L'Enquête sur la monarchie est un livre de l'homme politique français Charles Maurras, journaliste à la Revue d'Action française puis directeur de L'Action française, publié pour la première fois en 1900 dans la Gazette de France. L'Enquête sur la monarchie est le point de départ d'un renouvellement du courant royaliste en France. Un renouveau qui se fonde sur l'élaboration d'une nouvelle doctrine « qui substitue à l’ancien royalisme parlementaire et conservateur une conception de la monarchie qui se veut traditionnelle et nationaliste », et le développement symétrique de l'Action française née en 1899.
Présentation Composition Les deux premières éditions sont publiées dans la Gazette de France en 1900.
La premier livre intitulé Chez nos exilés rapporte les entretiens conduits par Maurras avec André Buffet, chef du bureau politique du duc d'Orléans, le comte Eugène de Lur-Saluces, président des comités royalistes du Sud-Ouest.
Le deuxième livre intitulé Les réponses compile les lettres reçues de personnalités connues ou inconnues à la suite de la parution du livre précédent auxquelles répond Charles Maurras.
Le troisième livre intitulé Jules Lemaître et son ami, daté de 1903, réunit sept articles écrits par l'écrivain et critique dramatique français éponyme. Ces textes sont suivis en appendice d’une lettre de ralliement d’Octave Tauxier et d’un manuscrit inédit Dictateur et roi. Cette œuvre journalistique est réunie en un seul volume en 1909. En 1925, la nouvelle édition joint un Discours préliminaire qui apporte des éclaircissements sur certains éléments.
Guillaume Bacot, ancien directeur de la Revue française d’histoire des idées politiques, y voit un ensemble mais discerne tout de même une ligne directrice : le rétablissement de la monarchie.
La conception de la monarchie
Une monarchie antiparlementaire et tempérée Maurras promeut une monarchie antiparlementaire contrairement aux deux précédentes expériences que sont la Restauration de 1814 à 1830 et la monarchie de Juillet de 1830 à 1848. Pour Maurras, il faut nécessairement « un roi qui règne et qui gouverne » affranchi du en rupture avec la monarchie parlementaire où le roi est cantonné à des fonctions symboliques. Cette monarchie serait tempérée par des . Maurras s'appuie sur les exemples du cardinal de Richelieu, Henri IV et Louis XIII et dénonce la déviation amorcée sous Louis XIV et l'absolutisme royal.
Une monarchie scientifique Pour Maurras, la nouvelle conception monarchique est censée reposer sur une « monarchie scientifique » dont la légitimité ne repose pas sur les « mysticismes » du droit divin ou du contrat social. L'Enquête sur la monarchie entend démontrer par un raisonnement scientifique la nécessité de la monarchie à la façon des positivistes. Charles Maurras convoque l'expérience et « l'autorité mathématique de la raison » pour en arriver à la conclusion que la monarchie est l'unique régime qui saurait répondre aux besoins de la France et des nationalistes.
Loin de l'idéalisme, Maurras prétend traiter de la monarchie telle qu'elle était et ne pas s'appuyer sur une vision biaisée des siècles passés.
Une monarchie héréditaire vignette|Charles Maurras (1868-1952). Chez Maurras, l'hérédité constitue la clef de voûte de la monarchie. D'après lui, . Indépendamment, des qualités des rois, qui , l'hérédité disposerait le souverain à fortifier la nation. Ce serait donc l'hérédité monarchique elle-même qui garantirait le bon gouvernement du pays car la France deviendrait le patrimoine d'une famille dont le roi aura toujours . L'hérédité permettrait une fusion de . Par atavisme, le roi dépositaire de ce patrimoine aurait ainsi tout intérêt à le préserver et le faire fructifier pour ses successeurs.
L'hérédité prédispose aussi les dauphins à l'exercice du « métier de roi » de par l'éducation reçue dès leur plus jeune âge. De plus, l'hérédité libèrerait aussi de l'instabilité politique provoquée par le système des partis. Une monarchie décentralisée Dans lEnquête sur la monarchie, André Buffet et le duc d'Orléans sont convaincus que le déclin de la Monarchie remonte à Louis XIV lorsque celui-ci rompt avec la décentralisation à laquelle les deux hommes attribuent la longévité et le succès du régime monarchique. Le duc d'Orléans promet donc des institutions décentralisées et de s'attacher aux fonctions régaliennes et donc aux .
Le roi gouvernerait par conseils en s'appuyant sur les assemblées représentatives qui auraient un rôle d'information, de doléances et de contrôle. Charles Maurras ne détaille pas le système mais enjoint de lire les écrits corporatistes de René de La Tour du Pin sur le même sujet.
Les trois types de mauvais roi L'''Enquête sur la monarchie envisage trois hypothèses problématiques : .
Si le roi est incapable ou fou, Maurras balaye d'un revers cette hypothèse en proposant l'institution d'une régence comme il est de coutume pour les rois mineurs. Cependant, Maurras ne cherche pas à savoir .
Si le roi est faillible, autrement dit qu'il peut se tromper, Maurras reconnaît qu'un monarque n'est pas exempté de faire des erreurs. Toutefois, dans sa position de souverain dynastique, le roi serait « plus intéressé que personne à éviter l’erreur ou, s’il la commet, à la sentir, et, quand il l’a sentie à la corriger ». En outre, le roi pourrait compenser ses défauts en s'entourant de serviteurs de l'État compétents. Dans le cas où le roi se tromperait encore avec de mauvais conseillers, le roi demeurerait tandis que dans la démocratie .
Enfin, si le roi est malveillant c'est-à-dire , Maurras relativise les nuisances provoquées par le souverain. En dépit de ses maîtresses et de ses déboires, le roi continue d'incarner l'unité et la continuité de l'État en plus d'être retenu par la crainte de perdre son trône.
Ainsi, aussi funeste que puisse être le règne d'un roi malveillant, celui-ci serait moins désastreux que . Maurras en veut pour preuve que même sous le règne de Louis XV de 1715 à 1774, la France n'a pas connu de . Ce raisonnement sera encore conforté par les deux autres invasions germaniques lors des deux guerres mondiales en 1914 et 1940.
Critique En définitive, Maurras conclut que . L'analyse dressée par Guillaume Bacot reproche à Maurras de ne concevoir la restauration de la monarchie qu'à travers ce seul biais.
Autour du livre Jean-Paul Sartre, âgé de vingt ans, emprunta un exemplaire de lEnquête sur la monarchie à la Bibliothèque des Lettres de l’École Normale Supérieure.
Le livre de Charles Maurras a été décliné par d'autres auteurs en différentes régions. En 1909, Henry Cellerier publie son Enquête périgourdine sur la monarchie. L'année suivante, Paul Courcoural publie son Enquête politique en Pays charentais (1910) et en 1914, Marcel de la Bigne de Villeneuve publie son Enquête bretonne sur la monarchie.
Voir aussi
Notes et références
Bibliographie : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Lien externe 1900 : Enquête sur la monarchie''
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