La Seconde Guerre mondiale à Wallis-et-Futuna est une période de nombreux bouleversements pour ce territoire sous protectorat français situé dans le Pacifique. Ces îles ne sont pas le théâtre de combats, mais souffrent de l'isolement complet pendant dix-sept mois, du au . Après la reddition de la France à l'Allemagne le , l'évêque Alexandre Poncet et le résident de France Léon Vrignaud font en effet le choix de rester fidèles au régime de Vichy, alors que toutes les autres possessions françaises en Océanie (Nouvelles-Hébrides, Nouvelle-Calédonie, Établissements français de l'Océanie) rejoignent la France libre ; les îles avoisinantes (Tonga, Samoa occidentales et américaines, Tokelau, îles Gilbert et Ellice) sont administrées par des puissances alliées. Le ravitaillement cesse et la lointaine Indochine française ne peut pas apporter de soutien. Une première reconquête de Wallis-et-Futuna est ordonnée par le général de Gaulle en , mais éventée auprès du résident, elle est reportée. L'avancée japonaise dans le Pacifique et l'entrée en guerre des États-Unis après l'attaque de Pearl Harbor le changent la donne : la guerre du Pacifique éclate et Wallis devient un point stratégique pour les Américains face au Japon. La prise de Wallis est alors organisée conjointement par les Alliés.
Le , l'île de Wallis est investie par la France libre et l'armée américaine le lendemain. Les États-Unis y installent une base militaire. Au total, plus de militaires américains sont présents à Wallis, doublant la population de l'île. De nombreuses infrastructures sont construites : aérodrome, routes, port, hôpital Les Américains apportent également avec eux de nombreux biens matériels et de l'argent : les Wallisiens découvrent la société de consommation, et les structures traditionnelles religieuses et coutumières sont fragilisées par ces changements. Les autorités françaises sont également en perte de prestige face à la puissance américaine. Les Américains ont d'abord une vision assez négative des Wallisiens, même si les rapports s'améliorent au fil du temps ; certaines femmes ont même des enfants de soldats américains, au grand dam de la mission catholique qui cherche à contrôler les mœurs des fidèles. À l'inverse, Futuna, beaucoup plus isolée, n'est pas occupée par les Américains et reste largement à l'écart de ces mutations. La population futunienne vit de l'agriculture vivrière face à la pénurie de produits de première nécessité.
En , l'intérêt stratégique de Wallis a diminué et les États-Unis commencent à rapatrier leurs troupes. En , seule une douzaine de soldats reste sur place : le rêve américain prend fin, laissant la société wallisienne bouleversée. Une crise économique débute, la population devant se remettre au travail dans les plantations. Les autorités politiques sont elles aussi très fragilisées et les années suivantes sont marquées par une forte instabilité. Un lieutenant américain tente même en 1946 de revendiquer l'annexion de Wallis par les États-Unis, avant le départ des dernières troupes. Pendant cette période, l'émigration des Wallisiens et des Futuniens vers la Nouvelle-Calédonie débute : ce phénomène s'accentue après-guerre et est à l'origine de l'implantation d'une importante communauté en Nouvelle-Calédonie. Le protectorat de Wallis-et-Futuna devient de moins en moins adapté aux nouvelles réalités du territoire, et après un référendum en 1959, Wallis-et-Futuna devient un territoire d'outre-mer en 1961.
Contexte géographique et historique
Organisation politique, économique et sociale vignette|Localisation de Wallis-et-Futuna en Océanie.|alt=Carte de l'Océanie montrant l'Australie, les côtes de la Chine, du Japon (à gauche), et au milieu de la carte un cercle rouge entourant la localisation de Wallis-et-Futuna. Les îles de Wallis et de Futuna (ainsi que l'île voisine d'Alofi) sont situées en Polynésie centrale, dans l'océan Pacifique. Elles comptent environ à la fin des années 1930, dont à Futuna. Converties au catholicisme par des missionnaires maristes français dans les années 1840., ces îles sont rassemblées sous la protection de la France dans le protectorat de Wallis-et-Futuna à partir de 1888. Trois pouvoirs sont en présence : avec l'administration française (dont la présence très réduite se limite à un résident de France et à son chancelier) et la puissante mission catholique., ces îles sont gouvernées par des rois coutumiers : le Lavelua à Uvea (Wallis), le Tu'i Sigave et le Tu'i Agaifo dans les deux royaumes de Futuna. Toutefois, de 1934 jusqu'à 1941, le royaume d'Uvea n'a plus de souverain et c'est le premier ministre coutumier () qui a le plus haut rôle dans la chefferie wallisienne.. Futuna est plus isolée et plus indépendante de l'administration française.
Les habitants polynésiens locaux (qui représentent la très grande majorité de la population) vivent de la pêche et de l'agriculture vivrières dans un réseau d'échanges organisé autour du don et du contre-don, ponctué de grandes cérémonies coutumières. L'exportation de coprah représente l'unique activité commerciale des deux îles, mais elle s'effondre dans les années 1930 à cause d'un parasite. La présence européenne se limite au résident de France et sa famille, un chancelier, quelques marchands et plusieurs missionnaires.
Situation géographique Les îles les plus proches sont les Tonga au sud (protectorat britannique de 1900 à 1970), les Fidji (colonie britannique de 1874 à 1970) au sud-ouest, les îles Ellice et îles Gilbert (protectorats britanniques de 1892 aux années 1970), actuels Tuvalu et Kiribati) au nord, Tokelau (protectorat britannique, inclus dans les îles Gilbert et Ellice en 1916) au nord-est, et les Samoa à l'est, divisées entre les Samoa allemandes (1900-1914), qui passent sous souveraineté néozélandaise en 1920, et les Samoa américaines (1899-aujourd'hui). Le protectorat français est donc entouré de possessions britanniques ou américaines.. Le commerce du coprah avec les Fidji et d'autres territoires sous influence britannique est rompu dans les années 1930 et Wallis-et-Futuna se tourne davantage vers la Nouvelle-Calédonie. En 1935, la création du vicariat apostolique de Wallis-et-Futuna. continue d'isoler le territoire du monde anglo-saxon et de le rapprocher de Nouméa..
Les possessions françaises les plus proches sont les Nouvelles-Hébrides (condominium franco-britannique de 1907 à 1980) et la Nouvelle-Calédonie, colonie conquise en 1853 et qui devient un territoire d'outre-mer en 1944. Les établissements français de l'Océanie (actuelle Polynésie française), colonie de 1880 à 1946, sont encore plus éloignés de Wallis-et-Futuna.
Wallis-et-Futuna, dernière terre française du Pacifique fidèle à Vichy Le , la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne, à la suite de l'invasion de la Pologne : c'est le début de la Seconde Guerre mondiale. Après plusieurs mois de « drôle de guerre », la bataille de France débute le et tourne largement à l'avantage du Troisième Reich. Le maréchal Pétain devient président du conseil le et appelle à cesser le combat, tandis que le général de Gaulle lance le un appel à résister contre l'ennemi et crée, depuis le Royaume-Uni, la France libre.
Refus de la France libre alt=Carte du monde montrant les possessions françaises en bleu : une grande partie de l'Afrique de l'Ouest, Madagascar, Syrie, Indochine, nombreuses îles dans l'Océan indien et dans le Pacifique (Établissements français de l'Océanie), Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna|vignette|L'empire colonial français durant l'entre-deux-guerres (1919-1939). Après l'armistice signé entre la France et l'Allemagne le , les territoires français du Pacifique se rallient au général de Gaulle : les Nouvelles-Hébrides le , les établissements français de l'Océanie (EFO) le et la Nouvelle-Calédonie le .. Henri Sautot, nommé par de Gaulle gouverneur de Nouvelle-Calédonie, annonce en octobre que Wallis-et-Futuna passe sous son autorité ; mais cela est refusé par Alexandre Poncet., évêque de Wallis-et-Futuna.. Poncet est un antirépublicain et pétainiste convaincu : il refuse catégoriquement de rejoindre la France libre. Cette position est partagée par d'autres évêques catholiques dans la région..
À la suite de la déclaration de guerre en 1939, le résident de France Lamy quitte Wallis. Son successeur Léon Vrignaud, arrive à Wallis en . et cherche avant tout à préserver les intérêts du territoire. Passé par Port-Vila, il a assisté au ralliement des Nouvelles-Hébrides et adopte d'abord une posture attentiste. Il doit concilier les positions opposées de la mission, vichyste, et d'un commerçant influent sur l'île, partisan du général de Gaulle. Il veut également obtenir au plus vite du ravitaillement. Sans qu'il soit possible de déterminer s'il le fait par souci de bonne entente avec l'évêque, ou par conviction, Vrignaud refuse lui aussi le ralliement à la France libre. Cette position est transmise à Henri Sautot début .
L'historien Jean-Marc Regnault estime que le refus de la France libre est essentiellement le fait des quelques Européens résidant sur l'île : l'évêque, le résident Vrignaud et le chancelier Alexis Bernast, .. Regnault explique le refus catégorique de l'évêque : . D'ailleurs, un message radio envoyé d'Indochine française le félicite .
Si certains chefs wallisiens ont pu se montrer favorables au général de Gaulle, « pour les autochtones, la France devait rester une abstraction et les querelles Londres-Vichy ne les concernaient pas », écrit Regnault. Le ralliement des Wallisiens à la cause gaulliste est donc, pour Regnault, une « légende »..
Isolement Wallis-et-Futuna se retrouvent alors très isolés : le territoire est la dernière possession française du Pacifique à rester fidèle au régime de Vichy.. Wallis devient coupée de ses voisins (Tonga, Samoa, Fidji), qui ont rejoint le camp des alliés. De même, les communications télégraphiques entre Futuna et Wallis sont coupées. Plus aucun navire n'aborde l'île pendant 17 mois à partir du , après le dernier passage du navire Polynésien le .
L'unique moyen d'obtenir des vivres est de faire appel aux colonies françaises en Asie (Indochine française), distantes de plusieurs milliers de kilomètres ; ce n'est qu'après plusieurs mois qu'une liaison télégraphique est établie, en . L'évêque Alexandre Poncet annonce alors à l'amiral Jean Decoux la fidélité de Wallis-et-Futuna au régime de Vichy. La situation financière du protectorat est et les caisses sont presque vides. Le résident demande sa subvention pour 1941, ce qui lui permettrait d'acheter du ravitaillement auprès des Américains à Samoa. à la suite des demandes répétées de Vichy, les Américains finissent par accepter le principe de ce ravitaillement, avant de se rétracter après l'attaque japonaise de Pearl Harbor qui fait entrer les États-Unis dans la guerre.. Les réserves de marchandises, d'essence ou d'huile diminuent..
Dans ce contexte ont lieu les commémorations religieuses des 100 ans de la mort de Pierre Chanel, missionnaire venu évangéliser Futuna dans les années 1840.
Ralliement à la France libre et installation d'une base américaine Premiers projets de reconquête alt=Carte de l'Asie et du Pacifique, montrant l'avancée des troupes japonaises. Wallis-et-Futuna sont tout près de cette zone.|vignette|Face à l'avancée japonaise dans le Pacifique (en orange sur la carte), Wallis devient un lieu stratégique pour l'armée américaine, qui y installe une base en . Le général de Gaulle ordonne début 1941 la reconquête de Wallis, craignant de voir l'île tomber dans les mains allemandes "il est impossible de laisser hors de notre contrôle Wallis-et-Futuna dont la station de sans fil pourrait être utilisée par les corsaires allemands". L'opération est validée par le général le , mais retardée pendant un an en raison d'une fuite d'informations (le résident Vrignaud apprend les projets de débarquement) et divers soucis techniques..