La classe des papiers de bambou (en chinois: 竹纸 Zhúzhǐ) est une des sept classes de papiers traditionnels chinois, définies par Yi Xiaohui, qui regroupe les papiers fabriqués à partir des fibres végétales de tiges tendres de jeunes bambous de plusieurs espèces. Celles-ci sélectionnées pour la qualité de leurs fibres papetières, comportent principalement le bambou moso 毛竹 máozhú (Phyllostachys edulis (Carrière) J. Houzeau), le bambou amer 苦竹 kǔzhú (Pleioblastus amarus (Keng) P. C. Keng), le bambou ci « bienveillant », 慈竹 cízhú (Bambusa emeiensis L.C. Chia & H.L. Fung) et le bambou jaune, 黄竹 huángzhú (Dendrocalamus membranaceus Munro)ces espèces comportent des noms avec de multiples synonymes, nous avons choisi les noms acceptés par Flora of China.

Les papiers de bambou ont commencé à être fabriqués en Chine plus de six siècles après les premiers papiers trouvés à Fangmatan (sur un site archéologique daté de -176 à -141) et ils n’ont commencé à occuper une place importante dans la production papetière chinoise que sous la dynastie Song (960-1279). Après la diffusion d’une nouvelle recette de fabrication du papier plus efficace en +105 donnée par Cai Lun, le papier se diffusa de plus en plus largement en remplacement des supports traditionnels de l’écrit qu’étaient la soie et les lattes de bambou. Cependant la source de fibres papetières qui était alors tirée du chanvre, du lin ou de quelques arbustes avait du mal à répondre à la demande. Par contre, les bambous qui poussent très rapidement et sur de grandes étendues dans le Sud de la Chine, pouvaient fournir de grandes quantités de pâte à papier. Le papier fabriqué à partir de fibres de bambou acquit une position quasi dominante dans le Sud à partir de la dynastie Song. Il connut son apogée sous la dynastie Qing (1644-1912) suivi d’un déclin au avec l’arrivée des papiers fabriqués mécaniquement.

Le papier de bambou traditionnel est un papier compact, uniforme, lisse, et qui absorbe bien l’encre. En raison de sa teneur élevé en lignine, le papier écru (non blanchi) est jaunâtre.

Il a été décliné sous de multiples formes. Les plus réputées sont les papiers Lianshi (连史纸 Liánshǐ zhǐ), Yukou (玉扣纸 Yukou zhi) et Yuanshu (元书纸 Yuanshu zhi). Comme tous les papiers traditionnels faits main en Chine, il est menacé par la concurrence des papiers industriels fabriqués en continu mécaniquement.

Histoire

Les premiers papiers sont apparus en Chine sous la dynastie Han (de -206 à +220). Ils furent d’abord fabriqués à partir de fibres de chanvre tirées de vieux chiffons. Au cours des siècles suivants, les papetiers passèrent de l’utilisation de vieux chiffons et de toiles de chanvre à l’exploitation directe des fibres du chanvre (dama 大麻, Cannabis sativa L.) et de mûrier à papier (gu 榖, chu 楮, Broussonetia papyrifera L.). Ils essayèrent aussi les fibres extraites de la ramie (zhuma 苎麻, papier de ramie L.), du lin (yama 亚麻, Linum usitissimum L.), et du jute (huangma 黄麻, Corchorus capsularis L.). Sous l’influence de Cai Lun, un haut fonctionnaire mort en 121, la diffusion d’une nouvelle procédure plus efficace de fabrication de papier avec de l’écorce de mûrier à papier put se répandre largement.

Dans les siècles qui suivent jusqu’aux Yuan (1271 - 1368), les fibres de dizaines d’autres plantes vont être essayées. Ce jaillissement d’innovations s’est dispersé dans le temps et l’espace. Su Yijian (958-996) observe dans ses 文房四譜 wenfang si pu

(Quatre répertoires, II, 46, trad. de J-P. Drege).

Une des premières utilisations des fibres de bambou a été trouvée par le chercheur japonais Sawasinobi, dans les papiers de portraits bouddhiques datant de la dynastie Liang (502- 555). En raison de la croissance rapide des bambous et de l’abondance de la ressource dans le Sud, le papier de bambou s’imposa peu a peu quand la demande de papier augmenta.

Au cours de la dynastie Song (960-1279), la production de papier de bambou acquiert une place déterminante voire dominante, au détriment du chanvre et du rotin. Seul le papier de Broussonetia put résister et s’imposer dans le nord de la Chine là où le bambou ne pousse pas. Des hommes d’État et des hommes de lettres, comme le réformateur Wang Anshi (1021-1086) et Su Shi (Dongpo, 1036-1101) indiquent qu’ils préfèrent utiliser le papier de bambou. Ils estimaient qu’il absorbait bien l’encre sans altérer le trait. Les lettrés par la suite suivirent leur exemple. Le célèbre calligraphe, peintre et esthète Mi Fu, évoque la coupe des bambous et le soin attentif qui doit être apporté au pilonnage pour obtenir une bonne pâte à papier.

Le papetier prélève avec son tamis fixé sur un châssis un ou plusieurs films de pâte dans la cuve à papier, puis dépose la feuille toute fraîche sur une pile de feuilles pour les laisser s’égoutter. La pile est par la suite pressée pour en exprimer l’eau. Mais il ne faut surtout pas que les feuilles collent les unes avec les autres, si on veut les détacher. À partir des Song, on connait quels « médicaments du papier » (additifs) étaient utilisés pour remédier à ce problème. Il s’agissait de mucilage comme la ketmie (Abelmoschus manihot) 黄蜀葵 huangshukui. ou à défaut le kiwi (Actinidia chinensis) 杨桃藤 yangtaoteng, ou la vigne sauvage (Vitis flexuosa) Thunb. 野葡萄 yeputao.

Sous la dynastie Song, Bi Sheng 毕升 invente vers 1041-1048, les caractères mobiles gravés dans la porcelaine. Cette nouvelle technique de typographie va stimuler l’imprimerie xylographique et donc la demande de papier. Durant la période des Song du Sud (1127-1279), la cour impériale se réfugie à Hangzhou où elle fonde la nouvelle capitale, suivie par les lettrés et les artistes. La capitale devient un grand centre d’imprimerie chinoise.

Un nouvel emploi très innovant du papier fut la fabrication de la monnaie fiduciaire avec la circulation des certificats de change qui se substitue à la monnaie métallique en raison d’une insuffisance en métaux chronique en Chine. Le recours au papier pour « battre » monnaie fut temporaire et cessa dans la deuxième moitié du .

Dans les siècles suivants, l’évolution de la production du papier se poursuit sous les dynasties des Yuan et des Ming. Une description détaillée de la fabrication du papier de bambou est donnée dans l’encyclopédie des techniques Tiangong Kaiwu (1637). On assiste à un développement quantitatif, à une extension géographique et à une multiplication des types de papier. Sous la dynastie Qing, moins de papier de jute fut produit mais plus de papier de bambou qui venait du Sichuan.

La fabrication du papier de bambou est restée plus ou moins la même jusqu’à présent. Dans les années 1950 la production de papier artisanal de bambou était d’environ 120.000 tonnes.

Caractéristiques du papier de bambou chinois Dans le Sud de la Chine, le bambou était abondant et très vigoureux, il pouvait fournir une abondance de fibres papetières à bien meilleur marché que les autres fibres. La plantation du bambou se fait avec un morceau de rhizome. La plantation a lieu entre mars et avril et entre août et septembre.

La fibre de bambou est plus courte que la fibre des chanvroïdres (chanvre, ramie, lin...) ou la fibre de mûrier. Elle fait en général entre 1,5 et , jamais plus de . Le papier de bambou (en chinois 竹纸 zhúzhǐ) a une teneur en fibres hétérocellulaires et fines élevée, de sorte que le papier est compact, uniforme, lisse, à grains fins, qu’il absorbe bien l’encre et s’adapte bien à l’impression. La province du Fujian est une des principales régions de papier de bambou, particulièrement sous les Song, Yuan et Qing.

La qualité de la fibre papetière utilisée joue un rôle essentiel dans la qualité du papier produit. Les espèces de bambous ont été classées en quatre classes en fonction de la qualité du papier qu’ils offrent:

Première classe: Bambusa rigida Keng & P. C. Keng (硬头黄竹 yingtouhuang zhu), Bambusa sinospinosa McClure (车筒竹 chetong zhu), Phyllostachys edulis (Carrière) J. Houzeau (毛竹 maozhu), N. affinis (Rendle) Keng f., Schizostachyum hainanense Merrill ex McClure, B. lapidea McClure, Phyllostachys sulphurea cv. Viridis, Dendrocalamus strictus (Roxburgh) Nees, D. oldhamii (Munro) Keng f., S. funghomii McClure, P. sulphurea (Carr.) A. et C. Riv., B. chungii McClure. Seconde classe: Dendrocalamus minor (McClure) L. C. Chia & H. L. Fung (吊丝竹 diaosi zhu), Bambusa pervariabilis McClure (撑篙竹 cheng gao zhu), P. heteroclada Oliver, P. robustiramea S. Y. Chen et C. Y. Yao, Bambusa cerosissima McClure (箪竹 dan zhu), Chimonobambusa quadrangularis (Franceschi) Makino (方竹 fangzhu), B. duriuscula W.T.Lin, P. glauca McClure. Troisième classe: Dendrocalamus latiflorus Munro (麻竹 ma zhu), Chimonobambusa marmorea (Mitford) Makino (寒竹 hanzhu), Bambusa textilis McClure and espèces de Fargesia Franch. emend. Yi. Quatrième classe : Bambusa multiplex (Loureiro) Raeuschel ex Schultes (孝顺竹 xiaoshun zhu), Bambusa rutila McClure (木竹 muzhu), P. amarus (Keng) Keng f., P. amabilis (McClure) Keng f., Bambusa distegia (Keng et Keng f.) Chia et H. L. Fung (料慈竹 liaoci zhu), P. japonica (Sieb. et Zucc.) Makino.

Produits dans une large zone de production, les processus de productions et le traitement des matières fibreuses se sont différentiés, ce qui a donné des papiers avec des caractéristiques très différentes. Yi Xiaohui donne cinq grands types de papier de bambou: le papier Lianshi (连史纸 Liánshǐ zhǐ) est un papier apprêtéqui a reçu un apprêt, 熟 en chinois, de qualité supérieure, blanc comme le jade, fin, avec une absorption de l’encre uniformevoir la vidéo pour la fabrication traditionnelle du papier Lianshi, à partir 1:20. Apparu au milieu du , il est utilisé pour la calligraphie et la peinture et comme papier à lettre. Exemples de papiers originaires de provinces différentes: 1) le papier Liansi 连四纸, de Qianshan dans la province du Jiangxi, 2) le papier Lianshi 连史纸, de Liancheng dans la province du Fujian, 3) un autre papier Lianshi 连史 纸, mais originaire de Jiajiang dans le Sichuan 4) le papier Baijian 白笺纸 du Zhejiang 5) le papier Dagong 大贡纸 de Liuyang, dans le Hunan. le papier Gongchuan 贡川纸 est un papier de qualité inférieure au Lianshi qui utilise un simple blanchiment à la lumière solaire. Exemples: le papier Guanshan 关山纸, venant du Fujian et le papier Gongchuan de Jiajiang 夹江 au Sichuan le papier Maobian 毛边纸 (appelé aussi papier Yukou 玉扣纸) originaire du Fujian. Il s’agit généralement d’un papier apprêté qui n’a pas été blanchi au soleil, d’une couleur jaune clair, lisse. Il a servi à imprimer les classiques ou à écrire à la plume d’oie. Produit en grande quantité, il était bon marché le papier Yuanshu 元书纸 est originaire de Fuyang dans la province du Fujian. Il s’agit d’un papier apprêté qui se décline sous de nombreux noms: Huazhu 花笺, Huangbiao 黄表, Jingfang 京放, etc. Il est fin, lustré, jaunâtre et ne se perfore pas le papier Biaoxin 表芯纸 est un papier utilisé pour l’emballage quotidien, l’hygiène, les rites, produit dans le Zhejiang, Guangdong et Fujian.

Dans plusieurs provinces ont été fabriqués des papiers « xuan » à base de bambous. Dans le Fujian est fabriquée une imitation du papier xuan de l’Anhui, appelé papier Liancheng Xuan (连城宣纸 Liánchéng xuānzhǐ). Il est fait avec de la pulpe fraiche de bambou, alors que le véritable papier xuan est produit avec le santal bleu et la paille de riz à Jingxian dans l’Anhui. Dans le Sichuan aussi, il existe un papier pour calligraphie et peinture Jiajiang (夹江书画纸 Jiā jiāng shūhuà zhǐ) à base de bambou. Papier Yukou, 玉扣纸 Yukou zhi