vignette|Statue-menhir des Maurels. Les statues-menhirs du groupe rouergat, appelé aussi statues-menhirs du groupe Rouergue/Haut-Languedoc, sont un ensemble de 157 statues-menhirs qui doivent leur nom à leur découverte dans une aire géographique située à cheval sur les départements de l'Aveyron, du Tarn et de l’Hérault. C'est un groupe stylistiquement très homogène avec un canon commun mais où, les motifs sculptés varient selon le sexe du personnage. Découvertes en dehors de tout contexte archéologique, leur datation a été effectuée par comparaison avec le mobilier similaire retrouvé lors de fouilles archéologiques. Elles sont datées du Néolithique final (fin du à début du ).

Généralités

Historique

La Pierre Plantée de Lacaune est décrite dès le début du et classée parmi les menhirs. Les premières découvertes ont été réalisées à Brassac en 1850 (statue-menhir de Crouxigues) et à Pousthomy (Statues-menhirs de Pousthomy) en 1861. L'abbé Hermet fut le premier à les identifier, les étudier et leur consacrer un premier recueil, publié en 1892, intitulé Sculptures préhistoriques dans les deux cantons de Saint-Affrique et de Saint Sernin (Aveyron). En 1912, l'abbé Hermet a déjà identifié trente statues-menhirs, dix-huit dans l'Aveyron, dix dans le Tarn et deux dans l'Hérault. Au début du , seules trois nouvelles statues-menhirs ont été découvertes. En 1931, le commandant Octobon publie une nouvelle synthèse de tous les monuments connus en France. Plusieurs études sur le sujet sont publiées dans les années 1970 (Jean Arnal en 1976, Jeannette Landau en 1977, André d'Anna en 1977).

Entre 1960 et le début du , plus d'une centaine de statues sont découvertes et, en 2023, le groupe rouergat comprend 157 statues recensées. Le musée Fenaille présente la plus importante collection de statues-menhirs rouergates réunie à ce jour.

Aire géographique

Le qualificatif de « rouergat » a été adopté puisque les premières découvertes ont été effectuées dans une aire géographique située à cheval sur le sud de l'Aveyron, l'est du Tarn et l'ouest l’Hérault et correspondant approximativement à l'ancienne province du Rouergue. Le cours du Tarn en constitue la limite nord et la vallée de l'Agout la limite sud. Cette aire de répartition est relativement restreinte, située à proximité de la Méditerranée et des grands plateaux calcaires caussenards, aux reliefs tourmentés. Elle est assez isolée des grands axes de communication mais c'est une zone de moyenne montagne propice à la fois au développement d'une forêt dense et à celui de l'élevage. La géologie des sols locaux permet l'extraction de blocs de toutes dimensions et de toutes natures et quelques sites cuprifères ont été identifiés à proximité.

Certains auteurs (Arnal, d'Anna, Serres) ont ultérieurement subdivisé cet ensemble en 5 sous-groupes sur la base d'une appartenance à un bassin hydrographique (Rance, Dourdou, Monts de Lacaune, Agout,Tauriac) auxquels il faut ajouter quelques statues isolées. Gabriel Rodriguez a proposé de diviser ce groupe en deux sous-groupes selon des critères morpho-typologiques et géographiques : un premier groupe rattaché à la culture saintponienne défini par les fouilles de la grotte de Resplandy à Saint-Pons de Thomières et un second groupe dit rhodézien appartenant à la culture des Treilles définie par la grotte éponyme sur la commune de Saint-Jean et Saint-Paul. Il est désormais admis que le groupe comporte deux sous-ensembles géographiques : un sous-groupe « rouergat » et un sous-groupe « Haut-Languedoc ». Dans les faits, c'est l'homogénéité stylistique de ces statues qui conduit à les regrouper dans un même ensemble mais il est impossible en l'état actuel des connaissances de les attribuer à un groupe culturel préhistorique unique.

Dans l'aire géographique considérée, plusieurs menhirs adoptent des formes semblables à celles des statues-menhirs ou comportent des traces de gravures propres aux statues-menhirs mais désormais très érodées. Il pourrait s'agir d'anciennes statues-menhirs effacées par l'érosion. Il en est ainsi des menhirs de Candoubre n°2, de Paumerou et de Montaigut à Murat-sur-Vèbre. Gabriel Rodriguez à quant à lui proposé une thèse selon laquelle il y aurait évolution d'une statuaire non gravée (les menhirs) vers une statuaire gravée puis sculptée (les statues-menhirs).

Matériaux et techniques Les statues ont été sculptées dans des roches diverses (granite, diorite, schiste, gneiss) mais majoritairement en grès permiens gris ou blancs, cette dernière roche offrant plus de possibilités d’où une plus grande hétérogénéité dans les réalisations. Les roches les plus couramment utilisée pour la construction des dolmens ne sont pas celles qui constituent le matériau des statues-menhirs : les calcaires abondants dans les Causses ou les quartzites de l'Albiegois n'ont pas été utilisés alors qu'occasionnellement des roches locales difficiles à travailler ont pu être utilisées (statue-menhir de la Bessière).

Les dalles utilisées ont la plupart du temps été soigneusement préparées, avant d'être ornées, par un épannelage de la base et un martelage des surfaces plus ou moins important selon le matériau de départ, les bords latéraux et l'extrémité supérieure ont été régularisés. Dans la plupart des cas, cette préparation a été complétée par un piquetage assez fin pour aplanir les surfaces mais dans un certain nombre de cas, la préparation est demeurée très sommaire. Cette préparation concerne principalement le côté face de la statue, le côté dos est aménagé de manière plus sommaire et parfois uniquement dans la partie supérieure. Les motifs sont réalisés par gravure et sculpture en bas-relief.

Description vignette|La statue-menhir de Durenque. Les statues-menhirs sont de formes variables, essentiellement rectangulaires ou ovalaires avec un sommet le plus souvent arrondi, elles ne correspondent d'ailleurs pas à une silhouette humaine. La tête n'est jamais distincte du corps : la statue-menhir de Durenque est la seule connue où la tête se détache du reste du corps. Le groupe rouergat est majoritairement constitué de statues dont la taille est comprise entre et de hauteur, quelques-unes sont hors norme, très grandes (Pierre plantée de Lacaune, Planissart) ou très petites (Montvallon, Ardalliès). Les statues-menhirs sont sexuées, il s'agit essentiellement de statues masculines et leur dimension est toujours plus grande que celle des statues féminines hormis dans les quelques cas où il y a eu un changement de sexe ultérieur.

Les sculptures sont de deux types, elles représentent des caractères anthropomorphes et des attributs qui contribuent à nettement distinguer les statues masculines des statues féminines. Les modifications de sexe sont opérées en modifiant les caractères anthropomorphes et les attributs propres à chaque sexe. Une quinzaine de statues masculines sont devenues féminines en modifiant ou supprimant leurs attributs masculins initiaux (l'objet est alors effacé) et en y rajoutant des attributs féminins (seins, collier, pendeloque en "Y"). A contrario, la statue-menhir des Vignals est le seul exemple connu d'une masculinisation par ajout d'attributs guerriers. Quelques statues ont changé plusieurs fois de sexe. Toutefois, lorsqu'un changement de sexe a été opéré sur la face antérieure de la statue, la face postérieure demeure elle inchangée.

Caractères anthropomorphes

Côté face, les motifs anatomiques correspondent généralement au nez, aux yeux, aux seins, aux bras, aux mains et aux membres inférieurs mais dans quelques cas ils sont totalement absents, effacés par l'usure ou non représentés. Côté dos, seuls les cheveux et éventuellement les omoplates (figurées sous forme de crochets) sont représentées. Quelques statues se limitent à la représentation d'un buste (Montvallon, Réganel n°2, Favarels).

Le visage Le visage est toujours représenté, sculpté ou gravé, dans le plan de la statue, « entre les épaules », puisque la tête n'est jamais détachée du corps. Généralement, le visage n'a fait l'objet d'aucun traitement particulier, mais il est séparé du corps par un trait distinctif (statue gravée), remplacé chez les femmes par un collier, ou un bourrelet (statue sculptée) chez les hommes ; sur d'autres statues il se détache en relief. Les yeux sont représentés en relief ou en creux ou en combinant les deux méthodes. Ils sont parfois représentés par de simples cupules mais le plus souvent il s'agit de l'association, d'un cercle piqueté avec un cône ou un disque, très réaliste évoquant le couple orbite/pupille. Le nez est toujours représenté soit en partant des deux yeux, soit en dessous ; il est triangulaire ou rectangulaire. La « bouche » est très rarement figurée (Jouvayrac, Jasse du Terral , Réganel ), quant aux oreilles, elles ne sont jamais visibles.

Le visage est souvent orné, chez les hommes comme chez les femmes, de part et d'autre du nez de traits horizontaux, représentant peut-être des peintures corporelles, des tatouages ou des scarifications. Ces traits horizontaux figurent indifféremment sur les statues masculines et féminines.

vignette|Crochets-omoplates et chevelure au dos de la statue menhir de La Raffinié.

La chevelure La chevelure n'est jamais représentée du côté du visage, mais uniquement dans le dos de la statue, sous la forme d'une bande gravée ou d'un bas-relief dessinant une natte partant du sommet du crâne et s'arrêtant au niveau de la ceinture ou au-dessus. C'est un caractère exclusivement féminin.

Les crochets-omoplates C'est l'un des caractères anthropomorphes les plus curieux et le plus difficilement interprétable. L'abbé Hermet soulignait déjà l'existence d'« omoplates en forme de crosse ». La forme est variable : simple courbe, bandeau horizontal arrondi voire forme rectangulaire à angle droit. Le traitement n'est pas différencié selon le sexe mais sur les statues féminines, les omoplates sont séparés par la chevelure, et sur les statues masculines par une bretelle du baudrier. Quand le vêtement est représenté jusqu'au sommet de la statue (Saint-Maurice d'Orient, Saint-Sernin, Puech Réal), les crochets-omoplates, qui devraient être masqués par le vêtement, sont toutefois figurés. Les dessins pourraient aussi représenter les coutures des manches sur le corps du vêtement.

Les seins Caractère anthropomorphe féminin par excellence, ils sont représentés même quand le personnage porte un vêtement (Dame de Saint-Sernin) mais leur emplacement est parfois curieux : à l'extrémité des mains (Borie des Paulets, Crays), au-dessous des bras (Saint-Julien, Frescaty). Selon une autre hypothèse, il ne s'agirait pas d'une représentation des seins mais des éléments d'une armure protégeant le thorax.

vignette|Dos de la Dame de Saint-Sernin : le vêtement à plis est fermé par une ceinture.

Les bras et les mains Les bras sont représentés posés sur le torse, en position horizontale ou légèrement inclinés vers le bas, vus de face. Ils sont figurés dans la continuation des crochets-omoplates (côté dos) et parfois, sur les statues les plus élaborées, la gravure se poursuit sur le côté de la statue. Les doigts sont représentés sans distinction de longueur par de simples traits parallèles hormis sur la statue des Ardaliès n°2 où les phalanges semblent représentées. Bras et doigts sont parfois séparés par un trait qui pourrait correspondre au poignet, à un bracelet ou au rebord d'un vêtement.

Les jambes