thumb|Le Monument au multiculturalisme de Francesco Perilli à Toronto (Canada). Quatre sculptures identiques sont situées à Buffalo City (Afrique du Sud), Changchun (Chine), Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) et Sydney (Australie).
Multiculturalisme est un terme de sociologie, anthropologie et philosophie politique ayant des significations différentes en fonction de ces disciplines. Parmi ses multiples définitions., ce terme désigne avant tout un pluralisme culturel dans lequel différentes ethnies collaborent et dialoguent sans nier leur identité propre. Il met aussi bien en évidence des différences culturelles que des frontières au sein d'une même communauté.
Le multiculturalisme en tant que philosophie politique fait référence à des idéologies et des politiques diverses. qui peuvent aller du plaidoyer d'un respect des diverses cultures d'une société, à des politiques de promotion de la diversité culturelle ou identitaires, visant à favoriser l'expression des particularités des diverses cultures, en passant par des politiques anti-discriminatoires, visant à assurer un statut social égal aux membres des diverses cultures, des politiques communautaires., permettant l'existence de statuts (légaux, administratifs…) spécifiques aux membres de telle ou telle communauté culturelle et faisant la distinction des personnes en fonction des groupes religieux ou des groupes ethniques auxquels elles appartiennent... Le multiculturalisme aborde également la notion de diversité religieuse (pluralisme).
Le multiculturalisme qui se caractérise par le maintien du caractère distinctif des cultures multiples au sein d'une société est souvent opposé à d'autres concepts tels que l'assimilation culturelle, la ségrégation raciale, l'intégration sociale, la créolisation. Pour parler de multiculturalisme, les termes « creuset » ou « mosaïque culturelle » sont parfois employés.. Une démarche d'inclusion sociale est utilisée pour mettre en place ce modèle dans les villes.
L'interculturalisme est un modèle développé en réponse au multiculturalisme, par des critiques estimant que le multiculturalisme est un modèle ne permettant pas une inclusion efficace des divers groupes au sein d'une meme société. L'interculturalisme est sensible à la diversité culturelle mais via l'adoption de la culture dominante du pays ou de la région d'adoption, associée à la recherche de points communs tout en préservant les différences individuelles. Dans une société interculturelle les immigrés ou leurs descendants participent à l’ensemble des activités de la société d’accueil. Selon cette conception, une intégration culturelle réussie nécessiterait l’abandon d’une partie de la culture d’origine qui ne serait pas compatible avec les valeurs de la société d’accueil.
Définition
En sociologie et selon son acception la plus courante, le multiculturalisme est synonyme de pluralismeLawrence C. Becker, Charlotte B. Becker, Encyclopedia of Ethics, Routledge, Abingdon-on-Thames, 2013, p. 1189.. Pluralisme et multiculturalisme sont souvent utilisés indifféremment et peuvent se référer soit à une zone géographique où des communautés ethniques vivent en mixité et où coexistent des traditions culturelles différentes, soit à un pays dans sa globalité dans lequel vivent différentes communautés ethniques. La multiculturalité fait aujourd'hui le plus souvent référence à la coexistence d'un groupe ethnique indigène et de groupes ethniques étrangers.
Comprendre le multiculturalisme implique de comprendre ce qu’est une culture. Les définitions d'une culture sont nombreuses. Selon l'anthropologue Clyde Kluckhohn :
Toujours d'un point de vue sociologique, le multiculturalisme est la conséquence d'un processus naturel ou artificiel, par exemple, l'immigration légalement contrôlée, et se produit à l'échelle d'un pays ou à une échelle plus locale. Le multiculturalisme peut être artificiellement créé à la suite, par exemple, de la création d'une juridiction agrandissant en fusionnant des zones avec deux ou plusieurs cultures différentes.
Au niveau local, l'inclusion sociale favorise une approche multiculturelle concrète dans les villesJacques Galhardo, « Ville-cosmopolite, quartier-multiculturel : la différence comme instrument des politiques de la ville », L'Information géographique, 2019/3 (Vol. 83), p. 122..
Europe Allemagne Selon l'anthropologue Christian Giordano, l'Allemagne est une nation qui s'est historiquement constituée dans l'idée de n'être qu'une seule ethnie. Ce n'est qu'à la suite de la Seconde Guerre mondiale qu'elle connaît une arrivée importante de personnes immigrées, originaires pour la plupart du sud de l'Europe. C'est alors que se développe le terme de « Multikulturalismus »Giordano Christian (2017) "Multiculturalisme", in Anthropen.org, Paris, Éditions des archives contemporaines.. Son utilisation contemporaine est grandement liée au projet socioculturel nommé « MultiKulti »Peu de sources en français rapportent les effets contemporains du Multikulti, mais d'autres témoignent de l'impopularité du projet Merkel says German multicultural society has failed, bbc.com, 17 octobre 2010. La politique multiculturelle du pays est grandement marquée par ce projet jusqu'aux années 2010, celui-ci étant ciblé des critiques sur son optimisme à faire cohabiter spontanément et harmonieusement des cultures aux traits distincts les unes des autres. Le résultat observé est plutôt une conséquence inverse, soit des communautés ethnoculturelles vivant parallèlement ou séparément les unes des autres par quartiers. Les débats identitaires nationalistes reprennent, et la tendance contemporaine y va plutôt d'une intégration des personnes immigrées par une forme d'assimilation souple.
France Historiquement depuis la Révolution française, la France de la Première République est opposée au multiculturalisme et développe l’idée d’un universalisme républicain, c’est-à-dire l’égalité de traitement pour tous les citoyens sans distinction d’origine ethnique notamment. La conception du peuple français est depuis lors issue de la vision jacobine d’un peuple français uni dont la souveraineté n’est parfaite que si elle est entière et ne subit aucune exception au sens de Rousseau pour qui la volonté est générale ou elle n’est pas... La motivation principale des Jacobins était de créer une communauté politique et sociale effaçant les particularités locales et les inégalités de l'Ancien Régime.. Ce modèle jacobin en imposant une centralisation administrative et une politique d’inspiration rousseauiste visait en pratique à résorber la variété ethnique et culturelle des provinces puis plus tard celle des colonies et des immigrants.. Cet « illibéralisme français » se caractérise notamment par le refus d'envisager la constitution de corps intermédiaires.
Vers la fin du , la conception moderne de la citoyenneté évolue de l'universalisme vers le multiculturalisme. La nationalité française a été définie durant une longue période principalement par trois facteurs : l'intégration, l'adhésion individuelle, et la primauté du sol (jus soli). La politique d’intégration repose sur des politiques volontaires qui visent à créer une identité commune et à l'intériorisation par chaque individu d'un héritage culturel et historique commun. En France, l'État a précédé la nation et les gouvernements ont mis en œuvre d’importantes politiques volontaires pour la création de cette identité culturelle communeVoir Eric Hobsbawm.. L'influence grandissante de l’approche multiculturaliste fait dire à certains universitaires comme M. François Miclo, que le principe d’égalité n’était [plus] qu’un principe résiduel..
L'immigration change de nature à partir de 1976, à la suite de l'entrée en vigueur du décret sur le regroupement familial publié par le président Valéry Giscard d'Estaing et son premier ministre, Jacques Chirac. L'immigration de travail n'est plus majoritaire et un nombre grandissant d'étrangers s'installe en France avec leur famille.
Une transformation idéologique La question du multiculturalisme se pose à partir des années 1970 et 1980. La politique d'intégration des étrangers se transforme pour passer d'un modèle d'assimilation culturelle au multiculturalismeSylvia Zappi, "French Government Revives Assimilation Policy", in Migration Policy Institute .. La tradition française prônait jusqu'ici le processus d'assimilation, c'est-à-dire l'abandon par les immigrés de leur culture d'origine pour une adoption totale de la culture française, selon le précepte d'Ambroise de Milan,
L'anthropologue Jean-Loup Amselle explique cette transformation du modèle français par le fait que l'idéologie de la gauche et de l'extrême gauche, qui était centrée jusque dans les années 1970 autour du marxisme et de l'universalisme, s'est muée depuis en multiculturalisme cosmopolite. Ce « multiculturalisme à la française » qui prône le pluralisme social et culturel, pose alors le problème de l'identité. Il s'accompagne ainsi d'une montée de la revendication de l’identité nationale et du racisme avec un risque d’« ethnicisation de la France »Jean-Loup Amselle, L'Ethnicisation de la France, Éditions Lignes, 2011, 244 p. ., qui en sont sans doute les conséquences. En effet, le multiculturalisme oblige à redéfinir la base de la société et à répondre à une question politique fondamentale : pourquoi vivre en commun si la même culture n'est pas partagée par tous ?
La critique d'une France multiculturelle fait notamment partie des prises de position récurrentes d'Éric Zemmour ou d'Alain Finkielkraut..
Royaume-Uni Historiquement, le Royaume-Uni pratiquait une politique d'assimilation culturelle vis-à-vis des immigrés.. La situation commença à changer après la fin de la Seconde Guerre mondiale, où le gouvernement introduit en 1948 la Loi sur la nationalité, qui permet aux 800 millions de sujets de l'Empire britannique de vivre et de travailler au Royaume-Uni sans avoir besoin d'un visa, bien que ce ne soit pas une conséquence anticipée de la loi, qui Delphine Papin, « Le Royaume-Uni face au risque communautaire », hors série Le Monde-La Vie, n°6, « L'Atlas des minorités », 2011, 132-133... Cette migration a été initialement encouragée pour aider à combler les lacunes du marché du travail britannique pour les emplois qualifiés et non qualifiés, y compris dans les services publics tels que le nouveau National Health Service et les transports de Londres. De nombreuses personnes ont été spécifiquement amenées au Royaume-Uni sur des navires, notamment l'Empire Windrush en 1948..... La plupart des immigrés sont originaires des Antilles et des Indes.
Les tensions raciales commencent à se développer au cours des années 1950 et la situation dégénère en 1958 avec les émeutes raciales de Notting Hill. À l'époque, on compte environ immigrés. La Loi sur les immigrants du Commonwealth est adoptée en 1962 en réponse au sentiment public selon lequel les nouveaux arrivants et que En présentant le projet de loi à la Chambre des communes, le ministre conservateur de l'Intérieur, Rab Butler, déclare :
Afin d'éviter une situation similaire à celle du mouvement des droits civiques aux États-Unis, le ministre de l'Intérieur travailliste Roy Jenkins décide ainsi de préfigurer une politique multiculturelle en 1966 :