Caryocar villosum est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Caryocaracées. C'est un arbre néotropical. Comme toutes les espèces de Caryocar, il produit des noix comestibles.
Il est connu en Guyane sous les noms de Chawari (Créole de Saül), Arbre à beurre [bwa-dibè] (Créole), Pékéya (Créole de Saint-Georges), Peke'a (Wayãpi), Pikia (Palikur), Piquiá (Portugais). On l'appelle Kumato (Yanomami) au Venezuela, et Ruamabi (), Pequi, Pequid au Brésil.
Description Caryocar villosum est un très grand arbre atteignant de haut, à rameaux épais et son tronc cylindrique mesure de diamètre. Les jeunes branches sont villeuses-tomentoses, devenant glabres avec l'âge. Il peut développer des contreforts, qui sont alors épais, bas, simples, propagés. L'écorce externe est de couleur brun grisâtre foncé, profondément fissurée. L'écorce interne est de couleur jaunâtre crème, fibreuse.
Ses feuilles opposées sont trifoliolées. Le pétiole est long de , villeux-tomenteux à pubérulent, cylindrique à légèrement strié. Les folioles portent des pétiolules courts ( pour le pétiolule terminal, et pour les pétiolules latéraux), canaliculés, dépourvus de stipelles, pubérulents lorsqu'ils sont jeunes Le imbe est de forme elliptique à ovoïde ou obovoïde, subaiguë, acuminée à l'apex (acumen long de ), à base arrondie cordée, à marges dentées à crénelées, pubérulente à glabre au-dessus, densément brun tomenteux à hirsute ou avec une pubescence clairsemée sur la vénération en dessous. La foliole terminale est longues de pour de large, et les folioles latérales légèrement plus petites. On compte 12-14(19) paires de nervures latérales, légèrement imprimées ou planes au-dessus, et saillantes en dessous.
Les inflorescences sont des racèmes groupés, érigés, comportant 15-30 fleurs. Les pédoncule sont longs de , lenticellés, tomentelleux ou pubérulents lorsqu'ils sont jeunes, puis devenant glabrescents. Les rachis sont longs de , tomenteux lorsqu'ils sont jeunes, . Les pédicelles sont longs de , pubérulents à glabres, avec 2 bractéoles membraneuses.
vignette|gauche| 6. fruit d’arachide - 5. mésocarpe de Caryocar villosum Les fleurs sont de couleur jaune pâle. Le calice est de forme campanulée-cupuliforme, long d'environ , à 5 lobes arrondis, larges de , de couleur vert grisâtre, pubérulent à glabre sur la face extérieure. La corolle est longue d'environ , à 5 lobes de couleur jaune pâle et de forme oblongue-elliptique à rhomboïde, un peu asymétriques mesurant . On compte environ 300 étamines avec des filets courtement unis à leur base en une bague de base (mais pas en groupes). Ces filets sont sub-persistants, de couleur blanche à jaunâtre, de deux longueurs distinctes avec plusieurs longueurs intermédiaires : Les plus longs mesurent environ , avec l'apex tuberculé sur . Les 55 plus courts mesurent environ , avec une partie fusionnée distincte à la base, tuberculés toute leur longueur. Les anthères sont petites et jaunes. L'ovaire est globuleux, contenant 4 loges, glabre à l'extérieur, portant 4 styles filamenteux, jaunes glabres, de même taille que les filets.
Le fruit est une drupe de forme ellipsoïde à oblongue-globuleuse, longue de pour de large, et d'épaisseur. L'exocarpe est mat, de couleur brun clair à bronze, glabre, lenticellée. Le péricarpe épais, charnu, se détache facilement du mésocarpe et de l'endocarpe. Le mésocarpe et l'endocarpe enveloppent les semences pour former un « noyau » réniforme, mesurant environ . Le mésocarpe est charnu, lisse et ondulé en surface, de couleur jaune, très gras, à forte odeur de beurre rance, sensiblement comprimé, enveloppant les épines intérieures de l'endocarpe. L'endocarpe dur lignifié à l'intérieur, épais d'environ , est couvert de nombreux aiguillons bruns, durs, fins, très aigus, longs d'environ (plus courts et beaucoup plus fins que chez Caryocar glabrum).
Répartition Caryocar villosum est présent au Venezuela (Amazonas : Mavaca), dans l'est de la Guyane, et en Amazonie brésilienne. Il s'agit de l'espèce de Caryocar la plus abondante en Amazonie orientale.
Écologie Caryocar villosum pousse au Venezuela dans les forêts sempervirentes (non-inondables) des basses terres, autour de d'altitude.
Caryocar villosum fleurit de juillet à novembre en Amazonie, en janvier dans le Roraima, et de septembre à novembre dans les forêts de terre ferme (non inondées) du centre de la Guyane (où il est peu fréquent).
Les graines de Caryocar villosum sont principalement prédatées par les rongeurs qui collectent rapidement des fruits tombés au sol et consomment les graines, et sont aussi probablement les principaux disséminateurs naturels. Les fruits tombés au sol et oubliés par les rongeurs (mésocarpe et noyaux), sont aussi prédatés par les termites (abondants et omniprésents dans le cerrado).
On a aussi identifié une espèce de thrips (Holopothrips anacardii) comme ravageur de Caryocar villosum.
Caryocar villosum présente une anthèse nocturne, qui ne dure qu'une nuit et s'accompagne de la sécrétion d'environ de nectar. Cette espèce chiroptérophile est visitée dans la Reserva Florestal Adolpho Ducke par les chauves-souris Phyllostomus discolor et Glossophaginae, ainsi que par des marsupiaux arboricoles (Caluromys lanatus et C. philander) et des papillons Sphingidae. Les fleurs sont auto-compatibles, mais présentent un moindre succès reproductif en cas d'autopollinisation.
Une analyse génétique des populations de Caryocar villosum a permis de mieux comprendre sa domestication en Amazonie.
À Nova Xavantina (Mato Grosso, Brésil), les fruits de Caryocar villosum récoltés dans des zones de végétation naturelle sont plus gros et plus lourds et un poids de pulpe plus élevé, que ceux récoltés en zone anthropisée. Ce constat est possiblement lié aux conditions climatiques, ou à l'éloignement des pollinisateurs.
Les graines de Caryocar villosum flottent et peuvent être transportées par les courants marins sur de grandes distances : certains ont été retrouvés dans des laisses de mer à Barra (Écosse).
Utilisations Caryocar villosum présente un potentiel à la fois comme excellent bois d'œuvre et comme oléagineux. vignette|gauche| Bois de Caryocar villosum Caryocar villosum (piquiá au Brésil) est un arbre à croissance rapide et héliophile commune dans les forêts de terre ferme d'Amazonie. Les grumes peuvent être récoltées à partir de 20-25 ans. Le bois de Caryocar villosum est assez lourd (densité : 0,80 à 0,91), de couleur gris blanc jaunâtre, à grain raide et fin, et se travaille facilement pour obtenir une belle finition. Il a été utilisé pour les traverses de chemin de fer, la charpente intérieure des navires, la construction civile et navale (très grosses pièces), l'ébénisterie, le contreplaqué et les poteaux. Ce bois a été recommandé par Senft et Lucia. Caryocar villosum pousse rapidement et produit des fruits après quelques années de culture tout en atteignant la taille du bois commercial. Les Caryocar sont faciles à multiplier à partir de graines et Caryocar villosum est connue pour se reproduire à partir de boutures). Il ne pose pas de problème concernant sa pollinisation.
Le fruit de Caryocar villosum contient une pulpe et des cotylédons comestibles. La pulpe grasse, douceâtre ou un peu amère, est consommée après cuisson à cause de son léger arôme de beurre rance. Les amandes peuvent être consommées crues ou grillées. La pulpe des fruits présente en effet une faible teneur en eau (50,3 %) et une teneur élevée en acides gras (64,5 %). La chair contient d'acide myristique, d'acide palmitique, d'acide stéarique, d'acide oléique, d'acide linoléique, mais aussi des acides aminés, des amines (Taurine, Éthanolamine, o-Phosphoéthanolamine, Ornithine) et des composés volatils. Le rendement en huile est de 47% poids frais, avec un indice de saponification de 199-205, et un indice d'iode selon de 46-48. L'amande contient d'acide palmitique, d'acide oléique, d'acide myristique, d'acide stéarique, d'acide linoléique, d'acide linolénique, Le rendement en huile est de 45% poids frais, avec un indice de saponification de 198-203, et un indice d'iode selon de 48-52.
L'huile de table tirée de la pulpe des fruits de Caryocar villosum, est appelée piquiá au Brésil, et est vendue sur les marchés amazoniens. Elle est recommandée pour des fins alimentaires (avec un possible effet dans la réduction du taux de cholestérol total et LDL), ainsi que dans l'industrie des cosmétiques. Au Brésil central (cerrado), on extrait aussi l'huile de Caryocar brasiliense Cambess., que l'on appelle pequi. Il est conseillé de récolter rapidement les fruits tombés au sol pour éviter les pertes par la prédation.
Une recette de chocolat noir à la pulpe de fruits de Caryocar villosum a été testée et analysée d'un point de vue nutritionnel
Mélangée au roucou, l'huile tirée de la pulpe de Caryocar villosum aurait les mêmes propriétés défatigantes que l'huile de Carapa guianensis (Méliacées) d'après les Wayãpi de Guyane. Toutes les parties de ces grands arbres contiennent des saponines (feuilles, péricarpe des fruits, écorce du tronc et des racines), mais les graines comestibles en sont exemptes. On trouve aussi des tanins ce qui peut expliquer leur utilisation dans le traitement des mycoses et des filaires.
Caryocar villosum a été utilisé comme anti-inflammatoire naturel pour prévenir la bronchite, la fièvre, la toux, le rhume et les problèmes de foie, en plus de soulager les douleurs musculaires et les rhumatismes
Le péricarpe des fruits de Caryocar villosum, est employé comme ichtyotoxique (comme celle de Caryocar microcarpum chez les Witoto et les d'Amazonie colombienne).
Ce très grand arbre des forêts anciennes est cultivé dans divers jardins botaniques en Asie (Singapour, Sumatra).
Analyses chimiques et pharmacologiques La pulpe contient des caroténoïdes et des composés phénoliques en partie responsables de ses bonnes propriétés antioxydantes sur radicaux peroxyles (). La pulpe de Caryocar villosum n'a pas montré d'effets cytotoxiques et génotoxiques, mais au contraire des propriétés anti-génotoxiques avec une dose-réponse inverse restant à éclaircir.
L'extrait d'écorce de tige de Caryocar villosum contient des glycosides phénoliques présentant une activité inhibitrice de la tyrosinase fongique.
L'huile de Caryocar villosum présente une activité anti-inflammatoire topique chez le rat.
Des extraits de pulpe de fruit de Caryocar villosum ont présenté une cytotoxicité faible pour les fibroblastes humains, mais élevée pour les souches de cellules tumorales, ainsi qu'une activité anti-inflammatoire élevée liée à l'inhibition de la production d'oxyde nitrique.
Les activités antioxydantes et antivieillissement de Caryocar villosum ont été étudiées en utilisant le nématode Caenorhabditis elegans comme modèle in vivo.
Plusieurs méthodes ont été testées pour obtenir des extraits de Caryocar villosum à haute teneur en composés bioactifs, capacité de piégeage ROO• et protection contre O. L'eau et l'éthanol apparaissent comme les meilleurs solvants.
Les propriétés cardiovasculaires des acides gras de l'huile de Caryocar villosum, ainsi que leur comportement thermogravimétrique-différentiel, calorimétrique et spectroscopique ont été testées.
Protologue En 1775, le botaniste Aublet propose le protologue suivant : vignette|gauche|Caryocar villosum par Aublet (1775) Planche 241.
En 1775, le botaniste Aublet propose le protologue suivant pour Pekea butyrosa (synonyme de Caryocar Villosum) :