Elfriede Paul, née le à Cologne et morte le à Ahrenshoop, est une femme médecin, professeure d'université, chercheuse, militante communiste et résistante allemande investie dans l'Orchestre rouge. Première spécialiste de l'hygiène sociale, elle se préoccupe particulièrement de la protection de la santé des femmes et des mères qui travaillent dans les entreprises et dans l'agriculture.

Biographie Elfriede Paul est née le 14 à Cologne, dans une famille de la petite bourgeoisie. Son père est lithographe. Après le collège, elle fréquente le lycée de Hambourg-Harburg en 1915 et 1916 puis l'école normale du monastère St. Johannis à Hambourg. En 1920, elle réussit l'examen de fin d'études et en 1921, elle obtient son diplôme d'enseignante pour les écoles supérieures.

Elle rejoint une organisation de jeunesse proche du Parti-social démocrate d'Allemagne (SPD) pour pratiquer la randonnée. Elle s'inscrit au Parti communiste d'Allemagne (KPD) en 1921. De 1921 à 1924, elle travaille comme enseignante puis comme directrice d'un foyer pour enfants (orphelinat) à Hambourg.

Études de médecine Tout en travaillant comme enseignante, elle entreprend des études de médecine en 1926, à Berlin et à Vienne. Elle travaille aussi en 1932 et 1933 pour les magazines Sanatorium et Gesundheit und Erziehung. En 1933, elle obtient son diplôme d'état de médecine à Berlin, puis termine l'année pratique à l'institut de radiothérapie de l'université Friedrich Wilhelm. Elle obtient sa licence pour pratiquer la médecine en 1934, après quoi elle est assistante bénévole non rémunérée à l'Institut d'hygiène de l'université de Berlin et travaille à l'Office municipal du Grand Berlin dans le secteur des soins aux nourrissons et comme médecin scolaire. Entre 1934 et 1936, elle suit deux années de formation médicale post-universitaire générale. Dans sa thèse présentée en 1936, elle traite de « L'influence de l'année terrestre sur la menstruation » (Beeinflussung der Menstruation durch das Landjahr). En 1936, elle ouvre son propre cabinet dans la Sächsische Strasse à Berlin-Wilmersdorf.

Le nazisme et la résistance En 1936, elle rencontre . Engagé dans la résistance au nazisme, il a déjà été arrêté deux fois, en 1933 et en 1934 et a passé neuf mois dans le camp de concentration de Sonnenburg, où il est infecté par la tuberculose. Devenu invalide, il est soigné par Elfriede Paul et ils deviennent amis. En , Walter Küchenmeister quitte sa femme et emménage avec Elfriede Paul, qui s'occupe alors de l'éducation des deux fils.

Par son intermédiaire, elle entre en contact avec les groupes de résistance autour de Harro Schulze-Boysen et Arvid Harnack. Ce réseau sera appelé plus tard l'Orchestre rouge. Son cabinet devient un lieu de rencontre et d'informations et de reproduction de tracts destinés à leurs connaissances et ami et des personnalités politiques dans la salle d'attente. Sous prétexte de visites à domicile, Elfriede Paul circule en voiture et dépose les tracts sous enveloppe dans plusieurs boîtes aux lettres éloignées. Elle préserve les apparences d'obéissance au régime nazi grâce à son adhésion au Secours populaire national-socialiste en 1933 et à l'Association des médecins allemands nationaux-socialistes en 1936 et à son travail de médecin pour la Ligue des filles allemandes, Bund deutscher Mädel.

Déjà en , elle a été informée d'une fouille de sa maison, à la recherche de littérature interdite mais les officiers de la Sturmabteilung arrivés à 06h30 n'ont rien trouvé de compromettant. Au contraire, Elfriede Paul a laissé bien en vue une copie du Völkischer Beobachter, organe de la presse nazie.

En 1936, elle s'installe comme médecin généraliste à Wilmersdorf. Le ministre de la Culture du Reich, Hans Hinkel est son voisin de palier. Elle poursuit son travail de médecin généraliste de 1936 à 1942.

En , la tuberculose de Walter Küchenmeister s'est aggravée et Elfriede Paul le conduit en Suisse, au sanatorium de Leysin pour un séjour de sept mois en Suisse. Au cours des années suivantes, Elfriede Paul s'implique plus activement dans le groupe de résistance.

Arrestation Le , à l'aube, deux agents de la Gestapo arrivent à son domicile. Elfriede Paul, Walter Küchenmeister et le fils de ce dernier, Rainer, sont arrêtés. Elfriede Paul et Rainer sont emmenés dans une cellule de détention sur Alexanderplatz. Le , elle est condamnée par le Reichskriegsgericht à six ans de prison pour préparation à la haute trahison. Après avoir été incarcérée à la prison de Berlin-Alexanderplatz et à la prison de police de Charlottenburg, elle est transportée à la prison pour femmes de Cottbus en et à la prison de Leipzig/Klein-Meusdorf en . Lors de sa détention, elle se lie d'amitié avec Erika von Brokdorff et Marta Huseman avec lesquelles elle partage des cellules.

Walter Küchenmeister est condamné à mort par le Reichkriegsgericht et guillotiné le à la prison de Plötzensee à Berlin. En application du principe nazi, le Sippenhaft, selon lequel la famille partage la responsabilité d'un crime, son fils Rainer, âgé de seize ans, est envoyé au camp de concentration de Moringen, puis dans un bataillon disciplinaire. Il survivra à la guerre. Le plus jeune fils, Klaus Küchenmeister, est à ce moment-là réfugié en Suisse, et la mère des deux fils de Küchenmeister est morte lors d'un raid aérien.

Pendant son incarcération, Elfriede Paul est autorisée à travailler - bénévolement - à l'hôpital de la prison où des centaines de femmes sont entassées dans une salle pleine de vermine. Comme il est impossible d'enterrer les mortes à cause des bombardements, les cadavres sont empilés dans un hanger sur le terrain de l'hôpital. Elle-même contracte la tuberculose.

Elle est libérée le par la division d'infanterie américaine.

L'après-guerre Elfriede Paul retourne à Berlin dès que possible et recommence à travailler comme médecin. Mais elle a du mal à se rendre chez ses patients dans la zone d'occupation américaine et la zone d'occupation soviétique, alors elle décide d'aller vivre avec sa sœur Elsbeth à Burgdorf près de Hanovre où elle ouvre un cabinet en . Pendant cette période, elle travaille à la reformation du Parti communiste d'Allemagne à Hanovre et dans les districts environnants.

Elle soigne des patients du Camp Ohio, un grand camp de réinstallation près de Burgdorf qui abrite des centaines de femmes, d'enfants et de personnes âgées. Elle rapporte les conditions de vie douloureuses :

Elle siège au comité local de dénazification en tant que représentante du Parti communiste. Avec la fondation de l'État de Hanovre en , elle en devient la ministre de la Construction, du Travail et des Affaires sociales, ce qui comprend aussi le service de santé. En même temps, elle représente le KPD au parlement du Land. Les deux fonctions prennent fin en lorsque Hanovre est absorbée par le nouvel État de Basse-Saxe.

Le , Elfriede Paul déménage dans la zone d'occupation soviétique et devient Directrice du département des soins de santé au travail à la Commission économique allemande à Berlin. De 1949 à 1950, elle est chargée de la direction médicale de la compagnie d'assurance à Berlin . Elle travaille ensuite brièvement comme médecin du travail puis, en 1950, à l'Institut d'hygiène de l'université de Berlin. Après que l'hygiène sociale soit devenue une discipline dans les études de médecine en République démocratique allemande en 1951, Elfriede Paul devient la première femmeFriedrich Winterhager: Selbstzeugnisse deutschsprachiger Ärzte u. a. Korrektur und Ergänzungen. In: Würzburger medizinhistorische Mitteilungen 24, 2005, S. 552 f. à être habilitée dans cette matière en RDA en 1955. Mais elle doit constater que .

Son mémoire d'habilitation est intitulé Untersuchungen über Ursachen, Häufigkeit und Dauer der Arbeitsunfähigkeit bei Frauen (Enquêtes sur les causes, la fréquence et la durée de l'incapacité de travail chez les femmes). Elle n'est pas seulement la première femme dans le domaine de l'hygiène sociale, mais dans l'ensemble du corps enseignant de Magdebourg à l'époque.

De 1954 à 1956, elle est responsable de l'Inspection de la santé au travail dans le département de la santé de Berlin. Le , elle est nommée à la chaire d'hygiène sociale de l'Académie de médecine de Magdebourg, maintenant université Otto von Guericke de Magdebourg. , écrit-elle dans ses mémoires, .

À partir de 1957, Elfriede Paul occupe un poste d'enseignante en médecine du travail à l'Académie de médecine de Magdebourg. De 1957 à 1964, elle est également conseillère municipale à Magdebourg.

En 1961, elle ouvre le premier centre de conseil matrimonial et familial du pays.

Elle prend sa retraite en 1964 et vit dès lors à Ahrenshoop.

Elle reste encore présidente de la section « Protection de la santé des femmes » de la Société d'hygiène sociale de la RDA jusqu'en 1972.

Elle décède à Ahrenshoop. Sa pierre tombale porte l'inscription : En l'honneur du professeur Elfriede Paul, communiste, résistante antifasciste, médecin.

Sa correspondance est conservée aux Archives fédérales d'Allemagne.

Publications . . .

Distinctions et hommages en 1958 Médaille des combattants contre le fascisme 1933 à 1945 en 1958 Ordre du Mérite patriotique en bronze en 1959, argent en 1965 et or en 1975 Fermoir honorifique en or de l'ordre du Mérite patriotique en 1980Neues Deutschland, 7 mars 1980, Médaille Clara Zetkine

Une rue de Hanovre-Linden-Süd porte le nom d'Elfriede-Paul-Allee À Templin, la maison d'enfants Elfriede Paul de la Lebenshilfe porte son nom. Une Stolperstein a été posée en par des étudiants de la Robert-Jungk-Oberschule devant l'immeuble où elle résidait avant son arrestation, au Sächsisches Palais (Sächsische Straße 63a à Berlin-Wilmersdorf). À l'occasion de son anniversaire un symposium scientifique est organisé en son honneur à l'Académie de médecine de Magdebourg et elle est nommée sénatrice honoraire de l'Académie de médecine.

Filmographie Dans le film (1971) de Horst E. Brandt, sur l'histoire de l'orchestre rouge, l'actrice interprète le rôle d'Elfriede Paul.

Sources et références

Voir aussi Bibliographie . . . . . . . .

Liens externes

Mémoires de Hans Sussmann Estate Barch NY 4229

Catégorie:Récipiendaire de l'ordre du Mérite patriotique (fermoir honorifique) Catégorie:Député du Landtag de l'État de Hanovre Catégorie:Personnalité du Parti communiste d'Allemagne Catégorie:Professeur à l'université Otto-von-Guericke de Magdebourg Catégorie:Médecin allemand du XXe siècle Catégorie:Femme médecin du XXe siècle Catégorie:Femme médecin allemande Catégorie:Résistant communiste Catégorie:Résistante allemande Catégorie:Naissance en janvier 1900 Catégorie:Naissance à Cologne Catégorie:Naissance dans la province de Rhénanie Catégorie:Décès en août 1981 Catégorie:Décès en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale Catégorie:Décès à 81 ans Catégorie:Membre de l'Association nationale-socialiste des médecins allemands