Mendès France, ancien sous-secrétaire d'État au Trésor. Ils seront tous arrêtés à leur arrivée le à Casablanca. Ils furent considérés comme des déserteurs et fuyards, ramenés en France et condamnés à diverses peines. George Mandel fut livré à la milice qui l’abattit le de seize balles dans le dos, dans la forêt de Fontainebleau.
L'exode, puis l'armistice le 22 juin 1940 Depuis le , après la percée de Sedan et la bataille de France, c'est le chaos dans le pays et aux frontières du Nord. Les populations belges, luxembourgeoises et françaises fuient l'avancée rapide des troupes allemandes. C'est un exode massif : une dizaine de millions de personnes finalement (près du quart de la population française) s'exile, souvent sans but, sans savoir où aller. Certains se réfugient dans leur famille ou chez des amis mais d'autres fuient vers le sud, errent sur les routes, ne sachant pas très bien ce qu'ils vont pouvoir faire pour se protéger.
Souvent affamés, assoiffés parfois à cause du très beau temps de mai et , toute une population apeurée sillonne les routes, survolée par les "bombardiers en piqué" allemands, les tristement célèbres Stukas.
C'est une arrivée massive de personnes en Gironde et dans le Médoc comme le prouve l'appel au préfet du docteur Fouchou, maire de Lesparre, le . Ce dernier se dit dépassé par le nombre des réfugiés, environ 900 au lieu des 600 prévus.. Bordeaux passe à plus d'un million d'habitants, triplant sa population, ne sachant plus où loger, ni comment nourrir ces nouveaux arrivants.
La France signe l'armistice le 22 juin 1940 qui prévoit la fin des hostilités mais aussi, dans une convention, de couper en deux parties la France métropolitaine, l'Allemagne se réservant la partie nord et toute la côte atlantique jusqu'à la frontière espagnole (Voir carte).