L'accident du carnaval de Strépy-Bracquegnies désigne les faits survenus le , lorsqu'une voiture percute le cortège folklorique du ramassage des Gilles précédant le carnaval de Strépy-Bracquegnies, une section de la ville de La Louvière, dans la province de Hainaut (Belgique), causant la mort de sept personnes.

En , la cour d'assises du Hainaut reconnaît le caractère intentionnel des faits en condamnant le conducteur pour sept meurtres et soixante-dix-neuf tentatives de meurtre.

Circonstances vignette|gauche | Un cortège traditionnel de Gilles dans la région du Centre.

Suivant la tradition du folklore carnavalesque, les Gilles sont réunis en cortège tôt le matin. Vers , un groupe constitué de 150 à 200 personnes participant aux festivités, se trouve dans la rue des Canadiens à Strépy-Bracquegnies lorsqu'une BMW Série 5 noire les percute par l'arrière. À bord du véhicule, le conducteur et un passager sont légèrement blessés. La voiture s'arrête quelques centaines de mètres plus loin.

À 5 h 09, les secours sont appelés et découvrent plusieurs victimes décédées et de nombreux blessés. Plus loin, à la rue Léon Aubry, le corps d'un homme gît sur le capot et une femme, consciente, est encastrée dans le pare-brise de la BMW. Les deux occupants de la voiture sont interpellés par la police.

Le bilan est de sept morts et de . Les victimes décédées sont :

Vito Cascarano, 56 ans Michelina Imperiale, 54 ans Salvatore Imperiale, 57 ans Frédéric Cicéro, 42 ans Frédéric D'Andrea, 46 ans Laure Gara, 49 ans Christine Chavrepierre, 59 ans, cette dernière étant décédée de ses blessures deux ans après l'accident.

Enquête Le conducteur Paolo Falzone et le passager Antonino Falzone sont âgés de 33 ans et 31 ans. Bien que portant le même patronyme, les deux occupants de la voiture ne sont pas apparentés.

Selon le rapport d'expertise judiciaire présenté au procès, le véhicule roulait à dans la rue des Canadiens quelques instants avant le premier impact. Le conducteur enregistrait alors une vidéo destinée à une story sur un réseau social. Selon ce même rapport, Paolo Falzone et Antonino Falzone sont sortis du véhicule environ cinq minutes après l'impact sans qu'aucun des deux n'appelle les secours.

Selon les constatations reprises au procès, Paolo Falzone a supplié les policiers de l'abattre. Antonino Falzone a déclaré avoir dormi, alors qu'une vidéo tournée quelques secondes avant l'impact le montre éveillé.

Causes Les expertises judiciaires réalisées dans le cadre de l’instruction mettent en évidence plusieurs facteurs ayant contribué à la collision.

Vitesse excessive La vitesse du véhicule est considérée comme le facteur principal de l’accident. Les analyses d’experts en accidentologie ont établi que la BMW circulait à une vitesse estimée entre 158 et 173 km/h dans une zone limitée à 50 km/h. Cette vitesse a fortement réduit les capacités de réaction du conducteur et a augmenté de manière significative la violence de l'impact..

Distraction liée à l’usage du téléphone Les investigations ont également mis en évidence l’utilisation d’un téléphone portable par le conducteur peu avant la collision, notamment pour la réalisation d’une vidéo destinée aux réseaux sociaux. L’exploitation des données numériques a permis de reconstituer une activité du conducteur dans les instants précédant les faits.

Visibilité du cortège et réaction tardive Les expertises techniques ont conclu que le cortège des Gilles était visible à une distance permettant théoriquement au conducteur d’anticiper la présence de piétons sur la chaussée. Les analyses ont par ailleurs relevé un freinage tardif, intervenu quelques instants seulement avant l'impact. L'accusation relève toutefois qu'aucun dispositif spécifique signalant la présence du groupe n'était présent, hormis une voiture actionnant ses quatre feux de détresse qui a commencé par suivre le groupe pour le quitter lorsqu’il s’est engagé dans la rue des Canadiens, cet élément contrevient à l’article 5 du procès-verbal du collège communal du .

Facteurs toxicologiques Les analyses toxicologiques ont révélé un taux d’alcoolémie de 0,67 ‰ chez le conducteur et de 0,80 ‰ chez le passager, soit des valeurs supérieures au seuil légal en vigueur en Belgique (0,5 ‰). L'enquête n’a toutefois pas établi de lien direct entre ces taux et la perte de contrôle du véhicule. D'autre part, aucune trace de stupéfiant n'est décelée..

Appréciation judiciaire Lors du procès devant la cour d’assises du Hainaut en 2026, l'accusation soutient que la combinaison de la vitesse excessive, de l’usage du téléphone portable, de la visibilité du cortège et de l’absence de réaction suffisante démontre une prise de risque consciente du conducteur. Cette analyse est retenue par le jury, qui déclare l’accusé coupable de sept meurtres et de soixante-dix-neuf tentatives de meurtre.

Conséquences Intervention des secours À la suite de la collision, la commune de La Louvière déclenche le plan communal d’urgence. Le plan d’intervention médical est activé par la centrale 112 de Mons, entraînant la mobilisation de plusieurs moyens de secours, dont des ambulances, des équipes SMUR et des services de police..

Selon les autorités locales, plusieurs dizaines de victimes sont prises en charge sur place par les services de secours, avant d’être transférées vers différents hôpitaux de la région du Hainaut, placés en pré-alerte..

Les autorités sanitaires précisent que les opérations de tri et d’évacuation ont été rendues difficiles par le nombre élevé de victimes et la configuration du site, situé dans une zone résidentielle où se déroulait un rassemblement folklorique important au moment des faits..

La zone de secours Hainaut-Centre et la zone de police de La Louvière coordonnent les opérations sur place jusqu’à la sécurisation complète du périmètre.

Réactions officielles Le jour du drame, plusieurs autorités belges se rendent sur les lieux afin de constater les faits et rencontrer les services de secours ainsi que les familles des victimes.

Le roi Philippe et la princesse Élisabeth se rendent à Strépy-Bracquegnies le 20 mars 2022 pour exprimer leur soutien aux familles et aux intervenants. Cette visite s'inscrit dans le cadre des réactions institutionnelles immédiates après la collision..

Le Premier ministre Alexander De Croo exprime également ses condoléances aux victimes et à leurs proches, ainsi que son soutien aux services d’urgence mobilisés sur place..

La ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden, le Premier ministre wallon Elio Di Rupo et le gouverneur de la province du Hainaut Tommy Leclercq se rendent également sur place afin de coordonner les échanges avec les autorités locales et les services de secours.

Avant le procès Le conducteur du véhicule est arrêté et écroué. Il est inculpé d'homicide involontaire et incarcéré à la prison de Tournai en attente de son jugement. Le passager est également arrêté et mis en liberté sous conditions..

En date du , les faits sont requalifiés. Paolo Falzone est poursuivi pour meurtre pour une personne et d'homicide involontaire pour les cinq autres personnes .. Le , il est placé sous bracelet électronique en attente de son jugement..

Procès Le procès de Paolo Falzone et Antonino Falzone s'ouvre le devant la Cour d’assises du Hainaut, siégeant exceptionnellement au Lotto Mons Expo en raison du nombre élevé de parties civiles et de la médiatisation de l'affaire..

Composition de la cour et organisation La Cour est présidée par Martine Baes, une magistrate professionnelle, assistée de deux assesseurs. Le ministère public représente l'accusation, tandis que les parties civiles regroupent les familles des victimes décédées ainsi que de nombreuses personnes blessées lors des faits, soit parties civiles constituées au total, notamment représentées par les avocats Jean-Philippe Mayence et David Gelay..

Débats et éléments examinés Les débats portent principalement sur la qualification des faits et sur le comportement du conducteur au moment de la collision. Plusieurs experts en accidentologie, enquêteurs, médecins légistes et témoins directs sont entendus par la cour.

Les expertises techniques présentées au jury établissent une vitesse estimée entre 158 et 173 km/h dans une zone limitée à 50 km/h. Les analyses portent également sur la visibilité du cortège folklorique et sur les possibilités de réaction du conducteur avant l’impact..

L'exploitation des données du téléphone mobile du conducteur est également examinée, celle-ci ayant mis en évidence une utilisation du téléphone peu avant la collision, notamment dans le cadre de contenus destinés aux réseaux sociaux.

Positions des parties L’accusation soutient que la combinaison de la vitesse extrêmement excessive, de l’usage du téléphone portable, de la visibilité du cortège et de l'absence de réaction suffisante démontre une prise de risque consciente ayant entraîné la mort de sept personnes et de nombreuses blessures graves..

La défense, assurée par Frank Discepoli et Fabrice Guttadauria, conteste cette qualification et plaide l’existence d’un accident de circulation, en invoquant l’absence d’intention homicide et une perte de contrôle du véhicule..

Verdict Le , à l’issue des délibérations, le jury de la cour d’assises du Hainaut déclare Paolo Falzone coupable de sept meurtres et de soixante-dix-neuf tentatives de meurtre. Antonino Falzone est reconnu coupable de non-assistance à personnes en danger.

La cour condamne Paolo Falzone à une peine de vingt-sept ans de réclusion criminelle avec arrestation immédiate. Antonino Falzone est condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis probatoire.

Suite judiciaire À la suite du verdict, la défense annonce son intention d’introduire un pourvoi en cassation. Celui-ci porte exclusivement sur des questions de droit et de procédure, la Cour de cassation ne réexaminant pas les faits établis par la cour d’assises..

Notes et références

Catégorie:La Louvière Catégorie:Mars 2022 Catégorie:2022 en Belgique Catégorie:Accident de la route en 2022