Les élections législatives pakistanaises de 2024 se déroulent le afin d'élire les membres de l'Assemblée nationale du Pakistan. Des élections provinciales ont lieu le même jour au Pendjab, au Baloutchistan, au Khyber Pakhtunkhwa et dans le Sind.
Les élections sont un temps prévues de manière anticipée à la suite de la dissolution de l'assemblée en avril 2022 par le Premier ministre et dirigeant du Mouvement du Pakistan pour la justice (PTI), Imran Khan, afin d'échapper à une motion de censure déposée par l'opposition. Celle-ci réclame des élections anticipées à partir de 2019, un an après la victoire controversée du PTI aux précédentes élections législatives. Cette dissolution est cependant invalidée par la Cour suprême. Renversé par la motion de censure qui s'ensuit, Imran Khan cède la place au chef de l'opposition Shehbaz Sharif (PML-N). Celui-ci continue de réclamer des élections anticipées puis échappe à une tentative d'assassinat.
Le gouvernement de Shehbaz Sharif et le gouvernement intérimaire qui s'ensuit voient le retour au Pakistan et l'annulation des condamnations du dirigeant historique de la PML-N, Nawaz Sharif, en exil depuis sa condamnation pour évasion fiscale dans le cadre du scandale des Panama Papers, et qui est de nouveau éligible au poste de Premier ministre, ainsi que l’emprisonnement puis les condamnations multiples d'Imran Khan, pour corruption, fuite d'un document classifié censé prouver une collusion entre l'armée du Pakistan et les États-Unis pour le renverser du fait de son refus de rompre avec la Russie après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, ainsi que pour mariage illégal. Après plusieurs mois de reports successifs des élections législatives, le scrutin a finalement lieu en l'absence du PTI, empêché de concourir à la suite d'une décision controversée de la Commission électorale, confirmée par la Cour suprême. Les condamnations successives du PTI et de ses dirigeants, ainsi que la disqualification du PTI et la répression de ses partisans, sont dénoncées par les observateurs.
Bien que contraints à se présenter en indépendants, les candidats du PTI arrivent en tête du scrutin, marqué par des accusations de fraude électorale envers le gouvernement, soupçonné d'avoir modifié les résultats afin d'amoindrir les résultats de ces indépendants. La non-appartenance officielle à une formation politique privent par ailleurs ces derniers de la répartition des 70 sièges réservés, sur un total de 336 députés. À l'issue du scrutin, Nawaz Sharif déclare vainqueure la PML-N, et annonce la formation d'un gouvernement avec le soutien du Parti du peuple pakistanais.
Contexte Victoire controversée du PTI aux législatives de 2018 vignette|gauche|redresse|Imran Khan. Le Mouvement du Pakistan pour la justice (PTI) remporte les élections législatives de 2018, dont il était donné favori avec la Ligue musulmane du Pakistan (N) du gouvernement sortant. À sa tête, Imran Khan établit à l'occasion de la campagne un virage conservateur, indiquant par exemple vouloir conserver la loi interdisant le blasphème Au Pakistan, Imran Khan met du people rigoriste dans la politique sur Libération, le 19 février 2018Le Pakistan s’apprête à élire un Trump bis à sa tête sur Slate.fr, le 19 juillet 2018. Ses opposants lui reprochent de vouloir ainsi s'attirer le vote des conservateurs religieux Imran Khan criticised for defence of Pakistan blasphemy laws sur The Guardian, le 9 juillet 2018. Il fait cependant campagne sur un programme accordant une place significative à l'écologie, et promet des investissements dans la santé et l'éducation, dont une scolarisation accrue des enfants. Ces dernières lui valent ainsi d'être salué par la lauréate du prix Nobel de la paix, Malala Yousafzai..
Le clan formé autour de l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, dont le frère Shehbaz Sharif est à la tête de la Ligue musulmane, accuse la puissante armée pakistanaise d'avoir comploté contre lui et favorisé le PTI, tandis que plusieurs médias et fonctionnaires font état d'une répression contre le parti sortant, et dénoncent des censuresPakistan: pas de docteur personnel pour l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif emprisonné et souffrant sur L'Express, le 23 juillet 2018Avant des élections au Pakistan, l'ombre de l'armée sur la presse sur L'Express, le 29 juin 2018. Arrivé largement en tête des législatives, le PTI ne parvient cependant pas à obtenir seul la majorité absolue. Imran Khan entame alors des négociations pour former un gouvernement de coalition avec plusieurs petits partis et députés indépendants, tandis que ses rivaux dénoncent des fraudes électorales Pakistan election: Imran Khan begins coalition talks as opposition parties protest 'rigged' vote sur independent.co.uk, le 28 juillet 2018.
Le PTI finit par conclure un accord de coalition avec la Ligue musulmane du Pakistan (Q), le Parti baloutche Awami, la Grande alliance démocratique, le Mouvement Muttahida Qaumi et plusieurs indépendants.. Imran Khan reçoit le l'investiture de l'Assemblée nationale par favorables, soit quatre de plus que la majorité requise. En arrivant au pouvoir, il interrompt l'alternance traditionnelle entre le Parti du peuple pakistanais et les factions de la Ligue musulmane du Pakistan, notamment celle de Nawaz Pakistan. L’ex-champion de cricket Imran Khan devient Premier ministre sur ouest-france.fr, le 17 août 2018. Sa large victoire lui permet également de faire élire son candidat, Arif Alvi, à l'élection présidentielle qui se tient au suffrage indirect début septembre 2018..
Contestation d'Imran Khan par l'opposition
Fazal-ur-Rehman, dirigeant du parti islamiste JUI-F prend la tête d'une manifestation anti-gouvernementale de partisans en novembre 2019.
L'opposition finit par se coaliser et fonde le Mouvement démocratique pakistanais le à Islamabad. Ce dernier se place dans la lignée de coalitions d'oppositions telles que l'Alliance nationale pakistanaise ou le mouvement pour la restauration de la démocratie. Il est mené par la Ligue musulmane du Pakistan (N) et le Parti du peuple pakistanais (PPP) et compte neuf autres partis de l'opposition parmi ses membres Pakistan Democratic Movement (PDM): All you need to know sur jagranjosh.com, le 29 octobre 2020. Fazal-ur-Rehman est nommé à la tête de l'alliance, un choix consensuel puisqu'il évite de choisir entre les deux principaux partis..
Le mouvement mène différentes actions à travers les quatre provinces du pays, souvent dirigées par le chef du PPP Bilawal Bhutto Zardari et la vice-présidente de la Ligue Maryam Nawaz Sharif. Son premier rassemblement le 16 octobre 2020 à Gujranwala regroupe jusqu'à sympathisants dans le stade de la ville FIR registered against PDM Gujranwala jalsa management over violation of coronavirus SOPs: sources sur geo.tv, le 20 octobre 2020. Un second rassemblement mené le 18 octobre à Karachi réunit entre personnes selon les autorités et selon le PPP. PDM Karachi Jalsa, how many people were present? sur baaghitv.com, le 19 octobre 2020. Le mouvement rassemble ensuite près de personnes à Quetta le 25 octobre, sous la surveillance de , le pouvoir évoquant des menaces d'attentats... Le 22 novembre, c'est à Peshawar que le mouvement mène sa quatrième action en revendiquant participants, malgré les tentatives du pouvoir de l'interdire, citant la pandémie de Covid-19.. Le 30 novembre, un nouveau rassemblement à Multan est mené par Maryam Nawaz et Asifa Zardari, sœur de Bilawal..
Le mouvement démocratique pakistanais critique le pouvoir exorbitant des militaires au Pakistan, réclame des élections anticipées en 2021 et le départ du gouvernement d'Imran Khan, « choisi par l'armée » selon l'alliance. Il dénonce des fraudes lors des élections législatives de 2018. Selon les observateurs internationaux, les militaires n'ont pas directement interféré dans le processus de vote, mais de nombreux analystes estiment qu'ils ont activement soutenu certains partis et isolé leurs détracteurs. Dans une charte en douze points, le mouvement demande notamment l'indépendance du Parlement et de la justice, la liberté de la presse, une réforme électorale et la fin de l'interférence de l'armée..
De son côté, Imran Khan dénonce le mouvement comme une opération de ses dirigeants qui chercheraient à échapper aux poursuites pour corruption et à exercer un chantage afin d'obtenir une amnistie, à l'instar de l'ordonnance nationale de réconciliation de 2007 PM Imran terms PDM Lahore public meeting 'pathetic', rules out NRO again sur Dawn.com, le 13 décembre 2020. Le clan Sharif, dont Nawaz Sharif, son frère Shehbaz Sharif et sa fille Maryam Nawaz Sharif font ainsi l'objet de poursuites depuis les révélations des Panama Papers, alors que le premier est en « exil » à l'étranger et le second emprisonnéArrestation de Shehbaz Sharif, leader de l’opposition au Pakistan sur Le Courrier international, le 28 septembre 2020.
Crise constitutionnelle de 2022
Fin mars 2022, la coalition au pouvoir perd la majorité absolue à la suite de la défection de plusieurs députés. L'opposition, dont notamment la Ligue musulmane du Pakistan (N) et le Parti du peuple pakistanais, dépose immédiatement une motion de censure à son encontre.. Imran Khan accuse alors les États-Unis de souhaiter son départ du pouvoir pour s'être rendu en Russie dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022..
Le 3 avril, alors que la motion est en passe d'être votée par l'opposition, le vice-président de l'Assemblée nationale, Qasim Suri, membre du parti du Premier ministre et qui préside la session, refuse qu'elle soit votée, en arguant qu'elle est car elle serait soutenue par une .. Imran Khan demande peu après au président de la République Arif Alvi de convoquer un scrutin anticipé, ce que ce dernier effectue dans la foulée.... Ses fonctions devraient prendre fin dès la nomination d'un gouvernement intérimaire..
La Cour suprême examine du 3 au 7 avril un recours déposé par l'opposition. Le 7 avril, elle déclare inconstitutionnelle le rejet de la motion de censure et invalide par conséquent la dissolution. La Cour ordonne également à l'Assemblée nationale de se réunir le 9 avril pour voter la motion de censure...
Imran Khan est finalement renversé par la motion de censure, votée dans la nuit du 8 au 9 avril, peu après minuit, par 174 députés, soit cinq voix de plus que le minimum requis. Le vote fait suite à la démission du président et du vice-président de l'Assemblée. Alors que la session chaotique avait débuté la veille à 10 heures du matin, elle a été ajournée à plusieurs reprises, alors que des députés des deux camps se sont échangé des invectives et que des ministres ont retardé le vote par des discours fleuves en guise d'obstruction parlementaire..
Gouvernement Shehbaz Sharif vignette|Shehbaz Sharif alors Premier ministre Le , Shehbaz Sharif devient Premier ministre et reçoit la confiance de l'Assemblée nationale par 174 voix pour sur un total de 342 sièges, soit deux de plus que la majorité absolue. En plus de son parti, il réunit autour de lui le Parti du peuple pakistanais, l'islamiste Jamiat Ulema-e-Islam et divers petits partis.. Les partisans d'Imran Khan boycottent la session, dénonçant les affaires de corruption entourant Sharif et pointant du doigt une « conspiration étrangère » contre le précédent gouvernement Shehbaz Sharif elected prime minister of Pakistan sur Dawn.com, le 11 avril 2022.
Du fait des tractations entre les partenaires de la coalition, le gouvernement n'est annoncé que le 19 avril. Comme le Premier ministre, les membres du gouvernement sont assermentés par le président de la chambre haute..
Tentative d'assassinat puis emprisonnement d'Imran Khan