La sexualité de David Bowie participe à l’œuvre totale que l'auteur-compositeur-interprète britannique (1947-2016) a faite de sa vie entière.

Au cours de sa vie d'adulte, elle s'est déployée dans toutes les directions, sans guère de distinction de genre, d'âge et encore moins de couleur de peau. Hétérosexuel mais fasciné par la flamboyance et l'aspect transgressif du monde gay, David Bowie est en 1972 une des premières personnalités publiques à se déclarer bisexuel.

Sur scène, il exprime ses identités sexuelles intérieures non conventionnelles et s'impose en chantre de la fluidité des genres, notamment via son persona clé Ziggy Stardust, l'androgyne extra-terrestre, qui fait irruption dans le Royaume-Uni hétéronormé du début des années 1970 : par ses vêtements, son maquillage ou ses poses, à rebours de l'expression traditionnelle du genre masculin, il se met en scène en objet du désir des hommes et des femmes à la fois. Loin de la prestation souvent moquée du transformiste ou du travesti classique, c'est un personnage a-genré positif que Bowie crée ici. Par son coming-out et en montrant la possibilité de se libérer des modèles identitaires il devient durablement une icône des minorités LGBTQIA+, faisant prendre conscience aux personnes en interrogation sur leur identité de genre ou sur leurs préférences sexuelles qu'elles ne sont pas les seules dans ce cas et que des alternatives au modèle hétéronormé existent. Pour autant, il refuse de devenir un porte-drapeau de ces communautés et poursuit son exploration personnelle des orientations sexuelles.

Au sommet de sa notoriété, il bascule vers une hétérosexualité exclusive puis s'installe, passé la quarantaine, dans une union maritale classique.

Au delà des quatre femmes dont l'influence a été majeure il a multiplié les conquêtes, dont plusieurs sont célèbres.

D'une sexualité exubérante à la monogamie traditionnelle Au cours de sa vie d'adulte, la sexualité de David Bowie s'est déployée dans toutes les directions, sans grande distinction de genre (femmes, hommes, personnes transgenres), d'âge (de Melissa Hurley sa cadette de 19 ans à Oona Chaplin son aînée de 22 ans) et encore moins de couleur de peau.

Son orientation sexuelle initiale semble être une bisexualité dans laquelle une fascination pour le monde gay le dispute à un penchant naturel hétérosexuel : Alan Dodds, guitariste de son premier groupe The Kon-Rads (1962), se souvient qu'il était au lycée très porté sur les filles, mais qu' ; Phil Lancaster, son batteur avec The Lower Third (1965), n'avait aucun doute sur son attirance pour le sexe féminin ; Cherry Vanilla, une de ses maîtresses en 1971, confirme , etc. Pour autant, il apprécie le monde gay, fréquente les clubs homosexuels londoniens du tournant des années 1960-1970, comme le Sombrero à Kensington ; il est à l'aise dans cette culture, qu'il trouve flamboyante, transgressive et ressent profondément l'envie d'en faire partie. « Il était bisexuel », résume le chanteur Jonathan King, « mais majoritairement hétéro » ; , dit Calvin Mark Lee, un de ses anciens amants.

Dans sa vingtaine, il s'adonne au sexe de façon effrénée. « J’ai dragué tout le monde. C’était une période merveilleusement irresponsable » se souvient il des années plus tard. Sa femme Angie et lui organisent des orgies dans leur appartement d'Oakley Street à Londres, dans un lit qu'ils ont baptisé , « la fosse », où elle . Hommes et femmes y défilent, emmenés par l'un ou l'autre.

Le sexe n'est pas pour lui un acte très signifiant : explique son ancien agent (et ami et amant) Tony Zanetta. C'est le prolongement naturel de l'amitié, voire une simple marque de sympathie. Au début de sa carrière, Bowie peut chercher dans certaines de ces étreintes une liaison propice à son développement professionnel, mais c'est surtout le besoin narcissique d'être adoré qu'il poursuit, sans exclusivité de genre. Les relations sont souvent fugaces : beaucoup le découvrent à leurs dépens, comme Tony Zanetta : .

Vers 1975, au sommet de sa célébrité, il bascule vers une hétérosexualité exclusive, sans renoncer à collectionner les conquêtes.

En 1980, l'assassinat de son ami John Lennon l'incite à s’écarter de son public pour préserver sa propre sécurité ; ses relations se font moins débridées.

À 43 ans enfin, il tombe fou amoureux du mannequin Iman, qui devient sa seconde épouse. Il s'installe avec elle dans une union monogame hétérosexuelle jusqu'à la fin de sa vie.

L'apôtre de la fluidité de genre Par l'entremise de ses personæ publiques, Bowie a exprimé ses identités sexuelles intérieures non conventionnelles et s'est imposé en chantre de la fluidité des genres. La manifestation la plus connue en est son persona clé Ziggy Stardust, l'androgyne extra-terrestre, qui fait irruption dans le Royaume-Uni hétéronormé du début des années 1970 : par ses vêtements, son maquillage ou ses poses, à rebours de l'expression traditionnelle du genre masculin, Bowie se met en scène en objet du désir des hommes et des femmes à la fois. Son sexe est indifférent : c'est une créature de l'espace. Loin de la prestation souvent moquée du transformiste ou du travesti classique, il crée un personnage a-genré positif : le sauveur, le cool, le séduisant.

D’autres exemples abondent dans le reste de sa carrière : la robe dans laquelle il pose alangui, chevelure tombant sur les épaules, sur la pochette de The Man Who Sold the World (1970)En tout cas sur la pochette britannique, puisqu'aux États-Unis la maison de disque effarée lui préfère... le dessin d'un cow-boy ! et qu'il arbore d'ailleurs en ville, aux côtés d'une Angie en pantalon et coiffée court, son interprétation de trois femmes dans le clip de Boys Keep Swinging (1979), le choix d'une actrice transgenre pour jouer Bowie jeune dans The Stars (Are Out Tonight) (2013). Bowie s'est mis en scène sous tous les corps possibles, y compris en marionnette, en figurine de clown (émission TV Saturday Night Live, 1979) ou en chien (pochette de Diamond Dogs, 1974).

Les évocations de la confusion des genres se multiplient aussi dans ses textes :

Rapport à la communauté queer En 1972, dans un Royaume-Uni où l'homosexualité masculine était encore pénalisée cinq ans auparavant, Bowie crée l'événement : dans une interview publiée le par l'hebdomadaire musical Melody Maker, il annonce : « »Michael Watts pour Melody Maker, janvier 1972. (comprendre « bisexuel », mot alors peu usité, puisqu'il est notoire qu'il vient d'avoir un bébé avec son épouse Angie). Six mois plus tard le , dans l'émission télévisée pour adolescents Top of the Pops qui le porte au sommet de la notoriété, interprétant Starman moulé dans un justaucorps scintillant bleu, orange et jaune, il passe nonchalamment le bras autour de l'épaule de son guitariste Mick Ronson.

Par ces deux actes il devient le premier artiste britannique en vogue à exprimer publiquement un coming-out sans que la révélation ne sonne le glas de sa carrière. Au-delà de sa personne, il brise un tabou et devient une icône pour le monde gay anglo-saxon, un pionnier de l'ouverture sexuelle.

Les déclarations publiques ultérieures de Bowie sur le sujet de son orientation sexuelle sont inconstantes. Il affirme d'emblée ne pas avoir de temps à consacrer au et ne pas soutenir les revendications communautaristes : il se bornera à commenter ses propres ressentis intimes, sans s'exprimer politiquement sur le sujet. Au fil des interviews, il nuance son appréciation de son orientation sexuelle, jusqu'à se présenter en 1983 comme un hétérosexuel caché (« ») dans une forme de coming-out inversé. Il revient aussi à plusieurs reprises sur le rôle que son annonce a joué dans sa carrière : En 1976, il précise « »Cameron Crowe pour Playboy, 1976. ; En mars de la même année, à un journaliste qui lui demande s'il prétend toujours être homosexuel : « »Chris Charlesworth pour Melody Maker en mars 1976. ; En 1983 : « »Kurt Loder pour Rolling Stone, 1983. ; En 1993 : « »Rolling Stone, 1993. ; En 2002 il affirme : « »Blender, 2002..

Ce revirement est analysé par le public et la presse de diverses manières : certains y voient l'expression authentique d'un changement profond, la volonté de ne se conformer à aucun modèle et d'assumer sa liberté sexuelle. après que Rolling Stone a titré son interview de 1983 « », une partie de la communauté LGBT perçoit sa rétractation comme un « acte de trahison », pour le moins une déception pour ceux qui voulaient voir en lui un possible porte-drapeau. Son homosexualité était sans doute celle d'un « touriste », qui n'a jamais dépassé le stade de la curiosité, voire du sujet de rigolade. D'ailleurs l'interview de 1972 coïncide avec le lancement de l'album Hunky Dory et la préparation du personnage de Ziggy Stardust, et elle n'en a peut-être été qu'un élément de marketing. une autre analyse enfin consiste à tenir compte du fait que tout au long de sa carrière, le « chanteur caméléon » interpose entre le public et lui le masque d'un persona : avec cette grille de lecture, c'est de son personnage le plus célèbre, Ziggy Stardust, que l'homosexualité et le queer en général deviennent les caractéristiques essentielles. L'androgynie, les accessoires vestimentaires de Ziggy, le recours pour les paroles à des expressions de polari (l'argot de la communauté homosexuelle de l'époque victorienne) auraient été des briques de la construction du plus frappant de ses avatars. Bowie explique en 1993 : « »Rolling Stone, 1993. Les personnages qu'il crée par la suite, comme le Thin White Duke, affichent une masculinité plus traditionnelle, et c'est toujours en leur nom que l'artiste répond aux interviews.

En définitive, même s'il n'a sans doute jamais été vraiment homosexuel, il est l'un des artistes les plus culturellement queer, et sa fluidité de genre et d'orientation sexuelle est perçue comme plutôt positive dans la communauté. Il révèle la possibilité de se libérer des modèles identitaires et inspire ainsi des générations de minorités sexuelles LGBTQIA+, faisant prendre conscience aux personnes en interrogation sur leur identité de genre ou leurs préférences qu'elles ne sont pas les seules dans ce cas et que des alternatives au modèle hétéronormé existent. Au-delà même du monde queer, il influence aussi des hétérosexuels qui aspirent à une masculinité moins rigide.

Principales relations Quatre femmes jouent un rôle capital dans la vie sentimentale de Bowie. Quand plusieurs autres prétendent avoir été l'inspiratrice de telle ou telle de ses compositions, ce n'est d'ailleurs qu'à ces quatre-là qu'il a explicitement et publiquement dédié une chanson : Hermione Farthingale (Letter to Hermione, 1969) fait la rencontre de David Bowie fin 1967. Ils tombent amoureux sur-le-champ et emménagent ensemble. Ils vivent quelques mois en symbiose, montant ensemble l'éphémère trio Feathers, puis Hermione quitte Londres et le chanteur début 1969, pour partir en Scandinavie pendant sept moisDavid avant Bowie ('), documentaire de Francis Whately, BBC, 2019 (44'). danser sur le tournage d'un film intitulé : c'est la rupture, dont Bowie, , mettra longtemps à se remettre. Pendant la suite de sa carrière, l'artiste a multiplié les références à son ancienne amante, qui l'a profondément influencé et qui incarne pour lui le premier amour perdu. Angie Barnett (Golden Years, 1975) est sa première épouse () et la mère de son fils Duncan (né en ). Un mariage de convenance (américaine, elle peut ainsi travailler au Royaume-Uni) et une alliance pour dynamiser leur carrière respective , plus qu'un amour passion selon leurs dires. Un mariage libre aussi, où tous deux ramènent des partenaires pour des orgies dans leur maison de Haddon Hall. Une mésentente progressive s'installe et le couple se déchire violemment jusqu'à divorcer en 1980.