Le profit est le gain financier obtenu d'une opération économique : typiquement, la différence entre le revenu de la vente d'un produit et le coût de sa production en investissement de capital et salaires versés ; mais l'intérêt obtenu d'un prêt est rarement inclus dans la notion de profit puisqu'il est partie intégrante du coût de l'investissement en capital. Selon l'étendue que l'on donne à la notion, il peut s'agir également d'un gain commercial ou encore du revenu de la location pour le propriétaire d'un bien immobilier ou d'équipement. Cela correspond, historiquement, plus au moins à la part de fructus (le fruit au sens de revenu) dans l'usufruit hérité du droit romain, par opposition au simple usage et ou droit de disposer d'un bien.
En finance, le profit est présenté comme la récompense du risque pris par les détenteurs des capitaux lorsqu'ils les investissent dans des opérations comportant une part plus ou moins grande d'aléatoire.
On distingue la notion plus technique de profit économique qui correspond à un profit comptable duquel sont soustraits les coûts d'opportunité.On distingue également le profit dit "normal" (rémunération de l'entrepreneur selon le marché) du "super profit" (rente liée à des conditions particulières).
Les conceptions du profit Théories classiques : la disparition annoncée du profit Pour les économistes classiques, la baisse à long terme du taux de profit semble être la règle d'une économie se dirigeant vers la prospérité et un état qualifié de stationnaire. Sous la pression de la concurrence, les prix courants du marché sont ramenés à la valeur-coût des produits. Ainsi, le profit devrait être conduit à diminuer, sinon à disparaître.
Selon Adam Smith : « L'accroissement du capital qui élève les salaires, tend à diminuer les profits. Quand les capitaux de beaucoup de riches marchands sont engagés dans le même type d'activité, leur concurrence mutuelle tend naturellement à diminuer leur profit; et lorsqu'il y a une augmentation semblable dans toutes les activités qui sont menées au sein de la société, la même concurrence doit produire le même effet sur l'ensemble... Dans un pays qui aurait atteint le degré de richesse que la nature de son sol et de son climat, et sa situation par rapport aux autres pays lui permettent d'atteindre, qui ne pourrait donc pas avancer davantage et qui ne reculerait pas non plus, à la fois les salaires du travail et les profits du capital seraient très bas.(...) Ainsi la concurrence serait partout aussi grande, et par conséquent le profit ordinaire serait aussi faible que possible. Mais peut-être aucun pays n'est-il déjà parvenu à ce degré d'opulence »A. Smith, Richesse des Nations extrait du Chapitre IX .
David Ricardo Principes d'Économie Politique, Trad Française 1847, et 85 , abordant la question sous l'angle de la répartition, conclut : « Comme il est indubitable que les salaires montent par la hausse du blé, alors les profits doivent nécessairement baisser ». Selon David Ricardo, le profit est une valeur résiduelle qui s'établit après versement des salaires (aux ouvriers) et des rentes (aux propriétaires fonciers). La marche de l'économie vers l'état stationnaire résulte de l'accroissement démographique qui implique la mise en culture de terres moins productives et consécutivement une hausse du prix des subsistances et des rentes versées aux propriétaires fonciers. Ces sommes versées se retranchent de façon croissante du profit dégagéRicardo, Les principes de l'économie politique et de l'impôt (1817). Et ils baisseront jusqu'au moment où « plus aucun capital ne saurait donner de bénéfice. On n'aura plus besoin alors d'une augmentation de travail et la population aura atteint son maximum ».
Stuart Mill envisage que les profits tendent vers un seuil minimum et que l'économie parvienne à un « état stationnaire » où la société « au lieu de n'avoir d'autre but que l'acquisition de la richesse » pourrait se consacrer à la culture des arts et au progrès moral. « Il y a eu en tout temps et en tout lieu un certain taux des profits qui est le taux minimum auquel les hommes de ce temps et de ce pays puissent se décider à créer des épargnes et à les employer productivement. Lorsque ce taux est atteint, la somme des capitaux ne peut plus augmenter. Le pays est arrivé à ce que les économistes appellent l'état stationnaire »F. Trévoux, Stuart Mill, Textes choisis, coll. Les grands économistes .
Frédéric Bastiat, fervent du courant libéral optimiste, reconnaît l'existence d'une tendance à la baisse de la part relative du capital dans la distribution des richesses.
Théories apologétiques du profit Pour ces théories le profit est vu comme la rémunération méritée du chef d'entreprise. À la différence des classiques anglais et d'Adam Smith en particulier, Jean-Baptiste Say industriel lui-même, ne confond pas profit et intérêt. Le profit rémunère le service rendu par l'entrepreneur qui réunit dans une même main de façon opportune (ce qui est appréciable car la chose est rare) les capacités, les capitaux et la prise de risque Jean-Baptiste Say, Cours d'économie politique, ed 1840, T II .
De nombreux auteurs comme Von Thünen, Francis Amasa Walker, Adolphe Landry, Paul Leroy-Beaulieu, Clément Colson reprennent et développent cette idée, autrefois avancée par Richard Cantillon. Joseph Schumpeter fait le lien entre innovation et profit : « Le profit est par essence le résultat de l'exécution de combinaisons nouvelles. (...) Sans évolution, pas de profit ; sans profit, pas d'évolution »J. Schumpeter, «Théorie de l'évolution économique» , 1912, trad fr 1933 . Dans certains cas (surtout au démarrage d'une activité), les profits d'innovation peuvent s'expliquer par une situation de monopole. Schumpeter considère que « ce sont là les récompenses offertes par la société capitaliste à l'innovateur heureux. Mais l'importance quantitative de cet élément, sa nature volatile et sa fonction dans le processus d'où il émerge, le placent dans une catégorie particulière » J. Schumpeter, in Capitalisme, socialisme et démocratie . Frank Knight approfondit l'idée d'un profit comme contrepartie que court l'entrepreneur«Risk, Uncertainty and Profit» (1921) : Certains risques sont mesurables et donc susceptibles d'être couverts par une assurance. Subsistent cependant des risques non mesurables et même difficilement prévisibles qui ne peuvent être assurés. En 1942, Knight complète sa vision en rattachant le profit à 3 fonctions entrepreneuriales : une fonction de « leadership » ou de « pionneering », une fonction d'adaptation au changement, une fonction d'assomption de risques. l’École autrichienne avance l'idée que le profit rémunère « l'agent économique qui satisfait des besoins sociaux ». François Perroux reprend l'idée : « Le rôle de l'entrepreneur ou plus exactement sa fonction consiste à apprécier l'utilité finale des objets. Il satisfait les besoins sociaux dans l'ordre de leur importance et fixe provisoirement les prix ». De la sorte, le profit serait la contrepartie de la bonne satisfaction apportée aux besoins sociaux.
Théories explicatives du profit Le profit résultat de l'exploitation Selon Karl Marx, le travail est le seul facteur apportant une plus-value aux matières premières qui ont servi à produire le bien ou service vendu, le capital n'ayant aucune part dans la création de richesse.
Le profit est l'objet et le résultat d'une lutte. En régime capitaliste, « les rapports entre capitalistes et salariés revêtent un caractère fondamentalement antagonique qu'ils n'ont pas chez les économistes classiques : L'analyse marxiste de la répartition renvoie à l'analyse de la lutte des classes telle qu'elle se déroule dans le mode de production capitaliste. (...) L'antagonisme de la classe ouvrière et de la bourgeoisie, non seulement n'a rien de naturel puisqu'il relève d'un mode de production particulier, mais encore constitue la caractéristique dominante du mode de production capitaliste. La terminologie employée témoigne du contenu politiquement explosif qu'elle entend donner à son analyse de la répartition : le rapport entre salariés et capitalistes (pour le partage de la plus-value) est décrit comme un rapport d'exploitation »Jean Boncœur et Hervé Thouément in “Histoire des idées économiques” , Nathan, Paris 1989 Tome 1.
Ainsi pour Marx, le capitaliste exploite le travailleur en empochant un profit pris sur le salaire versé. En prélevant du profit, le capitaliste s'approprie du « travail mort » (du capital), ce qui lui permet d'exploiter de plus en plus les fournisseurs de travail vivant (les travailleurs sur le marché libre du travail international). D'où selon Marx, une « paupérisation relative du prolétariat » (les travailleurs ne possédant pas les moyens de production et d'échange).
Marx et ses disciples considèrent donc que tout profit est illégitime. Sa ré-appropriation par les salariés ne peut intervenir que par l'abolition du salariat, au besoin par la dictature du prolétariat et la révolution. Pour ce faire, Marx lance le mot d'ordre : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ».
La baisse tendancielle du taux de profit chez Marx
La baisse du taux de profit est tendancielle et inéluctable. Selon la théorie de la valeur-travail, le taux général de profit s'écritBoncoeur et Thouement op. cit. :
où :
PV est la Plus value totale ΣC la valeur totale du capital constant avancé ΣV la valeur totale du capital variable annoncé
En divisant numérateur et dénominateur par la même grandeur ΣV (valeur totale du capital variable avancé), on obtient :
Soit encore :
où :
, le taux de plus-value , la composition organique moyenne du capital
La tendance à la baisse du taux de profit Selon Marx, la mécanisation qui accompagne l'accumulation du capital se traduit par une élévation de la composition organique du capital (G = ΣC/ΣV), ce qui entraîne (pour un taux d'exploitation inchangé) une baisse du taux de profit. En effet, dans la dynamique, on constate que ΔG > 0, et ΔE = 0, d'où un Δ du taux de profit < 0.
Les causes qui contrecarrent la loi de baisse tendancielle du taux de profit La baisse de la valeur unitaire des machines et autres éléments du capital constant limite l'effet de la mécanisation sur la hausse de la composition organique (G). L'élévation du taux de plus-value E, soit par allongement de la durée du travail à salaire inchangé (effet de plus-value « absolue »), soit par abaissement de la valeur de la force de travail due à la baisse de valeur des biens consommés par les salariés (effet de plus-value « relative »).
Alors que David Ricardo voit la baisse tendancielle du profit achemine graduellement l'économie vers un « état stationnaire » ; pour Marx, cette baisse est incompatible avec la logique du capitalisme. Cette baisse accroît l'instabilité du système, engendre des crises conjoncturelles de plus en plus violentes et fréquentes. De la sorte, ces crises se superposent aux phénomènes de concentration du capital et de surpopulation relative. Elles sont la preuve que le capitalisme sait de moins en moins gérer ses crises internes au fur et à mesure qu'il se développe et se trouve, par conséquent, historiquement condamné.
Le profit comme rente de déséquilibre