Le baron Jacques Darnaud, né le à Bricy-le-Boulay (Loiret), mort le à Paris, est un général français.

Biographie Jacques Darnaud naît le à Bricy, petit bourg situé près d'Orléans, et est baptisé le lendemain. Il est le fils de Jacques Darnault, domestique, et de Marie Lerude.

Jacques Darnaud entre au service comme soldat le , dans le régiment d'Anjou, et y est fait successivement caporal le , sergent le , sergent-major le , sous-lieutenant le , et lieutenant le .

Employé à l'armée du Rhin, il assiste le suivant, à la prise de vive force de Spire, et concourt à arrêter et à rallier une colonne de troupes qui, saisies d'une terreur panique, avaient pris la fuite. Il se trouve encore à la prise de Mayence le , à celle de Francfort-sur-le-Main le 23, et à la retraite de l'armée sur Landau et sur Weissembourg au mois de . Arrêté le suivant au camp de Roth, près de Weissembourg, par ordre des représentants du peuple Ruamps, Lacoste, Dujardin, Milhau et Boyer, pour être conduit devant le Comité de salut public, comme soupçonné de royalisme, il est réclamé, au nom de tout le corps, par l'adjudant-major Bernadotte.

Immédiatement mis en liberté, il est nommé capitaine le 13 du même mois, et passe avec son régiment, à l'armée du Nord. Il combat constamment aux avant-postes, se fait remarquer par sa bravoure, et par sa présence d'esprit sauva devant Cassel deux bataillons français exposés à être pris ou détruits. Le de la même année, à Hondschoote, chargé du commandement du , il s'empare d'une redoute armée de 9 pièces de canon et y fait 500 Anglais prisonniers qui, d'après le terrible décret de la Convention nationale, doivent être mis à mort sur-le-champMalgré le danger qu'il court en ne se conformant pas à cet arrêt sanguinaire, il conduit ses prisonniers au quartier général. Les représentants lui ayant demandé pourquoi il ne les a pas fait fusiller, Darnaud répond avec une noble fermeté : Je suis toujours prêt à verser jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour ma patrie, mais je ne puis être le bourreau d'un ennemi désarmé..

Nommé adjoint aux adjudants-généraux, il combat à l'attaque des villages de Saint-Vaast et de Saint-Aubert, le 9 germinal an II, et y affronte les plus grands dangers en ralliant la colonne de gauche de la division de Cambrai, que la cavalerie et l'artillerie ennemies, supérieures en force, ont presque entièrement culbutée. Employé à l'armée de Sambre-et-Meuse en l'an III, il déploie une grande énergie dans la défense de Longwy, dont le commandement lui a été confié par le général en chef Jourdan. Le 7 floréal de cette année, il est nommé chef de brigade de la de bataille, dans laquelle a été incorporé le bataillon du régiment.

Darnaud commande cette demi-brigade pendant plus de quatre ans; il y rétablit l'ordre et la discipline, régularise son administration et la conduisit avec succès sur tous les champs de bataille où elle est appelée à combattre. À l'affaire de Lintz, il met en fuite quelques troupes autrichiennes et les poursuit vivement à la tête de 60 hommes d'infanterie, 25 dragons et deux pièces d'artillerie légère; mais ayant aperçu une très-forte colonne de cavalerie qui s'apprête à fondre sur lui, il prend position, fait jurer à sa troupe de mourir jusqu'au dernier plutôt que de se rendreDisposant en avant ses deux pièces, il se défend avec tant d'intrépidité que la cavalerie autrichienne est obligée, non seulement de renoncer à son attaque, puis encore de se réfugier dans les montagnes voisines pour échapper aux coups qui portent le ravage et la mort dans ses rangs. Après avoir servi quelque temps au blocus d'Ehrenbreitstein, il reçoit l'ordre de se porter sur Neuwied et d'y protéger la retraite de l'armée de Jourdan qui se dispose à repasser le Rhin.

Avec deux bataillons de la demi-brigade, une compagnie d'artillerie légère et un régiment de chasseurs à cheval, il soutient les efforts d'un corps considérable de cavalerie qui, appuyé par une nombreuse artillerie, essaie vainement de l'entamer. Il résiste pendant toute une journée et ne se décide à franchir le fleuve que lorsqu'il voit les derniers bataillons français en sûretéSa contenance ferme et tranquille, la précision des manœuvres, les charges vigoureuses qu'il fait exécuter lui valent les éloges de la part du général en chef qui lui dit : Je vous félicite, mon cher Darnaud, j'ai admiré vos belles manœuvres, vous aviez devant l'ennemi le même sang - froid que L'année dernière à la revue sur la place de parade de Cologne..

À la prise de Francfort, Darnaud commande cette ville. Deux ans auparavant une garnison française a été égorgée dans cette ville; sous prétexte de venger l'assassinat de leurs compagnons d'armes, des malveillants excitaient les troupes françaises à l'incendie et au pillage. Déjà des symptômes alarmants se manifestent dans la garnison, et sans Darnaud, qui est obligé de lutter corps à corps avec des soldats mutinés de la demi-brigade de ligne, la ville aurait subi le sort le plus affreux. Son courage et son dévouement, secondés de l'appui des soldats de sa demi-brigade, qui lui sont entièrement dévoués, suffisent pour apaiser ce commencement d'insurrection.

Il sert au blocus de la place de Mayence, devant laquelle il arrive le 18 germinal an IV. Dans une sortie que fait la garnison ennemie, avec des forces infiniment supérieures, le 3 fructidor suivant, Darnaud, à la tête de la demi-brigade, défendit la position entre le Main et le Rhin, et a la mâchoire inférieure fracassée par un éclat d'obusMalgré la gravité de sa blessure, il ne veut point quitter le champ de bataille, et ne cesse de combattre que lorsque les ennemis, repoussés partout, sont forcés de rentrer dans la ville, laissant le terrain couvert de leurs morts et de leurs blessés..

S'étant rendu à Francfort pour y soigner sa blessure, il y reçoit de la part des habitants de nombreuses marques d'intérêt et d'affection, qui le récompensent dignement des soins qu'il a pris pour préserver de tout malheur leurs personnes et leurs propriétés.

Appelé à l'armée d'Italie vers la fin de l'an IV, il y commande sa demi-brigade avec un grand succès. Le 15 frimaire an VII, à Civita Castellana, et le même jour à l'affaire de Falavi, il défait complètement les Napolitains, culbute une division avec un seul bataillon, mit l'ennemi en déroute et lui prit 20 pièces de canon et 30 caissons. Le 10 nivôse suivant, à l'affaire d'Atricoli, à la tête de sept compagnies, il donne l'impulsion aux troupes dont il fait partie, et détermine par son exemple et sa conduite les avantages de cette journée.

Le 24 prairial, au combat et à la prise de Modène, Darnaud se comporte avec le sang-froid, la valeur et les talents militaires qui le distinguent depuis longtemps, et la demi-brigade mérite les plus grands éloges. À la bataille de Trébia, il traverse la rivière à la tête de sa brigade, formée en colonne serrée et l'arme au bras, sous un feu terrible d'artillerieÉlectrisant sa troupe par son courage, il renverse tout ce qui s'oppose à son passage, perce la ligne ennemie, se porte à plus de 400 toises sur ses derrières, et s'empare de sept pièces de canon, dont il a affronté le feu. Mais n'étant pas appuyé sur ses ailes, il est obligé de battre en retraite. Quoique blessé d'un coup de feu à la jambe gauche, il opère son mouvement rétrograde dans le plus grand ordre, sans se laisser entamer et sans abandonner les canons qu'il a pris.. C'est à la suite de cette affaire, qu'il est nommé général de brigade, par arrêté du Directoire exécutif du 12 thermidor an VII.

Le 28 du même mois, à la bataille de Novi, il a obtenu les succès les plus complets sur les Russes, qu'il a mis en pleine déroute, lorsque le mouvement rétrograde des autres troupes de l'armée le force d'abandonner ces avantagesNéanmoins, tout en se retirant, il s'empare de deux pièces de canon, dont il tue les artilleurs qui les servent avec une vigueur et une opiniâtreté dignes d'un meilleur sort..

À l'affaire de Bosco, le 2 brumaire an VIII, le général Darnaud détermine le succès de la journée. Avec l'infanterie seulement, il combat un ennemi bien supérieur en nombre et qui a de la cavalerie et de l'artillerie formidablesIl le tourne, le déborde par la gauche, charge audacieusement sa cavalerie, en plaine, à la baïonnette, et le mène battant pendant plus de deux milles..

Le 13 du même mois, à l'affaire de Rivalta, il commande une colonne d'infanterie qui est entourée par l'ennemiMais par ses manœuvres hardies, il parvient à se dégager et à se retirer pendant l'espace de deux lieues, en plaine, sans avoir éprouvé d'autre perte que celle d'un officier, et après en avoir fait éprouver de considérables à l'ennemi, qui ne cesse de le harceler..

Le 18, il défend le front de Novi pendant trois heures contre les attaques réitérées d'un corps très nombreux de troupes autrichiennes; mais, obligé d'abandonner cette position que l'insuffisance de ses forces ne lui permettait pas de garder plus longtemps, il se retire dans les montagnes voisines, espérant y attirer l'ennemi; cette tentative eut un plein succèsLes Autrichiens s'étant engagés dans les gorges, le général Darnaud les fait charger à la baïonnette, les met en fuite, et leur enlève trois bouches à feu avec leurs caissons, après avoir tué beaucoup de monde. Un grand nombre de fuyards sont faits prisonniers..

Attaqué le 23 frimaire par des forces autrichiennes et russes très supérieures, il est obligé de quitter la ligne de Monte-Cornua. Ses troupes plient en désordre et s'enfuient à travers les montagnes jusqu'à Nervi où il devient indispensable de s'arrêter et de s'opposer à l'ennemi, qui a l'intention de s'emparer de ce débouché pour couper la retraite à une colonne qui se trouve vers Recco et Sori, à quatre milles de distanceLe général Darnaud s'empressa de réunir 300 hommes de la 73 demi-brigade, commandés par le chef de bataillon Verney, qu'il place à un défilé, où les hommes auraient pu en arrêter 100, et il leur ordonne de tenir jusqu'à la dernière extrémité pour assurer la retraite de la colonne qui est encore à Sori. Après avoir fait toutes les dispositions nécessaires pour empêcher l'ennemi de pénétrer plus avant, le général Darnaud demande des hommes de bonne volonté pour aller avec lui explorer le pays. Mais telle était alors l'intimidation que cause à la troupe le nombre considérable des ennemis, que deux hommes seulement se présentent. Ce manque d'énergie et de confiance ne change point les projets du général, il marche seul eu avant de Nervi, avec les deux hommes qui se sont offerts, et qui promettent d'affronter avec lui tous les dangers. Bientôt après, regardant en arrière pour s'assurer de la conduite des 300 hommes auxquels il a confié la garde de l'important débouché qu'il veut conserver, il s'aperçoit que l'ennemi s'en est rendu maître et qu'il s'empresse d'arriver et de s'établir dans les rues de Nervi. Ne prenant conseil que de son courage, Darnaud, le sabre à la main et suivi de ses deux intrépides compagnons, s'élance sur l'ennemi, qui fait feu sur eux. Personne n'est atteint, et après avoir porté le désordre dans les rangs des Impériaux, nos trois hommes parviennent à les mettre en fuite..