Le Mbondjo (ou langue d’Impfondo) est une langue bantoue du groupe C20, proche des langues Bobangi et Lingala avec lesquelles elle partage plusieurs traits lexicaux et phonetiques. Parlée principalement dans le nord-est de la république du Congo, le long du fleuve Oubangui, dans le département de la Likouala. Elle constitue la langue maternelle du peuple Mbondzo (ou Impfondo).
Bien qu’elle ait été classée par Malcolm Guthrie dans le groupe C10 (dit « oubanguien »), cette attribution est aujourd’hui considérée comme erronée. La structure phonologique et morphologique du mbondjo le rapproche nettement des langues de la Cuvette congolaise, telles que le Bobangui, le Lingala, le Likouba, le Mbochi ou encore l’Enyellé.
Le philosophe et anthropologue congolais Julien Francis Moufonda propose ainsi une reclassification scientifique du mbondjo dans le groupe C20, estimant que son rattachement à la zone C10 relève d’une confusion historique qui mérite d’être corrigée.
Répartition géographique Le Mbondjo est parlé à Impfondo et dans les zones environnantes, s’étendant au nord au-delà de Dongou et vers le sud jusque chez les Baloïs. Il coexiste dans une aire linguistique où l’on retrouve également le Bobangui, le Lingala, le Likouba, les Mbochis et les Enyellé, avec lesquels il entretient des interactions lexicales et phonétiques anciennes.
Origine et identité Durant la période coloniale du Congo français et du Moyen-Congo, l’administration désignait sous le nom de « Mbondzo » toutes les populations vivant entre Liranga sur le fleuve Congo et Moungoumba en République centrafricaine. Aujourd’hui, cette appellation ne désigne plus qu’un groupe précis : les habitants d’Impfondo, qui se nomment eux-mêmes Wa Mbondzo (singulier) et Ba Mbondzo (pluriel), ou encore Wa Impfondo et Ba Impfondo.
Classification Contrairement à la classification initiale de Malcolm Guthrie (groupe C10, oubanguien), le Mbondjo relève du **groupe C20** des langues bantoues, proches des langues de la Cuvette congolaise. Cette révision repose sur des critères lexicaux et morphologiques. Ainsi, on dit *moto* (personne) et *bato* (gens), formes typiquement bantoues, là où d’autres langues régionales utilisent *muntu*, *bantu*, *moro* ou *baro*.
Études et documentation Le Mbondjo a fait l’objet d’une étude phonologique approfondie réalisée par le **philosophe et anthropologue congolais Julien Francis Moufonda**, originaire d’Impfondo. Son travail constitue à ce jour la seule étude systématique de la phonologie du Mbondjo, publiée et référencée sur Wikipédia.
Phonologie
Système tonique Le Mbondjo distingue deux types de tons :
A) Le ton ponctuel **Ton haut** : ex. *mbángi* (« chanvre »), *Etóbo* (« habit ») **Ton bas** (non noté) : ex. *ndɔtɔ* (« songe »), *moto* (« personne »)
B) Les tons modulés **Ton descendant (V’V)** : ex. *Sɔɔlɔ* (« c’est vrai ») Les tons permettent des oppositions phonologiques : *nyongo* (« dette ») / *nyɔ’ɔngɔ’* (« mère »).
Phonèmes vocaliques Le système vocalique comprend 7 voyelles : /i, u, e, o, ɛ, ɔ, a/. Les oppositions sont illustrées par : *ibila* (« arracher ») / *mbula* (« pluie ») *igono* (« palmier à huile ») / *égono* (« régime de noix de palme »)
Tableau des phonèmes consonantiques +Bilabiales Labio-dentales Apico-alvéolairesDorsales Vélaires Labio-vélairesOrales Sourdes pft kkp, mp Sonores bvddz Continuesw sy Latérales l Mi-nasalesmb gn, ndndzng, nkngb, ns, nwNasales m n Le système consonantique du Mbondjo compte environ 25 unités distinctes.
Structure syllabique Le Mbondjo présente quatre types de syllabes : Type V : *ó* (dans *moto ó mbóka* « l’homme dans un village ») Type CV : *ngá* (« moi »), *nkɔ* (« forêt ») Type CVV : *nkáa* (plante magique et médicinale) Type CCV : *nwána* (« enfant »), *myendé* (« mollets »)
Les mots peuvent être monosyllabiques (*nkɔ* « forêt »), dissyllabiques (*ngánda* « campement »), trisyllabiques (*itóna* « refuser ») ou quadrisyllabiques (*mokambisi* « astreinte »).
Radicaux nominaux et verbaux Monosyllabes : *nkɔ* (« forêt » → *mankɔ*, « forêts ») Dissyllabes : *lolé* (« homme », pluriel *balolé*) ; *ngánda* (« campement ») Verbaux : *itóna* (« refuser »)
Certains radicaux produisent des adjectifs : *mbé* (« mauvais comportement ») *bobé* (« laideur ») : *bato babé* (« les gens mauvais »)
Combinaisons vocaliques +V1 \ V2i !u !e !o !ɛ !ɔ !a++++ |+|+ ++ +o+|++ɛ |+|++ɔ+a+|++ Toutes les voyelles peuvent se combiner, sauf incompatibilités entre les degrés d’aperture élevés (*ɛ*, *ɔ*) et la voyelle ouverte *a*.
Combinaisons consonantiques Le Mbondjo autorise de nombreuses combinaisons consonantiques complexes. L’analyse révèle que : En première position, les consonnes **b**, **m** et **mb** sont les plus fréquentes. En deuxième position, la consonne **ng** domine. Les consonnes **kp**, **ngb** et **nw** apparaissent rarement, sauf en redoublement (*ngbangba* « nom de personne »).
Combinaisons tonales Dans les structures dissyllabiques (CVCV) : Bas + bas : *nsanga* (« panier ») Haut + bas : *nkamba* (« ceinture ») Bas + haut : *nsongá* (« panier de pêche ») Haut + haut : *kámbá* (« guerrier »)
Pour les structures CVV : Bas-bas : *nguiɛi* (« acide ») Haut-bas : *tɛtɛ* (« courge ») Haut-haut : *tátá* (« père »)
Assimilation et élision Le préfixe *i-* marque l’infinitif avec le suffixe *-a* : *itona* (« refuser »). Mais selon le contexte phonétique : *ibɛtɛ* (« tirer », « siffler ») *iwɔɔnɔ* (« se parler ») Une élision est possible lorsque deux voyelles identiques se suivent : *iwɔ-nɔ* → *iwɔnɔ*.
Conclusion Le système phonologique du Mbondjo comprend **7 voyelles** et **25 consonnes**. La langue pratique l’assimilation, l’élision, les tons modulés et des combinaisons consonantiques complexes. Elle doit être reconnue comme une **langue bantoue du groupe C20**, et non comme une langue oubanguienne.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Liens externes
La langue Lingala; https://esmaparis1.com/2023/05/18/le-lingala-une-langue-regionalisee/
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