Lélection présidentielle libanaise de 2022-2025 a lieu à partir du afin d'élire le président de la République.

Le président sortant, Michel Aoun, dont le mandat de six ans prend fin le , n'est pas éligible à sa réélection immédiate.

Le scrutin a lieu au suffrage indirect par les membres de la Chambre des députés. Par convention selon le Pacte national libanais et l'accord de Taëf, le président est toujours un chrétien maronite, en vertu du système confessionnel. La présence d'un quorum de participation nécessaire pour valider la tenue du scrutin rend possible le blocage du processus avant qu'il ne puisse aboutir à un second tour, ce qui conduit à la répétition de premiers tours pendant plus d'une dizaine de sessions étalées de 2022 à 2025.

Comme lors de la précédente élection, les différentes formations politiques ne parviennent pas à s'entendre sur la désignation d'un successeur avant la fin du mandat présidentiel en cours, provoquant une vacance du pouvoir à la tête de l'État, la troisième consécutive depuis 2007 et la plus longue, d'une durée de plus de deux ans et deux mois.

Joseph Aoun, commandant des Forces armées, est finalement élu lors de la treizième session qui a lieu le , avec une majorité de sur 128.

Contexte vignette|gauche|120px|Michel Aoun La précédente élection présidentielle fait l'objet d'une crise politique sans précédent, qui conduit le scrutin a s'étaler sur deux ans du au . Le quorum de participation des deux tiers des parlementaires n'est pas atteint, en raison du boycott des 20 députés du groupe parlementaire mené par Michel Aoun, des 13 députés du Hezbollah et de leur alliés respectifs, empêchant la bonne tenue du scrutin. Cette situation se répète sur un total de 45 sessions parlementaires tandis que l'intérim présidentiel est exercée collectivement par le conseil des ministres, contribuant à la paralysie institutionnelle du pays« L'élection présidentielle libanaise encore reportée », Le Monde, ..« Au Liban, l'impossible accord pour élire un président », Libération, ..

vignette|120px|Saad Hariri Après 45 sessions parlementaires, un accord est finalement trouvé fin 2016 sur la candidature de Michel Aoun. L'accord est rendu possible par le rapprochement de ce dernier, chrétien maronite à la tête du Courant patriotique libre (CPL), avec Saad Hariri, musulman sunnite fils de l’ancien Premier ministre Rafiq al-Hariri assassiné en 2005. Jusqu'alors irréconciliable, les deux hommes s'accordent sur l'élection d'Aoun à la présidence de la république en échange de la nomination d'Hariri à la Présidence du Conseil des ministres..

La Chambre est à nouveau convoquée le pour une session, et la majorité élit Michel Aoun au second tour par 83 voix sur 84, avec 36 votes blancs et 7 votes nuls... Son élection est accueillie avec un grand soulagement par la population, de nombreux coups de klaxons de voitures marquant la nouvelle tandis que des feux d'artifice sont même lancés au soir du scrutin dans plusieurs régions du pays.

Saad Hariri devient président du Conseil en . Il est reconduit après les élections législatives de 2018 à l'issue de huit mois de négociations, mais doit démissionner en face à des manifestations de grande ampleur contre la stagnation de l'économie, le chômage, le système politique confessionnaliste, la corruption et l'incapacité du gouvernement à fournir les services essentiels tels que l'eau, l'électricité et l'assainissement...

vignette|Cratère de l'explosion au port de Beyrouth. Le gouvernement suivant formé par Hassan Diab ne parvient cependant pas à rétablir la situation économique et finit par chuter en dans le contexte des explosions dans le port de Beyrouth, qui relancent le mouvement de protestation.. Najib Mikati le remplace le après une tentative infructueuse de Moustapha Adib puis de Saad Hariri à former un gouvernement..

La crise socio-économique s'accentue en 2021, la Banque mondiale (BM) allant jusqu'à la qualifier de . Le Produit intérieur brut (PIB) est ainsi passé de près de 55 milliards de dollars en 2018 à seulement 20 milliards deux ans plus tard.. C'est dans ce contexte que sont organisées les élections législatives le , à l'issue desquelles la nouvelle Chambre des députés doit procéder à l'élection du président de la République. Le mandat de Michel Aoun s'achevant le , la Chambre doit théoriquement élire son successeur avant cette date. En raison des difficultés politiques du pays, le non respect de cette date limite est cependant jugé probable..

Système électoral Le président de la République libanaise est élu pour un mandat de six ans au suffrage indirect et secret par un collège électoral composé des 128 membres de la Chambre des députés...

Le système électoral utilisé est un scrutin uninominal majoritaire à plusieurs tours. Pour l'emporter, un candidat doit réunir au premier tour la majorité qualifiée des deux tiers de l'ensemble des membres du collèges, soit 86 voix. À défaut, un second tour est organisé. Est alors élu le candidat qui remporte les voix de la majorité absolue des membres, soit 65 voix. Si besoin, des sessions supplémentaires sont réitérées jusqu'à ce qu'un candidat atteigne cette majorité..

La majorité des deux tiers exigée au premier tour fait également de facto office de quorum de participation, le scrutin ne pouvant se tenir si moins des deux tiers des membres de la chambre sont présents.

En accord avec la constitution de 1926, un candidat à la présidence doit répondre aux mêmes qualifications qu'un membre du parlement : posséder la citoyenneté libanaise et être âgé d'au moins vingt-et-un ans. Le président ne peut se porter candidat à sa réélection que passée une période de six ans suivant la fin de son mandat. Il n'y a pas de limite au nombre total de mandats..

L'élection est organisée entre soixante et trente jours avant la fin du mandat du président sortant sur convocation du président de la Chambre des députés, ou dix jours avant si ce dernier ne procède pas à cette convocation. La Chambre est, par ailleurs, immédiatement convoquée en cas de vacance de la présidence en cours de mandat.

Pacte national Par convention, l'élection à la présidence de la République est soumise à une entente officieuse connue sous le nom de Pacte national, et réaffirmé par l'accord de Taëf, qui la limite aux seuls membres de la foi chrétienne maronite, en vertu du système confessionnel.

Absent de la constitution, le Pacte national est basé sur un accord officieux conclu en 1943 entre le président de la République chrétien maronite Béchara el-Khoury et son président du Conseil sunnite, Riad El Solh, lors de l'accession du Liban à l'indépendance vis-à-vis de la France. Le pacte stipule que le président de la République doit être un chrétien maronite, le président du Conseil des ministres un musulman sunnite et le président de la Chambre des députés un musulman chiite.. L'accord de Taëf (اتفاق الطائف) est un traité inter-libanais signé le , destiné à mettre fin à la guerre civile libanaise qui dure depuis 1975. Il est présenté comme une tentative de restauration de la paix par un cessez-le-feu et par la réconciliation nationale. Négocié à Taëf en Arabie saoudite, il réaffirme le système confessionnel en vigueur depuis 1943.

Déroulement Première session le 29 septembre La première session électorale est organisée le . Fils de l'ancien président assassiné René Moawad, Michel Moawad arrive en tête avec 36 voix contre 11 à Salim Eddé, mais aucun candidat ne recueille la majorité requise de 86 voix au premier tour. Si 122 députés sont présents sur 128, le nombre de votes blancs (63) est en effet très élevé. Douze autres votes sont invalidés, dont dix voix attribuées , une à l'iranienne Mahsa Amini dont la mort deux semaines plus tôt provoque des manifestations de grande ampleur, en cours au moment du vote. Enfin, une dernière voix est attribuée à , ancien président du Conseil assassiné en 1987 au cours de la guerre civile.. Un grand nombre de députés quittent la salle avant la tenue du second tour, faisant chuter le nombre de députés présents à 64, soit en deçà du quorum exigé de 65 députés au second tour, ce qui provoque son annulation et le report du vote à une session ultérieure...

+RésultatsCandidatsPartis tour tour Voix % Voix % Michel Moawad Membre de l'Alliance du 14-Mars 36 76,60Quorumnon atteint Salim Eddé Ind. 11 23,40Majorité requiseAu premier tour, la majorité des deux tiers des inscrits est requise, et non pas une majorité des suffrages exprimés. Aux tours suivants, l'élection ne nécessite plus que la majorité absolue des inscrits. 86 voix 65 voix Votes valides 47 38,52Quorumnon atteint Votes blancs 63 51,64 Votes nuls 12 9,84 Total 122 100 64 100 Abstention 6 4,69 64 50,00 Inscrits / participation 128 95,31 128 50,00

Deuxième session le 13 octobre Une seconde session convoquée pour le échoue d'emblée faute de quorum, seuls 71 députés étant présent sur 128, bien en deçà du quorum de 86 députés...

Troisième session le 20 octobre Une troisième est convoquée pour le suivant. Elle échoue sensiblement comme la première, Michel Moawad arrivant en tête avec 42 voix contre une seule à Milad Abou Malhab. Le nombre de votes blancs et nuls empêche à nouveau une élection au premier tour, 55 députés votants blancs et 17 autres votants pour , et un chacun pour , , et . Le boycott au second tour des alliés du Hezbollah, dont le Courant patriotique libre, empêche sa tenue faute de quorum....

+RésultatsCandidatsPartis tour tour Voix % Voix % Michel Moawad 42 97,67Quorumnon atteint Milad Abou Malhab Ind. 1 2,33Majorité requise 86 voix 65 voix Votes valides 43 36,13Quorumnon atteint Votes blancs 55 46,22 Votes nuls 21 17,65 Total 119 100 Abstention 9 7,03 Inscrits / participation 128 92,97

Quatrième session le 24 octobre

Une quatrième session organisée le donne lieu au même blocage, Michel Moawad n'obtenant plus que 39 voix contre dix au professeur Issam Khalifé. Avec 50 votes blancs, ces derniers connaissent une nouvelle baisse, tandis que treize députés votent pour , un et un député votant . La séance est encore une fois levée après un seul tour de scrutin faute de quorum pour un second.. +RésultatsCandidatsPartis tour tour Voix % Voix % Michel Moawad 39 79,59Quorumnon atteint Issam Khalifeh Ind. 10 21,41Majorité requise 86 voix 65 voix Votes valides 49 42,98Quorumnon atteint Votes blancs 50 43,86 Votes nuls 15 13,16 Total 114 100 Abstention 14 10,94 Inscrits / participation 128 89,06 Vacance du pouvoir le 31 octobre Le , à l'issue de son mandat de six ans, le président Michel Aoun quitte ses fonctions et rejoint sa résidence privée. Comme en 2014 et 2007, l'absence de successeur désigné avant cette date entraîne une vacance du pouvoir à la tête de l'État à partir de cette date. Cette situation est accentuée par un décret signé par Aoun juste avant son départ, dans lequel il conteste le droit du gouvernement du président du Conseil Najib Mikati à diriger le pays, puisqu'il a accepté la démission de l'exécutif sortant..

Cinquième session le 10 novembre Une cinquième session organisée le donne lieu au même blocage, Michel Moawad obtenant 44 voix contre 6 au professeur Issam Khalifé, et une chacun à l'économiste Ziad Hayek et à l'ancien ministre de l’Intérieur Ziad Baroud. Avec 47 votes blancs, ceux ci connaissent une nouvelle baisse, tandis que sept députés votent pour , un et un autre . La séance est encore une fois levée après un seul tour de scrutin faute de quorum pour un second. le blocage amène le député Melhem Khalaf à soulever la question de l'obligation du quorum, arguant que la constitution ne l'impose pas clairement au second tour...