Jane Williams, née Jane Cleveland, est une personnalité britannique née le à Londres et morte le dans la même ville.

Elle est surtout connue pour sa relation particulière avec le poète romantique Percy Bysshe Shelley, qui fait d'elle sa muse. Élevée en Inde puis en Angleterre, elle épouse John Edward Johnson, officier de la Royal Navy, et s'installe à Londres. Leur mariage ne dure guère et Jane Williams s'éprend d'un autre officier, Edward Ellerker Williams, avec qui elle part vivre en Italie. Le couple y fait la connaissance du poète Percy Bysshe Shelley et de sa femme, la nouvelliste Mary Shelley. S'étant épris de Jane Williams, Percy Bysshe Shelley s'inspire d'elle pour rédiger plusieurs poèmes enflammés. Quelques mois après la mort du poète avec Edward Ellerker Williams dans un naufrage, Jane Williams rencontre un ami proche de Percy Bysshe Shelley, Thomas Jefferson Hogg, avec qui elle a plus tard deux enfants. Jane Williams passe le reste de sa vie comme femme au foyer à Londres, où elle meurt le à .

Enfance et jeunesse Jane Williams naît à Marylebone, à Londres, au sein de la riche famille Cleveland, possédant une vaste bibliothèque. Son père, John Cleveland, meurt peu de temps après sa naissance, et sa mère, qui l'a mise au monde à presque quarante ans, dilapide rapidement une grande partie de la fortune familiale.

Durant son enfance, qu'elle passe en partie en Inde, Jane Williams s'initie au chant, à la harpe, à la guitare et au piano. Elle bénéficie d'une rente annuelle de au milieu de son adolescence. Dès sa jeunesse, elle est constamment entourée d'officiers militaires, notamment son frère John Wheeler Cleveland, qui fait carrière dans les Forces armées britanniques et parvient à se hisser au grade de général. S'étant imprégnée de la culture indienne et ayant appris l'hindoustani durant son séjour en Inde, Jane Williams incorpore souvent des airs de musique indienne dans ses modestes compositions.

Mariage avec John Edward Johnson De retour à Londres, elle fait la connaissance de John Edward Johnson, capitaine d'un , dont elle tombe amoureuse. Ils se marient à l'église en 1814. Le métier de John Edward Johnson leur permet d'avoir une situation financière confortable, mais le couple ne dure pas longtemps, en raison des déplacements fréquents et des comportements abusifs de Johnson. Jane Williams déclare plus tard que ce mariage lui a infligé des .

Relation avec Edward Ellerker Williams droite|vignette|upright=1.1|alt=Illustration représentant un jeune homme en train d'écrire sur un grand livre|Autoportrait d'Edward Ellerker Williams.

Début de relation Après le départ en voyage de John Edward Johnson en , Jane Williams rencontre Edward Ellerker Williams, officier diplômé du Collège d'Eton ayant servi dans la Royal Navy et devenu lieutenant dans le King's Royal Irish Hussars. Jane Williams s'attache très vite à l'officier avec qui elle passe de plus en plus de temps. Ils décident d'emménager ensemble pour vivre en couple, Jane bien que toujours mariée à Johnson allant jusqu'à adopter pour elle-même le patronyme d'Edward : elle souhaite ainsi désormais être appelée . Grâce à l'héritage légué par son père, qui est historien militaire et un descendant d'Oliver Cromwell, Edward Williams mène avec Jane un train de vie aisé. Leur relation soulève cependant l'indignation des membres de leurs familles respectives, notamment le frère de Jane et la belle-mère d'Edward qui qualifient cette relation d'. Plus tard toutefois, le frère de Jane Williams présente au couple des excuses, et juge même le mari légal de Jane, John Edward Johnson, comme un . Déterminée à s'engager dans une nouvelle aventure, Jane Williams envoie à son mari une lettre de rupture, mais Edward Johnson réagit violemment. S'ensuit alors une correspondance imprégnée d'insultes et de colère. À son retour à Londres à la fin de l'année 1818 cependant, Johnson ne mène aucune tentative pour se réconcilier avec Jane Williams.

Rencontre avec Thomas Medwin En 1819, Jane et Edward Williams font la connaissance de Thomas Medwin, qui leur narre ses voyages en Europe. En septembre de la même année, le couple décide de quitter Londres pour se rendre à Genève et s'installe dans une petite maison recommandée par Medwin. À ce moment-là, Jane Williams est déjà enceinte de quatre mois. En , elle donne naissance à son premier fils, Edward Medwin Williams, et, dès l'été de la même année, elle est de nouveau enceinte. Thomas Medwin quitte Genève en pour rendre visite à son cousin Percy Bysshe Shelley, à Pise. Jane et Edward voyagent quant à eux en France pendant plusieurs mois, avant de rejoindre Medwin et les Shelley en .

Séjour en Italie À leur arrivée en Italie, qu'ils trouvent paisible et agréable, Jane et Edward Williams rencontrent Percy Bysshe Shelley et sa femme Mary Shelley. Les deux couples s'entendent très bien et deviennent vite amis proches. Ils dînent ensemble et organisent des promenades pendant leur temps libre. Edward Williams et Percy Bysshe Shelley aiment naviguer à bord de l'Ariel, petit voilier qu'ils ont construit ensemble, en dépit des protestations de leurs femmes qui trouvent cette activité assez dangereuse. C'est durant cette période de gaieté que naît le deuxième enfant de Jane et Edward Williams, une fille nommée Jane Rosalind, en . Percy Bysshe Shelley lit souvent ses poèmes à Edward Williams, qui est très impressionné par la qualité des vers. Le poète l'encourage également à s'initier à la poésie.

Cet été-là, les deux couples séjournent dans une maison d'été dans le nord de l'Italie. Ils retournent à Pise en novembre et rencontrent Lord Byron, récemment arrivé dans la ville. Par la suite, ils cohabitent dans une maison située à l'écart de la ville, près de Lerici, où ils reçoivent la visite d'Edward John Trelawny au début de l'année 1822. La petite assemblée passe des jours heureux, même si la taille réduite de la maison engendre parfois des disputes parmi les domestiques.

La muse de Percy Bysshe Shelley L'éveil des sentiments À la suite d'une fausse couche en , Mary Shelley devient dépressive et très irritable. Dès lors, sa vie de couple ne cesse de se détériorer, d'autant plus que Percy Shelley commence à ce moment à développer des sentiments profonds pour Jane Williams, qu'il considère comme une femme au foyer modèle. Il est particulièrement séduit par les dons musicaux de Jane qui, selon lui, est l'incarnation de la femme idéale. Il pense avoir trouvé en elle toutes les qualités qu'il a toujours recherchées chez une femme. Cette attirance est d'autant plus ardente que les deux couples vivent à proximité l'un de l'autre. Bien que flattée par tant d'admiration, Jane Williams préfère prendre ses distances vis-à-vis du poète, par crainte d'éveiller des soupçons d'infidélité de la part de son conjoint.

Les poèmes gauche|vignette|upright|alt=Portrait d'un jeune homme vêtu d'une chemise blanche et d'une veste noire et tenant une plume dans sa main droite|Portrait de Percy Bysshe Shelley, par Alfred Clint. Durant cette période, Percy Shelley écrit onze poèmes à l'intention de Jane Williams. Elle est devenue sa seule source d'inspiration dans la composition de ses derniers vers, à quelques semaines de sa mort tragique. Edward Williams, lui, n'est pas gêné par la situation et il est même fier que sa femme puisse être la source d'inspiration d'un poète aussi , selon ses propres dires. En outre, certains biographes de Percy Shelley soutiennent que les sentiments du poète pour Jane étaient strictement platoniques, alors que des analyses effectuées par des spécialistes en poésie romantique ont permis de révéler des signes de frustration sexuelle dans les poèmes rédigés par Percy Bysshe Shelley au cours de cette période.

Percy Bysshe Shelley a toujours été fasciné par les chanteuses et les musiciennes. Il se délecte particulièrement de la voix mélodieuse de Jane Williams qui, selon les commentaires littéraires, exerce sur lui un effet presque hypnotique. Outre le chant, Jane Williams maîtrise la flûte, la harpe et la guitare. Pour lui faire plaisir, Percy Shelley lui fait cadeau d'une guitare, accompagnée d'un poème intitulé , dans lequel il attribue à la voix de sa muse la capacité surnaturelle d'agir sur la conscience. Jane Williams joue souvent avec cette guitare, qu'elle garde précieusement tout au long de sa vie. Plus tard, Percy Shelley lui offre un flageolet et veut même lui offrir une harpe, mais le prix élevé de l'instrument le dissuade d'en faire l'achat.

Ne voulant pas éveiller les soupçons d'Edward Williams, Percy Shelley a tenté de dissimuler ses sentiments dans ses poèmes, car il sait que la jeune femme a l'habitude de les lire avec son conjoint. Cependant, sa flamme transparaît dans certains, comme . Aveuglé par son admiration pour le poète, Edward n'a à aucun moment montré des signes de jalousie, acceptant même de lire lui-même quelques-uns de ces poèmes à sa femme. Percy Shelley parvient quant à lui à cacher à sa femme les poèmes et sa passion pour Jane Williams. Cette dernière garde précieusement les manuscrits des poèmes, avant de les montrer plus tard à Thomas Medwin, puis à Edward John Trelawny, qui décide de chercher un éditeur pour les publier.

Décès tragique de Percy Bysshe Shelley droite|vignette|upright=1.2|alt=Peinture représentant une plage. Au premier plan, on peut voir un cadavre brûlant sur un bûcher, autour duquel se tiennent quelques individus|Les funérailles de Shelley, par Louis Édouard Fournier (1889).

En , Edward Williams et Percy Shelley, accompagnés d'un jeune mousse, périssent dans le naufrage de leur voilier, l'Ariel, alors qu'ils tentent de traverser le golfe de Livourne pour rejoindre Lerici. Peu de temps avant le drame, Jane Williams fait un rêve prémonitoire, où elle voit à travers une fenêtre un énorme flot d'eau engloutir ce qu'elle pense être le fantôme de Percy Bysshe Shelley. Jane et Mary retournent à Pise pour les funérailles de leurs conjoints et les corps sont incinérés en . Après la crémation de Percy Bysshe Shelley, Jane Williams doit régler un différend entre Mary Shelley et Leigh Hunt, à propos des restes non brûlés du cœur du poète. Après l'incinération, en effet, Hunt a pris le cœur sur le bûcher de Percy Shelley, suscitant la colère de Mary qui veut elle aussi s'en emparer. Jane Williams parvient cependant à convaincre Leigh Hunt de rendre le cœur à Mary Shelley. Les deux veuves séjournent brièvement à Albaro, avant de se rendre à Gênes.

Retour en Angleterre En , Jane Williams retourne en Angleterre avec les cendres d'Edward Williams. Elle demeure avec sa mère et rend souvent visite à un musicien, Vincent Novello et sa famille. Le musicien apprécie beaucoup la compagnie de Jane Williams, notamment à cause de ses dons musicaux. Lorsqu'elle est informée du retour de Jane Williams en Angleterre, la belle-mère d'Edward Williams tente de s'emparer des cendres de son beau-fils, en vain.

droite|vignette|upright|alt=Portrait ovale d'une jeune femme portant un châle et un bandeau autour de la tête|Portrait de Mary Shelley, par Reginald Easton.

Supportant mal le climat britannique, Jane Williams songe un temps à retourner en Italie, mais elle reste finalement en Angleterre, qu'elle qualifie pourtant de . Elle se dit veuve, bien que John Edward Johnson, son mari légitime, soit encore en vie et demeure dans la même ville qu'elle. Durant le séjour de Jane Williams en Italie, John Edward Johnson se déclarait également veuf afin de faciliter sa recherche d'une nouvelle épouse.