Louis Dantin, de son vrai nom Eugène Seers, né le à Beauharnois (Québec, Canada), décédé le à Boston (Massachusetts, États-Unis), est un critique, poète et romancier québécois.
Biographie Il est le fils de Louis-Alexandre Seers (1834-1927) et d'Henriette-Héloïse Perrin (1832-1917). Admis au Barreau en 1861, ce dernier possède une étude d'avocat à Beauharnois et sera rédacteur du journal Le Drapeau de Beauharnois de 1875 à 1883. Le couple aura cinq enfants : Louis-Joseph-Eugène Seers (1864-1865), Ferdinand-Joseph-Eugène Seers (1865-1945), Berthe (1867-1951), Eugénie (1868-1946), Joseph-Arthur-Alexandre Seers (1870-1881) et Léonidas Delvecchio Seers (1874-1894).
Études Eugène Seers (Louis Dantin) naît à Beauharnois le . Enfant prodige, il ne fréquente pas l'école primaire. À l'âge de neuf ans, il commence son cours classique au Collège de Montréal, et entre en classe de syntaxe en . Élève brillant, il rafle la plupart des prix. Ayant dû interrompre sa classe de belles-lettres en 1878, sans doute pour des raisons de santé, il la reprend l'année suivante. En 1881, il entre au Séminaire de philosophie. En 1882-1883, il ne fréquente pas le séminaire : selon une hypothèse vraisemblable, il est retenu à la maison pour des raisons de santé. Ayant annoncé à son père son intention de devenir prêtre, ce dernier est déçu à l'idée que son fils ne devienne pas avocat et décide de lui faire terminer son année de Philosophie chez les Sulpiciens à Issy-les-Moulineaux. Eugène quitte la maison paternelle pour l'Europe, dès le mois de , afin de voyager en France et en Italie avant la rentrée scolaire.
Entrée dans les ordres Lors d'une retraite en Belgique, chez les Pères du Très-Saint-Sacrement, il a une expérience mystique qui le décide à entrer dans cet ordre religieux, ce qu'il fait le . Il part alors pour Rome, où il fait trois ans d'étude de philosophie à l'Université Grégorienne. Il est ordonné sous-diacre en 1887 et reçoit son ordination sacerdotale le , en l'église Saint-Sulpice à Paris.
En , il devient assistant du maître des novices de la maison de Bruxelles. Il publie son premier conte, « Le froment de Bethléem ». Le , il est nommé supérieur de la maison de Bruxelles et maître des novices. Il occupera ce poste durant trois ansAu cours de cette période, il a parmi ses novices Jules-Édouard Prévost, qui dirigera plus tard le journal L'Avenir du Nord, dans lequel Dantin publiera des articles de critique littéraire. (Voir ). À l'été 1893, il devient supérieur de la maison de Paris et assistant général de la communauté. Il collabore à la revue de la communauté, Le très Saint-Sacrement, avec des informations sur les activités de la communauté.
À la suite d'une crise religieuse, aggravée par sa relation amoureuse avec une jeune fille de Bruxelles, Charlotte Beaufaux, il veut quitter la communauté, mais accepte finalement d'y rester par égard pour ses parents. Il rentre à Montréal le . Tout en continuant à vivre dans la communauté, il se tient à l'écart et travaille à l'imprimerie de la congrégation.
Exil volontaire à Boston Le , il quitte les ordres et part pour les États-Unis. Il est accompagné de Clotilde LacroixAinsi que la fille de Clotilde, Mary-Eugénie Lamarre, qui serait née en 1902. () dont il aura un fils en , Joseph-Déodat et . Installé à Cambridge (Massachusetts), il travaille comme typographe chez Caustic-Claflin durant une dizaine d'années. En 1912, il achète une maison au 97 Walden St., Cambridge. Il possède une petite presse à pédale sur laquelle il imprime occasionnellement des fascicules de poésie pour des amisThe Ideal Press a notamment publié Unpolished Truths, d'Anna Shields, une poète à qui Dantin louait le second étage de sa maison.. En 1919, il devient correcteur d'épreuves à l'imprimerie de l'Université Harvard. Il y restera jusqu'à sa retraite forcée, en .
Sa vie sexuelle et amoureuse est très mouvementée : la Femme prend dans son imaginaire la place qu'y occupait la figure du Christ et est célébrée dans des poèmes et chansons. Après le départ de Clotilde en 1909, il a une relation soutenue avec Florence Crawford (1912-1922) et Rose Carfagno (1928-1944), qui se sont toutes deux confiées à Gabriel Nadeau bien des années plus tard. Le grand amour de Dantin semble toutefois avoir été Frances Maria Fields-Johnston (1922-1924) à laquelle il consacrera son unique roman, Les enfances de Fanny, publié à titre posthume. À partir de 1929, il a également une correspondance avec Charlotte Beaufaux, qui a trouvé son adresse et à qui il enverra de l'argent durant la guerre.
Il ne fera que trois brefs retours au Québec : le , lors d'une tentative avortée de réconciliation avec son père; le , pour une fête organisée en son honneur par Alfred Desrochers à Sherbrooke, à laquelle participaient une vingtaine d'écrivains, et le également à Sherbrooke, où il donne une conférence intitulée « La langue française, notre instrument d'expression littéraire ». En dépit de diverses offres de ses amis cherchant à le faire revenir au Canada, en lui offrant un poste de consulPour le faire revenir à Montréal, Olivar Asselin lui propose de devenir consul honoraire d'Haïti. (Voir ) ou un travail à Québec ou à Ottawa, Dantin choisit de rester à CambridgeCes démarches ont lieu en 1929, quand son emploi à Harvard lui rapportait 42 $ par semaine. .. Il revient sur la question lors de sa mise forcée à la retraite, en 1938. À des amis qui le pressaient de revenir vivre au Québec, il répond :
Dans une lettre du à Gabriel Nadeau, il revient toutefois avec une certaine amertume sur cet exil volontaire :
Atteint en 1943 d'un début de cécité, il finit par perdre complètement la vue. En 1944, il est opéré d'un cancer et entre dans une maison pour convalescents non loin de chez lui. Il meurt le et est enterré à Brighton (Massachusetts).
Activité littéraire Poésie Évolution Dantin publie épisodiquement des poèmes, une cinquantaine en tout, jusqu'à la fin de sa vie. En , il fonde, édite et met en page Le Petit Messager du Très Saint-Sacrement dans lequel il publie, à partir du mois d'avril, ses premiers poèmes sous le pseudonyme de Serge Usène (anagramme d'Eugène Seers). Ces premiers poèmes sont d'inspiration nettement religieuse : « Le pélican », « Deus absconditus », « Paysage », « Le nénuphar », « Les étoiles », « Ima summis », « Soleil d'hiver », « Mysterium fidei », « Le voile », « L'hostie du maléfice ». Sous sa direction, le tirage du Petit Messager sera de exemplaires en 1898 pour monter graduellement à en 1902.
Durant cette période, il est en contact fréquent avec Émile Nelligan, dont il commente les ébauchesDantin est resté très attaché au poète, pour lequel il avait éprouvé une amitié profonde : . Dans les derniers mois de sa vie, alors qu'il est cloué au lit par le cancer, des images du passé surgissent comme des hallucinations : . Ayant écrit un poème en compétition avec lui, « Les Déicides », il avoue avoir trouvé sa propre version tellement inférieure à celle de Nelligan qu'il l'a détruite.
De plus en plus intéressé par la littérature, il assiste à des séances publiquesDantin n'était pas membre de cette École, mais assistait aux séances publiques. C'est ainsi qu'il aperçoit Germain Beaulieu, mais il ne se liera d'amitié avec lui qu'en 1909, à la suite d'un échange de lettres. Voir . de l'École littéraire de Montréal, notamment celle de 1899 où Émile Nelligan lit son poème « La romance du vin », qu'il considère comme le chef-d'œuvre du jeune poète.
L'année 1900 marque un tournant dans son inspiration. Dantin abandonne le sujet religieux pour se centrer sur son espace intérieur ou des événements de sa vie personnelle dont sa production littéraire se fera l'écho. Comme le note son premier biographe et légataire Gabriel Nadeau :
En juin de cette année, il se joint aux collaborateurs du journal Les Débats et adopte le pseudonyme Louis Dantin. Le directeur du journal, Louvigny de Montigny, a raconté sa première rencontre avec Dantin :
Il publie dans ce journal le poème « Âme-Univers » (), qui décrit le chaos psychologique dans lequel il se trouve plongé à ce moment de sa vie. Ce poème est suivi de « Sympathie astrale » () dans lequel il évoque un amour perdu. Le sonnet « Optimisme », qui paraît en , explore les contrariétés qui caractérisent l'existence : . Il publie aussi des poèmes à contenu politique, tel « Retour de chasse. La guerre des Boers » () et « Les Trente deniers » ()Ces textes publiés dans Les Débats sont en ligne.
En , il publie Franges d'autel, un recueil comprenant les poèmes publiés dans Le Petit Messager ainsi que des poèmes d'Émile Nelligan (« Les communiantes », « La réponse du crucifix », « Communion pascale », « Les déicides » et « Petit vitrail »), Lucien Rénier, Arthur de Bussières, Albert Ferland, J.-B. Lagacé, Amédée Gélinas, Louis Fréchette et Louis Dantin (« Processions »), son nouveau pseudonyme. Dans cet ouvrage, d'une typographie soignée et qui est illustré dans le style art nouveau par Lagacé,
Par la suite, son changement d'inspiration poétique devient encore plus net comme le signale le fait que Dantin désigne dès lors ses poèmes comme des chansons. Celles-ci racontent un événement de sa vie ou un aspect de son évolution : Chanson javanaise (1930) est publié de façon anonyme et évoque Fanny, . La triste histoire de Li-Hung Fong (1930) est un long poème narratif relatant un amour contrarié par la xénophobie ambiante dans la ville de Beauharnois. Dantin l'a joint au recueil La Vie en rêve sous la rubrique des contes de Noël. Il publie également sans nom d'auteur Chanson citadine (1931) consacré à Rose. En 1932, Chanson intellectuelle dresse le bilan de son évolution. En 1938, il publie La Complainte du chômeur.
Sa Chanson funéraire, impossible à dater, fait une sorte de bilan de sa vie amoureuse, évoquant les trois femmes qui ont le plus compté dans sa vie : Charlotte Beaufaux, Fanny/Frances Johnston et Rose Carfagno. Pour le critique Paul Beaulieu, ce poème met en évidence le dualisme qui traverse la vie de Dantin, tiraillé entre deux tendances .
Ses derniers poèmes ne seront publiés qu'après sa mort, tant le traitement de l'érotisme y était contraire aux normes de l'époque, tels les poèmes « À une belle masseuse », « Stance païenne », « Litanie - symbole », publiés dans Poèmes d'Outre-Tombe (1962) et, plus encore, « Chanson - nature », publié dans Un Manuscrit retrouvé à Kor-El-Fantin (1963).
Caractéristiques Comme le note un critique à propos de l'œuvre poétique : Cette poésie en forme de chanson . Elle est dans la ligne de Jean Richepin, Jehan Rictus et Jean Narrache.
En intellectuel, Dantin ne se laisse pas aller de façon libre à son inspiration mais contrôle rigoureusement sa matière :
Contes Son premier conte s'intitule « Le Froment de Bethléem » (1889). Par la suite, il publie « Pauline » ()Les Débats, ., « Rose-Anne – Nouvelle cacounaise » ()Les Débats, ., « La locomotive » (), « Noël intime », (). Après une longue période sans écrire, il revient au conte avec « Tu tousses ? » (1921), « Le Noël de Caroline » (1921), « Sympathies » (1922), « Le risque » (1922), « La messe de Florent Létourneau. Conte de Noël » (1926), « Printemps. Nouvelle » (1927), « Cistus. Conte de Noël » (1928), « La comète. Conte de Noël » (1929), « Réri. Conte de Noël » (1931), « L’invitée. Conte de Noël » (1932), « Fantôme de Pâques. Conte » (1938), « L’aventure de Léon Millaud. Conte de Noël » (1938), « Le bonhomme Noël se rachète. Conte de Noël » (1939).
Roman Les Enfances de Fanny