Pierre-Louis Moreau-Desproux est un architecte français né à Paris en 1727 et mort guillotiné dans la même ville le Isabelle Derens, « Jean Beausire et sa lignée », dans ; Michel Gallet, Les Architectes français du , 376.
Membre de l'Académie royale d'architecture (1762), maître général des bâtiments de la Ville de Paris (1763-1787), il fut chargé de reconstruire l'Opéra après l'incendie de 1763 et rhabilla à cette occasion les façades du Palais-Royal sur la rue Saint-Honoré, qui ont été conservées. Il conçut de nombreux projets pour des cérémonies publiques ainsi qu'un plan d'ensemble de réaménagement de la capitale (1769). Il travailla également pour des clients particuliers, construisant l'hôtel de Chavannes, sur le Boulevard (1758-1760, détruit), manifeste du style « à la Grecque » à Paris, le pavillon Carré de Baudouin à Ménilmontant (v. 1770), qui lança la vogue des maisons-temples d'inspiration palladienne et la « Chaumière » de Bernardin de Saint-Pierre à Essonnes (1792, détruite).
Biographie Issu d'une famille d'architectes, petit-fils de Jean Beausire, neveu de Jean-Baptiste Augustin Beausire et de Laurent Destouches, Pierre-Louis Moreau fut destiné par ses oncles à occuper après eux les fonctions de maître des bâtiments de la ville de Paris.
Formation et voyage d'Italie Ses oncles lui firent suivre, au milieu des années 1740, les cours de Jean-Laurent LegeaySelon Andrieux dans sa Notice sur Charles De Wailly. (Les Architectes français du XVIIIe siècle, p. 371), où il eut pour condisciples Étienne-Louis Boullée, Charles De Wailly, Marie-Joseph Peyre avec qui il noua une solide amitiéLa jeune sœur de Moreau épousa Marie-Joseph Peyre en 1760 et Moreau fut le tuteur de la demi-sœur de Boullée. Après la mort de Peyre en 1785, sa veuve se remaria avec le poète Jean-François Ducis, neveu de l'architecte du Roi Louis Le Dreux de La Châtre. ; durant ses années d'étude, il se lia également avec Louis-François Trouard et le sculpteur Augustin PajouDaniel Rabreau, in : Sophie Descat (éd.), Le voyage d'Italie de Pierre-Louis Moreau, p. 8.
Entre 1748 et 1752, Moreau poursuivit sa formation à l'École des arts qu'avait fondée Jacques-François Blondel en 1739Sophie Descat in : Le voyage d'Italie de Pierre-Louis Moreau, p. 16. L'établissement était alors réputé et tendait à éloigner les élèves de l'Académie royale d'architecture, où ils se bornaient à passer les concours. Moreau y eut des concurrents de haut niveau comme Barreau de Chefdeville, Julien-David Le Roy, Peyre l'Aîné, De Wailly, Helin, Louis. Il se présenta quatre années de suite sans jamais parvenir à obtenir le Grand prix de Rome : il eut le troisième prix en 1749 (un ), le deuxième en 1750 (une ), le deuxième en 1751 (une ) et le troisième en 1752 (une )C'est le seul projet à avoir été conservé. Moreau est présenté comme l'élève de son oncle Beausire l'Aîné.. Lauréat du premier prix cette année-là, son ami Charles De Wailly lui offrit de partager sa pension à l'Académie de France à Rome. Le Premier architecte du Roi, Ange-Jacques Gabriel, intercéda auprès du marquis de Marigny, directeur général des Bâtiments du Roi :
La tante de Moreau, Beausire, écrivit également à Marigny en lui rappelant , cité par Michel Gallet, Les Architectes français du , p. 371, sa sœur et, à titre exceptionnel, l'Académie agréa la proposition.
De ce fait, les deux jeunes architectes ne passèrent pas au Palais Mancini les trois années habituelles mais seulement vingt-deux mois, de à . À Rome, avec Marie-Joseph Peyre, ils décidèrent d'étudier les thermes de Dioclétien. Michel Gallet, Les Architectes français du , p. 371-372. L'abbé Barthélemy écrivit au comte de Caylus le : (cité par Michel Gallet, Les Architectes français du , p. 372)
Maître général des bâtiments de la Ville de Paris thumb|right|upright=1.4|Arrivée de la Reine à l'Hôtel de Ville le . Gravure de Moreau le Jeune. On note dans le fond de la place de Grève la colonnade élevée par Moreau-Desproux et au premier plan, vers la Seine, les deux colonnes monumentales qui encadrent un temple d'inspiration palladienne. Une fois revenu à Paris, Moreau-Desproux construisit l'hôtel de Chabannes sur le boulevard du Temple (1758-1760, détruit), véritable manifeste du style « à la Grecque », et l'un des premiers édifices néoclassiques. Il entra en 1762 à l'Académie royale d'architecture et succéda à son oncle Destouches comme maître général des bâtiments de la Ville de Paris en 1763. Il soumet, à Louis XV, un projet de Gare d'eau à Ivry qui sera exécuté en 1764 mais jamais terminé.
Il épousa Marie-Félicité de La Mothe dont il eut deux filles qui devinrent de Fongires et de Chézelles.
Comme architecte de la Ville, il restaura le pont Notre-Dame, construit au début du par Giovanni Giocondo, et en adressa un dessin à son confrère vénitien Tommaso Temanza, qui écrivait la biographie du moine. Entre 1764 et 1770, il reconstruisit l'Opéra (détruit en 1781) et les façades de la première cour du Palais-Royal. Fort de cette réussite, il tenta, mais sans succès, de s'imposer en 1771 contre ses amis De Wailly et Peyre, pour la reconstruction du Théâtre-Français, à laquelle la Ville avait décidé de s'intéresser (Michel Gallet, Les Architectes français du , p. 374) Ce type d'ornements avaient été remis en usage par Samson-Nicolas Lenoir dans ses constructions à Dijon..
thumb|right|À Saint-Eustache, Moreau-Desproux construisit notamment la tour nord ainsi que le second ordre du portail principal, commencé par Mansart de Jouy. Pour le duc d'Orléans, pour qui il avait travaillé au Palais-Royal en relation avec le chantier de l'Opéra, il aménagea une tribune privée à l'église Saint-Eustache. Après avoir envisagé de la placer entre deux piliers du chœur, il la dissimula au-dessus du collatéral gauche, où elle existe toujours. Il construisit la chapelle des catéchismes, accessible par un escalier construit dans le style de la Renaissance dans le déambulatoire sud, ainsi que la chapelle des mariages secrets, le portail de la Miséricorde ouvrant sur le Forum des Halles, le second ordre du portail principal et la tour nord, qui n'a pas reçu de pendant. Il édifia également l'actuel presbytère, à l'angle de la rue du Jour et de la rue Montmartre.
Le prévôt des marchands, Jean-Baptiste de Pontcarré de Viarmes, le chargea en 1762 d'étudier les améliorations à apporter au cours de la Seine. Accompagné du comte de Saint-Florentin, secrétaire d'État de la Maison du Roi responsable du département de Paris, et du prévôt des marchands, l'architecte soumit à Louis XV le un plan directeur pour l'aménagement de Paris qui fut approuvé par lettres patentes du . Ce plan prévoyait la construction de nouveaux quais sur la rive gauche, l'élargissement du parvis Notre-Dame, la construction de places devant Saint-Eustache et le Palais-Royal et la démolition des maisons construites sur les ponts (Michel Gallet, Les Architectes français du , p. 372) Un autre exemplaire, appartenant au marquis de Lubersac, a été décrit dans : ..
Comme maître général des bâtiments de la Ville, Moreau-Desproux fut chargé d'ordonner de grandes fêtes publiques. Pour la paix de 1763, sur la place Louis-XV, il illumina l'échafaudage des palais, encore inachevés, édifiés par Gabriel et construisit une île artificielle sur la Seine. Pour les fêtes données à l'occasion de la naissance du dauphin le , il construisit d'imposantes architectures provisoires, dont le souvenir est conservé par quatre célèbres estampes du graveur Moreau le Jeune. Sur la place de Grève, il dressa parallèlement à l'actuelle rue de Rivoli une colonnade d'ordre colossal, habilement combinée avec une tribune centrale, qui préfigurait ses projets de reconstruction de l'Hôtel de Ville. Sur la Seine, deux colonnes géantes encadraient un temple inspiré de la Rotonde de Palladio.
Au début de 1787, il se démit de ses fonctions de maître général des bâtiments de la Ville au profit de son collaborateur Bernard Poyet. Il se vit allouer une pension viagère et conserva la jouissance d'une maison, dite le Petit Arsenal de la Ville, située rue de la MortellerieMichel Gallet, Les Architectes français du , p. 375.
Clientèle privée La clientèle privée de Moreau-Desproux se recruta essentiellement parmi les familiers de la maison d'Orléans et dans les milieux liés à la Ville de Paris.
Il travailla ainsi à l'hôtel de Luynes et de Chevreuse, rue Saint-Dominique, pour Marie Charles Louis d'Albert, duc de Chevreuse, gouverneur de la capitale. Il travailla également pour la marquise de Gontaut-Biron, rue Louis-le-Grand ; pour Simon Zacharie Palerne de Ladon, trésorier du duc d'Orléans, rue MontmartreMichel Gallet, Les Architectes français du , p. 375. Il s'agit sans doute d'aménagements et non d'une construction neuve puisque Palerne de Ladon s'installa à cette adresse dès 1758. V. . ; pour la princesse de Marsan, rue Saint-Dominique ; pour Louise-Jeanne de Durfort, duchesse de Mazarin, quai Malaquais ; pour M. de Saint-Julien, rue d'Artois. Ce dernier hôtel eut un destin particulièrement fameux en devenant dans le courtant de l’été la résidence parisienne de la reine de Hollande, Hortense de Beauharnais : c’est à cette adresse que naquit en le futur Napoléon III..
Pour Nicolas Carré de Baudouin, il transforma vers 1770 un pavillon à l'angle de la rue des Pyrénées et de la rue de Ménilmontant, qu'il agrémenta d'une façade d'inspiration palladienne, lançant à Paris la vogue des maisons-temples. L'édifice prend le nom de pavillon Carré de Baudouin.
Il construisit les deux hôtels particuliers situés derrière la colonnade du bâtiment situé sur la place de la Concorde à l'ouest de la rue Royale, l'un pour lui-même et l'autre pour son ami Rouillé de l'Estang (1775).
En , le roi accorda à Moreau-Desproux des lettres de noblessepubliées par Louis de Grandmaison. Il était Après avoir quitté la direction des bâtiments de la Ville en 1787, il s'associa à l'architecte Jean-Baptiste Chaussard, qui était son confrère en franc-maçonnerie dans la loge des Cœurs simples de l'Étoile polaire. Ils installèrent leur agence rue de la Monnaie.
Son dernier projet fut celui d'une maison de campagne à Essonnes pour le célèbre écrivain Bernardin de Saint-Pierre, ami de son beau-frère Ducis. Moreau-Desproux se partageait alors entre sa maison de Fontainebleau, rue Saint-Merry, et sa propriété de . Il ne put mener à son terme ce dernier chantier : dénoncé comme suspect par son neveu, Jean-Baptiste Toussaint de Beausire, il fut incarcéré à Sainte-Pélagie et, malgré l'intervention de Ducis auprès de Fouquier-TinvilleArch. nat. W 93, il fut condamné à mort et guillotiné avec les « conspirateurs du Luxembourg » le .
Réalisations et principaux projets Travaux pour la Ville de Paris Fontaine des Haudriettes, angle de la rue des Archives et de la rue des Haudriettes, Paris (), 1764Svend Eriksen, Early Neo-Classicism in France, Londres, 1974, p. 303 fig. 60 ; : Construite aux frais du prince François de Rohan, elle remplaçait la Fontaine Neuve qui datait de 1636. Cette fontaine existe encore mais elle a été restaurée, notamment en 1836 par David, et déplacée en 1933 par l'ingénieur L.-C. Heckly pour élargir la rue. De forme trapézoïdale et de style Louis XVI, elle est ornée d'un bas relief en marbre du sculpteur Pierre-Philippe Mignot représentant une naïade vue de dos allongée dans les roseauxexposée au Salon de 1765. Le mascaron représentant une tête de lion crachait de l'eau qui provenait à l'origine de Belleville ; .. thumb|right|upright=1.3|La salle de l'Opéra de Paris au Palais-Royal.