Auguste Bénard, né le à Paris et mort le à Liège, est un éditeur et imprimeur français.

Né à Paris et orphelin dès l'âge de , le jeune Auguste Bénard se forme comme ouvrier lithographe à Orléans puis à Saumur. En 1873, il s'installe à Liège, qui devient sa ville d'adoption. Il travaille à l’imprimerie Dessain, où il occupe bientôt le poste de directeur, jusqu'en 1887. La même année, il décide de voler de ses propres ailes et crée son atelier d'impression.

Durant son parcours d'une vingtaine d'années comme indépendant, Auguste Bénard et se distingue par ses innovations techniques. La collaboration qu'il maintient avec les artistes Émile Berchmans, Auguste Donnay et Armand Rassenfosse est à la base d'une production graphique à l'avant-garde de l'art de l'affiche en Europe, à la fin du et au début du .

Citoyen français intégré à Liège, , , son décès prématuré en 1907 donne lieu à . Son atelier devient en 1908 une société anonyme, qui poursuit son activité jusqu’à sa fermeture définitive en 1970.

Biographie

Jeunesse, formation en France et début de carrière à Liège (1854-1887) Auguste Bénard, né à Paris le ., est le fils de Céline Bénard.. et d’un architecte parisien. Il perd ses parents très jeune et se retrouve orphelin dès l'âge de .

Il commence à travailler comme ouvrier lithographe. Il se rend ensuite à Orléans où il travaille pour Paul Desjardins père. Il y acquiert des procédés de la lithographie. Par la suite, il est employé à Saumur avant d'arriver à Liège en 1873. Durant cette première étape d'apprentissage réalisée en France, il épouse Adeline Bordier, originaire de Saumur, avec qui il a une fille, Gabrielle Adeline Bénard, née à Liège en ...

Une fois installé à Liège en 1873, il travaille dans un premier temps comme dessinateur lithographe puis comme directeur de l’imprimerie Dessain, poste qu'il occupe jusqu'en 1887. À ce moment, il décide de se mettre à son compte et crée son propre atelier spécialisé dans l’imprimerie, l’édition et la typographie artistique.

Maître-imprimeur à Liège (1887-1907)

Fondation de Caprice revue et création de sa maison d'édition gauche|vignette|upright|Georges Marc (rédacteur en chef), Auguste Bénard (fondateur et imprimeur) et Auguste Donnay (illustrateur), Caprice Revue , (première page).|alt=Première page du magazine Caprice revue no 5, du 31 décembre 1887, qui fête l'arrivée de l'année 1888. Une illustration occupe la majorité de la page, on y voit une femme japonaise vêtue d'un kimono qui tient un éventail, et vole, utilisant les ailes de libellule qu'elle a dans le dos, légèrement au-dessus du sol. Il fonde en 1887 Caprice Revue, . Georges Marc en est le rédacteur en chef, puis il est remplacé par Maurice Siville, qui est alors co-directeur de la revue littéraire La Wallonie.

Sur les publiés entre et ., 28 sont agrémentés d'une planche de bande dessinée en quatrième de couverture. Ces planches sont illustrées par un groupe de jeunes artistes liégeois. Parmi ces derniers, certains collaborent également avec l'imprimerie d'Auguste Bénard : Émile Berchmans, Auguste Donnay, et Armand Rassenfosse. . vignette|Marque d'édition de l'imprimerie d'Auguste Bénard.|alt=Marque d'édition de l'imprimerie d'Auguste Bénard, où une illustration présente une femme tentant de cueillir un fruit dans un arbre. À droite, au milieu des branches de l'arbre, la devise "Qui vult potest" (« Qui veut peut ») est inscrite. L'imprimeur s’installe rue Lambert-le-Bègue, dans la , œuvre de l'architecte Paul Jaspar réalisée en 1895-1896 et inspirée par la maison que le beau-frère de Jaspar, Paul Hankar, s'est construite en 1893 à Saint-Gilles. Bénard est, tout au long de sa carrière, , en plus de ses rôles d'éditeur et d'imprimeur où il se distingue par ses innovations techniques. Il serait l’un des premiers imprimeurs à utiliser des papiers de couleur et à renouveler les techniques d’impression de la chromolithographie.. Le matériel moderne dont il dote son imprimerie lui permet également de tirer des affiches de grand format. De plus, . Armand Rassenfosse conçoit sa marque d'édition, sur laquelle .

À la suite du décès de sa première épouse en .., il se remarie le à Liège, avec Fanny Gourgne, institutrice (1863-1911).. Le couple a une fille, Eugénie Adeline Bénard, en ...

Les vignette|Armand Rassenfosse, Genièvre La Croix Rouge… Amer Wodon, Bitter Wodon, 1895 (lithographie en couleurs ; ), Paris, Bibliothèque nationale de France.|alt=Affiche couleur représentant un couple assis à un bar ; l'homme discute avec un serveur, et à droite un enfant regarde une affiche annonçant le genièvre Bitter Wodon.

De 1888 à 1907, des affiches à l'avant-garde naissent de la collaboration qu'il maintient avec les jeunes artistes qu'il emploie, particulièrement avec le formé par Émile Berchmans, Auguste Donnay, et Armand Rassenfosse, et . . En effet, comme le remarque André Lebrun en 1980 : . gauche|vignette|Auguste Donnay, Deuxième exposition internationale d'art photographique, 1896 (lithographie en couleurs; ), Ixelles, Musée d'Ixelles.|alt=Affiche couleur annonçant la "Deuxième exposition internationale d'art photographique", illustrée par un femme aux cheveux noirs et vêtue d'une robe à fleur qui observe une photographie imprimée. Elle se trouve dans une salle où l'on observe de nombreuses photographies encadrées qui sont pendues au mur. Les se caractérisent en général par . Chaque artiste apporte des préférences et des expériences qui lui sont propres : Armand Rassenfosse se distingue par ; Auguste Donnay ; Émile Berchmans . D'autres artistes collaborent avec l'imprimerie Bénard, comme Ernest Marneffe, Jean Ubaghs, Alfred Martin, Richard Heintz, Ludovic Janssen, Edmond Delsa, José Wolff, Jacques Ochs, Ernest Forgeur, Georges Ista, Georges Koister, Pierre Paulus, Henri Cassiers et Émile Dupuis (1877-1958).. Ce dernier, originaire d'Orléans, arrive à Liège en 1902. et dirigera durant de nombreuses années l'atelier de dessin et de lithographie.

Comme le remarque le Journal de Liège en 1907 : .

Intégration à Liège et autres travaux d'impression alt=Imprimé publicitaire annonçant les services fournis par l'imprimerie d'Auguste Bénard, ce qui inclut la lithographie, la chromolithographie et des impressions commerciales et artistiques par les procédés les plus perfectionnés. Le feuillet publicitaire est illustré par une photographie de la maison-atelier de style Art nouveau de l'imprimeur-éditeur construite par l'architecte Paul Jaspar.|vignette|upright|, Imprimerie Aug. Bénard, Liège, rue Lambert-le-Bègue 13, 1895 (imprimé publicitaire), Liège, Centre d’Archives et de Documentation de la CRMSF. Durant son parcours comme indépendant, Auguste Bénard . André Lebrun poursuit : vignette|upright|Stand de l'imprimerie Auguste Bénard à l'Exposition universelle de Liège de 1905 (photographie publiée dans Le Livre d'Or de l'Exposition universelle et internationale de Liège de 1905, t. II, de Gustave Drèze en 1907).|gauche|alt=Photographie du stand de l'imprimerie Auguste Bénard à l'Exposition universelle de Liège de 1905. On y observe pendues un vingtaine de lithographies encadrées d'Émile Berchmans, Henri Cassiers et Émile Dupuis, entre autres. La maison d'édition d'Auguste Bénard et acquiert rapidement une réputation internationale. En effet, Bénard expose régulièrement sa production à Liège, à Bruxelles et à Paris, participe aux foires et expositions universelles, y recevant plusieurs distinctions, et réalise, entre autres, l’édition du Livre d’or et de l’Album commémoratif de l’Exposition universelle et internationale de Liège en 1905.

L'imprimeur français s'est pleinement intégré à Liège : il est membre de la Société typographique liégeoise, vice-président de la Chambre syndicale de l’imprimerie et vice-président du Cercle belge de Librairie. Qui plus est, il collabore régulièrement avec le cercle d'études typographique L'Effort. Cependant, il conserve aussi des liens avec la France : il est membre fondateur de la Chambre de commerce française de Liège et membre du Comité de l’Association française de Bienfaisance.

Décès et postérité de sa maison d'édition (1907-1970)

Décès et hommages rendus au maître-imprimeur (1907) Franc-maçon et de religion protestante, il meurt le à Liège.. Il est inhumé au cimetière de Robermont.. . Le discours prononcé par Émile Defeld au nom du personnel de l'imprimerie Bénard durant les obsèques rappelle qu'Auguste Bénard était, en plus d'un , : .vignette|upright|Oscar Berchmans, Profil d'Auguste Bénard, vers 1907.|alt=Profil en métal d'Auguste Bénard réalisé par Oscar Berchmans. La rubrique nécrologique de L'Express du abonde dans le même sens :

Cette même rubrique pointe également que le patron avait créé pour ses ouvriers une et une caisse de retraite, et résume la carrière professionnelle de l'entrepreneur et maître-imprimeur :

Postérité de l'imprimerie Bénard (1908-1970) En 1908, l'imprimerie d'Auguste Bénard change de raison sociale et devient une société anonyme. Armand Rassenfosse, qui est associé d'Auguste Bénard depuis 1890, reste membre du conseil d'administration de la société jusqu'à son décès en 1934. L'entreprise continue sans relâche son activité jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, sous la direction de personnalités diverses. Devant faire face à la concurrence grandissante de l'offset, elle fusionne avec l'Imprimerie centrale en 1953, mais rien n'y fait, le déclin se poursuit et la société disparait finalement en 1970..

Œuvre

Catalogues (sélection) En plus des catalogues listés, l'imprimerie d'Auguste Bénard édite, par exemple, divers catalogues pour les cristalleries du Val-Saint-Lambert et la Fabrique nationale d'Armes de Guerre.

Livres et autres ouvrages (sélection)

vignette|upright|Émile Berchmans, Élisiff et Halwart, 1897 (illustration du livre Sangahall de , édité par l'imprimerie d'Auguste Bénard).|alt=Une femme aux longs cheveux clairs dénoués, habillée d'une ample robe longue est assise. Elle soutient, sur ses genoux, avec la main droite, la tête d'un homme à l'expression souffrante.

vignette|upright|Ludovic Janssen, L'autre Suzanne, 1916 (illustration de la couverture du roman de Rodolphe de Warsage, édité par l'Imprimerie Bénard).|alt=Couverture du roman L'autre Suzanne de Rodolphe de Warsage. L'illustration représente un jeune femme vêtue d'une élégante robe jaune qui semble attirer l'attention de deux hommes, en retrait dans la composition, portant des costumes gris.

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vignette|upright|Armand Rassenfosse, Portrait imaginaire de Charles Baudelaire, 1930 (illustration du recueil de poèmes Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire, édité par l'Imprimerie Bénard).|alt=Portrait imaginaire du poète Charles Baudelaire, portant un haut-de-forme noir, un manteau beige-brun et un foulard rouge et blanc.

Publications liées aux expositions internationales (sélection)

Affiches de l'imprimerie Auguste Bénard (sélection)

Expositions 1897 : Exposition internationale de Bruxelles. 1900 : Exposition universelle de Paris. 1905 : Exposition universelle de Liège. 1980 : Affiches de l'imprimerie Bénard. Collection du musée de la Vie wallonne, Liège, du au , Belgisches Haus, Cologne ; Affiches de l'imprimerie Bénard : 1888-1918, du 5 au , musée de la Vie wallonne, Liège.. 2001-2002 : Vers la modernité : le au pays de Liège, du au , Musée de l'Art wallon et salle Saint-Georges, Liège (un meuble de son imprimerie réalisé par Gustave Serrurier-Bovy, un vase cylindrique du Val-Saint-Lambert décoré d'une vignette réalisée par l'imprimerie Bénard, une photographie de sa salle à manger ainsi que diverses affiches d'Émile Berchmans, Armand Rassenfosse et Auguste Donnay lithographiées par son imprimerie sont exposés). 2022 : Autour d’Auguste Bénard. L’âge d’or de l’affiche à Liège, du au , Fonds Patrimoniaux, Liège...